Ma vie dans les bras de la mort

De
Publié par

Un soir de quiétude, assis à ma table, directement sur le clavier de mon ordinateur, j'avais commencé à écrire cette sordide histoire de petit fonctionnaire qui décidait de faire le ménage autour de lui... la petite histoire était devenue un livre, un roman, presqu'à mon insu: la vie privée d'un homme devenu serial killer... sa vie, son oeuvre, ses amis, ses victimes, ses voisins, ses amours. Ce serial-killer, qui est-ce? Le connais-je? Suffisamment en tout cas pour que j'écrive un ouvrage sur lui, sa vie, son oeuvre... Est-ce un ami, un collègue, un voisin? Ce sentiment d'être intime... familiarité, promiscuité... comme si c'était moi... Est-ce moi? Tous les faits, tous les personnages, je sais ce qu'ils et qui ils sont, je les ai connus... presque tous... Ont-ils tous rencontré la longue lame effilée que je porte généralement sur moi?
Publié le : mardi 27 octobre 2015
Lecture(s) : 3
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342043464
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342043464
Nombre de pages : 276
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Didier Larèpe MA VIE DANS LES BRAS DE LA MORT
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France IDDN.FR.010.0120429.000.R.P.2015.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2015
Prologue
« Si il y a des miracles artistiques, ils doivent en effet ressembler à ceux de la grâce, dont j’ai toujours imaginé qu’il devait être plus facile de racheter un homme perdu de vices et de crimes, qu’un commerçant borné, cupide et impitoyable. »
1 Albert CamusJe repose sur la petite table basse de la salle d’attente cette revue que je lisais distraitement : je viens juste de commencer de parcourir l’interview d’une starlette du moment… je ne connaissais même pas son nom il y a encore quelques minutes… et je ne suis pas sûr de l’avoir jamais su ni eu envie de le savoir, en tout cas pas pour le mé-moriser, la vie est trop courte pour encombrer son cerveau d’inutilités. Elle – ou il, on s’en fout un peu – répond à une question profonde d’un magazine à la mode : « Pourquoi aimes-tu les polars ? » tutoiement de rigueur pour cette égérie des djeuns, je n’ai pas le temps de prendre connaissance de sa réponse – y survivrais-je ? – le docteur Soulson sort de son cabinet et me convie à le suivre : je re-pose sur la petite table basse de la salle d’attente cette revue que je lisais distraitement. C’est une question qui m’amuse. Je me dis que ce pourrait être une bonne introduction à un roman autobiographique, le mien, narrer ma vie, raconter mes morts… Et si je reprenais à mon compte la ques-tion : « Pourquoi j’aime les polars ? »
1  Introduction à l’œuvre complète de Roger Martin du Gard, Gallimard 1955.
7
MA VIE DANS LES BRAS DE LA MORT
Ma réponse, les pages qui suivent, quelques dizaines, plus peut-être, je ne sais encore, je n’ai encore rien écrit – il ne m’était pas venu jusqu’à présent une idée aussi saugrenue… Cette question, point de départ de ma volonté de relater, d’exposer au grand jour ce qui a constitué mon violon d’Ingres le plus secret sinon le plus in-time jusqu’à il y a peu de temps… Ce qui suit… certains le prendront pour des aveux, d’autres pour une tentative d’autopsychanalyse sinon de repentance – c’est tellement à la mode de nos jours ; moi, je n’ai aucun remords, s’excuser c’est s’accuser, sentence lue il y a peu sur une « gaufrette amusante » ! –, d’aucun pour un polar, un de plus qui encombre les rayons des supermarchés ou des pseudo-librairies fran-chisées qui ont failli nous faire croire un moment, qu’elles œuvraient pour le développement de la culture, ou une énième autobiographie d’un anonyme quelconque, persuadé de son importance et de la parti-cularité de sa petite vie… à moins qu’on ne pense tout simplement que tout ça est un gag, gag d’un petit écrivaillon de province ou bien d’un écrivain de la place… éleveur de nègres… activité sous pseudo. Quand je pense à cela aujourd’hui que je me retire des affaires, je me dis que c’est peut-être la meilleure façon de me forger un alibi de premier ordre, d’écarter de moi tout soupçon en les accumulant tous : me présenter comme l’auteur de l’une des plus belles séries de crimes de ces trente dernières années : dans la majorité des cas ici relatés, aucun crime avéré… pas de corps… ou bien comme un accident ou comme un suicide, quelques fois, la disparition de la personne même, jamais relevée ! Comme si la victime avait si peu d’importance que son absence n’avait été ni remarquée, ni déclarée. Ce qui suit, c’est le récit de ma vie, vie d’adulte – je ne suis pas précoce, je n’ai pas commencé à douze ou treize ans comme c’est la dérive inquiétante aujourd’hui. Et aujourd’hui : j’arrête… j’y suis contraint… Je le fais de manière éblouissante, sans l’avoir voulu, d’une manière un peu trop voyante et démonstrative, que je n’ai pas recherchée, qui aurait pu m’être fatale, braquant sur mon œuvre ul-time la meute des médias y compris nationaux, y compris levingt heures, y compris ces nouveaux réseaux sociaux… Je finis en beauté ; j’ai bien failli finir tout simplement !
