Monsieur le comte monte en ballon

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Français par le droit du sol, je n’ai jamais tenu mes origines étrangères pour une gêne, une entrave, mais au contraire pour une source féconde. Aussi, métèque et fier de l’être, éprouvé-je un vif plaisir à ressusciter un de mes aïeux russes, le comte Ivan Matzneff, chaud lapin « amant de toutes les actrices de Paris » selon Barbey d’Aurevilly, ami du prince Louis-Napoléon, d’Alexandre Dumas, du chevalier d’Orsay, aéronaute passionné qui, en 1851, publia Un voyage dans les airs de Paris à Spa, en trois étapes, succulent récit qui, en 2012, n’a rien perdu de sa saveur, de son charme, de sa drôlerie ; qui est pour moi l’occasion de réfléchir sur cette Russie réelle ou imaginaire qui, depuis mon enfance, aura joué un si grand rôle dans ma vie.
G. M.
Publié le : mardi 3 mars 2015
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EAN13 : 9782756106663
Nombre de pages : 73
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Gabriel Matzneff
Monsieur le comte monte
en ballon

Français par le droit du sol, je n’ai jamais tenu
mes origines étrangères pour une gêne, une
entrave, mais au contraire pour une source
féconde. Aussi, métèque et fier de l’être,
éprouvé-je un vif plaisir à ressusciter un de mes
aïeux russes, le comte Ivan Matzneff, chaud
lapin « amant de toutes les actrices de Paris »
selon Barbey d’Aurevilly, ami du prince
LouisNapoléon, d’Alexandre Dumas, du chevalier
d’Orsay, aéronaute passionné qui, en 1851,
publia Un voyage dans les airs de Paris à Spa, en trois étapes, succulent récit qui, en 2012, n’a
rien perdu de sa saveur, de son charme, de sa
drôlerie ; qui est pour moi l’occasion de
réfléchir sur cette Russie réelle ou imaginaire
qui, depuis mon enfance, aura joué un si grand
rôle dans ma vie.

G. M.


Illustration de couverture : Aquarelle d’Eugène
Godard (vers 1845). Avec l’aimable autorisation du
Musée de l’air et de l’espace.

EAN numérique : 978-2-7561-0665-6978-2-7561-0666-3

EAN livre papier : 9782756103877


www.leoscheer.com L’Aigle d’Eugène Godard dans l’attraction « La maison
meublée » (hippodrome de l’Étoile, vers 1851 ; collection
particulière de Philippe Foubert).DU MÊME AUTEUR
Chez le même éditeur
Les Moins de seize ans ; Les Passions schismatiques, 2005
Carnets noirs 2007-2008, 2009
Les Émiles de Gab la Rafale, 2010
La Séquence de l’énergumène, 2012
© Éditions Léo Scheer, 2012
www.leoscheer.com
www.matzneff.comGABRIEL MATZNEFF
MONSIEUR LE COMTE
MONTE EN BALLON
Éditions Léo ScheerMA RUSSIE PRÉSENTE ET ABSENTE
À ma sœur Alexandra,
à mes frères André et Nicolas,
que je vois si rarement, mais que,
j’espère qu’ils le savent, j’aime bien.
« J’étais un matin chez le comte Ivan Matzneff,
un seigneur russe de mes amis, ami de d’Orsay,
ami de Napoléon Bonaparte et amant de toutes les
actrices de Paris qui jonchent le parquet à quatre
pattes et sur les mains desquelles on est obligé de
marcher quand on traverse l’appartement. Matzneff
qui ne sait rien du tout, en vrai gentilhomme, et qui
est revenu des guerres du Caucase pour monter
en ballon à Paris et regarder sous le ballon des
danseuses, accepta avec des airs de Mécène d’être
correspondant d’une société de sphragistique. On
m’expédia aussi, à moi, un diplôme de
correspondant. D’avoir Matzneff, le plus étourdi des Russes
qui sautent par la fenêtre pour se faire Français,
n’est point si bête. Il leur procurera des piles
d’abonnements à Saint-Pétersbourg et à Moscou.
