Montre-moi le livret de famille

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L'enfant peut être amené à éprouver le sentiment d'être étranger à la famille dans laquelle il est né. C'est ce qu'éprouve Marianne Escandieu qui demande à sa mère : « Montre-moi le livret de famille. » Face à cette réalité incontournable, le destin de Marianne se met en marche. Seule pour affronter les situations difficiles, anormales, impossibles à gérer pour une enfant, dans l'indifférence inconsciente d'un environnement qui ne voit pas, qui ne sait pas et qui ne peut pas, elle poursuit sa route animée d'une volonté de comprendre et dans l'attente d'une délivrance. Elle se construit en transformant la brisure en parfum de fêlure, seule réparation possible. Histoire de vie qui se déroule sur un fond de société de la seconde moitié du XX° siècle, avec ses mutations qui augurent de notre XXI° siècle.  
Publié le : lundi 14 décembre 2015
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EAN13 : 9791026203452
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Anne DARBOUSSET

Montre-moi le livret de

famille

 


 

© Anne DARBOUSSET, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0345-2

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www.annedarbousset.com

 

 

Préface
de la seconde édition

 

 

 

Au-delà du huis clos familial étouffant qui conduit l'enfant à penser, pour moins souffrir et se sentir différent : « ce ne sont pas mes parents »,

est présent dans le roman, le drame des abus sexuels de l'adulte sur l'enfant sans défense et les conséquences sur son devenir d'être fragile et brisé.

 

Quand la résilience opère, ce qui n'est pas évident, reste dans le meilleur des cas une fêlure, pas forcément visible au premier abord, dont il s'agira désormais pour l'enfant devenu adulte, non pas de l'obérer, mais d'en accepter l’indéfectible parfum.

 

Chapitre 1

Dans le train de Nîmes à Libourne, le parfum du passé

 

 

1955. Marianne, dix ans, apparemment absorbée par le jeu passe-temps des situations d’attente « le nez-ventouse », narines largement déployées sur la vitre sale du couloir puant du train, imbrique avec excitation chaque élément de cet avenir inconnu vers lequel elle s’aventure avec sa mère et son frère, Michou, trois ans. Elle organise, dans son silence de petite fille, le moindre morceau de nouveau puzzle familial d’après les maigres renseignements maternels. La considération de sa position de nouvelle, au beau milieu de l’année scolaire, suscitera certainement des regards curieux et interrogateurs. Un aiguillon de sensations épidermiques la fait sautiller d’un pied sur l’autre, ce qui déclenche invariablement un« Tiens-toi donc tranquille », dont la sécheresse sans commentaire brise le silence rituel des voyageurs qui veulent rester anonymes.

 

Il y a quelque temps déjà, sa mère, Marcelle, lui avait expliqué l’importance dans la hiérarchie sociale du poste qu’allait occuper son père Raymond, sur un ton qui se voulait habituel, mais où perçait une fierté mal déguisée, « bon ton catho », ni trop, ni pas assez. Catho sur rail. Catho qui juge. Catho qui préfère entretenir une pensée toute faite, une pensée à ne pas déplacer d’un iota, sans remise en question. Catho qui détourne le regard d’une fleur sauvage et qui ne sait pas respirer son parfum particulier, ni détecter sa quintessence. Catho qui veut contraindre l’autre à cahoter dans ses propres ornières austères, cet autre qui ne rêve que de la beauté de sentiers libérés et d’exploration de terres inconnues.

« C’est comme ça et pas autrement ! » est le leitmotiv de Marcelle qui ponctue toute tentative d’échappée vers des chemins de traverse.

 

Marianne examine sa mère, une fois encore et encore. Inlassablement. Éperdument. Profil dur et sec, penché sur Les bonnes soirées, objet incontournable des railleries de Raymond, un prétexte au départ d’agressions verbales sur des sujets autrement plus savonneux, tellement plus riches en matière : le nez, par exemple. Le nez de Marcelle.

« Tu as le nez Bouzac. »

Marcelle Bouzac ! Quel nom ! Un nom qui colle au nez. Un nez à la Cyrano. Attribut masculin sur une femme. Et lui, un Escandieu, il avait épousé ça ! Bouzac ? Deux syllabes qui lui encombrent le palais, au quotidien, de leur vulgarité visqueuse, deux consonances qu’il rejette au loin, du bout des lèvres, concentrant tout son mépris dans ce phonème qu’il allonge et prolonge dans des commentaires sur cette famille haïe, subie. Des peigne-cul, des culs-terreux.

