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Nos Amitiés 89

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Hélène et Olivier viennent d’avoir leur Baccalauréat, ils nouent un début d’amitié sans se douter que cette relation particulière sera plus longue que prévu. Ils parcourent leur initiation au monde, chacun de leur côté, Olivier plus iconoclaste est animé de la sensualité des rencontres, les beautés cardinales, le désir sans a priori de ce que serait son futur. Une circonstance folle va bouleverser toute logique et l’entraîner dans une grande Saga initiatique de l’existence, une quête dénuée d’objectif.
Que ferions-nous de notre mémoire, nos souvenirs, à quoi penserions-nous d’une éternité accordée aux Hommes ?
Ce Voyage est une expérimentation usant d’une chronologie élaborée qui éveille la curiosité, l’auteur nous propulse par sa réflexion au long cours où chacun peut se reconnaître. Ce roman à miroirs dessine des personnages qui se répondent d’une façon atemporelle, le temps nostalgique du philosophe en première ligne est intensifié puis déconstruit pour mieux raconter la vision du poète suspendu et errant sur sa protogalaxie avec l’Art en bonne place, unique moyen pour lui de survivre et de résister aux acides existentiels.
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François Montagnon

Nos Amitiés 89

 


 

© François Montagnon, 2017

ISBN numérique : 979-10-262-1107-5

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Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

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À celles qui m’ont suivi contre vents et marées avec courage, de près ou de loin. FM, longue vie.

 

 

Janvier 2017

 

La passagère de Modane

À du vague à l’âme

Elle rentre par le train de première

Retrouver son calvaire

Elle traîne son sac Sherpa

Venue des montagnes enneigées

Sa poitrine haute et nue

Balance de gauche à droite sous son pull

Elle écoute tout en chantant

Ses morceaux préférés

Le regard tantôt sur lui

Elle se pose des questions sur sa vie

La passagère de Modane

L’observe vingt ans trop tard

Ses grands yeux noirs sur lui

Le train était passé

Mais elle a compris

Elle le voit sans un mot

En descendant sur le quai

Partir et s’effacer

Noyé dans la foule

Sa jeunesse oubliera vite

Son gros sac

Nue sous son pull grège

 

Juin 1989

 

 

C’était l’année de leur Baccalauréat pour Hélène et Olivier, le début des belles années… Je veux dire qu’ils en sortaient, celles assez éprouvantes pour aller vers l’âge adulte. Elle semblait touchée par la grâce qui émanait autour, en apparence nimbée d’un voile qu’Olivier percevait. La peau d’Hélène était aussi blanche qu’un cierge, ses grands yeux bleus d’agate imploraient à la « Candy » — dessin d’animation japonaise de leur jeunesse — des cheveux blonds vénitiens, elle tenait cette origine italienne de sa mère.

 

Ce fut leur vraie rencontre, bien qu’ils se connaissaient indirectement, deux poètes lâchés dans la nature, la soif de connaître tournée vers le ciel et l’horizon.

Ils avaient en commun un étiolement enfoui, une langueur profonde et partageaient ce désir de légèreté. L’humour les rassemblait, ils étaient faits l’un pour l’autre, ne le savaient pas, ne le surent à aucun moment, c’était pourtant écrit dans leur gestuelle. Mais l’ignoraient et tous les jeunes de leur âge aussi.

S’il y eut souffrances d’avant, celles endurées chacun à leur manière, ils n’en parlèrent pour ainsi dire pas, le sourire les liait. Elle était de très loin plus attrayante que lui ne l’était, il avait pourtant quelque chose de si particulier, d’assez unique, une étrangeté. Il paraissait hors de toute contingence habituelle.

Après leur Bac, ils se destinaient vaguement vers des études, surtout de quitter la cellule familiale était essentiel, elle allait étudier les langues à Jussieu tandis que lui irait s’instruire en chinois et les Arts à la Sorbonne. Elle était déjà très douée dans les langues et en parlait plusieurs, lui ne le savait pas, trois ou quatre ?

Ils naviguaient, oreiller de ouate imbibé de parfum recherché, leurs journées furent ensoleillées, c’était un bel été de 1989 et tout viendrait avec son cortège. Une rencontre de jeunesse, la vie.

