Max : S.K

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Haute Savoie, 4 septembre 2012 : quatre personnes abattues à Chevaline. Paris, mai à novembre 2013 : six personnes assassinées. Quelle relation existe-t-il entre ces deux affaires ? Pas de mobile, pas de lien entre les victimes. Pour tenter de résoudre cette enquête obscure et déroutante, une brillante criminologue suédoise est appelée en renfort. Belle, magnétique, ses méthodes très personnelles heurtent les enquêteurs du quai des Orfèvres, mais débouchent sur une piste ténue. Une course contre la montre s’engage alors entre un serial killer atypique qui a toujours un coup d’avance, et ce groupe de la Crim’, mené par le commandant Fromentin.  
Publié le : vendredi 26 février 2016
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EAN13 : 9791026204183
Nombre de pages : non-communiqué
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JEAN-FRANCOIS THORON

Max : S.K

 


 

© JEAN-FRANCOIS THORON, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0418-3

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Avertissements

 

Ce roman, bien qu’inspiré de faits réels, reste une fiction.

Tous les faits relatés dans cet ouvrage sont imaginaires ou inspirés d’informations publiques largement disponibles.

 

 

 

 

 

« […] il y a toujours un peu de raison dans la folie. »

Friedrich Nietzsche

 

 

 

 

 

À ma femme

À ma fille

À mon grand père

 

 

Aux quatre membres de la famille Al-Hilli assassinés le 5 septembre 2012.

 

1

 

Annecy, 4 septembre 2012

 

Max longeait le lac d’Annecy sur sa moto Honda blanche. Entre lac et montagnes, le coin est magnifique en été. Il prit à droite en contrebas de la départementale qui borde cette grande étendue d’eau. Petites, carrées, impersonnelles, ici, toutes les habitations se ressemblent un peu. Parfois, certaines présentent un aspect plus cossu, typiquement savoyard, associant un toit en tuiles grises à des boiseries apparentes.

La maison du grand-père était située au bout d’un chemin, à l’écart de la route, des bruits des voitures, des camions et des rares voisins. À la mort du vieil homme, Max en avait hérité et s’efforçait de la maintenir en état. En hiver, il venait de Paris une fois par mois pour la chauffer et faire de petites réparations. Le père Delorme, un voisin qui n’avait plus d’âge, savoyard depuis des générations, assurait un entretien minimal. Depuis un mois, il était hospitalisé pour une surinfection des bronches. Ses enfants avaient prévenu Max pour qu’il vienne un peu plus souvent s’occuper de la maison. Il devra probablement se résoudre à la vendre, car ces allers-retours incessants, entre Paris et la Haute-Savoie, lui coûtaient de plus en plus cher. Il reculait ce moment, car il avait passé la plupart de ses grandes vacances ici, lorsqu’il était enfant. À cette époque, il jouait des journées entières dans le bois, situé derrière la maison, ou sur le lac.

Il aimait parler avec Victor, son grand-père, qui évoquait ses souvenirs de guerre. Il existait entre eux deux une complicité naturelle, un amour pudique, sans étalage de sentiments. Contrairement à son frère, Max partageait beaucoup de goûts communs avec son grand-père. L’histoire, la guerre, les armes, la nature, toutes ces passions viriles et terre à terre, leur fournissaient naguère énormément de sujets de conversation.

Victor avait fait la Seconde Guerre mondiale dans les chasseurs alpins. Il en avait gardé des souvenirs intenses. L’évocation de ses frères d’armes tombés au combat lui arrachait parfois quelques larmes. Avant de s’endormir, il prenait souvent le temps de raconter à Max certains souvenirs. Sans jamais se répéter, il ne dévoilait l’histoire que par petits bouts, comme un puzzle reconstituant sa vie. Il avait servi dans le 27e BCA et avait combattu au sein de la Résistance. Ses décorations trônaient encore dans la salle à manger.

La maison restait accueillante. Ce jour-là, Max n’eut pas à allumer le chauffage, car il faisait presque vingt degrés dehors. Début septembre, le temps est encore doux l’après-midi, mais il se rafraîchit en soirée.

Le coffret en bois se trouvait dans la commode du salon, bien caché au fond d’un tiroir. Max ouvrit la boîte. L’intérieur en velours vert mettait en valeur l’arme de collection familiale, celle que Victor avait conservée depuis la guerre. Max pensa qu’il était temps de l’essayer. Par l’intermédiaire d’un ami, qui s’entraînait dans un centre de tir, il avait acheté trois boîtes de munitions de calibre 7.65, de type Parabellum.

