Mon beau Tapin, roi défloré

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Phil Mazelot est un ancien agent des Renseignements qui a officié durant la 1re Guerre Mondiale. Même s’il s’en défend, et se dissimule du mieux qu’il peut sous des dehors de dur à cuire, c’est un rêveur, un vrai poète, un parolier de génie et parfois des vers sublimes lui viennent en tête aux pires moments de ses enquêtes.

Si la France insouciante de la fin des années vingt savoure encore la victoire, il sent le camp adverse ruminer son humiliation. Un nouveau conflit lui paraît inévitable. De poursuites haletantes en rencontres improbables, Mazelot va se rendre compte que le pouvoir et l’argent corrompent toutes les valeurs de la société. Des héros ordinaires se fédèrent peu à peu autour de lui pour former l’un des tout premiers réseaux de ce qui deviendra quelques années plus tard, la Résistance.

Thiébault de Saint Amand vous propose une série historique, musicale et irrésistiblement coquine où l’argot et l’humour sont omniprésents.

La troisième enquête de Phil Mazelot vous plonge dans un scandale politico-financier autour de l’aluminium… Théodule Tapin, riche industriel et député influent, est mort dans son lit.

Tout se complique quand Mazelot découvre les véritables raisons du décès du ventru de la Chambre. Qu’est-ce qui pèse le plus lourd ? Une touffe de poils ou une pièce de 30 francs ?

Publié le : vendredi 25 mars 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782374531267
Nombre de pages : 139
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Préambule
C’est pas très expressif, un cercueil, quand on y pense.

Sincèrement, je m’attendais à mieux. Certes, dans le sapin enveloppant ou le chêne gainant, on est un peu contraint par les mensurations du gisant. Pour le père Théo, ils ne se sont quand même pas foulés.

Le roi de l’aluminium qui va pourrir dans un produit fourni par la concurrence. Quel paradoxe !

Quand on pense qu’il avait breveté un procédé pour sceller des couvercles sur des boîtes en métal et qu’il n’en a même pas profité. Révolutionnaire, son idée. On colle dans un récipient ce qui nous tombe sous la pogne, on stérilise et on range proprement sur une étagère du placard à balais. On le ressort deux ans plus tard, et c’est toujours au poil.

Ou avec.

Quand la fameuse appertisation a foiré, des monstres apparaissent.

Ils auraient pu lui faire ce dernier cadeau quand même. D’autant qu’il était déjà moche au départ, il ne craignait pas les trous d’air.


N’empêche, le bas peuple se régale ce matin. Il flotte comme vache qui hésite, entre hallebardes et neige fondue, mais les reluqueurs, eux, sont imperméables. Ils se sont déplacés en masse pour voir les ventrus de la Chambre, les membres du Conseil et si on ajoute les poules de la mère Bouffe-Lingot et quelques affranchies, tu as quasiment la plus belle réunion de famille qui soit.

J’ai rencontré Théodule Tapin, industriel et député en vogue, au cours de l’une de mes visites chez Marie-Angèle, la fameuse mère Bouffe-Lingot. Le grand professionnel de l’imputrescible, en version classe et argenté, était alors tout rouge.

Pas de confusion.

Un homme comme lui pouvait acheter toutes les miséricordes.

En réalité, il sortait d’une paire de fesses, voluptueuses, assise sur sa tête. Enfin, des grosses miches quoi. Était-ce un fantasme infantile de retour aux sources, tel le saumon qui remonte le courant pour rejoindre l’océan maternel ? Ou la phobie à la mode de l’espionnage dans les usines et le tic de mettre toujours son œil au trou ?

Quoi qu’il en soit, je fus tout de même honoré de saluer furtivement le grand homme. Grand par le génie, car, pour le reste, il ne devait pas dépasser le mètre cinquante. S’il n’avait pas eu l’œuf dégarni, tout en arborant un ensemble à la Van Dyck, avec barbiche en pointe, on aurait pu croire qu’il était resté gamin.

C’est marrant, plus je vois l’abbé Cailles dans l’exercice de son ministère et plus je me rends compte qu’il se rapproche également du trou. Un jour, il va finir par glisser irrémédiablement. Ce ne sera une surprise pour personne, tout le monde le pense mort depuis longtemps. C’est de loin le plus vieux travelo du quartier.

Pas très gai quand même, il ne porte jamais de robe en couleur.


Pour une fois, ce n’est pas Renouel qui m’envoie. Cela vient de beaucoup plus haut et cette mission s’annonce davantage entourée de mystère et de secret qu’à l’accoutumée. Les rapports resteront confidentiels, je serai libre de rendre compte ou pas. Je ne supporterai qu’un seul témoin de mes investigations et introspections diverses.

Ce qui m’amène ici, c’est ma curiosité.

Mon seul témoin, c’est Dieu.

Bien sûr, je n’y crois pas, mais c’est pour le côté romanesque de l’affaire. C’est en traînant chez les vers blancs du 36, Quai des Orfèvres que j’ai appris les circonstances de la disparition du petit Tapin.

Théodule est mort étouffé.

En poussant son dernier soupir, tout Paname est entré dans un silence de plomb.

Encore un paradoxe pour le roi de l’aluminium.

Un de trop.

Ce second point a éveillé mon envie de savoir et de bousculer la société bourgeoise. Si je ne suis pas estourbi avant la fin de cette enquête, je vous invite à venir passer Noël en famille.

Seulement voilà, j’ai un poisson hors de l’eau, des thons gras, des maquereaux républicains et des relents nauséabonds de marée pas fraîche, mais pas une seule onde sur la mer d’huile qui berce Paname.

C’est ici, au boulevard des allongés du Montparnasse, que je repère les sirènes et les méduses, les figures de proue en mode casse-gueule et les belles de corsaire, version catin. Entre Wallon et Roty, l’histoire des grands hommes, génies éternels de la modernité, et celle des Princes, malins perpétuels de la médiocrité, se confond entre république noire et revers de médaille.

Paris m’enchante, l’humanité me désespère.

Il pleut sur mon âme les sanglots touchants de ces victimes expiatoires, assassinées par de misérables calculateurs sans foi ni loi. Alors que la guerre menace, suis-je donc le seul à sentir la poudre, le sang et les injustices ? Les femmes et les hommes, qui me suivent dans l’ombre, attendent un sursaut de la Patrie qui ne vient pas.

1932 approche.

La fin d’un monde aussi.

Je m’appelle Philippe, « Phil » Mazelot.

Je vous invite à me suivre dans ma dernière enquête au cœur de Paname : Mon beau Tapin, roi défloré… que j’aime ton carbure !
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