Maëlstrom éxotique

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Sepherd Edwards, jeune homme en quête d’absolu et libre comme l’air, décide sur un coup de tête de partir pour le Viêtnam. Une invraisemblable fuite en avant commence, faite de paysages merveilleux et de rencontres amoureuses, d’amitiés éphémères et d’alcool coulant à flots, de bagarres et de parties de poker, de galères ordinaires et de moments de grâce, à travers laquelle Sepherd poursuit une unique ambition : n’être qu’un vaste rien.
Maelström exotique renouvelle le roman d’aventure. Porté par l’énergie du désespoir, il nous entraîne, sur un rythme rapide, dans une narration proche des séries télévisées américaines, tout en rebondissements et péripéties, aussi cocasses qu’enragés.
Publié le : mardi 24 février 2015
Lecture(s) : 6
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756106205
Nombre de pages : 327
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Thibaut Blondel
Maelström exotique
roman


Sepherd Edwards, jeune homme en
quête d’absolu et libre comme l’air,
décide sur un coup de tête de partir
pour le Viêtnam. Une invraisemblable
fuite en avant commence, faite de
paysages merveilleux et de rencontres
amoureuses, d’amitiés éphémères et
d’alcool coulant à flots, de bagarres et
de parties de poker, de galères
ordinaires et de moments de grâce, à
travers laquelle Sepherd poursuit une unique ambition : n’être qu’un vaste
rien.

Maelström exotique renouvelle le roman
d’aventure. Porté par l’énergie du
désespoir, il nous entraîne, sur un
rythme rapide, dans une narration
proche des séries télévisées américaines,
tout en rebondissements et péripéties,
aussi cocasses qu’enragés.

Thibaut Blondel a 23 ans. Il vit près de
Bordeaux. Maelström exotique est son
premier roman.

Photo : Thibaut Blondel par Samuel Boivin
(DR).