Jusqu’à sa mort, le vieil homme avait entretenu son pistolet, un Luger P06/29 de fabrication suisse. Max décida de le démonter, de le nettoyer et de l’essayer. Il existait deux chargeurs supplémentaires ce qui permettait de tirer vingt-cinq coups en comptant la balle engagée dans le canon. Demain, il ira dans les bois pour s’entraîner à tirer en faisant un carton sur des animaux, par exemple. L’idée même de pouvoir tuer avec cette arme, cette sensation de puissance et de force qui en découle, l’excitait énormément.

Max était fonctionnaire à la mairie de Paris, un emploi peu valorisant, mais qui lui octroyait beaucoup de temps libre. À l’école, on avait détecté chez lui des aptitudes intellectuelles hors du commun. Son QI avait été évalué à 142 et il avait été considéré comme un enfant surdoué. Sur le plan sentimental, la vie de Max était désertique. Son caractère taciturne et renfermé l’éloignait des femmes. Sa vie amoureuse pouvait se résumer à quelques contacts éphémères avec des prostituées. Sans haine réelle pour les femmes, il n’avait aucune affection particulière pour elles. Il vivait dans son monde et avait peu de rapports avec les autres. Sa famille était un sujet tabou dont il ne parlait jamais.

Max était seul au monde. Depuis le décès de son grand-père maternel, il venait ici une dizaine de fois par an dans la maison de l’homme dont il avait été le plus proche.

Le soir tombait vite en septembre. Après des courses rapides au Super U de Saint-Jorioz, Max se prépara un petit festin : une soupe avec des croûtons, des spaghettis à la bolognaise et un tiramisu. Après ce copieux dîner, il s’assit dans le salon et prit tout son temps pour démonter et nettoyer son arme.

Le Luger se décomposait en plusieurs pièces principales, comme toute arme semi-automatique. L’avantage de ce type de pistolet, par rapport au revolver, est que l’on peut le recharger très vite si l’on possède des chargeurs préremplis. Max avait vu maintes fois son grand-père démonter et nettoyer le canon, la culasse et la carcasse. Demain, il pourrait le tester avec un maximum de balles puisqu’il avait deux chargeurs supplémentaires.

Il lui fallait trouver un endroit calme, sans trop de passage et à l’écart des riverains. Le bois, derrière la maison, était trop proche des habitations, on entendrait les coups de feu. Non, il devait s’enfoncer dans la montagne. Pourquoi ne pas monter par le chemin qui longe l’Ire, cette petite rivière torrentueuse ? À cette saison, avec un peu de chance, il y aurait bien quelques animaux à chasser.

 

2

 

Max ne se leva pas très tôt ce matin-là. Il faisait beau, c’était le temps idéal pour aller faire un carton dans les bois l’après-midi. La moto était prête, le pistolet aussi. Protégé par le vieil holster en cuir, Max choisit de le mettre dans son sac, ainsi que la boîte de balles. Il plaça les chargeurs dans ses poches. S’il n’était pas dérangé, il pourrait les remplir et tirer une centaine de balles.

Max regarda sa montre : 15h. La moto démarra. La route d’Annecy était dégagée. Après quelques minutes, il tourna à droite et prit le chemin du Couardet en entrant dans Doussart. Il était désert. Le moteur vrombit et une impression à la fois de puissance et d’intense liberté le saisit. Il traversa de nombreux petits villages de montagne bordés de maisonnettes. Il n’y avait pas encore de neige, mais le paysage restait magnifique.

Il emprunta la route D’Arnand. La moto longea de nouveau l’Ire qui était à peine visible. Au niveau de la route du Moulin, la voie rétrécie n’empêcha pas la moto de prendre de la vitesse. À 15 h 15, Max s’engagea sur la route forestière de la Combe d’Ire. Elle prolonge celle du Moulin et se trouve sur la commune de Chevaline. Peu de monde fréquentait cette voie très étroite. Seuls quelques cyclistes descendaient. Certains frôlèrent même la moto, ce qui énerva passablement son conducteur.

Il parcourut encore trois kilomètres sur cette petite route qui serpente dans la montagne. À 15 h 30, il s’arrêta sur un parking qui était curieusement assez dégagé pour une route en cul-de-sac. Il était désert. Max coupa le moteur. L’endroit était idéal. Cependant, le passage des cyclistes allait l’obliger à s’interrompre et il craignait de ne pas bénéficier de tout son temps pour s’entraîner à tirer.

