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létales

De
213 pages
Florence était la femme de sa vie mais leur histoire n'a pas duré. Marie ne s'en est jamais remise. Dix ans plus tard, leurs retrouvailles se finissent mal. Un flic hyperactif en quête de gloire, une infographiste assoiffée de vengeance se lancent à la poursuite de la tueuse sentimentale et de son acolyte, un géant misanthrope à la gâchette facile. Des milieux interlopes parisiens au Sud Ouest sauvage, les personnages délirants de ce roman sulfureux s'engagent dans une course poursuite infernale au dénouement hallucinatoire. Diplômée de psychologie clinique, gérante d’une exploitation agricole, libraire à Paris, à 35 ans, Céline Germann se plaît à fréquenter les milieux les plus éclectiques pour nourrir ses fantaisies littéraires.
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1 2 Titre

Létales

34 Titre
Céline Germann
Létales

Roman noir
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02462-3 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304024623 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02463-0 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304024630 (livre numérique)

6 7 .
88 CHAPITRE 1
Ma voiture à toute vitesse sur l’autoroute, les
mains qui tremblent, la peur au ventre, je fonce
la rejoindre. L'irremplaçable, l’unique, la seule
que j’ai aimée. C’était il y a dix ans exactement,
le 22 septembre, au gîte rural de Cerneux. Les
filles dansaient et buvaient. Il faisait doux, la
nuit tombait dans le jardin. Elle m’avait emme-
née en haut, dans les douches, en cachette. Et
quand elle m’avait serrée dans ses bras, j’avais
su que jamais je n’appartiendrais à personne
d’autre. Florence, la première qui m’ait fait
pleurer de plaisir.
La nationale quatre, je ne suis plus qu’à une
trentaine de kilomètres du gîte. Je transpire de
plus en plus. La soufflerie à fond pour sécher
mes aisselles et mes mains moites. Je me de-
mande si elle va venir, si elle se souvient de moi
et de notre promesse échangée entre deux
murmures essoufflés. Même nuit, dans dix ans,
ici. Le soir commence à tomber, les platanes
défilent, je me remémore chaque détail. Nous
nous étions rencontrées le jour de la Gay Pride,
9 Létales
elle était grande, belle et toutes les autres filles la
convoitaient. Elle avait huit ans de plus que moi
et des yeux noirs qui me terrorisaient. J’étais
immédiatement tombée amoureuse. Et puis il y
avait eu cette fête à la campagne, notre première
étreinte, l’impression d’être enfin arrivée là où
j’avais toujours voulu être, une révélation. Elle
s’était tout de suite installée chez moi et un an
plus tard elle me quittait pour une autre. De-
puis, jamais personne ne m’a plu comme elle. Je
me frotte les yeux. Il fait chaud et j’ai peur. Au-
jourd’hui, je vais peut-être la revoir. Si elle vient,
c’est qu’elle ne m’a pas oubliée, qu’elle pense
encore à moi, qu’elle m’offre une deuxième
chance. Alors, je lui prouverai que j’ai changé,
qu’elle peut à nouveau m’aimer car notre his-
toire n’est pas terminée. On se retrouvera au
même endroit, pareilles, réunies. Je la serrerai
dans mes bras, elle m’embrassera longtemps, on
fera l’amour toute la nuit. Elle criera, pleurera,
elle me suppliera de continuer. Elle réalisera
qu’elle n’aurait jamais dû me quitter, que dix ans
se sont écoulés sans qu’elle n’éprouve rien de
mieux qu’avec moi. Elle saura que je suis la
femme de sa vie et demain nous repartirons
toutes les deux, ensemble.

Florence Barochet venait de raccrocher le té-
léphone, elle était prête à s’en aller, tout était en
ordre. Elle attendit que son patron rentre dans
10 Létales
son bureau, et traversa rapidement le couloir.
Ce n’était pas très sérieux de partir à cette
heure-ci mais elle voulait éviter les embouteilla-
ges de début de soirée. En bas, dans le hall
d’entrée, la standardiste la salua avec un sourire
démesuré. Florence lui adressa un clin d’œil de
loin, elle n’avait pas le temps de s’attarder au-
jourd’hui. Elle poussa la lourde porte vitrée en
se promettant de chercher à mieux connaître
cette nouvelle employée. La petite intérimaire
blonde un peu vulgaire lui plaisait bien. Flirter
discrètement avec elle la distrairait un peu,
d’autant plus qu’elle ne risquait rien, elle s’était
déjà renseignée, le contrat de la jeune fille se
terminait dans un mois.