978-2-7561-0619-9EAN numérique : 978-2-7561-0620-5

EAN livre papier : 9782756103709


www.leoscheer.com MAELSTRÖM EXOTIQUE© Éditions Léo Scheer, 2012
www.leoscheer.comTHIBAUT BLONDEL
MAELSTRÖM EXOTIQUE
roman
Éditions Léo Scheer1
Je passais l’après midi au Café Brun dans la petite
pièce du fond.
C’était un rade superbe, authentique et poussiéreux,
avec de grandes affiches et des tableaux accrochés
aux murs jaunes et bois. Les serveurs étaient sympas,
juste ce qu’il faut entre ignorance absolue et
sympathie débordante. Je passais donc l’après-midi là,
quasiment seul, attablé devant les pintes de bière
déposées successivement par le barman.
Sur les coups de 18 heures, un groupe de musicos
poussa la vieille porte battante en bois de l’endroit
repeinte en vert bouteille. Ils débarquèrent avec tout
leur matos. Penché sur ma bière, je les regardai
déballer les caisses et les cymbales, le micro, la basse
électrique et l’ampli Marshall en sirotant
tranquillement ma pinte du moment. Quand le barman vint
me ravitailler, je lui demandai qui était ce groupe.
Son doigt se porta alors vers une affiche que le
ventilateur de la salle faisait flotter au mur : Les
Pathfinders. Jamais entendu parler. Malgré tout,
7dès les premières balances, leur son me brancha.
Le batteur arborait une casquette gavroche et des
rouflaquettes anachroniques mais ses doigts étaient
vifs et précis sur les baguettes ; le bassiste n’avait,
quant à lui, aucune idée d’un quelconque style
vestimentaire mais son jeu était calé au millimètre
près pour faire valser le médiator sur les cordes de
son instrument ; un vrai champion. La chanteuse,
elle, était mince et brune avec des tatouages
remontant sur le bras gauche. Elle avait une voix
puissante et se tapotait les hanches avec les mains
en ondulant langoureusement du corps, ce qui, je
n’ai pas besoin de le dire, la rendait terriblement
excitante.
Peu à peu, la nuit commença à tomber dehors et
le barman se chargea d’allumer une quantité
astronomique de bougies dans de petits photophores.
Le rade se remplissait doucement en s’illuminant.
Il se situait à l’angle d’une ruelle déserte et d’une
rue touristique de Bordeaux. La minuscule pièce
du fond dans laquelle j’étais posté donnait sur la
ruelle alors que la salle principale se trouvait en
contrebas, côté touristique. Mais quand les gens
passaient devant l’entrée, ils pouvaient entendre
le son s’extraire de la vieille façade en pierre.
Quelques-uns rentraient, d’autres s’arrêtaient puis
8continuaient leur marche sur les pavés de la rue
Saint-Rémi.
Comme l’endroit se remplissait à vue d’œil, les
places vinrent vite à manquer. Certains s’assirent
dès lors sur les marches ou même directement sur
les vieilles planches de bois grisâtres qui faisaient
office de parquet. De mon côté, j’occupais seul une
table prévue effectivement pour quatre personnes.
Alors, au bout d’un moment, un gus et deux nanas
se plantèrent devant moi en invoquant ma bonté
naturelle. Je levai les yeux sur eux avant de les laisser
prendre place à ma table en grommelant. Le gus
dit que ça méritait bien qu’il m’offre une bière.
J’acquiesçai. La chanteuse des Pathfinders brailla
dans son micro : « Bonsoir, nous sommes les
Pathfinders, et voici notre premier titre, “Books Of
Moses”. » La musique se mit en route, un cri ou
deux fusèrent dans la salle, les pieds peu à peu
commencèrent à battre la mesure, la bière se
répandit sur le parquet, les rires et les
encouragements s’accentuèrent dans la foule, un couple de
rockers fous se lança dans des figures acrobatiques
face à la minuscule scène pendant que le bassiste,
le visage dégoulinant de sueur, transperçait la foule
avec ses riffs diaboliques et montrait qui était le
9patron. La beauté ne pouvait qu’être arrogante, me
dis-je à ce moment-là. Le batteur, lui, était serein,
bien que nous ayons l’impression qu’il nous avait
arraché les os pour jouer avec. Mon offrande de
bière finit par arriver. Je remerciai le mec en levant
ma pinte dans sa direction, et j’éclusai mon verre,
en bougeant la tête au rythme des accords.
Une fois le concert fini, le bar désemplit
rapidement.
Je restai encore à regarder les musicos ranger leur
matériel à la lueur des bougies chancelantes. J’avais
de plus en plus les idées embrumées, avec toute
cette bière. Mes partenaires de table mirent les
voiles en me souriant de manière condescendante,
et je me demandais à présent quoi faire. Le bar
allait bientôt fermer. Je ne voulais rien faire, hormis
rester là et attendre. Attendre n’importe quoi. Une
guerre, un meurtre, une avalanche d’alcool, rien.
Attendre est un bon alibi lorsqu’on est paresseux.
C’était mon histoire, celle d’un homme paresseux
qui ne se considérait comme rien, mais sans
apitoiement sur lui-même. Rien dans le bon sens du
terme, pas péjorativement. Voilà, je voulais qu’on
me considère comme rien. Rien, tout simplement.
Pour moi, c’était une fierté mais les gens ne
compre10naient pas que l’on puisse vouloir n’être rien. Un
