Mortel sommeil

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2050... Notre planète bleue poursuit sa révolution dans l'espace. L'humanité, quant à elle, semble en perte... d'humanité. Abus de pouvoir en tout genre pour certains, pour la masse des autres, asservissement, misère et répression. Quelques-uns essaient d'y échapper, comme Paula, médecin carcéral. Mais, ayant refusé de céder aux avances de Langlois, professeur de médecine et chef de cabinet du ministre européen de la Santé carcérale, la voilà, par vengeance, missionnée dans une prison entièrement, ou presque, robotisée, au fin fond du désert. Dans ce lieu expérimental et froid, s'enchaînent comas, morts, accidents dus à la défaillance du système robotique qui laissent le lecteur hors d'haleine, sans oublier des détenus, prétendument évadés, en réalité plongés dans un sommeil inexpliqué. Une belle histoire d'amour arrive tout de même à s'épanouir dans ce contexte morbide. Les événements s'accélèrent jusqu'à une fin brutale, à la fois glaçante et pleine d'espoir. ... un roman passionnant, mi-polar, mi-science-fiction qui ne laissera personne indifférent. Style efficace, rebondissements successifs, amour, sexe, politique et amitié tissent une intrigue époustouflante jusqu'au bout. À ne pas manquer, même si vous ne devez pas poser le livre de la nuit!
Publié le : jeudi 27 février 2014
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342019902
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342019902
Nombre de pages : 282
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Annie Rudnicki MORTEL SOMMEIL
Mon Petit Éditeur
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Un grand merci à Irène sans qui ce livre n’aurait pas vu le jour, qu’elle en soit convaincue. Merci aussi à Pascale pour sa patience et ses encouragements.
I. Le début Aléatoire, mais présent, Sans direction, et épuisant. Mai 2050 La bourrasque s’engouffra dans la vallée encaissée, longea ses parois abruptes et fonça jusqu’au hameau niché en son sein. Le cri rauque et sourd du chien, véhiculé par le vent, se répercu-ta par-delà les forêts et rebondit contre la paroi de la petite colline avoisinante pour venir mourir entre les pierres disjointes du chalet. L’intensité des aboiements alerta le vieux Charles. Il le reconnut. C’était le chien du Lord, un vieux braque allemand, noir et blanc, ce qui était plutôt rare, la race étant en majorité marron. Le vieil homme dodelina de la tête. Que se passait-il donc au domaine? La tempête se déchaîna et l’humidité vrilla ses articulations d’une douleur qui, depuis longtemps, ne lui était plus insupportable. Il se leva lentement de son fauteuil et remit quelques bûches dans l’âtre, un bois si chèrement acquis, e car, en ce milieu du XXIsiècle, tout faisait défaut. Les plus jeunes, c’est-à-dire les moins de soixante ans, allaient, pour les plus chanceux, dans les forêts récupérer le bois mort. Mais, le plus souvent, ils étaient obligés de se rabattre sur les branches fraîchement coupées, parfois, même de scier eux-mêmes les arbustes, voire les arbrisseaux. Cette déforestation sauvage bat-tait son plein et, à cause de ces pillages incessants, les forêts étaient de plus en plus clairsemées. Il arrivait parfois que les
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contrevenants se retrouvent en prison, pris en flagrant délit par les gardes forestiers qui devaient veiller à garder un minimum de stock de bois pour ceux qui avaient encore les moyens de le payer. Charles avait de quoi se ravitailler. Son île était grande et as-sez sauvage pour que la population l’ait désertée depuis longtemps. Le climat y était rude, froid, humide, avec seulement quelques journées de soleil par an. Assis au chaud près du feu, il écouta le vent siffler, s’immiscer, sournois, dans les moindres recoins de sa modeste demeure. Il prenait le temps, celui de laisser ses souvenirs affluer. L’évocation du château le ramenait près de cinquante ans en arrière où, jeune adolescent, il parcou-rait les champs et prairies du domaine où travaillait son père. Il fallait ramasser l’orge, l’emmener à la distillerie, s’occuper du maltage, du brassage, de l’alambic, puis de la distribution dans le monde entier de ce fameux scotch écossais dont il était déjà fier, même à quinze ans. Plus tard, il avait remplacé son père, mais les conditions de travail et de vie n’étaient déjà plus les mêmes. Les étapes de fabrication avaient été morcelées et bra-dées à des sociétés de service. Le temps de travail avait diminué comme une peau de chagrin, au contraire des tâches à accom-plir de plus en plus nombreuses. Celles-ci étaient donc bâclées. L’amour du travail bien fait ne pouvait subsister et l’existence était vidée de son sens, la vie de bon sens. La rentabilité à court terme rongeait la société humaine. Tout le monde se tournait vers les loisirs qu’ils n’avaient plus les moyens de s’offrir. Charles soupira et une larme faillit jaillir de sa paupière fati-guée lorsqu’il repensa à sa femme morte prématurément, faute de moyens. C’était la loi de l’humanité, celle de la nature, celle du plus fort, celle de celui qui amassait sans relâche le plus d’argent possible. Assis en face de la cheminée de la seule pièce de son pauvre logis, Charles écouta les minutes s’égrener à l’antique horloge
