On l'appelait Vermin's Killer

De
Publié par

Solène Sollaï, commandant de police, s’est mise en disponibilité il y a quatre ans et demi, à la suite d’une bavure. Elle travaille aujourd’hui chez son beau-père, Franck Esynes, dirigeant une en-treprise d’électronique et d’informatique de pointe, sans se douter qu’un homme com-mandite son assassinat, considérant que la bavure n’est pas une erreur mais un crime...
Publié le : mercredi 7 janvier 2004
Lecture(s) : 238
EAN13 : 9782748140309
Nombre de pages : 227
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

On l'appelait Vermin's Killer
Dominique Province
On l'appelait Vermin's Killer





THRILLER











Le Manuscrit
www.manuscrit.com












© Éditions Le Manuscrit, 2001
20 rue des Petits-Champs
75002 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-4031-1 (fichier numérique)
IS-7481-4030-3 (livre imprimé)
Dominique Province

5
On l'appelait Vermin's Killer
6 Dominique Province





Je remercie Monsieur Victor Ravenet, commandant à
la Direction Centrale de la Police Judiciaire, pour ses
précieux conseils concernant l’élaboration de ce livre.
7
On l'appelait Vermin's Killer

8 Dominique Province

1
La caméra, nichée dans un des piliers, se braque
sur la voiture qui s’arrête devant la lourde grille
pendant qu’un gardien en civil s’avance vers le
véhicule pour examiner avec attention la carte
d’identité que lui tend le conducteur.
- Xavier Saint-Denis, je suis attendu par votre
patron.
Le garde se tourne vers la caméra en allumant son
portable. Quelques mots et la grille s’ouvre pour
laisser pénétrer la Mercedes qui s’engage sur une
allée bordée de cyprès qui le conduit jusqu’à une
superbe propriété devant laquelle l’attend une jeune
femme blonde.
- Monsieur Saint-Denis ? Voulez vous me suivre ?
Xavier, un géant barbu aux cheveux grisonnants
tombants sur les épaules, sourit à la blonde aux yeux
noisette et aux formes parfaites, en lui assurant
qu’aucune force au monde ne l’empêcherait de le
faire.
Il se laisse diriger jusqu’au moment où elle
s’arrête devant une porte capitonnée flanquée d’un
interphone. Trois paroles suivies d’un grésillement et
Saint-Denis se retrouve dans un vaste bureau occupé
par trois hommes. Deux sont debout et discutent près
d’une porte-fenêtre. Le troisième, installé dans un
9
On l'appelait Vermin's Killer
vaste canapé de cuir, est occupé à examiner un
dossier qu’il repose sur une table basse pour se lever
et accueillir l’arrivant. Un des deux bavards traverse
la pièce pour se placer à proximité de la porte
pendant que l’autre, se campant fermement sur ses
jambes, reste sur place, face à l’arrivant.
L’homme, qui tend la main à Saint-Denis, en lui
désignant un fauteuil, a des cheveux blancs coupés
courts qui mettent en valeur le bleu intense d’un
regard filtré par des lunettes à fines montures.
- Venceslas, Ovide Venceslas dit-il en se
réinstallant pour finir de compulser un dossier qu’il
feuillette rapidement en s’excusant.
Il le referme après quelques recherches, offre une
cigarette à Saint-Denis en lui avançant briquet et
cendrier, ajuste ses lunettes, et attaque d’une voix
grave et autoritaire.
- C’est Monsieur Kleinmann. Grande compagnie
aurifère, ça vous dit ? Qui m’a parlé de votre
efficacité d’ex flic pour résoudre certaines affaires
délicates sous le couvert d’une agence de détective
privé. Vous êtes, selon lui, expert dans l’exécution de
contrats visant à éliminer certaines personnes
qualifiées de gênantes, juste ?
- Juste.
- Je vous propose donc un contrat. Faire
disparaître un flic qui a demandé sa mise en
disponibilité à la suite d’une soi-disant bavure, mais
que moi, je considère comme un meurtre.
- De qui s’agit-il ?
- Solène Sollaï, qui a profité de sa mise en…
- Vous voulez parler d’une grande rousse d’une
trentaine d’années ?
10 Dominique Province

