Mirador

De
Publié par

Frank et Catherine se disputent, une fois de plus. Mais ce soir-là, Catherine quitte l'appartement. Et ne revient pas. La jeune femme ne donne plus signe de vie. Que lui est-il donc arrivé ? Qui a-t-elle donc rencontré au beau milieu de la nuit ? Frank veut à tout prix retrouver sa femme. Mais par où commencer ? À qui se fier dans ce monde sombre et violent où Frank est entraîné malgré lui ? Au fil de ses recherches, Frank commence à se dire qu'il ne connaissait pas vraiment sa femme...

Ce polar nerveux de Patrick Delperdange, prépublié en feuilleton quotidien dans Le Soir (journal belge francophone de référence), vous tiendra en haleine jusqu'à sa dernière page et sa révélation finale.

Patrick Delperdange a remporté le seul et unique Prix Simenon pour son roman Monk. Il est également l'auteur de Coup de froid (Babel Noir – Actes Sud) ainsi que de Chants des gorges (Sabine Wespieser Editeur), roman couronné par le Prix Rossel en 2005.


Publié le : mardi 14 février 2012
Lecture(s) : 99
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782875600004
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Mirador
Patrick Delperdange
ONLIT EDITIONS Éditeur littéraire 100% numérique www.onlit.net facebook.com/onlit twitter.com/onliteditions
UN
Frank Mahler aurait voulu s’arrêter. Faire une pause. Prendre un peu de repos. Frank travaillait trop, c’était évident. Mais l’entreprise qu’il avait fondée il y avait presque un an avec son ami Étienne marchait au-delà de leurs espérances. À croire qu’ils avaient enfin trouvé le bon filon. Mirador, c’était le nom de leur boîte, se chargeait d’installer des systèmes d’alarme et de surveillance vidéo dans les villas cossues appartenant à de riches propriétaires. Des gens qui étaient prêts à payer sans rechigner pour obtenir le meilleur service. Voilà ce queMirador leur offrait. Mais cela voulait dire que Frank et Étienne devaient veiller à tout, parce que leurs clients ne supportaient pas le moindre souci. Et les deux associés s’étaient rapidement vu dépassés par le succès. Bien sûr, ils auraient pu engager un employé, ou même deux, ce n’était pas le travail qui manquait, mais d’un commun accord, ils avaient décidé d’attendre encore un peu avant de franchir ce cap, au vu des risques que cela présentait, des risques financiers et humains. Si bien que chaque soir, week-end compris, Frank ramenait du travail à la maison, des devis à établir, des factures à rédiger, des dossiers à compléter, des brochures à envoyer aux gens qui, de plus en plus nombreux, en faisaient la demande. Sans parler du temps passé à se documenter sur les nouveautés qui ne cessaient d’apparaître sur ce marché des plus lucratifs. Il leur fallait se tenir au courant pour rester les meilleurs dans leur domaine, ce qu’ils avaient réussi à faire jusqu’à présent. Frank poussa un soupir en examinant la liste des tâches à accomplir, au bas de l’écran de son ordinateur portable. — Frank ? dit une voix, lui faisant brusquement lever la tête. C’était Catherine, sa femme. Elle se tenait apparemment depuis un moment de l’autre côté de la table où Frank s’était installé pour travailler, après un dîner vite avalé. Il ne se souvenait même pas de ce qu’il avait pu manger. — Oui ? dit-il, redoutant déjà ce qui allait suivre. — Tu as un peu de temps ? dit Catherine. Elle semblait fatiguée, elle aussi. Elle était occupée à essuyer un verre qu’elle venait sans doute de laver. — Un peu de temps, oui, dit Frank. Qu’est-ce qu’il y a ? — Il y a une chose que je voudrais te dire, fit-elle. — Ah ? Quoi donc ? Sans attendre sa réponse, il se replongea dans l’examen d’un dossier compliqué, qui devait leur rapporter un important bénéfice. — Tu ne m’écoutes pas, dit Catherine au bout d’un moment. Elle s’éloigna, l’air mécontent. — Mais si, je t’écoute, répliqua Frank. — Non ! s’exclama Catherine en se tournant vers lui. Tu ne m’entends même pas. C’est comme si je n’existais pas. Je pourrais tout aussi bien être un fantôme. — Ne dis pas de bêtises, déclara Frank. — Ce ne sont pas des bêtises, s’exclama Catherine d’un ton si brusque que Frank