Marie reconnaît immédiatement la maison.
Le souffle coupé par l’émotion, elle fait caler sa
voiture. Elle est pétrifiée. Les anciennes images
jaillissent de sa mémoire. Florence était apparue
à la porte de devant pour venir l’accueillir. Son
regard, son sourire, Marie avait immédiatement
compris que cette femme la désirait. Comme
dix ans auparavant, elle est incapable de bouger
pour sortir de la voiture. Au moment où elle
ferme les yeux pour savourer le plus longtemps
possible ce souvenir inoubliable, elle sursaute
violemment. Une vieille femme au regard lai-
teux a surgi devant elle. Le nez écrasé sur le
11Létales
pare-brise, elle se met à hurler en postillonnant
contre la vitre.
– Vous êtes Florence Barochet ? Je vous at-
tendais. Venez, je vais vous faire visiter.

L’élégante femme brune sortit de l’immeuble
de bureaux en clignant des yeux. Il faisait un
soleil éclatant et la chaleur était torride pour la
saison. Elle attrapa ses lunettes fumées dans
son sac et tourna son visage vers le ciel pour
observer ce temps magnifique. En se dirigeant
vers le parking, sa silhouette longiligne ondulait
doucement dans la lumière chaude émanant de
l’asphalte. Elle était réellement splendide. Quel-
ques instants plus tard, une golf noire impecca-
ble démarra en vrombissant tandis que la ca-
pote électrique se repliait silencieusement lais-
sant apparaître le profil distingué de la femme
d’affaires, sa chevelure ébouriffée par le vent.

Marie avançait automatiquement sans écou-
ter la vieille sourde qui lui racontait en détail les
travaux effectués récemment dans la maison.
Désormais il ne restait plus aucun doute, Flo-
rence allait venir. Elle s'était souvenu et avait
appelé pour réserver le gîte. Elle serait là ce soir.
Marie ricana nerveusement. La fermière caco-
chyme l’avait prise pour Florence et, elle, elle
n’avait même pas pensé à démentir. La panique
commençait à l’envahir. Il fallait qu’elle se pré-
12 Létales
pare. Elle n’arrivait pas à y croire, Florence allait
arriver, dix ans après. Elle allait enfin se retrou-
ver seule avec elle. Elle tremblait de tout son
corps et son tee-shirt était trempé de sueur.

Florence a refermé la capote électrique. L’air
conditionné branché au maximum, elle essaie
de réfléchir. La fin de l’été a toujours été sa pé-
riode favorite pour faire le point sur sa vie. Elle
se dit qu’en ce moment, elle a tout pour être
heureuse ; un bon travail, des copains, de
l’argent. La femme avec laquelle elle vit est folle
d’elle, elle part souvent en voyage, elle fait du
sport. Pourtant son existence lui semble triste et
ennuyeuse. Une fois de plus, elle se demande si
elle ne va pas tout plaquer et partir loin de Paris
pour recommencer une nouvelle vie. Elle
s’imagine assise sur une plage à la tombée du
jour, regardant la mer, quelque part au soleil,
quelque part où elle aurait enfin trouvé son
bonheur. La radio passe des vieux tubes nostal-
giques des années quatre-vingt. Les larmes aux
yeux, elle se met à chanter avec la musique.

