Meurtre sur l'avenue B

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Par l'auteur de best-sellers avec James Patterson, un thriller new-yorkais palpitant






À la brigade homicide de la police de New York, les journées sont plutôt calmes pour la jeune détective Darlene O'Hara. Quand une infirmière vient rapporter qu'un de ses patients atteints d'Alzheimer lui a avoué avoir tué et enterré un homme dans un jardin du quartier, Darlene pense donc devoir rouvrir une banale affaire classée. Mais lorsque le cadavre déterré sur l'avenue B s'avère être celui d'un enfant, l'enquête s'accélère.


Un 2e cas en Floride, un faux suicide, un duo d'escrocs ou encore une voyante mystérieuse vont mettre Darlene sur la piste d'une famille tzigane au passé trouble...


De faux-semblants en révélations surprenantes, ce thriller vous plonge dans le monde souterrain d'un New York inquiétant pour vous tenir en haleine de la première à la dernière page.





Publié le : jeudi 25 avril 2013
Lecture(s) : 17
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782365690539
Nombre de pages : 290
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couverture

Du même auteur

La Valse des ombres, Éditions First, 2009 ; Pocket, 2013

Peter de Jonge

MEURTRE
SUR L’AVENUE B

Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Anath Riveline

images

Pour ma mère

You don’t want to see these guys without their masks on1.

The Mountain Goats


1. « Vaut mieux pas croiser ces types sans leurs masques. » (Toutes les notes sont de la traductrice.)

PREMIÈRE PARTIE
1

Assise sur le tapis, Darlene O’Hara regarde son fils de vingt et un ans étalé sur le canapé, sa barbe rousse appuyée d’un côté, ses pieds nus pendant de l’autre. Deux heures plus tôt, Axl Rose O’Hara a débarqué à l’improviste dans son appartement du Bronx. Après avoir posé son immense besace et sa Fender Stratocaster en déclarant qu’il avait une nouvelle incroyable à lui annoncer, il s’est vite endormi. Tandis que le dimanche après-midi cède doucement la place à une soirée calme, O’Hara contemple de l’autre côté de la pièce son garçon si beau, étonnée du plaisir que cela lui procure.

À cause du prix du billet d’avion, Axl, en dernière année à l’université de Washington, n’était plus revenu à New York depuis cinq mois. Mais constater qu’il se sent assez à l’aise dans son ancienne maison pour ronfler de bon cœur est en soi une satisfaction. Le savoir en pleine forme et en sécurité est encore plus agréable. Comment la maman d’un grand garçon d’un mètre quatre-vingt-dix peut-elle être certaine que c’est le cas, si ce n’est quand il dort à quelques pas d’elle dans le salon ? Il existe même un troisième avantage à cette modeste interaction. Axl étant endormi, elle peut vraiment profiter de sa compagnie. Elle n’a pas à s’inquiéter de dire ce qu’il ne faut pas, ou de dire ce qu’il faut mais de la mauvaise façon, ou à peu près ce qu’il faut, mais au mauvais moment, et de le voir grimacer comme s’il venait de manger quelque chose de pourri. Il n’existe pas de meilleure configuration qu’une mère observant son fils en train de dormir.

Axl bouge et se repositionne sur le canapé, alors que Bruno, le terrier de sa mère, se blottit contre lui. O’Hara s’émerveille de voir à quel point son bébé a grandi. Un petit miracle, sachant qu’elle n’avait que quinze ans quand il est né, et qu’elle avait ajouté un handicap en lui donnant le nom de son chanteur préféré. Elle sait bien que le mérite en revient principalement à sa propre mère, et avec son mètre soixante-quatre, ce n’est sûrement pas d’elle qu’il tient sa taille, mais plutôt du voisin débauché qui l’avait mise en cloque. Mais tout de même, elle avait sûrement réussi quelque chose.

