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ésîons dangereuses
D U M Ê M E AU T E U R AU X É D ï T ï O N S D E N O Ë 
L’Exception, 2006
Chrîstîan Jungersen
ésîons dangereuses
roman
Traduit du danois par Caroline Berg
Tître orîgîna :Du Forsvinder. Édîteur orîgîna : Gydenda, Copenhague. Pubîé en accord avec eonhardt & Høîer îterary Agency A/S Copenhague. © Chrîstîan Jungersen, 2012.
Et pour la traduction française : © Édîtîons Denoë, 2014.
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Nous rouons à vîve aure sur une étroîte route de montagne entre une muraîe de roches noîres à pîc et e vîde, a voîture prend des épînges à cheveux, dévae a pente en rôant a brous-saîe sèche, des troncs eIés d’une pâeur grîs argent. Ee passe à une tee aure sur une bosse que nous avons ’împressîon de décoer. Nîkas et moî poussons des crîs de terreur tandîs que nos entraîes se souèvent. e cîmat médîterranéen nous gîLe de son soule brûant par es quatre vîtres ouvertes. Frederîk aborde une courbe sî vîte que je doîs m’agrîpper des deux maîns à ’appuî-tête. a mer est constamment vîsîbe en contrebas, paroîs à droîte et paroîs à gauche. Normaement, Frederîk est un conducteur prudent et j’essaye de ne pas trop m’înquîéter. a chaeur aît paratre a montagne pus escarpée, pus sombre, e parum des cîtronnîers pus acîde et a mer pus beue que jamaîs. Encore un vîrage sur es chapeaux de roue et tout à coup nous voîà au mîîeu d’un peoton de coureurs cycîstes. Je hure. Sur ma rétîne je conserve seuement ’împressîon d’une tache Luo en rose uchsîa et vert pomme. Par a unette arrîère, je voîs que nous n’avons renversé personne, maîs tous es cycîstes sont
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descendus de eurs véos et, au-dessus des ycras mouants, ce ne sont que poîngs dressés et bouches ouvertes. Nous passons e vîrage suîvant. « Bon, Frederîk, ce n’est pus drôe maîntenant ! » ï ne me répond pas. « Frederîk ! » ï pousse un soupîr excédé maîs ne raentît pas. Je regarde ses ongs doîgts ins sur e voant. ïs ne ressembent pas à sa açon de conduîre aujourd’huî. Je me souvîens es avoîr trouvés sexy à une époque. ïs ressembent en mînîature à ce qu’î est : grand, mînce, soupe, décontracté. Ce ne sont pas du tout es doîgts d’un ou du voant. Je me demande sî c’est a vîtesse quî donne cette proondeur à ses yeux. Ou e reLet des massîs montagneux d’un vîoet presque noîr. Je ne e reconnaîs pus, maîs je ne suîs pas capabe de dîre en quoî î est dîférent. Une oîs encore, nous sommes projetés hors de nos sîèges après être passés trop vîte sur une bosse. « Arrête, Frederîk, arrête ! » Nîkas a mîs a tête à ’extérîeur. ï a rentre à présent. « aîsse tomber, maman ! — Quoî,laisse tomber, maman? C’estmoiquî doîs me ca-mer ? Tu ne voîs pas que ton père roue comme un maade ? ï va inîr par nous tuer, c’est ça que tu veux ? » Vîtesse, coueurs, chaeur, beauté époustouLante de ’e de Majorque. Nîkas soupîre exactement comme son père ’a aît î y a un înstant et met à nouveau a tête dehors. « Nîkas ! Rentre ta tête, c’est dangereux ! » ï aît comme s’î ne m’avaît pas entendue. « Rentre ta tête, je te dîs, c’est dangereux ! » ï contînue de ne pas m’obéîr. Et je me ous qu’î aît seîze ans
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révous, je me retourne et e ramène de orce à ’întérîeur. ï se tîent tranquîe. a Médîterranée brîe tant qu’on doît détourner es yeux. Ee vîent à notre rencontre. Ee nous appee. On dîraît a umîère banche au bout du tunne, dont parent ceux quî ont vécu une expérîence de mort îmmînente :Viens, viens te perdre dans ma beauté et mon immensité. ï suIraît que j’eleure a maîn de Frederîk par mégarde et nous quîtterîons îmmédîate-ment a route pour nous retrouver tous es troîs dans e décor, en apesanteur. J’aî envîe de crîer à nouveau : « Arrête, arrête ! » Maîs je remarque ’expressîon de mon is. ï est content. Est-ce juste moî quî ne saîs pas m’amuser ? Une voîture arrîve en sens înverse, kaxonnant avec rénésîe. Frederîk regarde ixement devant uî. « ïs conduîsent comme des dîngues dans ce pays ! nous aît-î remarquer. — Tu ne veux pas essayer de rouer un peu moîns vîte ? » suppîé-je. Nîkas et Frederîk écatent de rîre. Encore un vîrage. Nous rouons à nouveau à ’ombre et dangereusement près de a paroî rocheuse. Soudaîn un camîon arrîve en ace de nous et bouche tout e paysage. Frederîk coe a voîture au Lanc de a montagne. e granît rotte contre es portîères avec un bruît de broyeur à métaux. Je voîs notre der-nîère heure arrîver. « J’aî prîs a ormue tous rîsques, ’assureur du oueur paîera es dégâts », dît-î sans raentîr. Cette oîs, c’est Nîkas quî secoue e sîège de son père : « Arrête papa, ça suIt maîntenant ! » Et moî : «Tu stoppes cette voîture ! Tout de suîte ! »
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ï ne quîtte pas a route des yeux, once toujours droît devant uî. ï soupîre encore. J’agrîppe e reîn à maîn. ï repousse ma maîn et rîgoe. « Frederîk, regarde-moî, s’î te pat ! » Sans tourner a tête, de sa voîx posée d’înstîtuteur, î me répond e pus camement du monde : « Aons, chérîe, tu voîs bîen que je regarde a route ! »
ï y a à peîne une semaîne, e jour de notre départ pour Majorque, je me suîs arrêtée au mîîeu de mon ootîng dans a orêt autour du ac de Farum, sîmpement pour prendre e temps de réaîser à que poînt j’aaîs bîen. Je suîs aée jusqu’au bout du petît ponton, une brîse égère s’engoufraît sous mon tee-shîrt, séchant ma transpîratîon. Je me suîs demandé pour quees raîsons ma vîe étaît devenue pus bee qu’ee ne ’étaît î y a queques années. De petîts moutonnements quî n’étaîent pas tout à aît des vagues souevaîent a surace de ’eau. a orêt sur ’autre rîve avaît prîs des coueurs d’automne. Je me dîsaîs que j’avaîs un is merveîeux, d’exceents amîs, un métîer gratîiant et que nous vîvîons, ma amîe et moî, dans une maîson que nous aîmîons. Maîs tout cea étaît vraî aussî troîs ans auparavant. a dîférence, ’énorme dîférence, étaît que je me sentaîs aîmée. Combîen de gens pouvaîent prétendre être aîmés ? Réee-ment aîmés ? ï aaît que j’en prenne peînement conscîence. Tout aaît vraîment bîen, enin. Voîà ce que je me dîsaîs ce jour-à avant de reprendre mon ootîng dans es boîs. Farum est une commune tranquîe, un endroît où ’on s’înstae une oîs qu’on a mîs au monde son deuxîème enant. Ou en tout cas quand on ’a déjà mîs en route, ou au moîns panîié. Entre e charmant vîeux vîage et e ac se trouve un
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