 

Leur état présent d’ouvriers de la ville, qui succède à leur passé terrien est prétexte à des surenchères ironiques de parasitisme, de fainéantise, de bêtise rusée et intéressée. Une famille qui se fait entretenir par lui, Raymond, « mine de rien etd’expressions mielleuses ». Il n’est pas dupe. Cette imbécile de Marcelle détourne à leur profit son argent à lui, et en douce. Une tribu-impasse dans laquelle il se débat. Une situation piégée par cette femme et sa famille. Tout un passé de vains efforts journaliers pour les neutraliser en subissant. Car on ne divorce pas chez les Escandieu et chez les Bouzac, on supporte en pestant, dans une dégradation collective.

 

Marianne poursuit son examen maternel : existera-t-il, un jour, ce mot, ce geste ou ce regard complice qui enveloppe, qui sait même sans dire, qui suggère la tendresse, l’amour, parce que le sens est si dense, si chargé qu’il n’a pas à s’exprimer pour exister. Il serait là, présent, réel, si simplement que cela suffirait.

Marcelle affiche toujours, invariablement, cette fichue grimace pincée qui essaye un sourire sans y parvenir, qui peut se nuancer de dégoût, de vacuité, de scepticisme, à savoir peut-être d’amertume. Jamais de joie, d’éclat de rire, de chaleur ou d’amour qui rassure, comble et accompagne. Jamais de chants. Jamais de geste qui se libère, qui trahirait l’inquiétude là où on l’attend.

Un jour, Marianne avait osé lui réclamer un sourire – même pas un rire – parce qu’elle avait envie de quelque chose de joyeux dans leur vie à toutes les deux. En retour, elle avait eu la réponse :

« Si tu étais plus tranquille, je serais plus gentille. »

Elle avait persévéré malgré tout, retenté et seulement obtenu une phrase fuite :

« As-tu faim ? As-tu soif ? Alors qu’est-ce que tu demandes de plus ? »

Tous les montages imaginés par Marianne pour attirer l’attention de Marcelle sur ce point précis – amour et tendresse –, n’avaient pas apporté les résultats souhaités. Pourtant, elle ne parvenait pas à se résigner. Il fallait tenter encore et encore. Elle éprouvait un tel besoin que cela soit. Les miracles existaient. Alors pourquoi pas celui-ci ? Le catéchisme en comporte un grand nombre. On lui a appris qu’il suffisait d’y croire fortement.

Alors, une nuit, Marianne avait feint un cauchemar. Pour faire naître de vraies larmes, elle avait pensé à des choses terribles : la mort, celle qui sépare, celle qui génère l’absence définitive. Ce ne fut pas difficile puisque la mort l’angoissait par son mystère inexpliqué. Elle avait imaginé ce que pouvait être la douceur réconfortante des bras maternels, la chaleur d’un baiser tendre et prolongé sur sa peau, sur son visage une caresse, les mots murmurés, si doux : « Ma chérie, calme-toi, n’aie pas peur,je suis là ! » Des mots si simples que « ma chérie, je t’aime » qui semblaient venir naturellement dans la bouche des mamans des petites filles du square de la rue Notre-Dame, les mêmes mots qu’elle avait entendu prononcer par une jolie voix féminine. Mais voilà ! Le scénario catastrophe s’était mis en route, lancé par une Marcelle de méchante humeur parce qu’elle avait été réveillée au milieu de la nuit :

« Tu ne m’aimes pas !

― Tu es folle ma pauvre fille ! Une mère aime son enfant. Tu racontes n’importe quoi pour te rendre intéressante. Ingrate. Avec tout ce que je fais pour toi.

― Je n’ai pas demandé à venir au monde. »

Un mur. Encore un mur. Infranchissable. Toujours là. Elle se devait d’insister. Elle sentait au fond d’elle-même que ce mur de glace fondrait un jour, qu’elle trouverait la clef de cette résistance qu’elle n’expliquait pas.

La suite était en général difficile à gérer pour Marianne, car Marcelle ne pouvait s’empêcher d’aller potiner l’incident nocturne auprès des mères des copines. La honte pour Marianne. Les enfants et les maris étant les sujets favoris et principaux des échanges entre ces dames, autour d’une tasse de café et des petits biscuits. Potins ultraplats. Potins extraconjugaux. Potins en demi-teintes. Pudeur. Éducation. On dit sans dire. On médit. « Sortez les enfants ! Ce n’est pas pour vous. »

Marianne en trépignait de rage : « Pourquoi tu leur as raconté ? C’est moche, moche et moche. Tu n’as pas le droit. »

Gifle à l’insolente.

