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Opération « Nuages »

De
292 pages

L'info tant attendue est arrivée : Luis Carregas est de retour. Les stups sont en effervescence car le commandant Feretti attendait impatiemment le retour de ce tueur de flics, assassin de son ami et coéquipier Jeff. Il rêvait sa vengeance en écoutant Nuages de Django Reinardt. Aidé de ses mulets et de Charly, il met sur pied un imparable flag pour le faire tomber. Entre temps, Luis Carregas rencontre et tombe amoureux de Déborah et leur romance aura bien du mal à perdurer.
Une histoire captivante, pleine de rebondissements, qui nécessitera le voyage au Venezuela de Daphné, Patty, Matt, Leïlah et Grandferre (personnages du roman Le trésor de tous les temps) pour comprendre les manipulations de Carregas père et mettre au jour un secret de famille bien gardé.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-90675-5

 

© Edilivre, 2015

Du même auteur

 

Du même auteur :

1.Confidences,essai sur l’enfance, Éditions Benevent, 2011.

Parus aux Éditions Edilivre :

2.Le trésor de tous les temps,roman d’aventures, 2013.

3.Le lys des mots,recueil de poèmes, 2013.

4.Il était une fois… Nous ou les clés du bonheur,

essai thérapeutique, 2013.

5.Histoires aux enfants,2014.

Remerciements

Pour ce sixième livre, il m’est naturel de remercier cette fibre familiale, par l’intermédiaire de mon grand-père, Francescu-Maria Beretti, commissaire divisionnaire, qui m’a transmis la curiosité spontanée et non névrosée m’autorisant à m’intéresser à tout sans jugement, en cherchant le dénouement des intrigues.

Cette histoire se déroule entre Paris et le Venezuela, en passant par la Corse, et je remercie Sergine et Jean-Louis Pinton de m’avoir attirée sur cette terre du Venezuela, éclatante de couleurs, mais aussi d’insécurité, où la corruption est comme un champ de champignons après la pluie. Autant de contrastes frappent ce pays gouverné par un dictateur cagot dans une nature riche et éblouissante, un pays hésitant entre beauté et vilenie, entre grâce et grossièreté, entre lumière et saleté, entre labeur et trafics.

Un grand merci à ma fille Chloé, qui a insisté plusieurs fois pour que je continue ce roman commencé en 1998, lors de mon premier voyage sur l’île de Margarita au Venezuela, ébauche lâchement abandonnée sous prétexte de changement de vie et par manque de temps, autant de prétextes humains tombés en poussière lorsque je recouvris mes mots, là où je les avais quittés, bien plus tard, en 2013.

Et enfin, merci à vous lecteurs, qui m’avez accompagnée depuis mes balbutiements du premier essai sur mon enfance espiègle, dans « Confidences », jusqu’à ce livre que je vous dédie.

Introduction

Nuages ! Volutes ouatées de la fuite, de la facilité, du subterfuge, de la cause de bien des fortunes acquises trop vite ou du malheur des faibles et des tourmentés. Lorsque j’écrivais ces lignes, je pensais à vous, cher lecteur de ce futur roman… Vous, qui alliez découvrir ce truand enfui de France vers ce pays de lumière mais aussi de violence : le Venezuela.

De père vénézuélien, Luis Carregas, âgé de 39 ans, décampe dare-dare de France en 2010, à la suite d’un casse où le flag du commandant Feretti le contraint à une course-poursuite dans Paris, au cours de laquelle il tue son coéquipier, Jeff, avant de s’évanouir dans la nature. Feretti, vraiment tenace comme un Corse qu’il est, le recherche et apprend qu’il est rentré au Venezuela pour s’initier aux différents trafics illicites de son père, Raul, bien en place à Caracas. Sans nouvelle de Luis, il s’intéresse aux affaires de son père et apprend sa reconversion dans la cocaïne. Persuadé de les revoir à Paris pour envoyer leur dope, il décide alors de se faire muter à la brigade des stups, où il est certain qu’un jour viendra où il pourra venger son ami et coéquipier, Jeff Carrier.