Il s’enfonça de quelques mètres dans les fourrés et se posta en hauteur, gardant une vue sur sa moto et le parking. Il sortit le pistolet et le chargeur. Il avait engagé une balle dans le canon ce qui lui autorisait de tirer 9 coups sans avoir à recharger. Il saisit la crosse et commença à viser au jugé, attendant le passage d’un animal. La position et la toute-puissance de la situation l’excitaient. Il visa un arbre et tira. Le coup de feu produisit un claquement sec et tapa en plein dans le mille. L’écorce vola comme dans un western.

Soudain, en contrebas, Max entendit un craquement et un bruissement de feuilles. L’arme au poing, il descendit précipitamment et trébucha. Le coup partit tout seul, accidentellement.

Un cri retentit, puis un autre. Un homme hurlait en courant. Max comprit alors qu’il avait peut-être touché quelqu’un. Ivre de rage et totalement déstabilisé par la situation, il bondit pour le rattraper.

Il arriva au parking. L’homme était terrorisé. Il se tenait contre sa voiture, une jeune fille cachée derrière lui, et lui parlait en anglais. Il avait dû être blessé au dos, car il saignait.

Max se trouvait dans un état de panique et d’excitation. Son cerveau était en ébullition. Le pistolet, toujours à la main, il tenta de rassurer l’homme en anglais.

— Je n’y suis pour rien, le coup est parti tout seul…

Soudain, un cycliste arriva.

— Que se passe-t-il ? Lâchez votre arme ! vociféra-t-il en français.

Max se sentit piégé. Cette joyeuse partie de tir en montagne était gâchée par ces touristes et ce coup de feu accidentel.

Le cycliste s’approcha, menaçant.

— Tu vas lâcher ton arme, salopard ?

À cet instant, le sang de Max ne fit qu’un tour. La colère monta brusquement, comme une rivière qui déborderait de son lit.

Le mot de trop. Le mot qu’il ne fallait pas prononcer. Il l’avait trop souvent traité de salopard dans son enfance.

Max ne raisonnait plus. Son sang se mit à battre ses tempes. Ce salaud allait payer. Il se sentit animé d’une rage hors du commun, d’une fureur qui décuplait ses forces. Il pointa le Luger sur le cycliste, qui tentait de s’approcher lentement, et fit feu à deux reprises. L’homme, touché au thorax et à la face, s’écroula. Une balle avait traversé le poumon droit et l’autre avait brisé sa mâchoire. Il ne bougeait plus, il agonisait. Le sang, qui inondait peu à peu ses poumons, commença à sortir par sa bouche.

Max se trouvait dans un état de fébrilité et de confusion totale. Il contempla l’homme à terre et pointa son arme en direction de sa tête. Il attendit quelques secondes, mais subitement un bruit le tira de son état stuporeux. Le conducteur, voulant protéger sa fille, la fit entrer dans le véhicule, s’installa au volant et mit le contact pour s’échapper de ce cauchemar. Il risqua une marche arrière désespérée et brutale, roulant sur le pauvre cycliste et le traînant sur le sol. La voiture se retrouva coincée par le talus et immobilisée par le corps du malheureux qui gisait à l’avant.

Max ne devait laisser aucun témoin. Tout le monde avait vu son visage. Il s’approcha du véhicule et fit feu à plusieurs reprises. Les projectiles traversèrent les vitres de part en part. Il vida tout son chargeur. Deux d’entre eux avaient d’abord touché le conducteur en pleine tête, chacune des deux passagères à l’arrière reçut une balle en plein crâne. Elles n’avaient pas bougé de la voiture, comme tétanisées d’êtres spectatrices puis victimes de cette scène d’horreur. Les deux femmes étaient mortes sans souffrir et sans savoir pourquoi. Tragique destin de mourir sans raison, d’être au mauvais endroit au mauvais moment !

Plus personne ne bougeait. Un silence de mort se fit entendre. Max vit que le cycliste bougeait encore. Il logea une balle dans la tête du pauvre homme à terre, lui aussi témoin involontaire d’un massacre non prémédité. L’arme étant vide, Max se saisit du second chargeur et réapprovisionna le Luger. Il fit le tour de la voiture et vit que les deux femmes gémissaient et bougeaient. Il se mit à tirer mécaniquement, comme un robot : trois balles pour chaque passagère, deux balles pour achever le conducteur. Les tirs étaient d’une grande précision, mais deux balles se perdirent. Chaque fois, le sang giclait. Les vitres se trouèrent et se maculèrent, mais n’explosèrent pas.