J’ai besoin d’air. Comme avant, l’attendre me
terrifie. Je marche jusqu’au petit banc du jardin
en essayant de contrôler ma respiration. J’essaie
en vain de me détendre, les yeux perdus sur
l’horizon. Tout revient en bloc. L'odeur de son
oreiller, de sa peau le matin, son corps en lon-
13Létales
gueur, tendu, nerveux, ses aisselles profondes,
elle dormait les paupières entr'ouvertes. Les
premiers rendez-vous secrets, les stupeurs or-
gasmiques, son parfum, les week-ends entiers
passés au lit à crever d'envie qu'elle arrive. Ses
larmes de rage un certain samedi soir, ses
échecs, ses projets de départ, ses femmes, leurs
photos rangées dans un album, certaines dont
elle avait oublié le nom. Sa dent cassée. Je me
mets à pleurer doucement. Soudain, je me rends
compte que, sans elle, je viens de passer dix ans
de tristesse et de vide. Je n’ai pas réussi à ad-
mettre son départ et je suis là, pleine d’espoir, à
l’attendre encore. Je me lève, j’ai envie de fuir.
J’ai honte, je me déteste. Dix ans ne m’ont pas
suffi pour l’oublier définitivement.

Florence s’étire de tout son long. Le pom-
piste la regarde en rougissant et fait déborder le
réservoir sur ses chaussures. Elle éclate de rire.
Elle veut de la passion, des aventures, continuer
à vivre des histoires d’amour, avec des filles, des
femmes, avec des nouvelles et avec celles
qu’elle connaît déjà. C’est désormais la seule
chose qui l’intéresse. Faire l’amour. Elle les
serre dans ses bras, les pénètre avec ses doigts
et sa langue, se serre dans les leurs et se laisse
conquérir. Elle veut les séduire, les retrouver,
savourer leur trouble, leurs hésitations, les faire
patienter, les voir céder et se nourrir de leurs
14 Létales
soupirs de plaisir. Elle pense que sans toutes ces
femmes, elle se tuerait. Rejoindre une femme
qu’elle a aimée, la prendre dans ses bras, la re-
connaître. Florence se lèche les lèvres. Un long
frisson de plaisir lui traverse le corps. Cette nuit,
avec Marie, elle espère revivre une partie de son
ancienne passion. Et demain, elle draguera la
standardiste. Florence accélère un peu plus, elle
se sent irrésistible.
Quand Florence est arrivée, Marie hésitait
encore à partir tout en sachant qu’elle ne le fe-
rait pas. Elle en était incapable. Il fallait qu’elle
la revoie, elle n’avait pas le choix. Elle l'a regar-
dée sortir de sa Golf noire décapotable. Flo-
rence était bronzée et mince, belle comme tou-
jours, parfaite. Elle s’est approchée, s’est arrêtée
à côté de Marie et l’a observée un long moment
sans rien dire, ses yeux noirs plongés dans les
siens, un sourire mystérieux sur ses lèvres. Ma-
rie crut qu’elle allait défaillir de bonheur. Puis,
un peu gênées, elles se sont saluées. Florence
pestait intérieurement, jamais elle n’aurait dû
revenir ici, cette fille était devenue un monstre.

Nous avons fini de dîner. Je crois que j’ai
trop bu. Je ne sais plus quoi lui dire. Je lui ai ra-
conté ma vie, je lui ai posé des questions sur la
sienne. Subitement, je me penche vers elle et
j’essaie de l’embrasser. Elle ne veut pas, elle dit
qu’elle ne fait plus ça, que maintenant elle a une
15Létales
copine, qu’elle est venue simplement pour me
revoir.

