Mort suspecte (Harlequin Mira)

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Mort suspecte, Helen R. Myers

Jay Loring se serait suicidé alors qu'il venait d'apprendre qu'il était père d'un nouveau-né ? Pour Nicole, la soeur de la victime, il est impossible de le croire, d'autant que le bébé a disparu la même nuit. Elle ne croit pas non plus au jeu érotique qui aurait mal tourné, version retenue par le policier chargé de l'enquête. Avec l'aide d'un autre policier, elle se lance dans une enquête semée d'embûches, cherchant le lien entre la mort de son frère et la disparition de l'enfant...

Publié le : jeudi 1 mars 2007
Lecture(s) : 27
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280266154
Nombre de pages : 432
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Prologue

C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit.

JEAN RACINE, Athalie

Bien que chancelante de fatigue, Nicole Loring entra dans l’appartement de son frère sur la pointe des pieds pour ne pas le réveiller. L’affluence à la vente aux enchères de la célèbre maison Van Dorn avait dépassé toutes ses espérances, et certains objets avaient été vendus à prix d’or. Résultat, elle n’en pouvait plus. Il lui semblait que sa gorge avait été frottée au papier de verre, et ses pieds la brûlaient comme s’ils reposaient sur des semelles incandescentes. A présent, tout ce qu’elle souhaitait, c’était s’effondrer sur son lit et dormir jusqu’à midi. Un vœu pieux puisqu’il lui faudrait être de retour au bureau vers 9 heures, et en forme, pour une vente téléphonique privée. Van Dorn s’était rendu acquéreur d’une Harley-Davidson de 1974, ayant appartenu à une star de Hollywood récemment décédée, et c’était Nicole qui avait été chargée d’organiser la vente. Elle avait alerté discrètement quelques collectionneurs de motos, notamment ceux susceptibles de garantir à la maison une commission des plus substantielles.

Elle retint un soupir. Non seulement sa nuit allait être écourtée, mais en plus elle devrait se contenter du canapé de Jay. La veille, un incendie s’était déclaré dans son immeuble, sans doute à la suite d’un court-circuit. Son appartement n’avait pas été touché, mais la fumée s’était répandue dans tout le bâtiment par les conduits de ventilation. Ordre des pompiers : elle ne pourrait pas rejoindre ses pénates avant plusieurs jours. D’où son installation provisoire chez son frère.

Après avoir ôté ses talons hauts, Nicole avança à pas feutrés dans l’appartement. Jay avait laissé la lampe de la cuisine allumée, et le salon baignait dans une semi-pénombre reposante — idéale en tout cas pour ses yeux fatigués et son début de migraine. Sans bruit, elle posa son sac et ses clés sur la table basse et tourna la tête vers le couloir. Son frère dormait-il, ou ses efforts pour être silencieuse étaient-ils parfaitement inutiles ?

Elle se dirigea vers la chambre de Jay. La porte était fermée. Bizarre. La veille, quand elle avait débarqué chez lui, il l’avait avertie avec son aplomb habituel qu’il continuerait à dormir porte ouverte, et nu. Et ce, même s’il fallait traverser sa chambre pour rejoindre la salle de bains. A elle de détourner le regard, avait-il décrété, s’il lui venait une soudaine crise de pudeur ou des envies de sexe. Ils avaient éclaté de rire tous les deux.

Après cette plaisanterie, Jay lui avait raconté son dernier passage au « donjon » — surnom qu’ils donnaient au domicile parental —, un an plus tôt. Et le choc qu’avait eu leur mère en le surprenant en train d’ajouter une goutte de vodka dans son jus d’orange matinal. Pauvre Jay ! Il ignorait alors que la vodka n’avait plus de secret pour leur mère depuis un bon moment.

Soudain, Nicole se figea. Un gémissement étouffé venait de s’échapper de la chambre. Non, corrigea-t-elle, ce ne pouvait pas être un gémissement. En tout cas, pas ce genre de gémissement.

Sauf qu’il fut bientôt suivi du couinement régulier des ressorts du sommier. Un bruit sans équivoque, celui-là.

Son incrédulité se mua en indignation quand, au bout de quelques minutes, lui parvinrent un râle, très clairement sexuel, puis un murmure inaudible. Elle lui avait bien dit que sa présence le gênerait dans sa vie privée ! Mais voilà, Jay lui avait opposé des arguments tellement imparables qu’elle avait fini par capituler. Et maintenant il était là, derrière cette porte, en train de prendre son pied avec une fille. Merde, alors !

Elle aurait vraiment dû aller à l’hôtel. Au moins elle ne se serait pas retrouvée là comme une andouille, privée de salle de bains et atrocement gênée. Etait-elle la seule, d’ailleurs, que la situation embarrassait ?

Franchement, Jay abusait. Parce que ce n’était pas du tout ce dont ils étaient convenus la veille.

— Jay, ta vie est suffisamment bordélique comme ça, avait-elle remarqué sans en rajouter. Alors, avec moi en plus dans tes pattes…

— Arrête ! Tu es la seule personne de ma famille dont je n’aie pas honte. Et puis, je viens de t’expliquer que j’avais besoin de toi plus que jamais. Je ne veux pas que tu ailles à l’hôtel.

Ils étaient très complices. Quels que soient les gens qui allaient et venaient dans leurs vies, ils restaient l’un pour l’autre un repère inébranlable. Mais là, il dépassait les bornes.

Cela dit, peut-être devrait-elle attendre de connaître le fin mot de l’histoire avant d’en venir aux conclusions. Et puis, qui était-elle pour le juger ? Au moins avait-il une vie sexuelle, contrairement à elle !

O.K. Pas de toilette ce soir, songea-t-elle, résignée. Son frère en serait quitte pour lui offrir deux séances chez son esthéticienne ce mois-ci.

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