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« Les mots peuvent tuer. Littéralement. »

Dans une école bien particulière de Virginie, les étudiants n’apprennent pas l’histoire, la géographie ou les mathématiques, mais comment persuader, en usant du langage pour manipuler les esprits. Les mots sont des armes. Les plus doués prennent le grade de « poète », et intègrent une organisation anonyme au but inconnu.

Emily Ruff est repérée par des agents dans les rues de San Francisco, et elle devient rapidement le prodige le plus talentueux de l’école. Jusqu’à son erreur fatale : elle tombe amoureuse.

Wil Parke est piégé par deux hommes dans les toilettes d’un aéroport. Ils l’accusent d’être la clé d’un secret qu’il ignore, doté d’un esprit qui résiste aux mots. Pourquoi s’intéressent-ils à lui, pourquoi les poètes le poursuivent-ils... et pourquoi ne se rappelle-t-il pas un accident qui a failli lui coûter la vie des années plus tôt ?


Publié le : vendredi 19 septembre 2014
Lecture(s) : 11
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782370720177
Nombre de pages : 432
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MAXBARRY
Lexicon
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marianne Feraud
Pour Jen, une fois de plus.
Chaque histoire écrite est des marques sur une page Les mêmes marques, répétées, mais arrangées de façon différente.
I
POÈTES
« Quand le tout-puissant Ra naquit, son père lui donna un nom secret, si terrible qu’aucun homme ne tenta de le percer à jour, et empreint d’un tel pouvoir que tous les autres dieux désirèrent le connaître et le posséder. » F.H. Brooksbank, The Story of Ra and Isis (« Histoire de Ra et d’Isis»).
1
– Il reprend connaissance. – Leurs yeux réagissent toujours comme ça. Le monde était flou. Wil sentait une pression dans son œil droit. – Argh…, bredouilla-t-il. – Putain ! – Attrape-le… – C’est trop tard, laisse tomber. Retire-le. – Non, attends. Bloque-lui les bras. Une forme apparut dans son champ de vision. Il perçut une odeur d’alcool et d’urine croupie. – Wil ? Tu m’entends ? Wil esquissa un geste pour repousser ce qui appuyait sur ses joues. – Chope-lui la… Des doigts se refermèrent sur son poignet. – Wil, ne te touche surtout pas le visage. – Comment ça se fait qu’il soit conscient ? – J’en sais rien. – T’as foiré quelque part. – Non. Donne-moi ça. Un bruissement. – Gnnn… Gnnn…, gémit Wil. – Arrête de gesticuler. Il sentit un souffle dans son oreille, chaud, intrusif. – Tu as une aiguille dans l’orbite. Ne bouge pas. Wil s’immobilisa. Puis il perçut un bourdonnement. Celui d’un engin électronique. – Oh, merde, merde ! – Quoi ? – Ils sont là. – Déjà ? – Deux d’entre eux, apparemment. Faut qu’on se casse. – Trop tard, je suis dedans. – Tu ne peux pas continuer pendant qu’il est conscient. Tu vas lui griller le cerveau. – Non, je ne crois pas. – Siiiiiivoouupaait… meeee… tueeez… paaas… Le bruit de sangles qu’on détache. – Je commence. – Non. Pas s’il est conscient. De toute façon, on n’a plus le temps, et c’est sûrement pas le bon type. – Si tu refuses de m’aider, alors écarte-toi. – Besoin… d’éternuer…, dit Wil. – Je te le déconseille pour le moment, Wil. Un poids lui pesa sur la poitrine. Sa vision s’assombrit. Son globe oculaire bougea légèrement. – Ça risque de faire mal. Un clic. Le couinement sourd d’une machine. Un gros clou s’enfonça dans son cerveau. Il poussa un hurlement. – Tu vas le cramer ! – Tout va bien, Wil. Tout va bien.