Pendant ce temps, Luis s’initie au nouveau trafic de cocaïne de son père mais il rencontre une femme qui le subjugue. Cette chaleur d’un bel esprit et d’un beau visage l’attire et l’interpelle. Elle s’appelle Déborah et passe ses vacances avec des amis à Caracas :

Une femme corse, fière, très belle, qui l’a immédiatement attiré et subjugué au point qu’il est certain d’avoir trouvé la femme de sa vie. Sa main dans la sienne, deux âmes qui se complètent, deux corps qui se reconnaissent comme s’ils s’étaient déjà connus, Luis en tombe fou amoureux.

Je vous souhaite de prendre beaucoup de plaisir à découvrir l’histoire de ce couple amoureux que tout sépare dans ce monde démesuré, où la vie d’un homme importe peu, pris tous deux dans une roue implacable de trafics de drogue entre le Venezuela et la France. D’autant plus que le commandant Feretti attend fiévreusement le retour de Luis Carregas pour venger son coéquipier.

Nuages est à la fois le tableau noir de ces vendeurs de mort et l’histoire d’amour de deux êtres que tout oppose, sur la mélodie de Nuages de Django Reinhardt, air préféré du commandant Feretti des stups, qu’il ne manque pas d’écouter pour se calmer les nerfs…

Son nouveau coéquipier, Charly, fraîchement arrivé du 36 quai des Orfèvres, vient remplacer Jeff, fortement recommandé par son ami, le commandant Granferre.

Le lecteur retrouvera ici, en réponse à sa demande, les personnages du roman d’aventures

Le trésor de tous les temps. Ces personnages attachants et naturels sont :

– Daphné, l’animatrice de radio parisienne, et son assistante.

– Matt.

– Patty, juge d’instruction.

– La belle Leïla, d’origine égyptienne, mariée depuis peu au commandant Grandferre.

– Charly, maintenant muté aux stups.

Et de nouveaux personnages : le commandant Feretti et son équipe.

Nuages est un air de jazz réputé de Django Reinhardt, que fredonne souvent Feretti, et représente également cet état causé par la prise de stupéfiants, l’état brumeux de nos cellules grises qui sont, pour le coup, carrément grises dans tous les sens du terme. Des nuages opaques de non-vie, ersatz de liberté, succédanés de pouvoirs, simili-bonheur vendus par ces pilleurs de vie et vendeurs de mort qui s’enrichissent sans scrupule sur l’espoir d’esprits en quête d’un passeport pour le pouvoir d’être libre et complètement ailleurs, un ailleurs en dehors de leur quotidien, de leur vie et de leurs épreuves – une fuite littérale en avant ou plutôt un oubli volontaire de tout, pour ne pas faire face à ce que l’on doit être ou ce que l’on doit faire.

En dehors de l’opacité, certains d’entre nous pourraient y discerner des esprits volant sur des nuages sacrés, composés de pensées subtiles et sages restant dans la lumière des contrastes entre soleil et nuages comme autant de rencontres et d’images parcourues, aimant l’imprévu et acceptant la différence comme autant de richesses et de découvertes. Nuages sacrés, quand ils deviennent des volutes de pensées évolutives et spirituelles, vigilantes mais tolérantes, observées d’un certain retrait comme un bouton de fleur prêt à éclore doucement, jusqu’à humer ce qui l’entoure, à s’en imprégner pour mieux s’adapter, tel un sublime caméléon se teignant des milliers de couleurs et teintes nuancées d’un panorama uni à l’univers : spectacle mouvant et éphémère qu’aucune différence ne répugne puisque mélangé dans un mouvement perpétuel et entendu, véritable complicité d’une intelligence supérieure communautaire et non individuelle, où l’individu, justement, se fond et se confond pour mieux ronronner de plaisir et d’amour ou exister tout simplement.

Tout vient de la vue de l’esprit et ces nuages sont, pour les uns et les autres, un évident opposé. Nuages de mort et nuages de vie se côtoyant vont, ici, se combattre comme deux forces, celles du bien et du mal, celle du vendeur de mort et l’énergie du nettoyeur. Car le Commandant Feretti a bien l’intention de nettoyer ce Paris du commerce de Carregas, pourrissant sa jeunesse pour en dévier son destin et la faire sombrer dans la déchéance, – une manière efficace de déstabiliser un pays.