Max se sentit ivre de colère et d’excitation morbide. Il n’entendait plus rien, ses tympans étant totalement traumatisés par les tirs à répétition. Il buta sur le corps du cycliste qui ne bougeait plus. Le cœur de Max battait à tout rompre, son cerveau allait exploser. Sa montée d’adrénaline faussait tout jugement. « Ils doivent tous mourir. Pas de traces », lui martelait une voix intérieure.

Soudain, la porte du véhicule s’ouvrit. Une gamine terrorisée bondit de la place du passager et se mit à courir. Max n’avait plus de balles, car il avait épuisé ses deux premiers chargeurs. Il lui en restait un troisième et dernier. Il arma la culasse. Ses muscles tétanisés avaient rendu son bras tremblant et très peu fiable. Assurément, il n’était plus en état de viser.

Max tira plusieurs balles dans la direction de la petite fille sans l’atteindre. Dans un ultime réflexe de survie, elle se mit à zigzaguer. Dans un état second, Max n’avait plus qu’une obsession : pas de témoin. Il fit à nouveau feu. Une balle toucha la pauvre fille à l’épaule. Elle tomba à terre.

L’esprit totalement dissocié de son corps, Max n’était plus humain. Il était devenu une machine à tuer et voulait en finir avec elle. Il s’approcha de l’enfant et visa la tête, toujours obsédé par cette idée fixe : pas de témoin.

Le crâne de la petite se trouvait maintenant à moins d’un mètre du canon. Un clic lui indiqua que son arme s’était enrayée. Il lui fallait l’achever coûte que coûte. Ivre de rage, il frappa la fillette à coups de crosse. Elle ne bougea plus. « Plus de témoins », pensa-t-il.

Un bruit de moteur le sortit soudain de son état de sidération. Un 4x4 arrivait au loin. Il comprit qu’il devait quitter cet endroit au plus vite. Quatre morts en quelques secondes, une enfant laissée pour morte, plus d’une vingtaine de balles tirées ; ce qui devait être une partie d’entraînement en forêt avait brutalement dégénéré en un épouvantable carnage, faisant cinq innocentes victimes. En quelques secondes et sans aucun mobile, Max était devenu un tueur de masse. Les meurtres, dictés par le hasard, résultaient d’une succession d’événements fortuits qui l’avaient mis en état second.

Son cœur ralentit quelque peu. Il enfourcha sa moto et décida de remonter par le haut du parking, car il lui sembla que des véhicules arrivaient sur la route. Casqué, vêtu de noir et ganté, personne ne pouvait l’identifier. Il devait reprendre ses esprits au plus vite.

Il regarda sa montre : 15 h 45. Max quitta le parking par un chemin normalement interdit aux véhicules à moteur. Ne pas attirer l’attention et garder son sang-froid étaient devenus pour lui un objectif vital. Ses oreilles bourdonnaient. Le grand nombre de coups de feu tirés l’avait momentanément rendu sourd. Il devait prendre très vite la direction de Paris sans revenir dans sa maison. Dans une heure, tout serait bouclé et il s’avérerait très difficile de passer inaperçu.

Il était 16 heures Max avait croisé plusieurs personnes, mais la tuerie n’était pas encore connue. Aucune ne tenta donc de l’arrêter. Comme dans tous les crimes parfaits, la chance était son fil conducteur. Il était maintenant apaisé. Il roulait vers Paris. L’air était doux et la vitesse le grisait. Il avait l’impression d’être étranger aux événements qu’il venait de vivre. Il n’était pas celui qui avait tiré, il était persuadé d’avoir vu son double le faire.

Étonnamment, une très grande excitation s’empara de lui, un sentiment de surpuissance propre aux psychopathes. Cette ivresse, qui le gagnait, laissa progressivement place à une angoisse indescriptible. Et s’il avait laissé des traces ? Si on remontait jusqu’à lui ?

 

3

 

Paris, lundi 18 novembre 2013

 

Jocelyne Vigan quitta son travail vers 20 h 30. Il commençait à faire froid, le thermomètre indiquait cinq degrés.

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