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du buffet, indécis. Il n’avait pas d’autres moyens de déplace-ment que ses vieilles jambes qui le portaient à peine. Tous les jours, il devait parcourir les trois kilomètres qui séparaient son hameau du village où il allait glaner les quelques miettes de son repas à la soupe populaire. Depuis quelque temps déjà, les cam-pagnes étaient ravagées par la misère, où que ce fût dans le monde occidental. Au début du siècle, l’espérance de vie était proche de cent ans. À présent, la plupart mouraient avant soixante-dix ans, de faim ou de froid, car la pénurie d’énergie s’était installée. La société n’avait plus les moyens d’entretenir ses vieillards. Ne valait-il pas mieux qu’ils meurent ? Ce n’était, bien sûr, pas dit, pas même pensé de façon consciente. Mais l’obsession humaine de la conquête n’avait jamais faibli depuis l’avènement de l’humanité. Et les financiers qui dirigeaient ce monde ne songeaient qu’à faire fructifier toujours plus leur ar-gent amassé à la sueur du front des autres, ceux-là mêmes qui mouraient de froid aujourd’hui.
Charles était une exception avec ses quatre-vingts printemps presque révolus. Après son temps de travail réglementaire, à soixante-dix ans, Charles avait réussi à se faire embaucher comme jardinier au château. Il avait besoin de ce revenu com-plémentaire, les émoluments de sa retraite lui permettant seulement de se loger, mais non de se chauffer ni de se nourrir. Il exerça avec bonheur cette activité annexe où, certes, la rému-nération était modeste, mais où il était nourri le midi. Il s’était vu renvoyé du jour au lendemain, il y avait quelques mois de cela. Il avait taillé la haie un centimètre trop court. Charles le revoyait, ce vieux grincheux, ratatiné sur lui-même, mesurant et remesurant la hauteur de la haie à l’aide de son double déci-mètre. Avec un petit sourire en coin, il avait fini par lui dire: « Mon pauvre Charles, je crois que l’heure de la retraite a sonné, je me passerai de vos services dorénavant.»fut tout. Le Ce Lord Édouard-Henry s’en était allé, avait fermé sa porte et Charles était resté là, interloqué. Il venait de perdre sa dernière
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source de revenus. Mais il n’avait plus la force d’en vouloir à ce vieux débris qui s’avérait plus jeune que lui. Il n’atteignait même pas soixante-dix ans, mais, faisait tellement plus âgé, à force de pingrerie, de méchanceté et d’ignorance des autres. Il savait pourquoi le Lord avait agi ainsi. Depuis quelque temps, la pri-son avoisinante faisait de la publicité pour l’embauche de certains des détenus, embastillés pour des peines mineures, tel le ramassage de bois illicite. Le Lord avait vu là l’occasion de réaliser encore des économies, car il pouvait payer le prisonnier trois fois moins cher que Charles et il n’était pas tenu de nourrir le détenu, le pénitencier s’en chargeant. Tout cela convenait fort bien au maître des lieux. Aveuglé par l’obsession compulsive de l’appât du gain, Édouard-Henry avait négligé, ignoré l’aspect inhumain de son action, et, pour quelques deniers de plus, goutte d’eau dérisoire comparée à l’immensité de sa fortune, il avait condamné Charles, son jardinier, son vieux copain d’enfance, son camarade de jeux, à une douloureuse agonie. La compassion du Lord avait été reléguée depuis longtemps dans les limbes de son cerveau reptilien.
Parfois au gré des bourrasques, les aboiements du chien ve-naient rebondir sur les murs du chalet. Cela faisait une heure déjà que le braque hurlait à la mort et pour Charles il n’y avait plus de doute: le vieux Lord avait cassé sa pipe. Il fallait aller voir ce qui se passait au château. Le vieil homme aurait pu déci-der d’aller au village pour avertir le médecin, mais le temps de marche était le même et il préférait se rendre au domaine, n’était-ce que pour revoir le chien qui avait été son compagnon durant ces dix années, et le prendre avec lui. Il se résolut ainsi à quitter l’âtre qui réchauffait ses vieux os.
Une fois dehors, il s’octroya une pause, appuyé sur sa canne, et laissa errer son regard au loin vers les nuages qui se poursui-vaient, se chevauchaient, gris foncé, bosselé, sur gris clair déchiqueté. Au travers du rideau de pluie qui zébrait la cam-pagne, il apercevait le château, vaste demeure de style victorien
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