On écoutait en boucle cet album de Maxime le Forestier, « Né quelque part » particulièrement le morceau Frisson d’avril ou bien Bruxelles, Nogent-sur-Marne de Dick Annegarn et « Royaume de Siam » de Manset. C’était le début du dit Lecteur Laser, il en avait un chez lui, et montait le son pour écouter le Mozart du moment, « Amadeus », on détaillait en même temps de le voir tourner à travers le plexiglas, magnétisé l’arc-en-ciel se dessinait verticalement rappelait la pochette des Pink-Floyd, The dark side of the moon et le solo de guitare de Wish you were here ?, le type en flammes et le majestueux « The Wall » enregistré en partie au château de Miraval, c’était aussi Neil Young « Harvest », et puis Tom Waits mâchonnait l’affliction de vivre de sa voix inimitable, enfin pas trop !

 

Il se délectait de son rire d’enfant cristallin aussi léger qu’une source fraîche de montagne, on se figurait voir les papillons voleter autour de ses yeux, quand ces deux porcelaines bleues le fixaient, plus un cil ne bougeait du visage d’Olivier, il était figé, dans un autre monde, prêt à tout simultanément. Olivier ne savait quoi faire que de balancer une grosse blague imbécile, discourir à vide de sujets saugrenues, meubler de la gêne, mais l’envie de rester avec elle par tous les moyens quelques minutes de plus et cette chaleur spéciale qui fuyait jusque dans les pieds, ils auraient pu agrémenter tout ceci sur fond musical du moment, il fût décor pour toujours de leurs couleurs bariolées, lui envoûté par la chère Hélène, il happait les mots qui traversait son esprit, tournaient dans sa bouche, gouleyant si vite du poète pur en action, il n’avait lu ni Goethe ni Rilke pourtant ou si mal, c’était plutôt un lecteur de Kafka, peu reluisant pour sa jeunesse, une purge maladive déjà dans la pente à ne pas conseiller aux êtres trop délicats, chauve-souris des sens, drôle d’idées de fréquenter ces enfers là, à la vingtaine de toutes les promesses et la détermination qu’on lui associe par désordre, il y recelait tout de même une certaine vérité. Elle avait cependant, à l’image de toutes celles de sa génération, les années 80’s, plus d’avance que lui en matière de garçons, déjà elle sortait avec des plus âgés possédants voitures et tout le système économique, une fois, il lui avait écrit cela violemment, ce fut un clash, elle ne comprenait pas cette agression, il n’y avait uniquement de la jalousie de sa part, elle ne pouvait supporter cette étroitesse d’esprit. De voir ce bellâtre débarquer avec sa « dodoche » bordeaux et noir, le look du type sympa en apparence de façon universelle, un sabre le transperçait de pare en pare. Une certaine paranoïa l’envahissait, il devait laisser passer sans se lancer dans une campagne destructrice. Il n’avait que son vélo, un Gitane bleu acier à cinq vitesses et doubles commandes de freins et son porte-bagages. Il ne pouvait pas grand-chose pour la sortir ailleurs de cette municipalité enclavée dans les bois. Mais, il tentait sa chance, sa jeunesse ferait le reste et pourquoi pas une étoile venue le secourir à ce moment. Lui, s’identifiait vraiment comme un minable par l’inspection que lui portaient les autres garçons, il fallait entendre dans les vestiaires pour comprendre la nature des tensions entre eux. Tout se situait au bas de la ceinture et les demoiselles naïves pensaient tomber sur Le grand poète romantique !