La musique de Django repasse souvent en boucle dans sa tête et lui permet de s’évader naturellement, sans artifice aucun, dans son nuage à lui, un nuage vaporeux mais tellement plus lucide, qui le protège de toute tentation extérieure.

Nuages de Django résonnent en Feretti comme une onde de patience !

Chapitre I
Au bout du bout…

Au bout du bout, tout au bout de la plage, Déborah est allée chercher la paix du corps et de l’esprit, une eau claire et fraîche pour ôter tout miasme de la nuit remplie de rêves agités. Plage où elle croisera sans doute de parfaits inconnus en vacances, heureux de leur séjour en Corse : une île dont elle est originaire.

Elle sort de l’eau et observe les rares touristes de mai dans leurs plaisirs simples de marche, de baignade et de recherche de soleil. Son mental à rude épreuve ces derniers jours, à la vue de ces images naïves, s’apaise doucement, la rendant plus légère, plus vaporeuse, comme suspendue à un fil, au fil du temps, au fil de son temps insulaire, là sous le soleil de midi. Tout au bout, là-bas dans les voiliers qui glissent doucement sur la mer ondoyante, bercés et poussés par le souffle de la brise marine locale, flotte l’esprit évadé de son corps assis sur cette plage… Elle devient anonyme, complètement étrangère, et voluptueuse comme une plume portée par le vent sur la voilure blanche et luisante de soleil du bateau qu’elle contemple.

Oui, tout est là, tout repose dans cette osmose magique de cette mi-mai remplie d’arômes champêtres d’une généreuse nature fleurie, où elle désire trouver une réponse à ses préoccupations. Ses pensées vont vers Luis, l’homme qu’elle aime éperdument – celui qui lui a promis de la rejoindre, ici, sur son île, encore retenu par ses affaires l’éloignant d’elle, mais quelles affaires ? Car il ne lui a jamais précisé en quoi consistaient ses affaires. En tout cas, au dernier moment, il a encore décommandé son voyage et elle est seule depuis un mois déjà, seule encore une fois avec toutes ses questions sans réponse sur leur bonheur futur. Déborah s’allonge sur le sable chaud, la tête dans ses bras, les yeux clos, presque assoupie. Les images défilent en elle comme un film : sa très belle maison de Cala Rossa qu’elle a retrouvée avec un immense plaisir, ses longues marches sur la plage de San Ciprianu – cette plage inégalée pour elle car encore sauvage et sauvegardée par ses élus et ses habitants, ces clapotis d’eau qu’elle écoute de sa terrasse le matin dès son réveil, ou le soir dans l’espace étoilé, cette plage surnommée plage des guêpes dans des temps éloignés, dont elle ne connaît d’ailleurs pas l’origine de ce surnom. Puis le souvenir du village de son grand-père – San Gavinu di Carbini, accroché à sa colline comme un enfant contre sa mère… Toutes ses racines bourdonnent en elle. Déborah abandonne un instant le monde de sa réalité solitaire où son cœur, bercé par la musique lancinante et régulière des vagues, brouille ses pensées dans une infinie somnolence comme un rêve éveillé.

Quelques jours auparavant, elle se voyait encore à Paris, parlant à sa meilleure amie, Daphné, qu’elle était allée chercher après son émission de radio quotidienne, et elles s’étaient promenées toutes les deux sur les berges de la Seine, se racontant leurs vies respectives. Déborah s’était confiée à elle, notamment sur les doutes qu’elle avait sur son futur mari quant à son honnêteté : Luis Carregas, qu’elle avait connu au Venezuela alors en vacances avec des amis. Le coup de foudre avait été magistral et la vie s’était comme accélérée, l’attirant chaque jour un peu plus vers lui. Homme entier, il la voulait tout de suite dans sa vie quotidienne, la berçant de jolies phrases et la couvrant de cadeaux. À vivre près de lui, elle s’était aperçue très vite que cette vie était trop facile, encadrée d’une vingtaine d’employés de maison, de gardes du corps armés, l’accompagnant dans tous ses déplacements.

