Mémoires de porc-épic

De
Publié par

Alain Mabanckou revisite en profondeur un certain nombre de lieux fondateurs de la littérature et de la culture africaines, avec amour, humour et dérision.
Parodiant librement une légende populaire selon laquelle chaque être humain possède son double animal, il nous livre dans ce récit l'histoire d'un étonnant porc-épic, chargé par son alter ego humain, un certain Kibandi, d'accomplir à l'aide de ses redoutables piquants toute une série de meurtres rocambolesques. Malheur aux villageois qui se retrouvent sur la route de Kibandi, car son ami porc-épic est prêt à tout pour satisfaire la folie sanguinaire de son «maître» !
En détournant avec brio et malice les codes narratifs de la fable, Alain Mabanckou renouvelle les formes traditionnelles du conte africain dans un récit truculent et picaresque où se retrouvent l'art de l'ironie et la verve inventive qui font de lui une des voix majeures de la littérature francophone actuelle.
Publié le : jeudi 17 janvier 2013
Lecture(s) : 24
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021006605
Nombre de pages : 232
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Extrait de la publication
ISBN: 9782021013948
© ÉDITIONS DUSEUIL,AOÛT2006
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de lauteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 3352 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
www.seuil.com
Extrait de la publication
Je dédie ces pages à mon ami et protecteur LEscargot entêté, aux clients du bar Le Crédit a voyagé, et à ma mère Pauline Kengué de qui je tiens cette histoire (à quelques mensonges près)
Extrait de la publication
comment je suis arrivé en catastrophe jusquà ton pied
Extrait de la publication
Extrait de la publication
donc je ne suis quun animal, un animal de rien du tout, les hommes diraient unebête sauvagecomme si on ne comptait pas de plus bêtes et de plus sauvages que nous dans leur espèce, pour eux je ne suis quun porcépic, et puisquils ne se fient quà ce quils voient, ils déduiraient que je nai rien de particulier, que jap partiens au rang des mammifères munis de longs piquants, ils ajouteraient que je suis incapable de cou rir aussi vite quun chien de chasse, que la paresse mastreint à ne pas vivre loin de lendroit où je me nourris
à vrai dire, je nai rien à envier aux hommes, je me moque de leur prétendue intelligence puisque jai moi même été pendant longtemps ledoublede lhomme
11
Extrait de la publication
MÉMOIRES DE PORCÉPIC
quon appelait Kibandi et qui est mort avanthier, moi je me terrais la plupart du temps non loin du village, je ne rejoignais cet homme que tard dans la nuit lorsque je devais exécuter les missions précises quil me confiait, je suis conscient des représailles que jaurais subies de sa part sil mavait entendu de son vivant me confesser comme maintenant, avec une liberté de ton quil aurait prise pour de lingratitude parce que, mine de rien, il aura cru sa vie entière que je lui devais quelque chose, que je nétais quun pauvre figurant, quil pouvait décider de mon destin comme bon lui semblait, eh bien, sans vouloir tirer la couverture de mon côté, je peux aussi dire la même chose à son égard puisque sans moi il naurait été quun misérable légume, sa vie dhumain naurait même pas valu trois gouttelettes de pipi du vieux porcépic qui nous gou vernait à lépoque où je faisais encore partie du monde animal
jai quarantedeux ans à ce jour, je me sens encore très jeune, et si jétais un porcépic comme ceux qui traînent dans les champs de ce village je naurais pas eu une aussi longue vie car, pour nous autres porcsépics de cette région, la gestation dure entre quatrevingt treize et quatrevingtquatorze jours, nous pouvons au mieux vivre jusquà vingt et un ans lorsque nous sommes en captivité, mais quel intérêt de passer sa vie en réclusion tel un esclave, quel intérêt dimaginer la liberté derrière des fils barbelés, hein, je sais que cer tains animaux paresseux sy complairaient, allant jus quà oublier que la douceur du miel ne consolera jamais de la piqûre dabeille, moi je préfère les aléas de la vie en brousse aux cages dans lesquelles plusieurs de mes compères sont séquestrés pour terminer un jour ou lautre en boulettes de viande dans les marmites des
13
MÉMOIRES DE PORCÉPIC
humains, cest vrai que jai eu le privilège de battre le record de longévité de mon espèce, de compter le même nombre dannées que mon maître, je ne prétends pas quavoir été son double fut une sinécure, cétait un vrai travail, mes sens étaient sollicités, je lui obéissais sans broncher même si durant les dernières missions je com mençais à prendre du recul, à me dire que nous creu sions notre propre tombe, je devais pourtant lui obéir, jassumais ma condition de double comme une tortue qui coltinait sa carapace, jétais le troisième il, la troi sième narine, la troisième oreille de mon maître, ce qui signifie que ce quil ne voyait pas, ce quil ne sentait pas, ce quil nécoutait pas, je le lui transmettais par songes, et lorsquil ne répondait pas à mes messages, japparaissais devant lui à lheure où les hommes et les femmes de Séképembé allaient aux champs
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Survival

de editions-baudelaire