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Monsieur le comte monte en ballon

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Français par le droit du sol, je n’ai jamais tenu mes origines étrangères pour une gêne, une entrave, mais au contraire pour une source féconde. Aussi, métèque et fier de l’être, éprouvé-je un vif plaisir à ressusciter un de mes aïeux russes, le comte Ivan Matzneff, chaud lapin « amant de toutes les actrices de Paris » selon Barbey d’Aurevilly, ami du prince Louis-Napoléon, d’Alexandre Dumas, du chevalier d’Orsay, aéronaute passionné qui, en 1851, publia Un voyage dans les airs de Paris à Spa, en trois étapes, succulent récit qui, en 2012, n’a rien perdu de sa saveur, de son charme, de sa drôlerie ; qui est pour moi l’occasion de réfléchir sur cette Russie réelle ou imaginaire qui, depuis mon enfance, aura joué un si grand rôle dans ma vie.
G. M.
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Gabriel Matzneff
Monsieur le comte monte en ballon Français par le droit du sol, je n’ai jamais tenu mes origines étrangères pour une gêne, une entrave, mais au contraire pour une source féconde. Aussi, métèque et fier de l’être, éprouvé-je un vif plaisir à ressusciter un de mes aïeux russes, le comte Ivan Matzneff, chaud lapin « amant de toutes les actrices de Paris » selon Barbey d’Aurevilly, ami du prince Louis-Napoléon, d’Alexandre Dumas, du chevalier d’Orsay, aéronaute passionné qui, en 1851, publiaUn voyage dans les airs de Paris à Spa, en
trois étapes, succulent récit qui, en 2012, n’a rien perdu de sa saveur, de son charme, de sa drôlerie ; qui est pour moi l’occasion de réfléchir sur cette Russie réelle ou imaginaire qui, depuis mon enfance, aura joué un si grand rôle dans ma vie. G. M. Illustration de couverture : Aquarelle d’Eugène Godard (vers 1845). Avec l’aimable autorisation du Musée de l’air et de l’espace. EAN numérique :997788--22--77556611--00666665-3-6 EAN livre papier : 9782756103877 www.leoscheer.com
L’Aigled’Eugène Godard dans l’attraction « La maison meublée » (hippodrome de l’Étoile, vers 1851 ; collection particulière de Philippe Foubert).
DU MÊME AUTEUR
Chez le même éditeur
Les Moins de seize ans;Les Passions schismatiques, 2005 Carnets noirs 2007-2008, 2009 Les Émiles de Gab la Rafale, 2010 La Séquence de l’énergumène, 2012
© Éditions Léo Scheer, 2012 www.leoscheer.com www.matzneff.com
GABRIEL MATZNEFF
MONSIEUR LE COMTE MONTE EN BALLON
Éditions Léo Scheer
MARUSSIE PRÉSENTE ET ABSENTE
À ma sœur Alexandra, à mes frères André et Nicolas, que je vois si rarement, mais que, j’espère qu’ils le savent, j’aime bien.
« J’étais un matin chez le comte Ivan Matzneff, un seigneur russe de mes amis, ami de d’Orsay, ami de Napoléon Bonaparte et amant de toutes les actrices de Paris qui jonchent le parquet à quatre pattes et sur les mains desquelles on est obligé de marcher quand on traverse l’appartement. Matzneff qui ne sait rien du tout, en vrai gentilhomme, et qui est revenu des guerres du Caucase pour monter en ballon à Paris et regarder sous le ballon des danseuses, accepta avec des airs de Mécène d’être correspondant d’une société de sphragistique. On m’expédia aussi, à moi, un diplôme de correspon-dant. D’avoir Matzneff, le plus étourdi des Russes qui sautent par la fenêtre pour se faire Français, n’est point si bête. Il leur procurera des piles d’abonnements à Saint-Pétersbourg et à Moscou. Moi, je suis venu en croupe de Matzneff. »
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Dès que je lus ces lignes de Barbey d’Aurevilly, dans une lettre à l’éditeur Trebutien datée du 8 septembre 1851, je m’affectionnai à ce fringant aïeul. Aujourd’hui encore je pense souvent à lui, et le passage sur les actrices qui jonchaient son parquet me chatouille agréablement. Ce sont des lignes que doivent méditer ceux que choque mon liber-tinage : par comparaison à ce fier lapin d’Ivan, j’ai singulièrement progressé dans la voie de la vertu car, moi, je ne fais jamais marcher mes jeunes amantes à quatre pattes. Je n’entends rien à l’hérédité, ça ne m’intéresse pas, je n’aime ni la famille ni ce qui se rattache à l’idée de famille, et les sirupeuses niaiseries que les curés et les politiciens, qu’ils soient de droite ou de gauche, ne cessent de débiter sur « la défense de la famille » m’ont toujours – mon journal intime en témoigne d’abondance – exaspéré. Mon enfance fut chaotique, celle d’un fils d’exilés, balloté entre des parents qui divorcèrent lorsqu’il était âgé de six mois (je n’ai jamais vu mon père et ma mère dans une même pièce), déchiré par les épreuves conju-guées de l’émigration et de la guerre. Adolescent, je fus un écorché vif, brûlé de passions schismatiques, réfractaire à une famille dont je n’avais rien à ficher – au désespoir de ma mère qui, jusqu’à sa mort, me réputera sans cœur, mauvais sujet. D’abord que je
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