Cette dévalorisation, il la vivait très bien, il n’avait pas de complexes, curieux de tout il aimait la discussion, les joutes verbales sauf du Football, il exécrait une allergie viscérale, malgré tout la démonstration portait ses fruits, lui insufflait du doute quant à sa chance auprès des douces et de sa légitimité, plutôt qu’au Marlon Brando local ayant une autoroute et c’était bien normal selon les critères à cet âge.. Il y avait aussi les deux sœurs d’origines danoises d’une élégance parfaite Ingrid et Raphaël Nielsen, jamais il n’osa franchement tenter sa chance, pourtant il fut dans la classe de l’une et de l’autre à cause de son redoublement. On pouvait le nommer sac d’os, il fallait vraiment être pitoyable pour bien le prendre, il serrait les dents et souriait à ces imbéciles, il n’allait pas plus loin. De fil en aiguille s’insinuait un doute, la probabilité, cette chance de connaître l’amour, en aurait-il le droit tout simplement ? Car d’après l’attitude d’un entourage de collègues scolaire, tout était dans le muscle. Il existait, d’après le discours des adolescentes une sorte de « Marché » quasi officiel, avec ses valeurs sûres et opportunités et puis les rejetés.

 

 

— Hélène, je passe devant chez toi, et l’on ira ensemble au magasin !

— D’accord Olivier.

 

Elle habitait à l’orée du bois, il n’y avait pas nécessité de donner l’adresse dans cette verte banlieue chacun se connaissait par ouï-dire, c’était un problème pour les liaisons tout se savait très vite. Et cette aspiration d’anonymat, ce désir de discrétion absolue a forgé le caractère d’Olivier de ne pas se montrer.

Depuis des années déjà, il avait remarqué les deux sœurs de caractères différents, elles se complétaient égales à de fausses jumelles. L’une était forte, une brune que nul ne pouvait démolir, une combattante sans peur, Gaëlle un roc de granite aussi brillante en sport que dans toutes les disciplines. Sa séduction à l’Italienne, Sophia Loren, or elle était plutôt hippie décontractée, les idées larges avec une soif d’expériences et d’inattendu, de voyages plus tard, d’aventurière en somme, elle n’avait pas froid aux yeux.

 

Néanmoins, il préféra les cœurs capricieux, vibrants, un peu blessés, les gracieuses des romans du XIXe, le mystère au bord des étangs du « Grand Meaulnes », l’auteur Alain Fournier,élève à Lakanal dans le même prestigieux lycée du père d’Olivier. Elle adorait Apollinaire, un atout charme, ce mélange d’anéantissement et d’espoir de ses vers, il y avait chez elle une attente très forte dont on ne sait quelle allégresse pour la sortir de son épouvantable neurasthénie.

Lorsque son sang se mettait à bouillir, on lui surprenait des plaques rosées sur son cou d’albâtre, elle eut tenté un suicide une fois, ils ne l’évoquèrent pas, segredo partagé sans le dire, ce silence était un commun accord, ils étaient de même sensibilité à fleur de peau, seule la trace sur son poignet témoignerait à vie, une petite ligne rose, pour lui aussi traversé de deux énormes cicatrices sur ses côtes décharnées, guerre particulière menée peu de temps avant, les avait réunis dans toute leur innocence, une blancheur émanait d’eux, on eut dit qu’ils étaient des anges.

 

Dernièrement, sur le pré où paissaient jadis des vaches et moutons, c’était élevé une ZUP : Zone à Urbaniser en Priorité ou zut ! L’épelait si bien la mère d’Olivier. Cette horrible chose dévalorisait la vallée tout entière et se produisait en dominos dans toutes les banlieues parisiennes voisines épargnées héroïquement par la démographie et le bétonnage massif, elle vit arriver ses nouveaux habitants de guingois et le mal engendré par le développement. Ces banlieues verdoyantes, innocentes, transformées par des routes en tous sens et échangeurs d’une laideur à la hauteur de l’ensevelissement… Le seul point positif rémanent, c’est qu’elles généraient de petits jobs par milliers, juste le bon moment pour les deux tourtereaux de ficelle. Le hasard décidait pour eux, il fallait qu’ils se rencontrent, équivalents à ce que l’histoire sainte la raconte entre elle et lui. Chacun auscultait le roman à sa manière, cette trace indélébile allait les poursuivre des dizaines d’années après par téléphone pour évoquer de sombres moments, le timbre de sa voix était inchangé, l’émotion s’emparait de lui immédiatement, de quelle manière étaient-ils parvenus à cet état initial exactement comme à l’époque de l’été 89, de leurs amitiés, avec quel stratagème les sentiments se portaient-ils l’un pour l’autre, ils étaient restés naïfs et candides depuis les origines et de leurs bouclettes d’éternité.