– Il… Bon Dieu ! son œil saigne. – Wil, j’ai quelques questions à te poser. Mais tu dois répondre en toute sincérité. Tu comprends ? Non, non, non… – On commence : est-ce que tu préfères les chats ou les chiens ? Hein ? – Allez, Wil. Chats ou chiens ? – Réponse incompréhensible. C’est pour ça qu’on ne fait pas le test quand ils sont conscients. – Réponds, Wil. La douleur s’arrêtera quand tu auras répondu. Un chien !cria-t-il.Un chien, pitié, un chien ! – Il a dit « chien », non ? – Oui. C’est ce qu’il a essayé de dire. – Bien. Très bien. Et d’une. Quelle est ta couleur favorite ? Une sonnerie retentit. – Oh, merde ! Putain, merde ! – Quoi ? – Woolf est là ! – Impossible. – C’est écrit là, noir sur blanc ! – Montre-moi. Bleu !cria-t-il dans le silence. – Il a répondu. Tu vois ? – Oui, j’ai vu ! On s’en fout. Faut qu’on se tire. Et vite. – Wil, je veux que tu penses à un nombre entre un et cent. – Oh, Seigneur ! – N’importe lequel. Allez, vas-y. Je ne sais pas… – Concentre-toi, Wil. – Woolf se pointe et tu fais le mariole avec une sonde plantée dans le mauvais gars. Réfléchis un peu, bon sang ! Quatre. Je choisis quatre… – Quatre. – J’ai vu. – C’est bien, Wil. Plus que deux questions. Est-ce que tu aimes ta famille ? Oui et non. Quel genre de… – Il est paumé. Je n’ai pas de… Enfin si, je veux dire, tout le monde aime… – Attends, attends. OK. Je vois. Merde, c’est bizarre. – Plus qu’une question, Wil. Pourquoi est-ce que tu l’as fait ? Quoi?Je ne… – C’est pourtant simple, Wil. Pourquoi est-ce que tu l’as fait ? Fait quoi?Fait quoi?Quoi?Quoi?Quoi? – Limite. À la limite de huit segments différents, je veux dire. Je ne vois pas ce que vous voulez dire. Je n’ai rien fait, je vous jure. Je n’ai rien fait. Sauf… sauf quand j’ai connu cette fille… – On y est. – Oui, bon, d’accord. Une main se plaqua sur sa bouche. La pression dans son globe oculaire s’intensifia avant de se transformer en succion. Ils allaient l’énucléer. Non, ils retiraient l’aiguille. Il poussa un cri. Du moins, il le crut. Puis la douleur disparut. Quelqu’un le redressa. Il ne
voyait rien. Il se mit à pleurer à cause de son œil meurtri. Mais il était toujours là. Il était là. Coarg medicity nighten comense, prononça le plus grand des deux. Saute à cloche-pied. Wil, confus, plissa les yeux. – Hum, dit le plus petit. C’est peut-être lui. Ils remplirent un lavabo et lui plongèrent la tête dans l’eau. – N’éclabousse pas ses vêtements, dit le plus grand. Des toilettes. Dans un aéroport. Wil s’y était rendu après avoir débarqué du vol de 15 h 05 en provenance de Chicago. Il avait dû se retenir pendant tout le trajet parce qu’un type ventripotent en chemise hawaïenne occupait le siège couloir et qu’il n’avait pas osé le réveiller. À son arrivée, Wil avait trouvé les W.-C. fermés pour cause de nettoyage, mais l’homme d’entretien avait ôté la pancarte, et Wil s’était engouffré à l’intérieur. Il avait gagné l’urinoir du fond, défait sa braguette, et soulagé sa vessie. La porte s’était ouverte. Un homme, grand, vêtu d’un manteau beige, était entré. Une demi-douzaine d’urinoirs étaient libres, mais le type avait choisi celui à côté de Wil. Quelques instants plus tard, il n’avait toujours pas uriné. Wil, qui se purgeait à vitesse grand V, avait éprouvé une pointe de compassion. Il avait connu ce genre de désagréments. Puis le battant s’était de nouveau ouvert, livrant passage à un deuxième individu, qui avait tiré le verrou. Après avoir rajusté son pantalon, Wil avait jeté un coup d’œil à son voisin en ayant une pensée plutôt ironique avec le recul : il s’était dit que, même si le type qui venait de débouler en les enfermant représentait un danger, au moins, il n’était pas seul. Ils seraient à deux contre un. Mais un détail l’avait frappé alors qu’il observait l’homme à la vessie capricieuse : il avait un regard calme, profond, et plutôt attrayant, mais qui ne trahissait pas la moindre surprise. Et soudain le type l’avait saisi par la tête pour le projeter contre le mur. Puis la douleur et les questions. – Faut nettoyer le sang dans ses cheveux, dit le petit, s’attaquant au visage de Wil avec des serviettes en papier. Son œil est salement amoché. – S’ils s’approchent assez pour voir son œil, on aura des problèmes autrement plus urgents. Le grand s’essuyait les mains avec un mouchoir blanc en s’attardant sur chaque doigt. Il était mince, le teint mat, et son regard avait perdu tout attrait. À présent, il lui paraissait froid, insensible, capable