– Comme tu veux. De toute façon, tu ne me
plais plus trop.
– Franchement tu me rassures en disant ça
parce qu’en fait, toi non plus tu ne me plais plus
trop. Je ne sais pas, ça va peut-être te paraître
brutal mais j’ai l’impression que tu as beaucoup
grossi.
– C’est le tabouret en skaï du BHV qui fait
ça. Non mais je sais, je dois me remettre au vé-
lo, à la piscine et tout ça.
– Tu racontais déjà ça il y a dix ans, avec le
judo en prime.
– Attends, tu ne vas pas me dire que toi, tu
as toujours réalisé ce que tu avais prévu ?
– Non, mais moi, je ne fais pas de la sur-
charge pondérale.
Surcharge pondérale. Je baisse les yeux. Je
suis devenue grosse, elle a raison, mais ça
m’énerve qu’elle me le fasse remarquer.
– Je suis peut-être un peu ronde en ce mo-
ment mais moi au moins je fais des choses inté-
ressantes. Je peins, je rencontre des gens fasci-
nants … Je ne me fais pas chier avec un boulot
de fonctionnaire, sept heures par jour dans un
bureau, à taper sur un clavier en ayant les yeux
explosés.
Elle pouffe de rire.
16 Létales
– Oui, c’est pour ça que tu travailles au rayon
bricolage du BHV et que tu es obligée de reten-
ter le coup avec tes ex.
Je lui réponds un peu brutalement qu’il ne
faut pas qu’elle s’inquiète, que je n’en aie plus
rien à foutre de sa gueule.
Elle fronce les sourcils, apparemment cho-
quée par ma remarque.
– Écoute, ça tombe bien parce que je vais al-
ler me coucher. Je crois qu’on a trop bu et puis
il faut que je parte tôt demain, mon boulot de
fonctionnaire comme tu dis.
Elle se lève.
– Attends, tu ne vas pas aller déjà te coucher,
on n’est pas venues pour ça. Il est à peine mi-
nuit.
– Toi je ne sais pas, mais moi c’est décidé, je
suis crevée et on commence à se balancer des
trucs désagréables.
– Excuse-moi. Tu as raison, j’ai grossi, mon
boulot est nul, mais reste là, rassieds-toi, on va
boire un dernier verre.
– Non, je n’ai plus envie. C’était sympa mais
je te jure, je suis crevée. Je monte. Bonne nuit.
– Florence, reviens, tu n’as pas fini ton vin,
tu ne sais pas où sont les couvertures et les
oreillers. Eh, on n’est même pas allées voir la
douche. Florence, FLORENCE !
Elle ne me répond plus. Elle est partie. Je
sens un haut-le-cœur remonter de mon ventre.
17Létales
Surcharge pondérale. Je cours derrière elle. Im-
possible que ça finisse comme ça. Je grimpe les
marches quatre à quatre. Elle est dans la cham-
bre où elle s’était déguisée en fée pour le spec-
tacle surprise de la fête, dix ans auparavant. A
travers la porte, je lui demande de me pardon-
ner, de me laisser au moins dormir à côté d’elle.
Elle sort de la pièce et s’avance vers moi, juste
en haut de l’escalier.
– Écoute Marie, je rentre à Paris. Je ne crois
pas que c’était une si bonne idée de se revoir
ici…

Florence n’a pas le temps de finir sa phrase.
Ma gifle lui fait perdre l’équilibre et elle tombe
en arrière dans l’escalier. Ses mains se débattent
dans le vide, sa tête cogne contre les marches,
sa crâne rebondit plusieurs fois avec le sang qui
jaillit de ses narines.

Son corps gisait en bas, tordu parce qu’une
des jambes s’était coincée dans la rampe au vi-
rage. On ne voyait pas le visage d’où j’étais,
uniquement le cou formant un angle bizarre. Je
suis descendue, je l’ai enjambée, je me suis pen-
chée vers elle. Elle avait les yeux fermés et du
sang sur les lèvres. J’ai dit Florence tout dou-
cement, par réflexe. Elle ne bougeait plus du
tout. J’ai pensé que je préférais être grosse que
morte. Je me suis précipitée dans le salon. J’ai
18 Létales
attrapé un sac poubelle et mis tous nos restes à
l’intérieur. Je réfléchissais à toute vitesse. Dans
ma poitrine, mon cœur explosait à chaque bat-
tement. Je voulais partir au plus vite, retourner à
Paris, fuir en avion avant que la Police ne sache,
avant que le gang de sa copine ne me retrouve
pour me trouer la peau avec un gros calibre. A
ce moment là, j’ai pensé à un énorme pénis tur-
gescent et moite. J’étais perdue. Elles allaient
me rattraper et m’achever. Je devais trouver un
flingue. Fuir. J’ai couru jusqu'à ma voiture et
pendant tout le trajet, j'ai eu peur que son visage
surgisse dans le rétroviseur. La fermière ne me
connaît pas. Elle m’a prise pour Florence. Il
leur faudra plus de temps pour me retrouver.
Personne ne sait, Florence n’a pas ébruité nos
retrouvailles.
– Je ne savais pas où aller, je suis venue ici
directement. Julien, tu es le seul sur qui je puisse
compter.