homme sans profession, sans but, qui passait sa vie
à ne rien tenter, à remettre le peu de choses qu’il
avait à faire au lendemain, à ne pas se mouiller…
Un homme qui rigolait en regardant la vie et son
fichu destin droit dans les yeux, la mâchoire détendue
et le regard brillant, était forcément une ordure
pour la bienséance, pas vrai ? Et puis, c’était parce
que tout le monde s’agitait à faire quelque chose en
tentant l’impossible que la planète devenait un
sacré bordel. Moi, j’étais le héros du rien. Quand
je recroisais d’anciennes amies du lycée devenues
caissières au Leclerc du coin et qu’elles me
demandaient ce que je devenais, cela me rendait barge.
Parce que je leur répondais « rien », et qu’elle me
rétorquait niaisement : « Mais t’es mort ou quoi ? »
Ta gueule, connasse de bipeuse, je suis la bonté
incarnée, je ne prends aucune place, je vous laisse
vivre vos existences à la con. Si tout le monde
souhaitait vivre comme toi des rêves de gloire et
tout mettre en œuvre pour y parvenir, en pensant
que les personnes qui l’entourent ne sont que de
vulgaires spin-off, le monde aurait explosé depuis
longtemps. C’est moi et l’armée de ceux qui ne sont
rien, les vrais héros. On devrait me remercier plutôt
que de me sourire de manière condescendante.
11Tout avait commencé quand Zielteux voulut donner
un sens à ma vie.
Au téléphone, il m’avait dit : « C’est bon, on roule.
Il faudra retravailler certains passages mais quand
tu lâches les chiens, c’est de la puta madre, mon
pote. » Moi, je m’étais préparé à ce qu’il dise : « Non
petit mec, pas assez féroce, va faire un tour à
Varsovie et repasse quand t’auras léché suffisamment
de putes syphilitiques », et cela m’aurait convenu
comme ça. Parce qu’il faut bien le dire, j’étais un
écrivain dilettante. Certaines de mes phrases
tapaient dans le mille mais j’étais souvent trop
indolent pour développer des idées ou proposer une
description digne de ce nom. Mais là, ce vicelard
d’éditeur me poussait à devenir quelqu’un qui fait
quelque chose : un écrivain qui s’implique, qui
corrige ses fautes d’orthographe en replaçant avec
style ses lunettes de vue hors de prix.
J’avais reçu son appel en fin de matinée et décidé
de venir au Café Brun pour réfléchir à la suite des
événements. Que faire ? Il m’avait balancé ça cash :
« Je t’envoie un billet d’avion demain pour monter
à Paris et on signe le contrat dans la foulée. » Juste
avant de raccrocher, je lui avais répondu qu’il me
fallait un verre avant de décider quoi que ce soit.
12Le barman se chargeait désormais d’éteindre les
bougies en soufflant dessus. Il avait déjà fini de
retourner toutes les chaises sur les tables des deux
salles. Je me retrouvai donc au comptoir, assis sur
un tabouret bancal, une dernière pinte ruisselante
entre les doigts quand il me dit du bout du zinc,
son chiffon détrempé sur l’épaule :
— Ça va être l’heure, Sepherd, on baisse le rideau.
Après avoir fait glisser quelques pièces sur le comptoir,
je basculai sur le côté de mon tabouret avant de
souffler sur la bougie devant moi. Une volute
s’échappa de la mèche encore incandescente.
C’est ce moment-là que je choisis pour me mettre
en route.
Je sortis devant le Café Brun, et j’allumai une clope
dans la rue déserte en scrutant les alentours.
J’aspirai puis recrachai une bouffée de fumée avant
de descendre tranquillement la rue Saint-Rémi en
direction de la place de la Bourse et de la Garonne.
Seul le bruit de mes boots résonnait dans le quartier,
jusqu’à ce que j’entende des rires et le tohu-bohu
rigolard d’une assemblée. De loin, j’aperçus sur la
droite un immeuble entièrement éclairé. Il n’y
avait pas de turne à cet emplacement-là, je
connaissais pratiquement tous les bars de la rue.
Curieux, je marchai jusqu’au point d’émission et
13remarquai sur la façade une plaque en or indiquant
Consulat Honoraire du Pérou. Les bars étaient
tous fermés et je détestais plus que tout les boîtes
de nuit. Et surtout les DJs qui y sévissaient. Ces
enfoirés ne comprenaient pas qu’un groupe en
chair et en os était bien meilleur que leur bouillie
auditive. Plus humain, plus fédérateur. L’avènement
de la soul a tout foutu par terre. Allez donc au Café
de Paris à Londres un vendredi soir, et vous
comprendrez ce que je veux dire. Mais c’est une autre
histoire… Bref, j’écrasai ma cigarette contre la plaque
dorée en me disant que les diplomates, eux aussi,
devaient être de sacrés soiffards. Je passai le seuil
de la porte en me recoiffant et en contrôlant le
niveau de fétidité de mon haleine. Pas top. Faute de
mieux, je montai les grands escaliers en colimaçon
de l’immeuble pour débarquer sur le palier du
premier. Un petit écriteau Par ici me guida. J’entrai
dans un appartement avec moulures, cheminées
style rococo, vaste hauteur sous plafond et tout le
tremblement. On rigolait sec là-dedans, des rires
convenus, cela se sentait. Il y avait un orchestre de
jazz au fond de la salle, tout près d’un bar en bois
verni. Au son des cuivres, je me rapprochai du