- Je constate que vous la connaissez. Oui c’est…
- Ce ne peut être qu’elle. Il n’y a pas cinquante
mille Sollaï… Savez-vous vraiment qui est cette
garce ? C’est un flic d’accord, mais pas n’importe
quel flic ! Commandant à la brigade de répression du
banditisme, avec un palmarès à faire pâlir de jalousie
les meilleurs policiers du moment. On lui doit je ne
sais combien d’arrestations, et pour la petite histoire,
sachez que c’est elle qui à la tête de son équipe a mis
fin, non seulement à la carrière du fameux gang des
voitures blindées, mais aussi à celle de Franck Lepetit
et de Sébastien Balstra… Le type de fille qui a eu plus
souvent le doigt sur la détente que dans un dé à
coudre. Le genre de nana qui a tendance à tirer avant
de lancer les sommations… Vermin’s Killer…
Vermin’s Killer était son surnom à la brigade. Je
savais qu’elle s’était mise en disponibilité… Mais…
Et bien je vais en profiter pour régler un petit
contentieux nous opposant depuis pas mal de temps.
Venceslas se lève et se dirige vers son bureau sur
lequel se trouve un dossier et dépose celui-ci devant
Saint-Denis.
- Elle est entrée au service de son beau-père,
Eysines, Franck Eysines, électronique et informatique
de pointe, une des flèches de la spécialité. L’usine se
trouve à Vitrolles, à coté de Marseille…
Désignant le dossier d’un geste du menton.
… Voici l’adresse de la société et le Curriculum
de deux personnes qui y travaillent, un ancien taulard
et une fille qui ont accepté de nous vendre un
maximum de photos des composants, des sous
ensembles et ensembles. Plus les photocopies des
méthodes de fabrication, sans oublier les microfilms
11
On l'appelait Vermin's Killer
et les sites Internet. Deux fumiers qui tueraient père et
mère pour un billet de dix euros.
- De l’espionnage industriel ?
- Qui peut rapporter gros à qui sait monnayer !
Vous allez entrer en contact avec eux et faire en sorte
de les éliminer en même temps que Sollaï après avoir
récupéré les documents. Moins il y aura de
témoins !… Votre mot de passe sera « je ne regarde
que le journal de la 3, à vingt heures » Pouvez-vous
honorer ce contrat ? Inutile de vous dire que vous
serez payé en conséquence.
- Et la conséquence se monte à combien ?
- Vingt trois mille euros. Onze mille cinq cents
payés à la commande, le reste quand vous
m’amènerez la tête de ces trois ordures. Vous
recevrez très prochainement un reçu, émanant d’un
compte bancaire suisse qui prouvera la remise du
premier versement.
- Correct.
- Je savais que vous accepteriez si la galette avait
une épaisseur convenable… Et je paie toujours bien
un véritable professionnel. Usez de moyens efficaces
car elle connaît beaucoup de monde et bénéficie de
sérieux appuis. Nous comptons absolument sur vous
pour que le contrat soit honoré début août, le quinze
au plus tard.
Saint-Denis feuillette rapidement le dossier
pendant que Venceslas actionne l’Interphone pour
demander à la blonde de raccompagner son visiteur,
puis il se lève pour clore l’entretien.
12 Dominique Province