Six heures plus tard, Axl n’a toujours pas l’air de vouloir se réveiller. O’Hara l’enveloppe d’une couverture légère et emmène Bruno se promener. L’appartement est au dernier étage d’une maison familiale sur trois niveaux à Riverdale, à moins de deux kilomètres de l’Hudson. Alors qu’avec Bruno ils se baladent le long d’un terrain de jeux vide, le chien est à l’affût de tout ce que cette nuit d’été a à offrir. Elle le laisse galoper pratiquement jusqu’au bord de l’eau, avant de le rappeler pour qu’ils rentrent à la maison. Même si O’Hara est curieuse d’entendre ce qu’Axl veut lui dire, elle n’est pas préoccupée outre mesure. Ce qui semble incroyable à un gamin de vingt et un ans ne l’est jamais vraiment, et vu la guitare, elle se dit que cela doit avoir un lien avec la musique. Deux semaines plus tôt, Axl lui avait envoyé un e-mail auquel il avait joint trois chansons enregistrées dans la salle de bains de son dortoir, et il avait parlé de monter un groupe. Peut-être vont-ils jouer en concert. Si c’est le cas, elle appellera son ancien coéquipier, Krekorian, qui travaille désormais à la brigade en charge des cambriolages, et quelques vieux amis pour constituer un public.

Quand O’Hara et Bruno arrivent en haut de la côte et montent les trois étages, Axl est à la même place, et le lendemain matin, il n’a toujours pas bougé. Cela fait plus de quinze heures de sommeil d’affilée, mais qui sait depuis quand il n’a pas dormi ? O’Hara retourne se balader avec Bruno. Cette fois, quand ils rentrent, Axl n’est plus sur le canapé et il a préparé du café. Il sert même une tasse à sa mère.

— Darlene, j’ai monté un groupe !

À cause de la différence d’âge entre eux, Axl a toujours préféré appeler sa mère par son prénom.

— Super. J’ai adoré les chansons. Sincèrement.

— On s’appelle les Flat Screens1.

— J’aime bien.

— Tant mieux. C’est important, le nom.

O’Hara se demande si c’est vrai, ou si tous les groupes de musique ont un nom qui peut être légèrement ridicule jusqu’à ce qu’on tombe amoureux de leurs chansons.

— Donc, tu as monté un groupe et vous vous appelez les Flat Screens. C’est tout ?

— Ouais… sauf que j’emménage à Bushwick.

— Vraiment ? Tu ne retournes pas à l’université ? Il ne te reste plus qu’un an…

— Ma décision est prise. Je me lance. En fait, il y a autre chose…

— Quoi ?

— Tu peux me prêter trois mille dollars ?


1. Flat Screens signifie « écrans plats ».

2

Une heure plus tard, à 8 h 07 du matin, O’Hara redémarre sa journée avec un jus de pamplemousse-vodka dans un café du centre-ville appelé Milano’s. Six mois plus tôt, après que les journaux à sensation ont accordé à O’Hara son quart d’heure de célébrité pour avoir résolu le meurtre de l’étudiante new-yorkaise Francesca Pena, O’Hara a été nommée à la brigade criminelle du sud. La Crim’ Sud, aussi connue sous le nom de « Crème Sud », se trouve au numéro 13 de la 21e Rue Est. Le Milano’s se situe dans un immeuble sur Houston, entre Mulberry et Mott, ce qui veut dire qu’en plus d’être un des rares bars ouverts à cette heure, il offre à la fois discrétion et proximité : ni trop loin ni trop près de son nouveau QG.

Même si c’est la première fois qu’elle vient au Milano’s, elle sait déjà, parce qu’on le lui a décrit ainsi, que l’endroit est petit. Quand elle se penche sur son tabouret, ses épaules frottent contre le mur. C’est si exigu ici, se dit O’Hara, qu’un ivrogne ne pourrait pas tomber même s’il le voulait, en tout cas pas avant d’arriver dans la rue. Où il deviendrait le problème de quelqu’un d’autre, c’est-à-dire des flics. O’Hara est davantage séduite par la lumière délicate et l’impression d’être à l’écart du temps et des piétons qui se pressent sur Houston que par le caractère confiné et confortable du lieu. La télévision ne diffuse pas les informations, mais est réglée sur une chaîne de vieux films en noir et blanc, Turner Classic Movies, et au-dessus de sa tête, elle perçoit des bribes désincarnées de dialogues vieux de soixante ans. Un dictionnaire volumineux trône sur le comptoir, vestige du temps où l’on ne disposait pas d’un iPhone pour se mettre d’accord sur un point d’orthographe ou de géographie.