Moi, je suis venu en croupe de Matzneff. »
7Dès que je lus ces lignes de Barbey d’Aurevilly,
dans une lettre à l’éditeur Trebutien datée du
8 septembre 1851, je m’affectionnai à ce fringant
aïeul. Aujourd’hui encore je pense souvent à lui, et
le passage sur les actrices qui jonchaient son parquet
me chatouille agréablement. Ce sont des lignes
que doivent méditer ceux que choque mon
libertinage : par comparaison à ce fier lapin d’Ivan, j’ai
singulièrement progressé dans la voie de la vertu
car, moi, je ne fais jamais marcher mes jeunes
amantes à quatre pattes.
Je n’entends rien à l’hérédité, ça ne m’intéresse
pas, je n’aime ni la famille ni ce qui se rattache à
l’idée de famille, et les sirupeuses niaiseries que les
curés et les politiciens, qu’ils soient de droite ou de
gauche, ne cessent de débiter sur « la défense de la
famille » m’ont toujours – mon journal intime en
témoigne d’abondance – exaspéré. Mon enfance
fut chaotique, celle d’un fils d’exilés, balloté entre
des parents qui divorcèrent lorsqu’il était âgé de six
mois (je n’ai jamais vu mon père et ma mère dans
une même pièce), déchiré par les épreuves
conjuguées de l’émigration et de la guerre. Adolescent, je
fus un écorché vif, brûlé de passions schismatiques,
réfractaire à une famille dont je n’avais rien à ficher
– au désespoir de ma mère qui, jusqu’à sa mort, me
réputera sans cœur, mauvais sujet. D’abord que je
8le pus, c’est-à-dire très tôt, je pris le large, donnai
libre cours, de manière jugée scandaleuse par les
bien-pensants, à ma soif de liberté.
J’ai comme tout le monde des souvenirs
d’enfance, mais je ne les aime pas. C’est pourquoi,
n’étant pas masochiste, je n’ai guère écrit sur cette
période de ma vie, sauf par le truchement de
personnages de fiction. Adriana Asti m’a dit un jour
d’Alberto Moravia : « Il détestait tellement le
passé qu’en voiture il refusait de faire marche
arrière. » Je n’en suis pas là et, dans mes romans,
j’utilise volontiers ce dont je me souviens de mon
enfance, du milieu (tragicomique à la napolitaine)
russe blanc de Paris, des rapports (ou de l’absence
de rapports, c’est la même chose) que j’avais avec
mes parents, parce que la fiction me libère et me
permet, caché derrière les créatures nées de mon
imagination, de dire des choses que, par pudeur,
par crainte de blesser les membres vivants de ma
famille, je n’ai pas envie de raconter à la première
personne du singulier. Cependant, par exception,
j’ai écrit dans Yogourt et yoga quelques pages sur
mon père où l’on peut lire :
« Papa était, comme l’étaient souvent les
Russes blancs dans la panade, d’un vigilant
snobisme, le blason l’aidant à surmonter les blessures
de la vie. »
9Oui, dans les cercles russes blancs, cela était
courant. Alain Daniélou, évoquant dans ses
1Mémoires le compositeur Nicolas Nabokov,
écrit : « Il avait les vertus d’un prince et ne sut
jamais s’adapter à sa condition de pauvre émigré. Il
prétendait descendre de Gengis Khan. »
Si cette prétention le corroborait, c’est
l’essentiel. Un de mes maîtres et complices, Giacomo
Casanova, portait le titre de « chevalier de Seingalt »
qui était un fruit de son imagination, mais cette
babiole le régalait : voilà qui, à mes yeux, est
justificatif, car un homme d’esprit, durant son bref
séjour sur la Terre (si longue que soit une vie, elle
n’est qu’une allumette qu’on craque dans la nuit),
ne doit jamais laisser échapper une occasion de se
faire plaisir.
La dernière fois que je déjeunai tête à tête avec
mon père, il me parla d’un Matzneff qui figure
parmi les boyards zigouillés sur l’ordre d’Ivan le
Terrible. Admirateur du film d’Eisenstein, j’en fus
charmé, mais ne cherchai pas à vérifier cette filiation.
Peut-être celle-ci est-elle fantaisiste, qu’importe ? Ce
qui rend une vie poétique, et donc amusante, ce ne
sont pas les choses mais l’idée que nous nous en
forgeons. Je me suis souvenu de cette rêverie de
1. Alain Daniélou, Le Chemin du Labyrinthe, Paris, 1981.
101mon père lorsque j’ai baptisé Kolytcheff l’un des
protagonistes d’Ivre du vin perdu.
