Meurtres sur papier

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Ernesto Valdés, un journaliste vedette de la presse à scandale, a été assassiné. Les suspects sont légion car nombreux sont ceux dont Valdés n'a pas hésité à ruiner la carrière pour servir la sienne... Cette quatrième aventure du tandem barcelonais tient toutes ses promesses.
Publié le : mercredi 22 janvier 2014
Lecture(s) : 15
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782743626907
Nombre de pages : 368
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Meurtres sur papier
Du même auteur chez le même éditeur
Rites de mort Le Jour des chiens Les Messagers de la nuit Meurtres sur papier Des serpents au paradis Un bateau plein de riz Un vide à la place du cœur Le Silence des cloîtres
Alicia Giménez-Bartlett
Meurtres sur papier
Traduit de l’espagnol (Espagne) par Marianne Millon
Collection dirigée par François Guérif
Rivages/noir
Retrouvez l’ensemble des parutions des Éditions Payot & Rivages sur
www.payot-rivages.fr
Titre original :Muertos de papel
© 2000, Alicia Giménez-Bartlett © 2005, Éditions Payot & Rivages pour la traduction française 106, bd Saint-Germain – 75006 Paris
ISBN : 978-2-7436-2772 -0
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Ce matin-là, j’avais l’humeur mélancolique. Les gros nuages qui avaient envahi le ciel au cours des der-nières heures semblaient prêts à crever. L’humidité me poissait les cheveux. Brusquement, j’éprouvai la sensa-tion aiguë, funeste, de l’effet que je devais produire sur les autres : une quadragénaire qui aborde sa journée de travail sans aucun souvenir mémorable de la veille. Je soupirai. Pourquoi me souciais-je tant de l’image que je pouvais projeter ? D’habitude, je n’y pense pas vraiment ; à force c’est lassant, voire affolant. Nous sommes tous un mélange variable de réalité et d’aspira-tions diverses, en fin de compte. Nous sommes… un condensé d’états d’esprit et d’états de santé, un amal-game de génétique et de biographie, de sensibilité et de nutrition. Un Suédois qui prend dusmogebortau petit déjeuner ne ressemblera jamais à un Valencien repu de paella. On ne peut pas comparer non plus le regard d’une femme mûre à celui d’une jeune fille qui vient de sortir de sa chrysalide. Et une hypothétique fille de Mae West n’aurait pas davantage le même caractère que celle – encore plus hypothétique – de mère Teresa.
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Le sujet de mes cogitations commençait à devenir inquiétant. Pourquoi, partie comme je l’étais à philoso-pher dans une crise de mélancolie qui relevait peut-être uniquement de la météo, ne cherchais-je pas un objectif de plus haute portée intellectuelle ? Je me suis toujours vantée de ne pas être trop stupide et de m’inquiéter suffisamment du devenir du genre humain pour ne pas me cantonner à une question aussi superfi-cielle. Mais ce matin-là, tout raisonnement élevé était destiné à piquer du nez. Dans les circonvolutions de mon cerveau, un seul bolide en compétition tournait sans répit : la triste opinion que mon prochain pouvait concevoir de ma personne. Je ne m’aperçus que quelque temps plus tard qu’il s’agissait d’une prémonition. L’idée m’apparut alors très nettement, et j’éprouvai le besoin de proclamer aux quatre vents que j’avais été prévenue de tout ce qui arri-vait. Mais rien de plus inutile pour une femme que de revendiquer le rôle de Cassandre. Les gens ont l’habitude de nous entendre annoncer les problèmes très longtemps à l’avance et se lassent d’écouter, de comparer les prédictions avec la réalité. Je reconnais qu’il est fastidieux de toujours prévoir les événements néfastes. J’admets également que les pressentiments manquent de bases scientifiques et ne disposent que d’une maigre bibliographie en leur faveur, mais ils sont démontrés empiriquement. Je ne trouve pas d’autre explication au fait que mon humeur mélancolique de ce matin-là se soit vue renforcée peu après par une affaire plutôt inhabituelle. Une affaire au centre de laquelle figuraient l’image, l’apparence, l’influence sur autrui et la notoriété publique d’un personnage. Une affaire de
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meurtre qui souleva davantage de poussière qu’une caravane touareg dans le désert. Garzón interrompit mes méditations sans grands égards. Il entra dans mon bureau et quand il me décou-vrit en train de regarder par la fenêtre, il poussa un mugissement qui pouvait signifier tout et n’importe quoi. Nous n’avions pas travaillé ensemble depuis longtemps, mais il s’arrangeait pour venir consulter des dossiers dans mon réduit. Cela nous servait d’excuse pour de petites discussions sans prétention et nous per-mettait parfois de prendre un café. J’ai dit que ce jour-là le ciel était opaque et agité, recouvrant les esprits d’une ombre de mauvaise humeur. Constatant que mon col-lègue subissait lui aussi les caprices de la météo, je tentai d’inverser la manœuvre en me montrant aimable. – Comment allez-vous aujourd’hui, Fermín ? – Pas terrible, marmonna-t-il. J’ai mal à la tête. – Vous avez pris une aspirine ? – Oui, lâcha-t-il âprement. – Et… ? – Si je dis que j’ai mal à la tête, c’est parce que ça ne m’a fait aucun effet, non ? Il n’avait pas l’humeur sombre, mais à la tempête. – Que diriez-vous d’une trépanation, vous croyez que ça pourrait marcher ? lui assenai-je, fatiguée de lui témoigner gratuitement de la sympathie. Il referma brutalement le tiroir dans lequel il fouillait et se retourna vers moi. – Très amusant, inspectrice. Depuis qu’on se connaît, c’est la chose la plus drôle que je vous aie entendu dire. Mais cela vous intéressera peut-être de savoir qu’il n’y a guère de raisons de plaisanter. – Ah bon ? Pourquoi ?
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– On vient de récupérer une affaire en cours de route. – Comment ça ? – Vous avez bien entendu. Le patron nous attend dans son bureau d’ici une heure pour une réunion. Mais les rumeurs courent plus vite qu’une traînée de poudre, et je sais de quoi on va parler. – De l’affaire. – Effectivement. – Qui en était chargé ? – L’inspecteur Moliner et son équipier, l’inspecteur adjoint Rodríguez. Je sifflai. Moliner et Rodríguez avaient la réputation de prendre en charge les enquêtes pointues, qui néces-sitaient une bonne dose de diplomatie et une dose plus importante encore de prudence. Disons qu’ils s’occu-paient de tous les délits à caractère public dont les médias auraient pu se faire l’écho. – Pourquoi les a-t-on dessaisis du dossier, si tou-tefois les rumeurs vont jusque-là ? – Parce qu’une autre enquête a requis leurs services. Et celle-là, il est strictement interdit d’en parler. – Raison de plus pour que les rumeurs soient exhaustives. – Eh oui. Il paraît qu’on a retrouvé le cadavre d’une élégante jeune fille dont tout laisse à penser qu’elle était la maîtresse de quelqu’un d’important. – Eh bien ! – Vous comprendrez que cette affaire ait été confiée à Moliner et Rodríguez, tandis que nous, on hérite de la leur. – Elle ne doit pas être inintéressante, puisqu’ils s’en
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