Tandis que ses yeux scrutent les lieux, elle constate que le moindre centimètre carré est occupé par de vieilles babioles recouvertes d’une épaisse couche de crasse. Même si O’Hara n’apprécie pas particulièrement les photos de JFK, de Sinatra et des anciennes équipes des Yankees en rayures, et aurait carrément pu se passer du camion de pompier, un des nombreux souvenirs rendant hommage à l’héroïsme des secouristes du 11 septembre 2001, elle savoure l’efficacité tranquille de la jolie brunette derrière le bar. Le fait qu’elle porte un tee-shirt AC/DC lui paraît être bon signe. Selon O’Hara, AC/DC n’est pas seulement le groupe de rock le plus dément de l’histoire, il est aussi à l’origine des plus beaux tee-shirts.

Deux autres clients sont installés au bar, qui ont attendu l’ouverture avec O’Hara. À sa gauche, une femme, séduisante et corpulente, dont le sac, le tailleur, la coiffure et le maquillage sont impeccables. En fait, tout chez elle est parfaitement en ordre, excepté le fait qu’elle se trouve dans un bar à 8 heures du matin. À sa droite, à quelques centimètres d’une pile bien rangée de Times, Post et News à laquelle personne n’a encore touché, se tient un homme d’une quarantaine d’années, vêtu de manière extravagante, son portefeuille Louis Vuitton posé à côté de son whisky-Coca. O’Hara imagine la femme en employée de bureau et l’homme en riche trafiquant de drogue. Elle remarque que des trois, il est le seul à prendre un verre après et non avant son travail.

O’Hara boit une autre gorgée de son cocktail en se rappelant que quelqu’un qui a donné le nom d’un chanteur de rock à son fils ne devrait pas être surpris qu’il abandonne la fac pour former un groupe. Surtout quand sa mère lui chantait pour toute berceuse Sweet Child O’Mine des Guns N’ Roses, ou des versions légèrement plus calmes de Wild Horses et Angie des Stones. Une des raisons pour lesquelles elle se sent si mal, c’est que le fait d’économiser de l’argent pour les frais de scolarité de son fils lui a toujours donné l’impression de rattraper ce qu’elle n’a pas fait ou pas pu faire avant. O’Hara l’a trimballé au lycée pendant neuf mois, cachant son gros ventre sous des chemises de hippies de plus en plus bouffantes et a souffert les affres de l’accouchement, mais ensuite, c’est sa mère à elle qui s’est plus ou moins chargée de tout. Durant les journées sombres où elle culpabilisait d’être une si piètre mère, les chèques sans provision adressés à l’université de Washington avaient au moins le mérite de la déculpabiliser. C’en est presque drôle, songe-t-elle. On dit que personne ne peut vous retirer l’éducation que vos parents vous ont donnée, mais c’est exactement ce qu’Axl vient de faire avec elle.

Mais surtout, O’Hara s’inquiète pour son fils. Elle veut qu’il jouisse d’une vie confortable. Elle veut qu’il n’ait pas de souci à se faire, que ce soit un long fleuve tranquille. Mais quelles sont les chances de réussite pour un musicien ? O’Hara rêvait d’une vraie carrière pour son fils, d’avocat, de comptable ou de professeur, parce que ce sont des métiers pour lesquels il suffit d’être compétent. Pour en exercer d’autres, il faut se montrer brillant ou avoir de la chance, ou les deux à la fois, pour faire son chemin et accéder à la classe moyenne. Bien sûr, pour lui, ce genre de raisonnement sonne comme une insulte : « Alors tu penses que je ne suis pas assez doué, c’est ça ? Tu n’aimes pas vraiment mes chansons, c’étaient encore tes conneries paternalistes. » Mais c’est faux. Elle trouve les chansons extra. C’est le risque qui ne lui plaît pas.

Après quelques gorgées supplémentaires, O’Hara pense à un autre bon côté de ce genre de troquet : on ne lésine pas sur les quantités servies, et rien de tel qu’un bon verre pour prendre du recul. O’Hara commence à accrocher avec le nom, les Flat Screens, vraiment. Elle chausse ses Ray-Ban tombées d’un camion pour sept dollars sur son nez maculé de taches de rousseur, et en sortant dans la lumière crue du mois d’août, elle se dit que ça aurait pu être bien pire.

Il aurait pu lui annoncer qu’il voulait être pompier ou chanteur-compositeur.

3

La Crim’ Sud est enterrée dans un dédale de pièces sans fenêtres au troisième étage du numéro 13. Juste à la sortie de l’ascenseur, on tombe sur un box isolé.