8
MA VIE DANS LES BRAS DE LA MORT
Alors, cette question, « Pourquoi j’aime les polars ? », pourquoi j’aime en lire aussi… Pas tant que ça en fait, bien moins que la SF ou la fantasy et moins encore que la littérature, toute la littérature, Cé-line… Proust… Murakami… Buzzati… Balzac… et même Nothomb… bon, je ne vais pas faire la liste, pas grand intérêt ! Non que j’aie tout lu, mais parce que la lecture a toujours été pour moi une activité aussi vitale que boire ou manger… ou tuer. Pourquoi j’aime en voir, films… souvent bien trop pompeux pour pas grand-chose… séries télévisées, même américaines, pas pour y relever les invraisem-blances, au regard de mon expérience s’entend ! simplement par délassement ; mon seul point commun avec Dexter c’est que, comme lui, je tue mais moi, je ne suis pas justicier ! Il est possible que dans le lot j’ai débarrassé la terre de quelques salauds, peut-être d’autres meurtriers, je ne sais pas, je ne m’en suis jamais préoccupé, j’ai tué des êtres qui croisaient ma route et qui me causaient tort, sans toujours s’en rendre compte, des personnes qui m’irritaient par leur vulgarité, leur laideur, leur bêtise, leur mauvais goût. Il n’en a pas toujours été ainsi : à mes débuts je le faisais de manière épidermique, une sorte de tout, tout de suite, ici et maintenant stérile… et, comme tout ce qui est spontané, c’était un peu brouillon, pas toujours très logique, mes victimes n’avaient que le tort d’être là au mauvais moment. Et puis, je me suis professionnalisé. Peut-on dire que je me suis donné un but ? Peut-être ! À partir de ce moment, ceux que j’ai pris pour cible étaient, d’une façon ou d’une autre, des personnes malfaisantes, malsaines, funestes, des êtres qui salissaient le monde et sa beauté, représentants de cette plèbe nuisible qui a dorénavant pris le pouvoir… partout… C’est peut-être aussi pour cela que j’arrête… découragé par l’ampleur de la tâche. Je ne cherche pas à me disculper, j’ai quand même contribué à nettoyer les caniveaux… mais quand les caniveaux débordent ? J’ai ainsi – et je ne dis pas ça pour me justifier ou pour adoucir le trait –, à ma manière et très modestement, contribué à limiter les déficits publics, les diffé-rents trous des organismes sociaux… J’ai aussi su faire plaisir, rendre service, soulager des amies. Toute une activité ni régulière ni princi-pale, je serais incapable, là, maintenant, de dire combien de fois je m’y
9
MA VIE DANS LES BRAS DE LA MORT
suis livré, combien de victimes, quand je terminerai ce récit, je pourrai écrire un chiffre, je tracerai sur ma feuille un certain nombre de lettres qui, mises bout à bout, formeront des mots qui à leur tour formeront un chiffre, sans pour autant le représenter… il y a peu de chance que le nombre de lettres et de mots qui me serviront à écrire ce chiffre ait un quelconque rapport avec le chiffre lui-même. Je ne suis pas kabba-liste, je ne cherche pas à déchiffrer le nom de Dieu… Au moins m’en serais-je rapproché. Il doit y en avoir quelques dizaines… ce qui pourrait faire de moi un tueur en série, unserial killer comme on dit dans les romans… mais je n’en suis pas un, je n’ai pas de petites manies dégoûtantes… Je tue parce que c’est mon droit ; pas celui des petits « jyaidroit » mais celui de ceux à qui le monde appartient ! Certaines victimes ont été retrouvées, beaucoup en fait, pas la dernière, j’y ai tenu, c’est le gage de mon immunité à partir d’aujourd’hui et le symbole de mon arrêt… J’arrête…TUER TUE. Faire disparaître les corps, c’est ce qu’il y a de plus compliqué dans cette activité. Pourquoi, à chaque fois que je l’ai pu, je m’en suis abs-tenu, préféré opter pour l’accident ou le suicide ; ou la fuite lâche, la cavale… Il ne faut pas seulement faire disparaître les corps, quand on choisit cette option, il faut le faire définitivement, pas seulement quelques années, et qu’ensuite on les retrouve, qu’un flic, un juge… se croit obligé de faire du zèle… et les techniques de plus en plus sophistiquées qui ont cours aujourd’hui et progressent continuelle-ment… J’ai bien fait de toujours privilégier cette partie de mon œuvre, meilleure manière de dissimuler les conséquences de mes acti-vités. Escamoter un corps, c’est fastidieux, ça nécessite de la prépara-tion, on ne peut pas n’y penser qu’après, après c’est trop tard : on a pu être vu, on n’y a pas fait attention, on a pu laisser des traces, des indices. Un corps, c’est lourd, c’est encombrant, ça pue vite… Le faire disparaître c’est tout prévoir, dire quand, dire où, dire qui, dire comment, dire combien. À mes débuts, je l’ai déjà dit, je vais essayer
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Axis Mundi

de Mon-Petit-Editeur

suivant