J'ai refermé sans rien dire. Marie s'est engouf-
frée dans mon appartement comme si elle avait
les flics aux trousses. Elle essayait de m'expli-
quer quelque chose mais les mots se bouscu-
laient. Je me suis demandé ce qu’elle venait fou-
tre chez moi. Sûrement pas m’offrir son corps,
cette fille est une vraie gouine. Un mois que je
ne l'avais pas vue et elle arrivait sans prévenir en
plein milieu de la nuit. Son menton tressautait à
19Létales
cause de l'énervement. Elle postillonnait, sa fi-
gure s'était couverte de plaques rouges. Elle
criait, pleurait en même temps, ses yeux exorbi-
tés me suppliant de l'écouter. Elle avait agrippé
mon bras et le secouait comme une folle, je sen-
tais ses ongles s'enfoncer dans ma peau. Je vou-
lais qu'elle me lâche, elle me faisait mal, j'avais
besoin d'un café d'urgence. Pendant que l'eau
chauffait, je me suis efforcé de me calmer. Je
déteste les visites à l’improviste et encore plus
les filles hystériques qui ne savent pas s'expri-
mer sans hurler.
Marie racontait une histoire à laquelle je ne
comprenais rien, l'eau bouillait trop fort, il n'y
avait plus de tasses propres, elle continuait à
beugler, je commençais à être débordé. Un ca-
fard est apparu sur le bord droit du frigo. A
croire que tous les parasites de Paris s'étaient
donnés rendez-vous chez moi ce soir. Agitant
ses antennes, il a hésité un moment avant de se
mettre à courir vers l'évier. Il avait senti le dan-
ger. Je l'ai écrasé du plat de la main. Les entrail-
les tièdes ont giclé, Marie s'est arrêtée net. J'ai
contemplé les miettes de carapace et le jus sur
ma paume. Pile au milieu, ça allait beaucoup
mieux. Elle est sortie de la cuisine sans un mot.
Retour au silence. J'ai inspiré profondément, les
yeux fermés. Après avoir nettoyé les éclabous-
sures marron, je me suis servi un café, enfin
prêt à écouter l'autre.
20 Létales
Surcharge pondérale. C’est un accident, je ne
voulais pas lui faire de mal. Ce n’est pas de ma
faute. Subitement, je repense à Emilie, ma meil-
leure amie. Emilie sait que j’avais prévu de re-
voir Florence ce soir. Il faut que je l’appelle, que
je lui explique que j’ai renoncé à l’idée. Il faut
que j’arrive à la convaincre sinon, quand elle
apprendra, elle se doutera que c’est moi. Etre la
meilleure amie d’une tueuse va la faire mouiller
à mort, elle le racontera à ses copines, à toutes
les filles, à tout le monde. Toutes les lesbiennes
de Paris me détesteront, la Police me retrouve-
ra, je ne reverrai plus jamais mes parents, ma vie
sera foutue.

Marie était assise en tailleur sur mon lit. Elle
n'avait pas pris la peine de retirer ses chaussu-
res. Je me suis assis en face d'elle. Elle s'est re-
mise à parler en pleurant, tranquillement cette
fois-ci. J'ai compris qu'elle avait fait une conne-
rie et qu’elle comptait sur moi pour l’aider. Elle
voulait un flingue et savait que je pouvais lui en
trouver un. J'ai soupiré bruyamment. J'étais
épuisé, Marie en profitait. Elle devait s’imaginer
que j’étais encore amoureux d’elle. Je lui ai
promis le flingue. Je n'étais sûr de rien, mais
j'aurais dit n'importe quoi pour la faire taire. Je
lui ai apporté des somnifères et elle s'est instal-
lée dans mon lit. Au bout de cinq secondes, elle
dormait profondément en bavant sur mon
21