d’assister aux pires atrocités sans ciller. – Alors, Wil, t’es avec nous ? Tu peux marcher et parler ? – Allez vous faire fouuuuut, rétorqua-t-il. Les mots ne sortirent pas comme il l’avait voulu. Il avait l’esprit embrumé. – Bien, dit son acolyte. Alors, voilà le marché. On doit se tirer de cet aéroport au plus vite et sans attirer l’attention, alors je veux m’assurer de ton entière coopération. Si jamais tu me déçois, je te le ferai payer. Non pas parce que j’ai quoi que ce soit contre toi, mais j’ai besoin de te motiver. Pigé ? – Je ne suis pas… Il chercha le mot juste. « Riche » ? « Rentable pour un kidnapping » ? – Je ne suis rien d’important. Je suis charpentier. Je construis des terrasses, des balcons, des chapiteaux. – Ouais, c’est pour ça qu’on est là. Pour ton incroyable talent à construire des chapiteaux. Tu peux tomber le masque. On sait qui tu es, ils savent qui tu es, et ils sont là. Alors cassons-nous tant qu’on le peut. Wil prit un long moment pour formuler sa phrase, parce qu’il avait le sentiment qu’il
n’aurait droit qu’à un essai. – Je m’appelle Wil Parke. Je suis charpentier. J’ai une petite amie qui est venue me chercher et qui m’attend dehors. Je ne sais pas pour qui vous me prenez, ni pourquoi vous m’avez enfoncé ce… truc dans l’œil, mais je ne suis personne d’important. Je vous le promets. Après avoir rangé le matériel dans un sac brun, le petit le jeta sur son épaule et scruta le visage de Wil. Il avait les cheveux clairsemés et des sourcils anxieux. En temps normal, Wil l’aurait pris pour un comptable. – Voilà ce que je vous propose, déclara Wil. J’entre dans une cabine et je referme la porte. Vingt minutes. J’attendrai vingt minutes. Ce sera comme si on ne s’était jamais rencontrés. Le petit jeta un coup d’œil à son comparse. – Je ne suis pas celui que vous cherchez, insista Wil. Je ne suis pas ce type. – Le problème avec ton joli petit plan, objecta le plus grand, c’est que si tu restes là, dans vingt minutes, tu seras mort. Si tu rejoins ta petite amie, à qui, j’ai le regret de te l’annoncer, tu ne peux plus faire confiance, là aussi, tu seras mort. Si tu fais autre chose que de nous accompagner, rapidement et de ton plein gré, encore une fois, tu seras mort. Ça n’en a peut-être pas l’air, mais on est les seuls en mesure de te sauver. (Il braqua son regard sur celui de Wil.) Mais je vois bien que tu n’es pas convaincu, alors passons à une méthode plus directe. Il ouvrit son manteau. Un pistolet, court et large, était niché contre son flanc, le canon fourré dans un holster. Ce qui n’avait aucun sens parce qu’ils se trouvaient dans un aéroport. – Viens, sinon je te colle une balle entre les deux reins. – Je vois, dit Wil. D’accord, vous avez raison. Je vais coopérer. Le plus important était de sortir des toilettes. L’endroit était bondé de vigiles. Une fois dehors, il n’aurait qu’à les bousculer, crier, et prendre ses jambes à son cou. – Non, déclara le plus petit. – Non, renchérit son acolyte. Je le vois. Drogue-le. Une porte s’ouvrit. De l’autre côté, les couleurs étaient délavées et les sons étouffés, comme s’il avait les oreilles bouchées et les yeux, voire le cerveau, voilés. Il secoua la tête pour retrouver ses esprits, mais le monde devint sombre, agressif, refusant de rester droit : le monde n’appréciait pas d’être brusqué. Wil avait compris la leçon. Il ne recommencerait pas. Sentant ses pieds glisser devant lui sur des patins à roulettes invisibles, il voulut s’appuyer au mur, mais ce dernier poussa un juron et enfonça ses doigts dans le bras de Wil. Manifestement, la cloison n’en était pas une, c’était une personne. – Tu lui as administré une dose trop forte, dit-elle. – Mieux vaut trop que pas assez, répondit une autre. Des gens méchants, se rappela Wil, qui le kidnappaient. À cette pensée, il éprouva de la colère, mais juste d’un point de vue technique, comme s’il prenait position sur un principe. Il tenta de ramener ses pieds vers lui. – Oh, bon sang ! marmonna quelqu’un, le grand type au regard calme. Wil ne l’aimait pas. Il avait oublié pourquoi. Ah si ! à cause du rapt. – Marche ! À contrecœur, il obtempéra. Des informations importantes étaient stockées dans son cerveau, mais elles étaient inaccessibles. Tout bougeait. Un groupe de passants se dispersa autour de lui. Tout le monde allait quelque part. Wil aurait dû faire de même et rejoindre quelqu’un. À sa gauche, un oiseau piailla. Ou un téléphone. Le petit plissa les yeux en direction d’un écran.