— Salut, Ray. Du neuf ?

— Un gamin s’est fait poignarder devant Rocco’s, sur Delancey, répond Hickey en tendant une photocopie à O’Hara. Il a été conduit à St. Vincent, dans un état critique.

Hickey travaille de nuit, entre 1 heure et 9 heures. Un nuiteux, comme on dit. En cas de catastrophe, il appelle Kelso, le commandant, et le réveille. Pour quelque chose de moins urgent, comme une agression qui peut être considérée ou pas comme un homicide, il remplit un formulaire qu’il remet aux inspecteurs quand ils arrivent le matin. Pour devenir un nuiteux, il faut avoir fait une grosse bêtise et s’être fait pincer. Hickey, lui, a renversé un cycliste sur une voie réservée aux vélos, ou plus précisément, la petite amie du cycliste renversé l’a pris en photo sur son portable alors qu’il s’enfuyait. À présent il est coincé là pour de bon.

Le papier à la main, O’Hara continue vers son bureau et s’assied à côté de son coéquipier, Augustus Jandorek. La cinquantaine passée, coquet et fin, les cheveux et la barbe gris et ras, inspecteur sur le tard, Jandorek s’est illustré comme le prince de la ville. Son costume gris en laine tropicale convient parfaitement au personnage. Un bracelet en or entoure son poignet.

— Tout ça, c’est une histoire de poivre, lance Jandorek.

La copie du rapport est sur son bureau, mais il est concentré sur son écran d’ordinateur.

— À 4 heures du matin, deux types arrivent chez Rocco’s pour manger un bout. Le premier est bâti comme un frigo, un mètre quatre-vingt-quinze, cent trente kilos, l’autre comme un minibar, un mètre soixante-dix, soixante-dix kilos. Le plus petit prend du poivre, ce qui pourrait indiquer qu’il a déjà mangé chez Rocco’s, parce que leurs pizzas ont toujours besoin d’un petit coup de main, mais le type au bar jure qu’il ne l’a jamais vu. En tendant la main vers le pot, il cogne l’épaule du gros. Le petit s’excuse, propose même de lui payer une autre part, mais le frigo ne veut pas le laisser s’en tirer à si bon compte. Apparemment, quand il était en taule, il a lu Nadine de Rothschild du début à la fin et est très à cheval sur l’étiquette.

— Il est intraitable.

— Exact, Dar. Carrément intraitable. Il invite le gars à sortir, et comme le petit n’affiche aucun enthousiasme, il insiste. Une fois dehors, c’est le petit qui plante un poignard dans l’abdomen du gros, Ted McBeth. Maintenant, McBeth est à St. Vincent et le petit gars en cavale.

— En voilà des manières !

Malgré la façon dont a commencé sa journée, O’Hara est revigorée par la possibilité d’enquêter sur un homicide, événement rare à la Crim’ Sud. Sur le mur du fond est placardée la liste des onze individus assez malchanceux pour avoir été abattus plus bas que la 59e Rue en 2007, dix d’entre eux étant rayés d’un trait bleu. Le seul nom qui ne l’est pas est celui d’un type qui s’est étouffé avec son hot dog en avril. Quand le médecin légiste a conclu que l’étouffement avait été provoqué par une blessure dans l’œsophage qui remontait à une agression quinze ans avant son dernier repas, la mort est passée d’accident regrettable dû à un manque de mastication à un homicide. Pour Kelso, obsédé par les statistiques, cela entachera à jamais ses résultats. Chaque fois qu’il regarde le tableau, il a la sensation que le cauchemar se répète sans fin.

Pour les inspecteurs du Bronx, de Brooklyn ou même de Manhattan Nord, onze meurtres en sept mois constitue un chiffre risible, et c’est pour cela que tous appellent la Crim’ Sud, la « Crème ». Même comparé à la 7e circonscription, le rythme est d’une lenteur abrutissante et peu de temps après l’arrivée d’O’Hara, Kelso, qui avait perçu ses réticences, lui avait parlé à cœur ouvert.

— Manhattan Sud ne traite peut-être pas beaucoup d’affaires, mais il y a le revers de la médaille. Quand quelqu’un se fait tuer ici, tout le monde, c’est-à-dire les médias et les pontes, s’y intéresse de près. Et c’est pour ça qu’on est considérés comme les meilleurs inspecteurs de New York.