« Et une autre parce que tu te permets de juger ta mère ! »

 

Elle la déteste en sourdine cette mère qui ose dévoiler son histoire, leur histoire. Elle sait que trop de choses ne lui conviennent pas. Elle sent des anomalies dans les fonctionnements des adultes autour d’elle, dans le quotidien, sans pouvoir ni savoir mettre des mots sur ce qui la chagrine. Et comment communiquer avec les adultes ? Puisqu’ils savent et les enfants ne savent rien. Les adultes détiennent vérité et savoir. Les enfants n’ont qu’à écouter, se soumettre parce que ce qu’on leur impose est juste, raisonnable, résultat d’une expérience. Alors que répondre à cela ?

Marianne vit la sensation d’être unique, pense que les autres ne connaissent pas ce genre de relation avec leurs parents, après avoir cru pendant longtemps que toutes les petites filles vivaient la même situation qu’elle. Ce fut ainsi, jusqu’au « ma chérie » d’une maman à sa fille dans le jardin du square Notre-Dame près de la maison. Ce fut comme un éclair dans un ciel gris. Il existait donc des mamans solaires, aimantes.

 

Elle se heurte constamment à ce qu’elle considère comme l’injustice maternelle, qui se manifeste plus insupportable encore lors des jeudis avec les cousins, dans le mas du Chemin bas d’Avignon à Nîmes, à présent, loin là-bas sous le soleil languedocien.

Les jeudis ramenaient tous les cousins et cousines, dans le mas du grand-père Bouzac, alors réduit à un minimum d’activité rurale.

Marianne, au-delà du paysage bousculé par la vitesse du train, revoit le hangar ou grange à foin, caverne aux mille trésors, lieu protecteur des adultes querelleurs ou punisseurs, coin et recoin de parties de cache-cache, de trouvailles et retrouvailles, poussiéreux, sans cesse exploré et redécouvert, univers de compositions hétéroclites faites de matelas abandonnés, de tilburys immobiles, de vieux meubles salis, de ballots de paille, véritable labyrinthe de passés accumulés, toute une histoire inscrite au hasard des dépôts.

 

C’était à l’intérieur même de ce monde protégé de la réalité des adultes qu’intervenait brutalement Marcelle, pour sanctionner, pour punir et pour emprisonner dans la chambre du fond du mas, au moindre cri, à la moindre plainte, au moindre incident, sans commentaire, sans recherche d’explication, la plus âgée, donc la responsable, celle qui devait payer sans avoir droit à sa propre défense. Et la plus âgée, c’était Marianne.

« C’est injuste ! Monique a le même âge que moi ! Alors pourquoi moi ?

― Tu ne réponds pas à ta mère ! »

La raison était que Marianne était sa fille, ce qui limitait les conflits avec ses frères et sœurs dans le cas où elle corrigerait ses neveux. La logique de Marcelle ! Ce qui comptait, c’était son confort personnel, pas la notion de justice selon Marianne.

 

La première étape était dynamique et réactive : la gifle. Marianne ne saisissait jamais très bien l’explication de la cause à effets. Il paraîtrait que les adultes auraient toujours raison : ils savent, eux ! Les enfants ne savent rien. Ils doivent obéir aux parents sans explication, inutile par ailleurs puisqu’ils ne comprendraient pas, et parce qu’ils leur doivent le respect. C’est un principe fondamental. C’est comme ça et pas autrement.

La seconde étape procédait du temporel. Suivant la gravité estimée, le temps d’incarcération – puisque Marianne le vivait ainsi – était plus ou moins long, pour une saine méditation sur la valeur de l’exemple et pour la tranquillité maternelle. Madame Mère avait enfin le loisir de se délecter, en toute quiétude, de sa gazette LesBonnes Soirées.

En fait de saines méditations, Marianne fomentait ses futures vengeances sur le(la) coupable qui, convaincu(e) des suites, venait faire sa cour à la prisonnière, par la fenêtre de derrière. Alors, alertée par le bruit des voix enfantines, la Marcelle venait fermer fenêtres et volets sur les barreaux de fer, plongeant Marianne dans le noir complet, doublement coupable puisqu’elle attirait le cousinage. Elle grimpait alors à l’acmé de l’injustice.

Deux heures enfermée à cause de Josy. Sans livre. Sans jeux. Avec interdiction d’éclairer. Elle lui ferait payer très cher. Elle ne s’était pas dénoncée. Elle n’avait même pas tenté.