Tout se décida en un éclair, nul ne détecta le moment ou ils franchirent le seuil. Enfin, un magistral rai de soleil printanier, les jours s’enchaînaient naturellement empli de gaieté et la sève de jeunesse, célébration des vingt-ans, la simplicité, la passion de chaque mot dit et retenu, mâchonné jusqu’au lendemain.

Il se mit à lui écrire d’interminables lettres bien qu’il put les lui donner en mains propres, il les postait directement dans sa boîte devant chez elle, en voleur s’enfuyait, il attendait fébrilement une réponse le lendemain, parfois aucune, elle avait le don de réfléchir longuement, de laisser trop de silence, que pensait-elle alors, en avait-il trop dit ou pas assez, était-il à côté de la plaque, se trompait-il sur ses sentiments ? Il était assailli par d’innombrables problèmes.

Et quand elle parlait, tout devenait si simple, elle le désarmait, si bien qu’il avait honte de s’être emporté, enfin avait-elle bien lu ? Et tout recommençait dans sa tête, il repartait à zéro en boucle numérique sans fin, la touche magique « Shuffle » des premiers cédéroms (Compact Disc —Read Only Memory).

Il y avait le téléphone, c’était autre chose, on raccrochait sans trop savoir ce qui s’était passé, il était impossible d’enregistrer les conversations pour les réécouter, toutefois, auraient-elles été signifiantes ?

Ils étaient minés tous les deux par une timidité redoutable, ce handicap aurait pu tout faire capoter, deux introvertis ensemble ne donnent peu de très bons résultats, ils se surpassaient quand même et elle riait, alors tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Il y eut ce jour ou usant de stratégies, ils pénétrèrent par la fenêtre de leur ancienne école primaire pour y contempler les bancs sur lesquels ils s’assirent des années auparavant, ils jouèrent le jeu du :

— Tu étais où ?

— Assise là évidemment, une très bonne élève mon cher Olivier !

Ils avaient entre eux dès le départ cette promiscuité langagière et imagée, la vantardise outrancière en faisait leur lit au second degré.

Il la revoyait sur cette photo de classe, une mignonne de « La petite maison dans la prairie » série mythique, sans doute la plus jeune « Laura Ingalls », elles auraient pu s’identifier à ce couple de sœurs. Dans une petite robe grisée de dentelles, un tantinet vieillotte, le visage effacé, impeccable, gentil, debout dans la cour, la frange rousse, les yeux presque fermés, une poupée sage, légèrement apeurée.

 

Puis un jour inattendu, il faisait un temps superbe, on sentait qu’il allait faire très chaud, il était habillé d’un gilet et d’une chemise légère pour la journée, la retrouvant dans ce magasin de fleurs « Clause » où ils travaillaient, des caissiers heureux, il lui demanda ?

— Veux-tu que l’on parte ensemble, quelque part le mois prochain, on aura un peu d’argent, avec nos premiers émoluments cela suffira ?

Elle ne bougea pas les lèvres, ne sortit aucun son de sa bouche, il inspira et continua d’un trait, sans réfléchir, sinon c’était fichu, il aurait abandonné son affront, il était acculé par son propre aveu… Il continua son effronterie.

— J’ai pensé que l’on pourrait aller en Irlande, paraît-il, c’est sensationnel et puis tu sembles à l’unisson de ce caractère celte…

 

Il vit d’abord passer une ombre devant ses yeux et n’aurait pas su dire si c’était un bon signe pour elle, il crut noter une micro-expression de gène ou bien était-ce de surprise qu’elle amortit le choc, n’avait-elle pas froncé modérément ses sourcils, ensuite ses pupilles se troublèrent, elle contrôla son émotion si bien, juste l’iris se dilata un peu veinée de gris. Elle sourit pourtant et articula, les mots magiques s’échappaient de ses lèvres, on aurait dit que le son se différenciait de l’image, égrenés tel un collier de perles.

— Je suis très touchée que tu me proposes ce voyage tous les deux, laisse-moi le temps d’y réfléchir, je te donnerais ma réponse une autre fois, c’est si soudain, je ne peux pas te le dire a priori, mais l’idée de parcourir ce pays que je ne connais pas avec toi, me ravit !

