Nicotine

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Polar qui met en scène l'engrenage incontrôlable du narrateur dans une histoire d'assassinats. Les apparences font du personnage un coupable qui tombe à pic. La justice aveugle est satisfaite du premier coupable venu pour combler un dossier, pour satisfaire une administration dévoreuse d'innocents. Quant à la police fidèle à des schémas de coupable idéal, elle se contente des apparences. A travers cette tragédie humaine se dessine la société broyeuse de vies. Nicotine, c'est l'histoire d'une paumée qu'un autre paumé va rencontrer pour le pire et le malheur.
Publié le : mardi 21 juin 2016
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EAN13 : 9791032500385
Nombre de pages : non-communiqué
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jean paul villermé Nicotine Polar
© jean paul villermé, 2016
ISBN numérique : 979-10-325-0038-5
Courriel : contact@laboutiquedesauteurs.com
Internet : laboutiquedesauteurs.cultura.com
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I
Le vent, ce dimanche soir, hurlait sur les grands arbres comme pour les forcer à sortir de leur léthargie automnale. Il apportait les dernières douceurs de la saison avant l’hiver. Les branches criaient de douleur. Au sol en gémissant, les feuilles tombaient. Elles perdaient la vie en tourbillonnant vers l’abîme qui s’ouvrait devant la chute inexorable. Les pleurs d’une pluie fine chutaient des nuages sombres qui posaient un rideau épais et noir entre le ciel et la terre.
De sa bouche géante et invisible, le fâcheux vomissait son souffle tiède et humide sur la cité.
En ce jour, octobre revêtait, les humains et la ville, d’habits de tristesse.
La capitale meurtrie se parapluisait (1). Le vent retournait, rageur, baleines et toiles. Il y en avait de toutes tailles, de toutes formes, de toutes couleurs. Vu du ciel, un astronaute apercevrait une multitude de cercles mouvants et colorés. Les gouttes d’eau tombaient des nuées pour caresser les corps. Elles coulaient sur les visages. Elles descendaient sur le cou. Elles s’infiltraient sous les vêtements. Les passants luttaient, se battaient et perdaient. Trempés, vexés, ils renonçaient en fuyant.
C’est l’heure, mi-figue mi-raisin, où des filles de joie s’enfonçaient dans l’encoignure des portes. Elles hélaient le quidam solitaire en montrant des appas dont beaucoup paraissaient, eux aussi, en période automnale. Elles souriaient, rayons de lumière dans un paysage ténébreux. Elles étaient bien les seules… Rue Joubert, je trouvais refuge sous le porche d’une entrée. La pluie battait le sol avec force. C’est là qu’elle approcha afin de se mettre à l’abri des intempéries. Ce qui me surprit le plus fut son odeur. Elle sentait fort le tabac. Tout son corps semblait imprégné de la fumée de cigarette. J’étais persuadé que si je grattais une allumette, elle s’enflammerait instantanément. Je n’avais ni allumette ni briquet. Je devais supporter l’odeur du tabac froid.
C’est donc tout naturellement que je la baptisais : Nicotine.
Je la regardais.
Elle m’observa.
— C’est la première fois que je te vois, me dit-elle !
— Moi aussi répondis-je tout en me disant, en mon for intérieur, qu’elle me tutoyait sans me connaître.
— C’est mon coin ! — Pardon ! — Oui là où tu es, d’habitude je me tiens et je propose mes services aux badauds qui cherchent un instant de plaisir.
— Un plaisir tarifé, lui répondis-je.
— Tous les plaisirs ont un prix. La différence est que moi je l’affiche avant et je montre la marchandise.
Disant cela, elle ouvrit son blouson pour étaler son éventaire. Je dois reconnaître que la fille possédait des avantages incontestables : de belles jambes aux cuisses galbées, une paire de seins dont le balconnet rehaussait les formes, son visage restait charmant. Elle referma son vêtement.
— Qu’est ce que tu en penses ?
— Que les roses sont épanouies dans ce jardin.
Elle me regarda, sidérée.
— Tu es curieux comme mec ! Tu causes drôlement, moi je fais le trottoir, je n’ai pas l’habitude ! — Je veux dire par là que tu es belle et attirante pareille à la fleur éclose au jardin de Ronsard. Ses yeux s’écarquillèrent. Je ne pouvais lui dire la suite de mes pensées : son corps, comme les roses, flétrira. Dépréciée, elle se vendra au rabais : une passe derrière des toilettes d’un square ou une fellation pour le prix d’une assiette au Mac Do d’à côté.
À ma grande surprise, elle me dit qu’elle avait lu Ronsard, que ses poèmes sur les femmes étaient, pour le moins, équivoques.
— Tu as raison Nicotine, Ronsard flétrissait en rimes leurs corps en disant que les roses épanouies et attirantes finissaient en fleurs fanées, rejetées.
— As-tu envie de moi ?
— Tu sais Nicotine…
— Je ne m’appelle pas Nicotine.
— Je sais bien, mais ce prénom te sied si bien.
Le vent redoublait de rage et balayait la rue. Des bourrasques violentes charriaient toutes les saletés de la voirie. En virevoltant, l’averse finissait par nous mouiller.
— Ne restons pas ici me dit-elle, allons chez moi.
— Je n’ai pas l’intention de consommer.
— Je t’invite à boire un thé en attendant que la tempête passe.
Son appartement paraissait cossu, agréable. Le studio comportait un grand lit sur lequel un drap blanc posé servait d’atelier de travail. En voyant mon regard, elle corrobora mon intuition :
— C’est là que le client s’allonge après s’être dévêtu.
Un cabinet de toilette et un carré douche, une kitchenette, une petite table et trois chaises complétaient la pièce. Petit, mais intime, cet aménagement devait mettre en confiance le client. Je lui fis la réflexion : — Tu as raison l’ambiance est importante : lampe basse, petite musique. Je m’effeuille doucement et le client s’émerveille. — Tu vois tu parles comme une fleur dont la corolle s’ouvre à la rosée nourricière et dont la beauté attire les insectes butineurs.
— Elle m’examina étrangement.
— Tu es poète ?
— J’aime à caresser les roses, rime après rime, pour en faire un bouquet.
— Je vois, répondit-elle en souriant.
Puis son sourire se figea. Elle me dévisagea curieusement. Je lus de la peur dans ses yeux. Je changeais de sujet :
— Tu vis ici ?
— Oui ! Je travaille et je vis au même endroit comme la plupart des artisans. Je déclare mon travail, je paie des impôts. Je suis une travailleuse indépendante du sexe.
Son thé, un vrai thé aux feuilles de menthe, emplit mon corps d’une douce quiétude. L’arôme de la menthe embaumait la pièce, dissipait l’odeur du tabac. Nous devisions comme deux amis de longue date. Elle connaissait bien Ronsard. Elle avait enlevé son vêtement.
Assise face à moi à moitié nue, elle m’offrait la vision d’un corps en plénitude. Je contemplais, sans le vouloir, ses cuisses superbes et galbées, fermes et épilées. Ses jambes légèrement écartées offraient le chemin qui conduit à la porte du bonheur. Ses seins bien rehaussés par un balconnet transparent laissaient entrevoir deux tétins dont les aréoles mauves dessinaient les atolls d’îles au trésor.
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