pingouin qui se trouvait derrière le comptoir et lui
commandai un rhum. Il acquiesça en plongeant
14ses mains derrière le pupitre et me servit le verre
dans la seconde. C’est alors qu’un type d’une
quarantaine d’années avec une dignité certaine
dans son allure fondit sur moi. Il était maigre et
grand, brun, gominé, QI sans doute supérieur à
120, ayant des objectifs précis dans l’existence, le
connard absolu :
— Bonsoir ! À qui ai-je l’honneur ? demanda-t-il
d’un ton sec et fielleux.
Il avait sans doute remarqué que ma tenue faisait
tache dans le décor. En silence, je bus une gorgée
de rhum en le regardant droit dans les yeux puis
j’embrayai :
— Piero, Piero Manzoni, journaliste à Sud-Ouest !
Désolé, je suis un peu en retard. Je viens juste
d’arriver…
Il fut surpris mais réagit rapidement, comme les
gens qui ont de grandes responsabilités savent le
faire :
— Oh ! Enchanté, monsieur Manzoni. J’eus même
droit à une poignée de main enthousiaste. Je m’appelle
Newton Gale, je m’occupe de coordonner ce genre
de petites congrégations aux quatre coins du monde.
Je ne savais pas que nous devions accueillir un
journaliste, dit-il en inclinant la tête, comme si
quelque chose dans ma présence lui échappait. Eh
15bien, soyez le bienvenu ! Buvez, mangez autant que
vous le voulez, vous êtes ici chez vous.
— Merchi, articulai-je difficilement en croquant
un glaçon avant de reprendre : Dites, vous sauriez
pas où sont les toilettes ?
— Bien sûr, au fond du couloir à gauche,
m’indiquat-il. On se revoit tout à l’heure.
Je marmonnai un « compte là-dessus » dans ma
barbe avant de me diriger vers ledit couloir.
J’ouvris la porte des toilettes et m’avançai vers une
des deux pissotières qui trônaient dans la pièce. À
peine étais-je affairé à la chose que des bruits de
succion me parvinrent aux esgourdes. Ils semblaient
provenir tout droit du box des chiottes pour
handicapés. Ceux-ci étaient entrouverts. Alors,
discrètement, je jetai un œil au spectacle. Un type
d’une trentaine d’années se faisait turluter le nœud
par une vieille bourgeoise d’au moins soixante-dix
balais. Le gus tenait dans la main droite une photo
ancienne en noir et blanc d’une jeune fille de vingt
ans, en bafouillant :
— Tu étais magnifique quand tu étais jeune
Candice, vraiment, vraiment magnifique !
dégoulinait-il.
16Effectivement, sur la photo, elle était superbe.
Mais aujourd’hui, quelques décennies après que
cette photo eut été prise par une belle journée de
printemps, ce n’était plus qu’une peau flasque et
sèche qui tentait difficilement de faire bander
un jeune premier.
Ni dégoûté ni excité, je tournai les talons et
m’embringuai à nouveau dans le couloir. Là
encore, derrière une porte entrouverte s’extrayait
un mince filet de lumière. Les portes à demi
ouvertes m’avaient toujours intrigué et je semblais
justement être au beau milieu d’une soirée à thème
ayant pour dénomination quelque chose du genre :
« Derrière quelle porte se trouve l’octogénaire qui
fait des fellations à la chaîne ? » Je fis donc un pas
en avant et poussai délicatement la porte battante.
Grincement théâtral. La pièce était somptueuse, il
devait s’agir du bureau personnel du consul. Du
bois précieux partout, quelques sculptures et des
tableaux dispersés çà et là sur les murs. Un mobilier
signé par les rock stars du design. Une méridienne
LC4 de Le Corbusier en crin de poney, un siège
Barcelona de Ludwig Mies van der Rohe en cuir
italien noir, un fauteuil Lobby ES 104 couleur
havane de Charles et Ray Eames… Je faisais ainsi le
tour du propriétaire quand un bruit sous l’énorme
17des applaudissements saluaient la prestation du
pianiste au terme d’une dernière note éternelle,
pendant que quelque part ailleurs, un vieillard
rendait son dernier souffle à l’arrière d’une
ambulance fonçant vers un hôpital.
La vie suivait son cours sur terre à un rythme
effréné…
Quant à moi, le rien, je sortis l’iPod de mon sac à
dos en choisissant une chanson. Ce serait « Illusion »
de VNV Nation. Je m’avançai enfin et passai la
porte automatique. J’avais traversé ce fascinant
Viêtnam du nord au sud, à pied, en bus, à moto,
en train couchette ou à vélo, et j’avais rencontré
des personnes inoubliables, que ce soit ou non
dans le bon sens du terme. Je m’étais battu, j’avais
aimé, appris, enseigné, quitté, je m’étais perdu et
retrouvé…
Dans le hall de l’aéroport de l’ancienne Saigon,
devant le tableau des départs, un sourire se dessina
sur mon visage. Tous ces avions n’attendaient que
moi. J’avais 23 ans à peine, j’aspirais à voir Cuba,
la Louisiane, l’Alabama, Madagascar, le Mexique,
le Sri Lanka, le Soudan, le Costa Rica, le Kenya,
323l’Argentine… J’aspirais à voir le monde, à
m’étonner, rire, courir, comprendre, ne pas comprendre,
à pleurer des fois et puis, plus tard, à mourir.
Le constat était simple, ce serait le monde ou moi.
On connaissait le vainqueur, mais la bataille ne
faisait que commencer.

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