Marcelle était dans la pièce d’à côté. Si Marianne avait osé éclairer, Marcelle aurait vu le rai de lumière au bas de la porte mal ajustée. Elle avait essayé une fois et la porte s’était ouverte sur sa méchante humeur. Elle était furieuse et révoltée contre cette nouvelle et aveugle iniquité maternelle. Elle n’avait même pas la ressource de pouvoir dormir tellement sa colère la submergeait. Et puis, elle entendait les autres jouer à la marelle, pas très loin, indifférents à sa solitude forcée. Elle se souvenait avoir sangloté de rage impuissante. Elle n’y était pour rien. La punition ne la concernait pas. Cette fois-ci, elle ferait sa justice elle-même.

Bête à bouffer du foin, la Josy. À la sortie, je lui casserai son appareil dentaire. Je le lui ferai cracher. Non, elle serait trop contente d’en être débarrassée. Blondasse. Fadasse. Bêtasse.

Elle avait hoqueté de dépit, passant des larmes au rire, en imaginant la tête de l’autre dotée de son immonde enchevêtrement de ferraille, dans une bouille ronde et blanchâtre. Une face de lune.

Il arrivait que les cousins osassent solliciter une amnistie, mais la démarche avortait devant deux yeux terriblement noirs, incorruptibles. C’était dit : Marianne devait aller jusqu’au bout de la punition. Point final.

Il fallait trouver mieux que l’histoire de l’appareil dentaire, trouver un plan qui la mettrait hors de cause. Quelque chose de costaud.

Elle psalmodiait dans le noir : « Je la déteste, je la hais, je la tuerai ! Josy ou Marcelle ? Les deux. »

 

Elle se souvient de l’histoire d’Hercule et de ses douze travaux pour devenir un Homme. L’histoire se présentait sous une forme simplifiée adaptée aux enfants : pour grandir, il avait dû tuer son père, sa mère et son jumeau, ses instructeurs, un lion, un serpent. Bien sûr, il s’agissait d’une interprétation symbolique. On lui avait bien expliqué le sens : oser, agir, être soi-même, acquérir son indépendance. Qui lui avait conté cette histoire ? Elle se souvient : c’était sa cousine germaine, Jacqueline, alors adolescente qui étudiait les travaux d’Hercule, en classe.

 

Qu’est-ce qu’elle comprenait Marcelle à leurs jeux enfantins ? Étrangler les canetons avec une petite chaîne en or pour qu’ils aient la chance d’aller au Ciel avant de commettre des pêchés qui leur feraient connaître l’enfer ou le purgatoire, les honorer d’une belle messe suivie d’un bel enterrement dans un fastueux cérémonial de fleurs et de fruits, c’est tout de même mieux que de patauger dans le purin, puis de finir dans la casserole et dans l’assiette d’adultes avinés qui se moquent du bonheur des canards.

Qu’est-ce qu’elle y comprenait Marcelle à leurs échanges et à leurs actes ?

« Et toi, tu as l’esprit d’un âne.

― C’est pas vrai. Un âne, ça n’a pas d’esprit. C’est un animal.

― Si ! Tu es bête comme un âne.

― C’est pas vrai. Je ne suis pas un âne. C’est pas bête un âne. L’âne du père François, il sait choisir l’herbe dans le pré.

― C’est pas vrai ! L’âne, il mange tout. C’est le cheval qui choisit les herbes dans le pré. Il ne mange pas toutes les herbes. Il est intelligent.

― L’âne du père François, il sait boire au seau, il sait caresser avec son museau, il sait si quelqu’un est méchant. Il comprend quand le père François lui parle.

― Oui, mais il n’a pas d’âme. Ma mère m’a dit que seuls les êtres humains ont une âme. Pas les animaux. S’ils avaient une âme ce serait des êtres humains.

― Qu’est-ce que tu en sais ?

― C’est ma mère qui me l’a dit et même le curé au cathé.

― Moi, je te dis que le curé et ta mère ne savent pas tout. »

Et les disputes enfantines se terminaient par des bousculades, un pinçon à Josy dans son gras-double. Marianne faisait école, le cousinage la traitait de poule-mouillée, de pleurnicheuse, de grosse laide. Et Marianne ajoutait que si elle se plaignait à Marcelle, ce serait double ration. Aujourd’hui, derrière la vitre sale du compartiment, elle est peu fière de son comportement, mais autrefois, qu’est-ce que ça la soulageait !

 

Raymond, c’est l’homme au vocabulaire imagé, un père à peu près inexistant, un mari méprisant, acharné sur la clique Bouzac qu’il dévalorise. Marianne approuve pour certains d’entre eux, ce qui lui vaut, au passage, quelques claques sonores de la Marcelle. Tant pis, c’est sa revanche personnelle, une diminution du contentieux entre fille et mère. Au moins, elle sait pourquoi elle les reçoit celles-là ! Même si elle se sent peu charitable. Mais la charité façon Marcelle, Marianne n’y comprend pas grand-chose.

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