eut un sursaut. Tu ne m’écoutes plus, tu ne me vois plus, il n’y a plus rien qui compte que ton boulot. — Arrête, dit-il. J’ai déjà entendu ça trop souvent. Il n’avait aucune envie de se disputer une fois de plus avec elle. Il fallait bien qu’elle comprenne que ce n’était qu’une mauvaise période à passer, et qu’ensuite, tout irait mieux, dès queMirador serait définitivement installé sur le marché. En fait, ce n’était pas une si mauvaise période, à tout prendre. L’argent rentrait de manière régulière, de plus en plus d’argent, et Catherine ne s’était d’ailleurs jamais plainte de cela. — Ah bon, reprit-elle d’un ton amer. Tu as entendu ça trop souvent ? Tu me trouves chiante, c’est ça ? Tu ne supportes même plus que je te parle. — Catherine, dit Frank. Pitié. J’ai du travail par-dessus la tête. — C’est moi qui en ai par-dessus la tête ! cria-t-elle. Mais ne t’inquiète pas. C’est bientôt fini. Il se leva pour la rattraper alors qu’elle s’était détournée pour prendre le chemin de la cuisine. — Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda-t-il en lui prenant le poignet. Il n’avait pas vu qu’elle tenait toujours le verre qu’elle était occupée à essuyer. Surprise par son geste, elle lâcha le verre qui alla se fracasser sur le parquet. — Imbécile, dit Catherine en cherchant à se libérer. Regarde ce que tu fais. — Qu’est-ce que ça veut dire : C’est bientôt fini ? demanda-t-il en resserrant son étreinte sur le poignet de Catherine. — Rien. Lâche-moi ! Elle se débattit si bien qu’elle marcha par mégarde sur un morceau de verre entre eux. Elle poussa un cri de douleur lorsque l’éclat tranchant entailla la plante de son pied.
DEUX
Catherine se précipita en boitant vers la salle de bains. Frank s’était penché pour ramasser les débris répandus sur le sol. Il entendit la porte de la salle de bains claquer, et la clé jouer aussitôt après dans la serrure. Il se débarrassa des morceaux de verre dans la poubelle de la cuisine avant d’aller voir ce que devenait Catherine. Il s’en voulait de s’être montré violent envers elle. Il était nerveux et irascible ces derniers temps, il lui fallait bien l’admettre. Il frappa doucement à la porte. — Cath ? Ça va ? Tu es blessée ? Il entendit le bruit de l’eau qui coulait dans la baignoire. — Ouvre, s’il te plaît. Catherine. Je suis désolé. Je ne voulais pas… Il n’obtint pas davantage de réponse. Il fit jouer la poignée, comme si cela allait déverrouiller la serrure. — Catherine, arrête ton cinéma, tu veux ? Ouvre cette porte. Tu as très mal ? Il s’attendait à la voir apparaître, et s’apprêtait à la prendre dans ses bras pour la réconforter. — Laisse-moi tranquille une fois pour toutes ! s’écria Catherine, d’un ton sans appel. — OK, dit Frank vexé par cette réaction. Si c’est ce que tu veux. Il retourna à la cuisine et se servit un whisky. Il n’avait pas l’habitude de boire ce genre d’alcool à cette heure-ci, mais la scène qui venait d’avoir lieu l’avait mis hors de lui. Rien ne s’était passé comme il l’aurait souhaité. Sa distraction, le fait de s’être emporté, la fuite de Catherine, son obstination à demeurer