Le box de Hickey, qu’elle pouvait apercevoir par-dessus l’épaule de Kelso, était une sorte d’avertissement.

— Notre taux d’affaires élucidées est le plus haut de la ville depuis cinq années consécutives. Bon Dieu, il était parfait jusqu’à l’année dernière, et sans cet enculé qui a oublié de mâcher, on aurait cent pour cent cette année aussi ! Ce n’est pas un problème de quantité, mais de qualité. Les inspecteurs de la Crim’ Sud sont les derniers adultes de la police de New York, et quand tu arrives ici, ce qu’on attend de toi, c’est que tu te comportes en adulte.

O’Hara avait bien compris le message, et le box de Hickey, encore plus effrayant parce qu’il était vide, renforçait l’idée. Avec le temps, O’Hara a également compris qu’à la Crim’, « adulte » est un synonyme de « vieux ». Tous les officiers de la brigade, excepté elle, sont là depuis vingt ou vingt-cinq ans. Après tant de temps, le travail devient une sorte de musique d’ascenseur, qui se joue en fond sonore pendant qu’on pense à autre chose.

— On va à St. Vincent ? demande O’Hara.

— T’es si pressée d’attraper une pneumonie ? Ou le virus Ébola ? Ou le virus du Nil occidental ? Ça doit faire un moment que t’as pas vu leur salle d’attente. J’ai passé un coup de fil. McBeth est toujours au bloc. On va pas pouvoir lui parler avant des heures.

— On pourrait interroger les infirmiers. Il a peut-être dit quelque chose pendant le transport.

— Possible, ponctue Jandorek en fixant toujours son ordinateur. Mais on attend. De toute façon, fallait que je te demande quelque chose à propos d’un môme, peut-être le meilleur joueur de softball parmi les flics. Je suis allé sur sa page Facebook, où il a posté une vidéo de dix minutes le montrant en train de faire de la musculation. Tu crois qu’il est pédé ?

— Oui.

— Moi aussi, je le pense. Mais mon pote qui le connaît assure qu’il ne l’est pas et qu’il se tape plus de nanas que n’importe qui.

— O.K., peut-être que je me trompe. Peut-être qu’il est juste un peu barge ou qu’il est scientologue, suggère O’Hara.

Jandorek détourne les yeux de son ordinateur et lui adresse un regard perplexe. O’Hara se dit qu’elle devrait y aller mollo. Pour Jandorek, la police est une grande confrérie, c’est pour cela qu’il consulte les résultats de l’équipe de softball de la police plutôt que ceux des Yankees ou des Mets, et déterminer si le meilleur joueur du pays est homosexuel ou pas n’est pas quelque chose à prendre à la légère.

— Je ne pense pas que tu aies tort, Dar.

— Je ne crois pas non plus. Mais je peux te poser une question ? Qu’est-ce que tu en as à foutre ?

— Bonne question. Mais complètement différente de celle que je t’ai posée. Au fait, tu devrais peut-être te brosser les dents.

— C’est à ce point ?

— Oui.

Alors qu’O’Hara cherche sa brosse à dents dans son tiroir, Lauricella, l’officier de la réception, s’approche de son bureau accompagné d’une grande femme noire.

— Paulette Williamson, voici Darlene O’Hara, déclare-t-il. Madame Williamson voudrait rapporter un possible homicide. Elle a demandé à parler à une femme.

Deux homicides potentiels en une seule matinée, se réjouit O’Hara. À la Crème ? Bon Dieu !

O’Hara l’invite à s’asseoir en lui indiquant une chaise.

— Je vous en prie.

— Je suis auxiliaire de santé à domicile, commence la femme. Je m’occupe d’un vieux monsieur sur la 3e Est, il s’appelle Gus Henderson. Il y a quelques semaines, il a attrapé la grippe et pendant quelques jours il était en piteux état.

Jolie, la cinquantaine, Williamson s’exprime bien, avec une pointe d’accent des Caraïbes. Il émane d’elle de la patience, nécessaire pour faire ce travail.

— Nous pensions qu’il n’allait pas s’en sortir, et à l’évidence il était du même avis, parce qu’une nuit, il m’a demandé de fermer les volets et d’allumer une bougie. Il voulait soulager sa conscience.

O’Hara n’a pas besoin de tourner la tête vers Jandorek pour savoir qu’il lève les yeux au plafond.

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