2
Encombrée de deux classeurs et de papiers divers,
je pousse la porte battante qui s’ouvre sur le couloir
desservant les bureaux occupés par les achats,
l’ordonnancement, les trois contremaîtres ; Bernard,
André et Nora, les chefs d’équipes et le secrétariat.
Sans oublier monsieur Chamon, directeur de
production, et ma petite personne, chef d’atelier.
Les bureaux, hyper modernes, sont séparés les uns
des autres par des surfaces vitrées enchâssées dans
des cloisons lambrissées et des portes de verre qui
assurent une certaine intimité.
Le bureau de Chamon et le mien sont face à face.
Bordant l’extrémité du couloir, ils donnent
directement sur les ateliers récemment agrandis pour
faire face aux exigences d’I.B.C. qui nous a choisi
pour sous-traiter un marché des plus important.
J’avance d’un pas décidé dans cet univers que j’ai
toujours connu et que j’aime. Chapeau à beau-papa
qui a su « construire » cette P.M.E. en sachant
s’entourer des meilleurs techniciens et ingénieurs.
Aujourd’hui, on se croirait dans une ruche ;
Appels téléphoniques, conversations, va et vient
incessant… A peine plus pénible que le deux pièces
que je partage avec un mari beau et…
Et quoi ? Depuis plusieurs mois ce n’est même
13
On l'appelait Vermin's Killer
plus un copain…
Des bonjours fusent des quelques bureaux que je
longe pour rejoindre le mien et je sens des regards me
détailler avec intérêt. Ce matin je pétille… je me suis
habillée féline. Robe fauve imprimée panthère, à
l’encolure dégagée et à la carrure bien marquée. Les
manches sont longues et fuselées. La coupe est droite
et la taille, jalousée par beaucoup de femmes, est mise
en valeur par une large ceinture noire à boucle de cuir.
Je porte de grands anneaux aux oreilles et plein de
bracelets retombent négligemment sur mes mains aux
ongles longs et toujours impeccablement vernis.
Question coiffure, la cascade de mes cheveux ondule
jusqu’au milieu de mon dos.
Un sac à bandoulière du même ton que ma robe,
des escarpins vernis aux talons de dix centimètres et
une paire de varilux complètent mon look.
Grande rousse d’un mètre soixante-dix-neuf et des
poussières, pour ne pas dire quatre-vingts, aux grands
yeux pers en amandes, je suis bien en chair et on me
dit jolie fille.
Ayant envie d’un petit crème, je pénètre dans le
bureau de Nora, contremaître au service câblage,
momentanément déléguée pause café, et me retrouve
plongée dans la fureur d’un stade de foot. Trois chefs
d’équipe, Pierre, Lucien et Jean-Pôl, debout entre
l’entrée et le bureau de ma collègue, apprécient leur
café en se renvoyant nerveusement le ballon,
affirmant leurs certitudes à grands coups de gueule.
Passionnant !….
Nora est une mignonne arabe de trente-cinq ans,
aux Longs cheveux noirs et aux yeux de braise. C’est
mon amie et J’aime sa compagnie.
14 Dominique Province

