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M.

De
200 pages
Le roman s’ouvre sur le récit d’un meurtre en apparence gratuit. Élodie reçoit les confidences de l’assassin, M., qu’elle dit aimer. Mû par une rage profonde, M. fait preuve d’une intolérance radicale, celle qui dicte de A à Z sa solution finale. Dans un bar, sa route a croisé celle de Robert, un quinquagénaire cherchant à retrouver dans les furtifs contacts avec de jeunes hommes l’émoi initial éprouvé à quatorze ans pour un condisciple d’une beauté insolente. Habile équilibriste, Hans-Jürgen Greif place ses personnages sur le fil d’une lame acérée. Personne n’en sort indemne.
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M.
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Du même auteur : Das Thema des Todes in der Dichtung Ugo Foscolos,Universität des Saarlandes, 1967. Huysmans A Rebours und die Dekadenz,Bouvier, 1971. e Zum modernen Drama,Bouvier, 1973 (2 1975).édition : Siegfried Lenz : Das szenische Werk,en coll. avec W. J. Schwarz, Francke, 1974. Christa Wolf : Wie sind wir so geworden wie wir heute sind ?,Lang, 1978. Kein Schlüssel zum Süden,Bläschke, 1984. L’autre Pandore,roman, Leméac, 1990. Berbera,récits, Boréal, 1993. Solistes,nouvelles, L’instant même, 1997. Literatur in Québec/Littérature québécoise 19602000,en coll. avec François Ouellet, essai, Synchron Wissenschaftsverlag, 2000. Orfeo,roman, L’instant même, 2003 (paru en anglais sous le même titre, Véhicule Press, 2008). La littérature québécoise 19602000,en coll. avec François Ouellet, essai, L’instant même, 2004. La bonbonnière,en coll. avec Guy Boivin, roman en portraits, L’instant même, 2007. Le jugement,roman, L’instant même, 2008. Le chat proverbial,histoires, L’instant même, 2009.
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HANSJÜRGEN GREIF
M. roman
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Maquette de la couverture : AnneMarie Jacques Photocomposition : CompoMagny enr. Distribution pour le Québec : Diffusion Dimedia 539, boulevard Lebeau Montréal (Québec) H4N 1S2 Distribution pour la France : Distribution du Nouveau Monde © Les éditions de L’instant même et HansJürgen Greif, 2010 L’instant même 865, avenue Moncton Québec (Québec) G1S 2Y4 info@instantmeme.com www.instantmeme.com Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2010
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Greif, HansJürgen M. ISBN 9782895022961 I. Titre. PS8563.R444M3 2010 C843’.54 C20109406907 PS9563.R444M3 2010
L’instant même remercie le Conseil des Arts du Canada, le gouvernement du Canada (Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition), le gouvernement du Québec (Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC) et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec.
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e couteau, je ne l’avais pas dans la main en sortant « de la voiture. Le type ne s’est pas retourné, il venait trop sLûr de lui, il ne m’a pas regardé. Ce couteau m’a coûté cher.  d’ouvrir le coffre. Une grave erreur de sa part, il était Je l’ai acheté l’année dernière, un simple couteau de cuisine, drôlement bien fait, un produit allemand. Le vendeur m’a dit qu’il servait à éplucher les légumes. Je n’avais pas l’intention d’éplucher quoi que ce soit en l’achetant. La lame est pointue, rigide, pas flexible comme ces trucs anglais qu’on vante tant. Le poids qui montre que c’est du solide. En acier trempé, avec un manche en bois noir. Tous les jours, je l’ai tenu dans ma main et je lui ai dit :Tu vas faire ce que je veux que tu fasses. Tu t’enfonces dans la chair, et tu reparais, plein de sang. J’aime ces mots,«enfoncer»et«sang». Quand j’ai dit au type de se la fermer, d’arrêter la voiture et de sortir, parce que nous étions arrivés, je sentais le poids du couteau dans la poche intérieure de mon blouson. «S’il avait fait beau, j’aurais fait du stop sur l’autoroute, mais avec ce maudit crachin qui n’arrête pas… Je déteste me promener sous la pluie, ça abîme les vêtements et les chaussures. Le type a insisté pour me ramener. De sa maison de campagne
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jusque chez moi, c’est un trajet d’environ cent vingt kilomètres, un peu plus d’une heure si on roule bien, mais nous avons mis moins de temps que ça. Je suppose qu’il n’avait rien d’autre à faire, le type. Il était en arrêt de travail, qu’il m’a dit. Rien à foutre. Il avait de l’argent. Ça m’a suffi. Dans le bar où je l’ai rencontré hier soir, je l’ai vu sortir un joli portebillets pour payer. J’aurais peutêtre dû refuser son offre ; ainsi, je ne l’aurais pas tué. Mais je ne voulais pas attendre au bord de la route qu’un type s’arrête pour ensuite me raconter sa vie de crétin ou me poser des questions banales. Tu le sais, la stupidité, ce n’est pas mon genre. Si j’ai appris quelque chose dans la vie, surtout après mon passage en taule, c’est qu’il faut profiter de chaque occasion qui se présente. Je suis donc monté avec lui, même si j’avais envie de lui démolir le faciès. «Il me dégoûtait. Un mou, comme tous ceux de son espèce. Ils sont pitoyables quand ils font leur numéro de machos. Il avait une haleine de bête préhistorique. Insupportable. Quand il m’a demandé où j’irais après être passé prendre mes affaires, j’ai détourné la tête pour ne pas avoir cette puanteur en plein visage. C’est grossier, se promener avec une telle haleine. Il ne savait rien de moi, sauf que j’allais prendre mes cliques et mes claques, et que je m’en irais, n’importe où. Il espérait peutêtre que j’allais me confier à lui. Tu parles ! Faut que je sois soûl, et encore. Je n’aime pas me soûler. Je n’ai rien répondu. Il a continué son laïus stupide. Que c’était dommage, un gâchis, moi si jeune, avec toutes mes connaissances, bonne éducation, blablabla. Il a répété je ne sais plus combien de fois que je valais mieux que ça. Et beau garçon pardessus le marché. Je lui ai crié d’arrêter son cirque de sauveteur d’ange déchu. Je brûlais de lui éclater la gueule. La colère, je la sentais monter en moi. Il ne comprenait rien à rien. À ma vie, je veux dire.
