Ogives

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L'ombre du géant glisse sur la lande obscure du champ de tir. Elle se dirige droit vers le bâtiment des missiles. Que la sécurité militaire se débrouille ! Traquer l'espion n'est pas son job ! pense Doc Marrow. Ne pas céder à la curiosité. Ne pas suivre l'ombre. La nuit, les caves de Sancerre, même aux côtés d'une gironde joueuse de tennis - plutôt encombrante-, suintent le danger et l'angoisse.
Publié le : mardi 1 octobre 2002
Lecture(s) : 263
EAN13 : 9782748113785
Nombre de pages : 149
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Ogives
Patrice Lagrange
Ogives
ROMAN
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2-7481-1379-9 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-1378-0 (pour le livre imprimé)
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CHAPITRE I : LES CHIEUVES
Facétieux et badins les chevreuils, ils vont gêner le travail. Deux heures quils gambadent comme des sauterelles, sous les étoiles. Un bond à droite, un bond à gauche, je te saute par dessus ma cousine, pe-tit coup de nez dans son cul, chassé latéral billard loufoque incessant. Arrêt sur image, en phase. Figés, museau à la lune, une pousse de sapin tendre entre les dents, ils hument le thym le danger. Rassurés, trognons de queues en mesure rapide, les follets repartent zigza-guer sur la lande. Pas timide celui-là, il sapproche lui renifler lar-rière-train. A plat ventre dans la luzerne, lintrus doit être examiné ! Familiarité légitime. Roi sur ses terres, le cabri ! En vérité, on ne vient pas sou-vent lagacer. Une bombinette sur les andouillers par-ci, par-là : les tirs, cest plutôt de lautre côté, de toute façon jamais en zone limitrophe. Peinardes les "chieuves" ! Aucun ennemi : les humains, connaît pas ! Des "chieuves" ingénues, béates en paix. "Cest quoi ce tronc mou, tout chaud, qui sent bi-zarre dans la luzerne ?" On se risque bien, de temps en temps, à venir les observer à la dérobée, avant la charge des senti-nelles : Interdit ! Nul na le droit de leur cavaler aux trousses. Un âge dor ! Mieux quau temps davant les loups !
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Hormis les jours de razzia, une fois lan : Les vestes vertes débarquent, en bottes, de partout, avec les longs filets pour en rafler quelques dizaines. On ne tue pas, simple ponction. Transfert en régions à faible densité. Fini le paradis, plus de tronc mou bizarroïde à renifler, le chevreuil du terrain militaire a mangé son pain blanc ! Gare à ses gigues ! En ces terres nouvelles, lhomme est devenu chasseur ! « Allez, tire-toi du gland, tu vas me faire repérer ! » Son odorat doit avoir des ratés ! On croise bien du bipède sourd, pourquoi pas du chevreuil anosmique ? A brouter le cul de tous les passants, il court vers le cercueil grand veneur à brève échéance. Il lève le museau, la narine vibrante, sinterroge, gamberge, hésite Tout compte fait, ça pue dans le secteur, Zébulon se carapate sur ses pattes à ressorts, entrechats inopinés, lair de se foutre du monde. Il a bien fait de gicler ! Le grand bestiau vertical qui savance ne res-semble en rien à ses cousins. Sur la lande, il gâche le grand qui pue. Ombre gigantesque sous la lune, genre malabar, un mètre quatre vingt dix au garrot, épaules NBA, dégaine de pithécanthrope, en moins primesautier, démarche sensiblement plus pesante, le type dhallucination à contourner discrètement la nuit sur la garenne du "Polygone". Sûrement pas un gardien, ils vont par deux, comme les fivettes ni mon voleur, se dit Marrow, il ne prendrait pas ce chemin pour aller voler aux Granges-Rouges, les patrouilles pullulent alentour pire que centenaires au Sénat. Le monstre savance en contre-plongée, les che-vreuils fusent comme des rats devant les bottes dun égoutier. Pas froid aux yeux, labominable homme des steppes ! La discrétion, sen contrefout. Il fonce Frankenstein ! Programmé, il cingle droit vers la zone interdite du champ de tir. Doc Marrow sécrase le nez dans lhumus, un pied du cinquante deux lui