Assise derrière son bureau, elle me dédie un grand
sourire lumineux en passant plusieurs fois le dos de
ses doigts sur sa joue en me les désignant du regard.
Je dépose les classeurs, les papiers et mon sac à
main à même le sol et m’installe, jambes croisées, en
faisant pivoter le fauteuil visiteur de façon à faire face
aux trois footballeurs d’occasion.
- Paniquant les champions ! Café ? Oooooh
Solène, comme je suis heureuse de ta venue, parce
que je crAAAAque !…. Ca va ?
- Ca boum Chaton, okay pour le café, avec un
nuage de lait. Dis-moi Nora, depuis combien de temps
supportes-tu ces dieux du stade ?
Et sans attendre sa réponse, je rafle cinq ou six
trombones traînant sur son bureau et les lance en
hauteur, visant les tasses de nos sportifs.
- Vous pourriez dire bonjour affreux matchos, et
ensuite aller voir ailleurs si Zizou veut bien écouter
vos conseils.
Surpris, ils ont un mouvement de recul, et c’est
bras tendu fesses en arrière pour éviter les taches
caféinées, qu’ils se tournent vers moi pour m’assurer
très sérieusement de leur désolation d’avoir une
responsable aussi nulle et qu’ils aimeraient faire de la
purée de ma jolie frimousse. Puis, pas contents du
tout, Pierre et Lucien sortent en bougonnant tandis
que Jean-Pôl, géant blond d’une trentaine d’années, et
dragueur patenté du service, s’adresse à Nora qui
rigole comme une perdue.
- Dis-moi Nora… Oooh arrête de te tenir les côtes.
Tu n’as pas oublié pour tout à l’heure ?
-……………………..
- Mais réveille-toi nom de Dieu ! Nous allons tous
15
On l'appelait Vermin's Killer
au restaurant ce midi. L’invitation de Charminaty…
Et tu m’as promis de déjeuner à mes cotés !
- Moi ! ?…. Ha oui d’accord, excuse-moi mais
j’avais complètement oublié… A tes cotés A TABLE,
ailleurs NON ! Okay ?
La drague se rembruni, et c’est un peu moins
aimable qu’il lui lance.
- Merci ! Tu es vraiment sympa, bon, toujours
d’accord pour aller et revenir avec moi, dans ma
voiture ?
- Toujours ! Mais directement. Sans passer par le
bois…
-Il fait demi-tour et son regard croise le mien. Ce
que je découvre au fond de ses yeux pailletés d’or
n’est pas plaisant pour moi ; regrets plus colère
assaisonnés à la sauce « j’aurai ta peau »
Retrouvant un semblant de sérieux, Nora, le
menton dans une main tandis que l’autre joue avec un
stylo, me regarde, son beau sourire aux lèvres et
murmure, désabusée.
- Quelle barbe ces mecs !
- Tonton n’a pas l’air de t’emballer ? !
- Oh ! Il est sympa… Mais je n’aime pas son coté
chien de chasse toujours à renifler les jupons qui
passent et à faire le beau devant la première venue,
cela en devient…
Jean-Pôl réapparaît brusquement dans le bureau et,
prenant appui sur les bras de mon fauteuil, se penche
sur moi en feulant.
- C’est à toi que je dois le revirement de Nora, j’en
suis certain. Alors un conseil Solène, occupe-toi de
tes fesses !
Je fais fleurir mon sourire le plus ravageur.
16 Dominique Province

- Tu commences sérieusement à me chagriner le
pistil Jean-Pôl, tes réactions sont tristes et dignes de
ce que tu es.
- Ce qui veut dire ?
J’éteins mon sourire, enlève mes lunettes d’un
geste vif et hausse le ton en me levant.
- Avant de te répondre, sache que Nora est une
grande fille capable de m’envoyer chez plumeau si
j’avais l’indélicatesse de me mêler de ce qui ne
regarde qu’elle. Maintenant, dis-toi qu’à mes yeux tu
n’es plus qu’un pauvre type lamentablement vaniteux
et orgueilleux…
Il fronce des sourcils interrogateurs.
… Oui toi ! Souviens-toi comme nous avons été
bons amis. J’ai vraiment cru en ta gentillesse et en
l’amitié que tu m’offrais. J’étais heureuse d’avoir
trouvé un copain, un vrai. Je n’ai plus douté de ta
sincérité le jour ou tu m’as présenté à ta femme et à
tes enfants. J’avais enfin les amis que j’attendais
depuis trop longtemps. J’étais heureuse comme tu ne
pourras jamais l’imaginer. Mais cela n’a duré que le
temps d’un espoir car je me suis vite rendu à
l’évidence. Tu ne voulais que coucher avec moi… Par
désir ou parce que je suis la belle-fille du patron ?….
Et ta vanité de Don Juan à la petite semaine s’est
cabrée lorsque j’ai essayé de te faire comprendre que
seule, l’amitié comptait pour moi. Et quelle a été ta
réaction ? Celle d’une planche pourrie. Tu m’as
froidement laissé tomber, tu ne m’as plus jamais
adressé la parole et ton orgueil imbécile continu à te
l’interdire. Pauvre type !…. Tu ne te rends même pas
compte du ridicule que tu trimbales… Ne comprenant
pas pourquoi je refusais soudain toute invitation,
17
On l'appelait Vermin's Killer
Sophie a coupé les ponts et j’ai perdu une amie pleine
de vie et de chaleur… Fiche le camp de ce bureau
Jean-Pôl, et vite. Je n’ai plus aucune estime pour toi et
ta présence me démoralise, alors évite de me la faire
subir, tchao ! Je n’ai plus rien à te dire…
Il sort du bureau en hésitant, comme s’il voulait
répondre quelque chose, allume une cigarette, hésite
encore, et finit par me faire face, les yeux orageux.
- Je voudrais quand même te parler Solène, de…
- Tu as le nerf auditif qui passe par les pieds ma
parole, je n’ai plus rien à te dire, donc plus rien à
entendre.
Il est vert le beau Jean-Pôl, il cherche à me
balancer quelques vacheries bien senties, renifle,
renâcle et préfère tourner les talons en pestant comme
un malade.
- De l’air ! Peux-tu me resservir un café Nora ?
- Bien sur.
Elle se lève et tout en servant.
- Bien répondu Solène, mais veux-tu le fond de ma
pensée, même si elle te choque ?
- Vas-y toujours.
- Je vais me faire l’avocate du diable, de Jean-
Pôl… Tu es d’une beauté affolante, et cette beauté
électrisante qui porte à la peau est doublée d’une
sensualité animale qui magnétise tout un chacun, sexe
confondu. Tu personnifies ce que chacun voudrait
être, et pour tous, polarisés à l’extrême par ton
rayonnement, le moindre de tes gestes, le moindre de
tes sourires peut faire penser à une invite. Tu
cristallises le désir dans tout ce qu’il a de plus fort, et
quiconque a le malheur de t’approcher est piégé.
Piégé et rejeté…
18 Dominique Province

