Mon valet et moi. Roman cocasse

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Tous les valets n’ont pas été acteurs de cinéma. Lui, si. Mais ce valet-là est une parodie, un tyran qui congédie le personnel de son maître à coups de couteau, dort dans son lit, lui interdit les émissions de variétés et l’habille en Nike et blouson de cuir. Méchant mensonge ou vrai journal ? Le maître, asservi aux volontés de son valet, laisse planer le doute…
Hervé Guibert est l’auteur d’une douzaine de livres, parmi lesquels À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Le Protocole compassionnel ou Cytomégalovirus, qui ont rencontré un succès critique et populaire exceptionnel. Il est mort en décembre 1991 des suites du sida.
« Guibert réussit à faire de son lecteur le complice de son intimité et de celle des autres, à le piéger en flagrant délit de voyeurisme. »
Livres Hebdo
Publié le : mardi 25 août 2015
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EAN13 : 9782021295252
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Hervé Guibert, né à Paris en 1955, est mort du sida le 27 décembre 1991. Il aura goûté à toutes les formes d’art avant sa mort : photographe, journaliste, écrivain, chroniqueur de photographies, scénariste et vidéaste, il fut pensionnaire de l’Académie de France à Rome et écrivit une trentaine d’ouvrages, parmi lesquels Des aveugles, À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Le Protocole compassionnel et Mon valet et moi, qui rencontrèrent un succès exceptionnel tant auprès de la critique que du public.

DU MÊME AUTEUR

L’Image fantôme

Minuit, 1981

 

Les Chiens

Minuit, 1982

 

Les Aventures singulières

Minuit, 1982

 

Voyage avec deux enfants

Minuit, 1982

 

Les Lubies d’Arthur

Minuit, 1983

 

L’Homme blessé

avec Patrice Chéreau

Minuit, 1983

 

Des aveugles

Gallimard, 1985

et « Folio » no 1725

 

Mes parents

Gallimard, 1986

et « Folio » no 2582

 

Vous m’avez fait former des fantômes

Gallimard, 1987

 

L’Image de soi, ou l’injonction de son beau moment ?

photographies de Hans Georg Berger

William Blake, 1988

 

Les Gangsters

Minuit, 1988

 

Mauve le Vierge

Gallimard, 1988

 

L’Incognito

Gallimard, 1989

 

Fou de Vincent

Minuit, 1989

 

À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie

Gallimard, 1990

et « Folio » no 2366

 

La Mort propagande

et autres textes de jeunesse

Régine Deforges, 1991

et « Le livre de poche » no 4385

 

Vice

Jacques Bertoin, 1991

 

Le Protocole compassionnel

Gallimard, 1991

et « Folio » no 2481

 

L’Homme au chapeau rouge

Gallimard, 1992

et « Folio » no 2647

 

Dialogue d’images

photographies de Hans Georg Berger

William Blake, 1992

 

Le Seul Visage

Minuit, 1992

 

Le Paradis

Gallimard, 1992

et « Folio » no 2809

 

Cytomégalovirus : journal d’hospitalisation

Seuil, 1992

et « Points » no 1177

 

Photographies

Gallimard, 1993

 

La Piqûre d’amour, La Chair fraîche

et autres textes

Gallimard, 1994

et « Folio » no 2962

rééd. La Chair fraîche et autres textes

« Folio » no 3755

 

Vole mon dragon

Gallimard, 1994

 

Lettres d’Égypte

photographies de Hans Georg Berger

Actes Sud, 1995

 

La Photo, inéluctablement

Recueil d’articles sur la photographie, 1977-1985

Gallimard, 1999

 

Le Mausolée des amants

Journal, 1976-1991

Gallimard 2001

« Folio » no 3827

 

Suzanne et Louise

roman-photo

Gallimard, 2005

A Christine, qui m’a découpé dans
un magazine la photo de mon personnage,
dans l’avion entre Anchorage
et Tokyo, et à qui je crains que cette
histoire ne dise rien du tout.

Je n’ai jamais imaginé que mon valet m’aimerait. J’ai plutôt pensé, à partir du moment où j’en ai fait mon valet, qu’il me haïrait. C’était un jeune homme désœuvré qui, par accident, avait obtenu le premier rôle d’un film, et à qui aucun metteur en scène n’avait plus rien proposé. Mal m’en a pris d’avoir eu envie, cet après-midi-là, de me fourrer au hasard dans une salle obscure.

 

 

Au départ j’avais pensé embaucher, puisque ni mon secrétaire ni mon majordome ne pouvaient endosser ce rôle, et parce que je pétais de plus en plus fort dans ces soirées mondaines où je n’allais presque plus, un jeune homme élégant qui me suivrait pas à pas en public, mais ferait semblant de ne pas me connaître, comme un comparse de prestidigitateur, et s’exercerait à rougir, à toussoter et à s’excuser discrètement à ma place chaque fois que je lâcherais un de ces vents pétaradants.

J’imaginais, quand j’emmènerais ce jeune homme au restaurant pour me tenir compagnie après son travail, que par un accord tacite nous serions convenus qu’il répondrait systématiquement au maître d’hôtel qu’il n’avait aucunement faim, et que moi je broutillerais du bout des lèvres, comme pour ne pas m’y brûler, le nappage d’un plat très copieux, que je pousserais alors sur la table en direction de mon employé, qui le dévorerait goulûment. Malheureusement, rien ne s’est passé comme prévu.

 

 

Après j’ai voulu un majordome pakistanais, qui ne parle pas français, et qui donc ne comprenne rien quand je m’entretiens au téléphone. Je tenais à préserver ce qui me restait de vie privée, les domestiques sont facilement bavards avec les voisins et les commerçants. Mais je n’ai plus grand monde à qui parler, et plus personne à empêcher de me comprendre. Tous mes vrais amis sont morts, le dernier il y a moins de quinze jours.

 

 

Les narrateurs des romans russes ont des valets qui dorment comme des chiens dans des vestibules traversés de courants d’air, aiguisent le fleuret de leurs duels et portent leurs vieux pardessus. Ce sont des ratés, souvent des doubles de leurs maîtres, qui auraient pu l’être à leur place, mais qu’une infortune de naissance ou un revers, une femme, le jeu, a abaissés à ce rang. Ils sont serviles par lassitude, tout leur être exhale quelque chose de rance. Ils travaillent sans amour et sans précision, cirer les bottes de leurs maîtres ne les enthousiasme même pas.

 

 

Mon valet à moi était un tueur en puissance, c’est pour cela que je l’avais choisi. J’étais un homme sur le déclin. J’avais besoin d’un vrai garde du corps, quelqu’un qui me ramasse quand je tombe, m’habille, pince mes jambes quand elles s’engourdissent au point que je ne les sens plus.

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