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rase les oreilles  succion de ventouse à chiottes dans la glaise humide. Doc risque un il : Vérole, cest pas un homme ! Il hybride dans lhumanoïde, un groin et deux yeux exorbités en tubes, gueule à la Bilal, scarabée mécanique monté en graine. Affublé dun masque à gaz couplé à des optiques de vision nocturne, il crève la nuit verte. Au pas de charge derrière ses besicles décolo noctambule ! Droit sur les barbelés électrifiés, il hésite pas Ro-bocop ! Plein pot vers les bâtiments des "Intro-huits" : derniers missiles maison faits main, petits bi-joux sol-sol magnétiques, à guidage infrarouge. Le grandet va se faire flinguer dare-dare ! Les gardes naiment pas trop quon fouine, ça les gratte vilain, ils voient rouge. Dans la clarté glauque de ses agates en pipeline, le malabar ne sen émeut pas outre me-sure. Il rallie la clôture en un clin dil. Ça urge ! Il a fait des repérages précis, minutage soigneux des rondes. Au pied du grillage, aussi avenant que les barbelés de Dachau, il ne se perd pas en conjec-tures, dautorité il lattaque à la base. Doc pressent la toute belle gerbe détincelles avec relent de malabar grillé, recroquevillé en bout de bacon qui nespère plus quun uf à cheval. Le vingt mille volts, ça hé-risse Un quart dheure Il rampe de lautre côté ! "Gonflé, le robot ! Un indien à prendre au sérieux, se dit Marrow !" Pas ses oignons la détérioration du patrimoine des armées. Le père Ferlampied lemploie pour sur-veiller les Granges-Rouges : vols dans les communs. Que les archers du Polygone se débrouillent avec leur espion. Un droïde géant passionné de missiles, du turbin dagent secret. Un modeste privé de pro-vince ne sembarque pas dans ce genre de guêpier. Surtout lui, Marrow, artiste pépère, ne fourre les mains dans le cambouis. Un bon fouille merde, cu-rieux comme un polyvalent, mais prompt à passer la main à la police en loucedé au premier roussi. "On
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ne bouge plus là-dedans, mains sur la tête !" : Pas son style ! Justicier sans arme. Détective de hasard, il na jamais été animé par des pulsions sanguinaires. « Mais visez-moi cet enfant de mutin, il contourne le bâtiment des missiles ! Pour un peu, il me filait sous le nez ! Approche-toi Marrow ! Ne le lâche plus, les gardes vont bien finir par le choper. Ton voleur de poules attendra cinq minutes, dailleurs il ny a jamais eu de poules chez Ferlampied ! ». Trois étoiles au Michelin ! Mérite le détour ! Le Polygone : ses chieuves, ses espions ! les malades nauraient jamais eu ce faste dans le happening ! Encore que des chirurgiens distingués avouent leur fabuleuse Aventure. Pour lui, après cinq années de médecine, lAventure est restée en rade ! Juste le temps dapprécier le discours sinistre du malade et sa supplique à vous culpabiliser mère Térésa, et loncle, fort à propos, lui offre de reprendre lAgence pour le bien des familles. Fourvoyé en vocation, il cherchait la sortie de lEcole de Médecine ! Il lui proposa cette escapade opportune, loin des gentils tyrans inconscients, maîtres de lesclave blâmable à merci. Il devint détective ! Rien de James Bond, loncle. Mais il racontait un tas dhistoires extravagantes. Bien dans sa peau, toujours rigolard. Banco ! Il a plongé. Adieu méde-cine, bonjour Olivier Marrow Agency, successeur de Pierre Marrow. Son vrai nom, Marrow ! Ascendance écossaise, elle remonte aux frasques de Marie-Stuart dans sa noble Province françoise. Futé le malabar, il a cisaillé le grillage juste en face dune touffe de genêts masquant la brèche. Cha-tière savante, avec connexions reliées à des appareils insolites, sans doute pour la continuité des circuits. Ne pas affoler les alarmes. Là-bas, accroupi sous une fenêtre, il fouille le sol. Sort du matériel de ses poches, et enfouit le tout sous la terre, méticuleusement, sans se presser, il est dans
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