 

Ce fut un cataclysme dans sa tête, une sorte de brume l’envahit, les jambes se ramollirent, il faillit perdre l’équilibre, qu’avait-il dit, qu’allait-il faire avec cette jouvencelle trop ravissante pour lui, on lui enlèvera en voyage, elle suivra un autre, il se retrouvera seul, il reviendra penaud humilié, vraiment elle ne sait pas ce qu’elle dit, elle va revenir sur sa décision, et si c’était un non au final, elle disait ça pour le faire patienter, en fait elle se rétracterait plus tard et trouverait une formule pour dire non autrement parce qu’elle ne pourrait pas être à côté de ce gringalet, trop fluet pour se bagarrer, la protéger, dans quel pétrin s’était-elle mise, il ne pouvait pas assumer une vraie fille de chair et de sang, oui peut-être plus que lui n’était homme. Il se sentait blanc, rouge, passer de toutes les couleurs, pourtant blême il souriait bêtement, prêt à s’évanouir.

— Énormément… vraiment, génialissime, j’attends on en parlera plus tard.

— Ils se faisaient la bise, semblable à des frères et sœurs, et il lui proposait la randonnée avec sac à dos, s’entendraient-ils, ou bien saccageront-ils leur entente pour toujours ?

Il n’aurait pas dû, pourtant tout lui paraissait si simple avec elle, elle répondait positivement à ses attentes, elle ne le surprenait pas, ne lui faisait pas de coups tordus, vraiment la méritait-il ?

Il rentrait chez lui à cheval sur un nuage stratosphérique, le chemin si long habituellement lui parut même trop rapide, ses jambes l’emmenaient intuitivement poussées sur des ressorts pour se remémorer mille fois la bande-son de chaque parole qu’il prononça et ce qu’elle répondit, n’avait-il pas rêvé, c’est certain, il y a quelque chose de trop parfait, elle va téléphoner puis s’excuser, car elle ne s’imaginera pas avec lui en tête à tête durant un long voyage rustique de Youth Hostel en camping de fortune et Bed & Breakfast.

N’allait-elle pas camper près de Sainte Enimie avec ses parents, près de là exactement où il a appris à marcher en Lozère au hameau de Gabriac chez les Grasset à Sainte-Croix-Vallée-Française, on le voit bébé sur une barrière de bois à brebis en équilibre, déjà son penchant pour ces situations verticales, il s’y est rendu aussi des années avant seul pour un tour des Cévennes, pèlerinage involontaire, il ne savait pas à ce moment qu’un certain Robert Louis Stevenson, célèbre navigateur du Pacifique et écrivain de circumnavigation, le fit avec son âne et Olivier visiterait le village plus tard en pensant à elle, l’imaginant se baigner dans le Tarn glissant capricieusement vert émeraude en courbe entre les gorges foutrales encastrées en bas des Causses Méjean et de Sauveterre archi désertiques, où il traîna sa petite tente canadienne d’une autre époque en tissus marron, elle prenait l’eau, son réchaud avec soupe en sachets de tomates « Royco » et boîte de raviolis « Buitoni » menus sempiternels, pas onéreux, il y installait sa tente en contrebandier, pourtant, il était interdit d’y coucher dans les Causses au milieu des serpents venimeux, ceux que l’on repérait dans les Pharmacies de l’époque noyés dans le Formol des bocaux, emblème des Apothicaires d’autrefois, les Aspics pendus, associés curieusement à la sorcellerie du moyen âge, enroulés dans les arbres ou bien glissés sous les pierres brûlantes du cagnard, un four. La nuit, la foudre qu’il vit tomber en plein orage sur un arbre grillé près de lui, terribles éclairs apocalyptiques, ça résonnait dans toute la vallée en échos lugubres, l’éclairait d’un flash géant, on aurait cru voir en réalité un épisode de bande dessinée « Rahan » fils de Crao, appareil photo en main, il tentait des clichés, « où faisait-elle du canoë avec Gaëlle ? », ces questions le taraudaient.