Elle se fait songeuse.
… Oh ! Pas par toi c’est sur, c’est inutile
d’ailleurs… On se rejette seule, avec l’amertume de
constater l’impossibilité de s’élever jusqu’à toi…
Coudes sur le bureau et menton dans les mains,
j’avance vers elle un sourire carnassier et, gentiment
moqueuse.
- Continue Chaton, ça me passionne et je fonds. Je
me savais comestible, mais pas à ce point !
Elle se réveille sans m’avoir écouté, les yeux
embués.
… Se rejeter hors de ton horizon, c’est dur tu
sais…
Emergeant tout à fait, elle plante un regard brûlant
dans le mien.
… Dans ces conditions, comment peux-tu être
certaine de ne pas l’avoir inconsciemment provoqué à
un moment ou à un…
« Nora vient de parler pour elle j’en suis certaine.
Nora piégée ? ! Oh non ! C’est trop bête, pas elle, pas
ma petite copine… »
Je me lève et, mains appuyées sur le rebord du
bureau, me penche vers mon amie.
- Tu déjantes Nora, pas possible, pas toi !…. Nous
ne sommes jamais piégés que par nous même et tu as
trop de personnalité pour te laisser avoir. On en
reparlera si tu le veux, mais arrête de déconner
Chaton, quant aux hommes, c’est toujours par la
bande que tu finis par connaître leurs véritables
intentions… Ils sont très forts pour se transformer en
matous pattes de velours quand ils veulent t’inviter au
restaurant. Et une fois la pizza avalée, de quoi nous
parlent-ils ? De l’incompréhension de leur femme !
19
On l'appelait Vermin's Killer
Incompréhension qui les rend si malheureux qu’ils
auraient besoin de te sauter pour retrouver un peu de
bonheur… Une belle brochette de pan-pan lapins,
crois-moi ! Le sexe à la main avec un regard animal
malade de désir. C’est démoralisant… Nous avons
quand même autre chose à leur offrir que nos fesses,
enfin… Sur ce, je vais, quand même aller mériter ma
paye, adessias Chaton et merci pour le café.
Je récupère mes affaires et me retourne au moment
de franchir la porte.
- Pour être franche, dis toi que plus je sens les
matous s’aiguiser les griffes, plus je les fais flamber ;
œillades incendiaires, sourires brûlants,
déhanchements explosifs, le tout noyé dans une
grande innocence hypocrite de gestes et de paroles. Et
une fois grillés, je les saque !
Et je m’évacue à longues enjambées.
Presque arrivée à destination, un « psst » discret et
un « Solène viens voir » chuchoté du bout des lèvres
me font tourner les yeux vers Liliane, responsable du
service ordonnancement, qui m’invite à entrer dans
son bureau d’un signe de la main. Lily pute, belle
brune pulpeuse aux yeux bleus, est nymphomane
jusqu’au bout des ongles et ne peut vivre qu’à
l’horizontal. Ses conversations ne montent jamais plus
haut que la ceinture, à la grande joie de nos pan-pan
lapins.
- Tu verrais le nouveau type que je me suis
agrippée ma vieille, un super mec baraqué… Avec
une gueule d’enfer comme je n’en ai jamais vu,
figure-toi qu’il…
L’entrée de Chamon, venant me prévenir que le
nouveau chef d’équipe tant attendu par le service
20 Dominique Province