Ici, Nicolas (mon père) rejoint Ivan (l’aéronaute)
qui, bien que plein aux as, était, lui aussi, « d’un
vigilant snobisme », faiblesse parfois agaçante mais
vénielle. Comme aimait à le répéter Jacques de
Ricaumont, « si le snobisme était un péché mortel,
nous irions tous en enfer ».
C’est à ce propos que, dans mes Carnets noirs
2007-2008, après ma première lecture du récit de
cet ancêtre « revenu des guerres du Caucase pour
monter en ballon à Paris », je note :
« J’en avais souvent entendu parler mais, tant je
suis peu “famille”, je n’avais jamais eu la curiosité
de le lire. Ces aventures aérostatiques de mon
aïeul m’ont bien diverti. Ce qui en ressort est le
snobisme d’airain du comte Ivan Matzneff dont
les amis appartiennent à la meilleure aristocratie
européenne ; qui ne déroge pas, même en ballon.
Mon père était comme ça, lui aussi. Moi, je suis
beaucoup plus simple, c’est mon côté homme de
gauche. »
1. Patronyme du métropolite Philippe de Moscou qui
incarna la résistance spirituelle à la cruelle tyrannie du tzar
Ivan. Martyr, il fut canonisé. L’Église orthodoxe célèbre sa
fête le 9 janvier.
11Snob dans les airs, snob sur le plancher des
vaches : au cours de son récit nous voyons Ivan
Matzneff voyager en chemin de fer, mais il croit
utile de préciser : « … dans un wagon spécial où
Mme la princesse régnante de Valachie, venant de
Bucarest, voulut bien m’offrir une place ».
J’aime beaucoup cette princesse régnante de
Valachie, ça fait très Sceptre d’Ottokar.
Certes, un monde sépare les aristocrates russes
qui venaient au dix-neuvième siècle faire la fête en
France de leurs infortunés descendants qui, dans
les années vingt du siècle suivant, ayant tout
perdu, ou quasi, débarquèrent, le cul nu, à Paris.
Cependant, bon sang ne peut mentir, et un
gentilhomme malheureux reste un gentilhomme ; qu’il
habite un hôtel particulier à Saint-Pétersbourg ou
une chambre de bonne à Paris, qu’il ait une tripotée
de domestiques ou qu’il fasse lui-même son marché,
il reste celui qu’il est.
Bon. Assez parlé de généalogie, réelle ou
imaginaire. La famille légale, les « liens du sang » ne sont
pas ma tasse de thé, et dans mes livres je leur ai
toujours réservé le traitement idoine. Ma famille,
ce sont mes précurseurs, mes amantes, mes amis et
mes lecteurs. Cette famille-là, famille choisie, née
du cœur et de l’esprit, est la seule qui importe à mes
yeux. Certes, quelqu’un qui se nomme Matzneff
12peut d’aventure en faire partie : parmi mes
innombrables neveux et nièces (ma sœur et mes frères,
animés d’un enthousiasme procréateur qui me fait
déterminément défaut, ont passé leur temps à
mettre des enfants au monde), y en a-t-il peut-être
un ou deux qui aiment mes livres, j’en doute fort,
mais même si le cas y échoyait, cela n’aurait rien à
voir avec l’état-civil.
Unique exception, ce polisson, ce sacré loustic
d’Ivan Matzneff, dont je me sens proche, car il m’a
précédé non seulement dans la carrière amoureuse,
mais aussi dans la carrière littéraire, comme le montre
ce Voyage dans les airs de Paris à Spa, en trois étapes,
paru en 1851, que Léo Scheer réédite aujourd’hui.
Cela dit, n’exagérons pas. Que le succulent portrait
du « plus étourdi des Russes qui sautent par la fenêtre
pour se faire Français » soit celui d’un Matzneff me
réjouisse de façon particulière, je ne le nie pas, mais
serait-il celui d’un Golitzine, d’un Cheremeteff,
d’un Popoff, ou de tel autre de ces Russes qui, au
dix-neuvième siècle, passaient une partie de l’année
à Paris et sur la Côte d’Azur (au rayonnement de
laquelle ils contribuèrent, comme en témoignent les
églises orthodoxes de Nice, de Cannes et de Menton),
il m’enchanterait mêmement. Le nom de famille est
secondaire : ce sont l’homme et son style de vie qui
retiennent mon attention, me stimulent.