– Moore. – Où ça ? – Aux arrivées nationales. Droit devant. (Wil trouva l’idée saugrenue : voir la mort dans un terminal.) On connaît une « Moore » ? – Oui. Une nouvelle. – Merde. Je déteste buter des filles. – On s’y fait. Un jeune couple passa, main dans la main. Des amoureux. Le concept semblait familier. – Par ici, dit le grand en guidant Wil en direction d’une librairie. Wil se retrouva face au rayon « Nouveautés ». Ses pieds glissaient toujours, et il tendit le bras pour se rattraper quand une douleur fulgurante le transperça. – Un problème ? – Probablement rien, murmura le grand. Ou alors c’est Moore qui passe derrière nous dans une robe d’été bleue. Un reflet glissa sur les couvertures brillantes tandis que Wil essayait de comprendre ce qui l’avait poignardé. C’était un fil de fer qui dépassait de la pancarte. Le bon côté de la chose, c’était que la piqûre avait un peu dissipé le brouillard qui lui obscurcissait l’esprit. – Les nouveautés… C’est toujours là qu’il y a le plus de monde, déclara le grand. C’est ce qui attire les gens. Pas le mieux, le nouveau. Comment ça se fait, à ton avis, Wil ? Wil se piqua avec le fil de fer. Il était trop hésitant, le sentait à peine. Alors, il recommença, plus fort cette fois. Une vague de douleur déferla dans son esprit. Il se souvint des aiguilles et des questions. Sa petite amie, Cecilia, l’attendait devant dans un 4 x 4 blanc, sur le parking dépose minute. Ils avaient tout préparé avec soin. Il était en retard. À cause de ces types. – Je crois que la voie est libre, dit le petit. – Va vérifier, rétorqua le grand. (L’autre s’en alla.) Bien, Wil. Dans quelques instants, on traversera le hall et on descendra une série d’escaliers. On contournera quelques avions, puis on embarquera dans un joli jet de douze places, très confortable. Ensuite, on nous servira des collations et des boissons, si tu as soif. (Il le regarda.) Toujours avec moi ? Wil saisit le visage de l’homme, sans avoir prévu la suite. Alors, il chancela en arrière, cramponné à la tête du type, et trébucha sur un panneau d’affichage en carton. Ils tombèrent et se retrouvèrent ensevelis sous le manteau beige et un monceau de livres éparpillés.Cours, se dit Wil, et oui, c’était une bonne idée. Retrouvant l’usage de ses jambes, il fonça vers la sortie. Dans la vitrine, il aperçut un homme au regard fou et se rendit compte que c’était lui. Il entendit des cris perçants et des voix inquiètes, peut-être le grand qui se relevait et qui, Wil s’en souvenait à présent, avait un pistolet, ce qui,a priori, était le genre de détail qu’on n’oubliait pas. Il sortit en titubant dans une nuée aveuglante de visages effrayés et de bouches bées. Il avait du mal à savoir ce qu’il faisait. Ses genoux menaçaient de céder, mais s’agiter lui remettait les idées en place. Apercevant des escalators, il se précipita dans cette direction. Des balles sifflaient derrière lui mais, à son grand soulagement, les gens s’écartèrent de son chemin, quitte à se jeter sur le côté. Il atteignit l’escalier mécanique, mais ses pieds sur patins à roulettes poursuivirent leur chemin, et il tomba à plat dos. Le plafond se mit à bouger lentement. Là-haut, les dalles étaient sales. Dégoûtantes, même. Il se redressa, se rappelant Cecilia. Et le fusil de chasse. Et à présent qu’il y pensait, où étaient les vigiles ? C’était portant un aéroport. Il empoigna la rampe dans
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