montage est arrivé, et s’est déjà installé dans l’ex-
bureau de Serge, me donne l’occasion de m’éclipser
sans avoir à subir ses éternelles comparaisons quant
aux mérites de ses cavaliers successifs. Sacré nana.
Je renez (pourquoi rechausser) les varilux que
j’avais glissé dans mon sac durant l’altercation avec
l’affreux Pô-Pôl, et prends la direction de mon
bureau. Le nouvel arrivé range soigneusement
l’intérieur de son armoire à documents et tourne le
dos à l’entrée. Je toc toc donc à sa porte.
Il se retourne et je reste comme une andouille
devant cet Apollon. Environ un mètre quatre-vingt-
dix, la trentaine, de grands yeux verts font ressortir le
châtain foncé de ses cheveux. Chemise et pantalon
blanc, allure sportive, il se tient debout, face à moi,
me regardant mi-amusé, mi-étonné.
Reprenant mon self-control, j’allume un grand
sourire.
- Sollaï… Solène Sollaï. Chef d’atelier. C’est moi
qui aurais du vous prendre en charge, mais, ne vous
attendant pas aujourd’hui, je suis passée Directement
au service emballage en arrivant, d’où mon retard.
- Inutile de vous excuser madame Sollaï, je finis
de mettre de l’ordre dans ce bureau et je suis à vous.
- Très bien, mon bureau se trouve…
- Je sais, en face de celui de monsieur Chamon,
dans le fond du couloir. La responsable du service
ordonnancement m’y a conduit pour vous y attendre,
ce que j’ai fait une vingtaine de minutes. J’arrive de
suite.
Un poil vexée de mettre fait remettre dans l’axe,
gentiment certes, mais remise quand même, je
regagne rapidement mon bureau.
21
On l'appelait Vermin's Killer
Le temps de parapher deux ou trois documents,
d’en feuilleter quelques-uns, et je lève les yeux sur
apollon qui entre, précédé d’un léger toussotement.
- Je ne me suis même pas présenté tout à l’heure,
veuillez m’en excuser… Christian Vallon.
Je lui fais signe de s’asseoir et j’attaque sans plus
de préambule, un sourire professionnel aux lèvres.
- Vous allez travailler directement sous mes ordres
monsieur Vallon… Soyez toujours franc avec moi.
Quitte à nous engueuler, jouez cartes sur table. J’ai
horreur des faibles qui se réfugient dans le mensonge
pour échapper à leurs responsabilités. Et pas de
salades dans le boulot, sinon je vous arrange une
vinaigrette que vous aurez du mal à digérer. Sur ce,
apportez-moi des résultats positifs sinon je me
passerai de vos services… Chamon vous a t-il fait
faire le tour du propriétaire ?
- Non.
- Suivez-moi.
- Et bien avec vous on sait où on va, j’aime ! Puis-
je me permettre une question indiscrète ?
- Allez-y toujours.
Des yeux, il me désigne le porte nom posé sur
mon bureau.
- Sollaï ? ! Un bien joli nom qui respire le sud,
quelle origine exactement ?
- Sarde.
- Mais le…
- Ï n’existe pas en sarde, c’est vrai, mais j’ai tenu à
le faire figurer sur tous mes papiers et documents afin
d’éviter toute erreur de prononciation. A mon tour de
questionner. Pourquoi cet étonnement amusé dans le
regard ?
22

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Nimpe

de Manuscrit

Les visages de l'ombre

de editions-gallimard

From banks to rock n roll

de lips-roll-editions