13Dix jours après la lettre citée ci-devant, Barbey
d’Aurevilly, s’adressant une nouvelle fois à Trebutien,
revient sur son ami Matzneff :
« J’ai écrit au comte Orloff, et je l’ai prié de se
charger de mon offrande à Sa Majesté de toutes
les Russies, mais grâce à cette linotte de ballon,
Matzneff, qui est à chasser chez la duchesse de
Gramont, mon livre n’est pas parti encore. »
Ah ! Sa Majesté de toutes les Russies !
Dans ma jeunesse, et jusqu’à mon divorce
d’avec Tatiana, la Russie joua un rôle d’importance
dans mon cœur, mon cerveau, mon imagination.
Russie rêvée, transfigurée, Kitège abîmée au plus
profond du lac Svetly sur les eaux duquel, jeune
Français d’origine russe, je me penchais, narcisse
interrogateur, nostalgique. Mon premier texte
1paru dans une revue , et qui sera des années plus
tard recueilli dans Douze poèmes pour Francesca,
s’intitule Pâque. En voici les derniers vers :
Russie ma pensée profonde mon inconnue ma lointaine
De la souffrance coule dans mon cœur la Néva souterraine
Dont les eaux brûlantes et poisseuses me réveillent la nuit
J’ai ton sang sur mes mains et ma bouche a tes cris
Rédempteur aux cheveux de fille on t’a vu autrefois marcher
sur le Kremlin
1. La revue 1492, fondée par Maurice Bourg.
14Ta robe flottait au vent et tu tenais une rose rouge à la main
Aujourd’hui je ne sais plus où tu es je ne sais même plus si
tu existes
Dieu des tendresses humaines et des douleurs Jésus-Christ
Tout lecteur de ce poème l’aura noté : la Russie
et l’Église orthodoxe, indissociables. Si je n’avais
pas été orthodoxe, je pense que ni dans mon
journal intime d’adolescence et de jeunesse, ni dans
mes textes polémiques de Combat et autres
gazettes, la Russie persécutée, réduite en
esclavage, lobotomisée par une dictature athéiste
désireuse de la couper à jamais de ses racines
spirituelles, n’eût occupé la place qu’elle y
occupe ; je ne crois pas davantage que le milieu
russe orthodoxe de Paris eût joué le rôle qu’il joue
dans mes romans.
Nonobstant la crise spirituelle où me précipita
l’échec de mon mariage, l’orthodoxie ne cessera
jamais d’être présente dans mon travail d’écrivain ;
mais la Russie, elle, après la chute du régime
com1muniste que dès ses prémices je saluai avec joie ,
n’y apparaît plus guère. Je me suis battu pour
1. Lire, par exemple, les chapitres du Dîner des
mousquetaires intitulés « Un vent pentecostal », « Éloge de Michel
Gorbatcheff », « Vive Saint-Pétersbourg ! ».
15l’Église russe crucifiée, les artistes russes jetés dans
les asiles de fous, déportés au goulag, mais quand
les camps de la mort furent fermés, les églises
rouvertes, les livres interdits pendant soixante-dix ans
réédités, les peintres affranchis de la sujétion du
« réalisme soviétique », et que la Russie, redevenue
libre, s’abandonna sans retenue aux délices du
capitalisme sauvage, ce monde-là cessa pour moi
d’être un thème d’inspiration.
Je m’en rendis compte en 2010, lors d’un séjour
que je fis à Saint-Pétersbourg durant le carême
pascal. Certes, je fus heureux au suprême d’assister,
la veille du dimanche des Rameaux, à un fervent
office dans cette église Notre-Dame-de-Kazan, si
vénérée par le peuple russe, tant présente dans les
romans de Dostoïevski, profanée et transformée en
musée de l’athéisme par le pouvoir bolchevique,
enfin rendue au culte. Oui, ce fut bouleversant, un
événement dont, à l’époque de Vénus et Junon, de
mes deux premiers voyages en Russie (1966 et
1967), au pire de la grisaille totalitaire, même dans
mes rêves les plus extravagants je n’aurais jamais
osé espérer être un jour le témoin. Cependant,
lors de ce troisième voyage, dans cette Russie
délivrée de ses chaînes où les marxistes-léninistes ne
sont plus les seuls à avoir le droit de s’exprimer, où
les livres si longtemps proscrits – des Démons de
16Dostoïevski au Requiem d’Akhmatova, des œuvres
de Rozanov et de Chestov à celles de Berdiaeff et
de Merejkovski, leur liste est longue – ornent à
nouveau les rayons des librairies, je sentis, compris,
que ce combat pour la liberté spirituelle auquel
j’avais durant des dizaines d’années consacré tant
d’énergie, de talent et de temps était pour moi
achevé ; qu’il était désormais une page écrite… et
tournée.