enfermée. Et puis, merde ! Après tout, si elle voulait rester dans la salle de bains toute la soirée, libre à elle. Frank s’aperçut qu’il avait bu son whisky d’une traite, et s’en servit un autre. Il alla s’asseoir dans le salon, tendant l’oreille pour guetter la sortie de Catherine. Il avala une nouvelle gorgée d’alcool. Il se détendit un peu. Après tout, il n’y avait rien de très grave. La blessure de Catherine était sans doute superficielle, et dès qu’elle serait calmée, ils auraient une conversation. Il fallait qu’ils parlent, elle avait raison. Frank avait l’impression que cela faisait des jours sinon des semaines qu’ils ne s’étaient plus vraiment parlé, comme ils le faisaient avant. Avant que… Bon, d’accord, il était trop accaparé par son boulot. Il avait négligé le reste, et en particulier son couple. Mais cela allait changer. Ils allaient engager quelqu’un pour prendre en charge les tâches administratives, et cela libérerait du temps pour Frank et pour Étienne. Dès demain. Il venait de le décider. Sans y faire attention, il se servit un nouveau verre de whisky, une large rasade, qu’il avala tout en pensant à ces nouveaux projets pourMirador. Il alla chercher son ordinateur portable sur la table et voulut se remettre au boulot, mais au bout d’un moment, il comprit qu’il ne parvenait plus à se concentrer. Il se servit un whisky bien tassé et s’allongea dans le canapé. Lorsque le téléphone sonna, Frank s’éveilla en sursaut. Il lui fallut plusieurs secondes pour comprendre où il se trouvait. Le lampadaire du salon était resté allumé, et la bouteille de whisky était vide. Il se frotta le front, en se dirigeant vers le téléphone. Il jeta un coup d’œil à sa montre tout en décrochant. Près de trois heures du matin !
— Frank ? dit une voix mal assurée. Il reconnut sa femme. Elle avait donc quitté l’appartement à son insu, pendant qu’il dormait ? Cela fit monter, sans qu’il comprenne vraiment pourquoi, une sorte d’angoisse dans sa poitrine. C’était sans doute également dû au ton qu’elle avait employé. — Où es-tu ? Demanda-t-il. — Je…, dit Catherine. Il faut que tu saches… Une chose. Oui. Il faut que tu saches. Que tu saches, oui. Elle parlait de manière si fébrile qu’elle avalait la moitié de ses mots. — Catherine ! dit Frank. Calme-toi. Qu’est-ce qui t’arrive ? Pourquoi es-tu partie sans me prévenir ? Il perçut un brouhaha à l’autre bout du fil, comme si Catherine se trouvait dans un endroit animé, rempli de gens en train de parler. À trois heures du matin ? — J’ai peur, dit Catherine. — Peur ? Mais peur de quoi ? Que se passe-t-il ? Une musique étrange se fit entendre, noyant les paroles que venaient de prononcer sa femme. — Catherine ? Tu m’entends ? Où es-tu ? La communication se coupa brusquement sans qu’il ait obtenu de réponse.
Site de l’auteur :www.patrickdelperdange.be ISBN : 978-2-87560-000-4 ONLIT BOOKS #1 © 2012 Patrick Delperdange & ONLIT EDITIONS Coordination éditoriale : Benoit Dupont Relecture et corrections : Laureline Leveaux Conception de la couverture : Pierre Lecrenier Version ePub : Emmanuel Gob Date de la première mise en ligne : 21 février 2012
À PROPOS
ONLIT BOOKS
#1 :Miradorpar Patrick Delperdange #2 :L’oragepar Jacques Mercier #3 :Corentin Candi ne s’est pas fait en un jour (d’après sa maman)par Corentin Candi #4 :Bruxelles Midi(Collectif) Retrouvez les titres du catalogue ONLIT BOOKS et les textes publiés dans ONLIT REVUE surwww.onlit.net.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Le Pain noir - Tome 2

de robert-laffont

La Barre-y-va

de LA-GIBECIERE-A-MOTS

Maman Solo

de CathyGrosdemouge

suivant