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«On a fini par arriver.Je lui ai fait signe de s’engager dans la ruelle et de rouler doucement. C’est étroit et à peine éclairé. La nuit, on n’y voit presque pas. Surtout pas garer la voiture dans la rue, trop de circulation. «Je lui ai donné l’ordre de s’arrêter à cinquante mètres de l’immeuble et de m’attendre. Il n’a rien dit. Ça faisait déjà un bon moment qu’il se taisait. Il a éteint les phares, mais laissé tourner le moteur. Il boudait parce qu’il n’avait pas eu de moi ce qu’il voulait, le vieux bouc. «Il est sorti de la voiture, a ouvert le coffre, puis s’est penché pour prendre mon sac qu’il a laissé tomber sur le gravier comme si c’était une chose dégueulasse. La petite ampoule du coffre éclairait juste assez pour que je voie le pincement de mépris sur ses lèvres. Il était vieux et laid, avec plein de plis sous ses bajoues, son double menton, la graisse suivait chaque mouvement de sa mâchoire. C’est pour ça que j’ai piqué cette colère, ça me rend fou de rage, le mépris d’un mec comme celuilà qui n’a rien dans le ventre. Le salaud, il voulait me montrer qu’il était supérieur, qu’il me menait par le bout du nez, moi. Qu’il pouvait me laisser tomber comme un torchon sale. J’ai vu rouge. Pas la colère qui se développe lentement quand on me dit des inepties, non, celle qui me tombe dessus sans que je la voie venir, la rage, la vraie. Au Centre, ils m’ont donné des médicaments pour contrôler ces poussées d’adrénaline. J’ai toujours refusé de les avaler. Pas question de me réduire à l’état de légume, je veux vivre ma vie comme je l’entends, moi. Un jour à la fois. «Mes mouvements ont été quasi automatiques. Dans ma tête, je les avais répétés je ne sais plus combien de fois. J’ai glissé la main dans la poche intérieure de mon blouson, calmement. Puis, j’ai sorti le couteau de sa gaine en cuir. J’ai levé le bras et je lui ai enfoncé le couteau dans le dos. Dans le dos de ce
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sac de merde. La lame est entrée sans la moindre résistance, j’avais la sensation de la planter dans une épaisse couche de caoutchouc. Elle a traversé le veston et le pull, un pull beige à col roulé, en laine fine, un truc cher. J’ai rapidement ressorti la lame. C’est à ce moment qu’il s’est retourné pour me regarder. La lumière venant du coffre était assez forte pour que je puisse distinguer son visage. Il avait l’air étonné. Pas de grimace de douleur, rien. Je crois qu’il voulait dire quelque chose, mais il a pris une profonde inspiration en émettant un bruit bizarre qui m’a rappelé celui d’un conduit qu’on débouche. J’avais peut être touché le poumon. Il a fait deux pas du côté du conducteur. C’était clair, il voulait prendre le volant et partir. Si je l’avais laissé sortir de la ruelle, il aurait filé tout droit jusqu’au prochain poste de police. On aurait tout de suite envoyé une voiture. À pied, je n’aurais pas pu aller loin, ils m’auraient rattrapé en un rien de temps. Dans ma tête, j’entendais déjà les chiens aboyer et s’arrêter à quelques centimètres de moi, les crocs à découvert. Je me suis juré qu’ils n’auraient pas ma peau, pas comme après l’incendie. En taule, on devient malin. Je n’aime plus courir de risques. Je m’abstiens de faire un boulot, petit ou grand, quand je ne suis pas sûr du résultat. Ce serait stupide. Avant l’incendie, je faisais n’importe quoi, des choses imbéciles pour letrip.Plus maintenant. «Je devais l’empêcher de s’asseoir derrière le volant. Il me fallait la voiture pour me sortir de là. Du sang sur le siège du conducteur, imagine l’effet dans une stationservice. À ce momentlà, il ne saignait pas beaucoup, pas encore, mais sur son veston, la tache grandissait, à chaque battement de cœur, je suppose. «Il fallait terminer ça. Je l’ai frappé deux fois encore, rapidement. J’avais souvent rêvé de frapper comme je l’ai fait. De plonger le couteau dans un corps, deux, trois fois au
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