Quand, à la chute du régime communiste, les
Russes purent enfin, après des décennies de
décervelage d’État, redécouvrir leur patrimoine
esthétique et spirituel, redresser leurs autels détruits,
prier, parler, lire, écrire, publier librement, cela
aurait dû être en France, au moins dans les cercles
cultivés, une explosion de joie. Curieusement, il
n’en fut rien, comme si la fameuse « amitié
francorusse » qui berça mon enfance (aujourd’hui encore
j’ai sur ma table de travail une monnaie d’argent,
qui appartenait à ma mère, représentant l’empereur
Nicolas II et l’impératrice Alexandra, frappée en
1896 à l’occasion de leur voyage en France) n’était
qu’une chimère. Les Russes ont toujours été animés
de cette « passion extrême de s’unir avec la
France » que Saint-Simon se réjouit de noter chez
Pierre le Grand mais, à l’évidence, les Français ne
rendent pas le réciproque.
17Je l’avais déjà pressenti lorsque, dans les années
soixante, me battant pour la liberté d’expression
artistique et religieuse en URSS, pour mes amis
russes cruellement persécutés, brisés, par le
totalitarisme d’État – les jeunes poètes Léonide Goubanov
et Vadim Delaunay, le peintre Youri Titov, et tant
d’autres –, je rencontrais si peu d’écho parmi
l’intelligentsia parisienne qui, au pire des persécutions,
continuait de lécher le cul du pouvoir soviétique et
bouffer ses petits fours à l’ambassade de la rue de
1Grenelle . J’en ai la triste confirmation aujourd’hui
où, dans les cercles intellos parisiens, l’hystérie
russophobe est à son zénith. Vladimir Poutine est
devenu l’ennemi à abattre et les conneries haineuses
que la presse française déverse quotidiennement sur
la Russie – la presse, mais aussi le pouvoir, on l’a
constaté lors des conflits serbe, géorgien, syrien
(liste non exhaustive), où l’Élysée et le Quai d’Orsay
se sont servilement alignés sur Washington – sont
d’une mauvaise foi à vomir. Naguère, j’aurais pris
ma plume, rétabli la vérité, mouché Glucksmann
et compagnie, mais à présent je m’en fous, hausse
les épaules et tâche de penser à autre chose. À
1. Sur l’ignominie de l’intelligentsia parisienne, en
particulier lors du jubilé de 1967, lire « La nausée d’octobre »
dans Le Sabre de Didi.
18siècle semble sorti des romans d’un écrivain
d’aujourd’hui : la curiosité, l’allant, le goût des défis et
l’indépendance d’esprit font d’Ivan Matzneff un
personnage digne de figurer dans une des aventures
de Gab la Rafale : on pourrait le croiser au
Luxembourg, en grande conversation avec le professeur
Dulaurier ; ou bien aux Philippines, installé
confortablement au bar du Harrison Plaza. Le retrouver
dans un album de Tintin ne serait pas non plus
surprenant (Hergé, d’ailleurs, dessina le ballon des
frères Godard), tant Ivan Matzneff semble toujours
prêt à partir vers de nouvelles aventures. Et lorsqu’il
forme le vœu que le génie de l’homme « parvienne
à régulariser la navigation aérienne au point d’en
faire un moyen de transport aussi sûr qu’il est
rapide », nul doute qu’il songe à voyager un jour
en compagnie de cet autre Matzneff, grand
amateur de vols longs courriers.
— Cela se peut-il ?
— Cela se peut.
— Partons.
Parfois, par-delà les générations, deux membres
d’une famille se lancent un clin d’œil avant de
retrousser l’étoffe du temps.
Gilles Monplaisir TABLE
Gabriel Matzneff, Ma Russie présente et absente….… 7
Ivan Matzneff, Un voyage dans les airs de Paris à Spa, en
trois étapes………………………… 25
Illustrations :
Carte indiquant la direction des ascensions
aérostatiques du ballon L’Aigle, de Paris à Fosse
(Belgique)………………………………… 67
Profil de la montée et de la descente du ballon
L’Aigle…………………………………… 68
Postface. Le Temps retroussé
par Gilles Monplaisir …………………………… 69

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