Daphné savait l’écouter et avait appelé son ami Charly, muté dernièrement aux stups à Paris auprès du commandant Feretti, car ce nom de Carregas lui disait quelque chose. Elle devait le voir le soir même mais, hélas, Déborah repartait dans l’après-midi pour son île natale, où elle devait attendre Luis dans cette récente villa luxueuse qu’il lui avait offerte au début de leur relation, à Cala Rossa dans le sud de la Corse. Elle entendit la sonnerie de son téléphone comme dans une brume somnolente, sans doute Daphné voulant lui faire un rapport de son entrevue avec Charly. Mais un autre bruit vint capter son attention, comme un chuintement de bateau se rapprochant d’elle pour l’envahir tout à fait, suivi de deux plouf dans l’eau et de pas furtifs… Ce glissement s’avançait plus près, la sortant péniblement de son hébétude. Mue par un élan instinctuel, elle releva la tête pour prendre son téléphone mais vit, tout près de ses yeux, deux visages brunis de soleil, au regard masqué par des lunettes de soleil noires. Juste le temps d’apercevoir deux sourires cruels aux dents blanches éclatantes, lui causant subitement un sentiment de panique qui l’inonda totalement, la tétanisant et l’empêchant de formuler le moindre son. Elle chercha son téléphone qui continuait de sonner, mais une main ouatée d’éther obstrua son nez et sa bouche. La panique l’envahit dans une odeur forte et écœurante, l’emportant dans un cri assourdi qu’elle finit par émettre. Elle voulut crier plus fort, demander de l’aide, vivre, vivre mais il n’y eut plus rien qu’un rideau noir tombant sur sa vie.

Le bateau repartit promptement vers le large puis disparut à l’horizon. L’accès à ce rivage était, ma foi, trop pratique car la plage était au bout de cette baie, ouverte sur le grand large.

Les quelques touristes marchant plus loin sur le sable ne virent rien d’inquiétant en continuant leur promenade et la plage fut désertée en quelques minutes.

Le bateau partit en direction de Pinarelu, en passant entre les deux îles de la baie, dans la magie de l’eau scintillante comme un miroir. Les mouettes formaient une escouade effarouchée par le passage du bateau et s’envolaient de la crête de l’île aux vaches, en bandes effilochées, criant à perdre bec, furieuses d’avoir été dérangées dans leurs nidifications. C’est la seule intervention marquante mais naturelle, donc pratiquement invisible aux vacanciers habituels, qui pouvaient les prévenir de l’enlèvement de Déborah. Les ravisseurs avaient été rapides et très silencieux. Le silence reprenait peu à peu ses droits sur cet endroit au bout du bout…

Déborah n’était plus sur la plage… Elle venait d’être enlevée.

Chapitre II
Carregas est de retour

Vingt ans déjà ! Vingt ans de carrière et toujours la même jouissance éprouvée au début d’une enquête difficile, le goût du combat à la gorge comme un cri rauque prêt à sortir, surtout quand on sait que l’on court après un gros poisson qui va ruser, résister, combattre avec intelligence et coups fourrés, provoquant ainsi une extrême vigilance doublée d’une excitation hors normes. Dès ce moment-là, le commandant Feretti devient un implacable chasseur et Charly, son coéquipier, fin limier comme lui, l’accompagne comme son ombre en devenant un irremplaçable interlocuteur et confident, d’autant plus qu’il a fait ses armes à la criminelle avec son ami de promotion, Grandferre, qui vient de se remarier avec une sublime Égyptienne, Leïla.

Aujourd’hui était un grand jour, car on venait de lui signaler l’arrivée de Carregas à Paris… Que de souvenirs évoqués par ce nom écrit simplement en noir sur le dossier posé devant lui. Trois ans auparavant, Carregas avait fait parler de lui, dans toute la presse parisienne, pour la filière de drogue mise en place par son père Raul, venant du Venezuela, et des hold-up à répétition de banques et bijouteries, narguant son service de l’époque où il était encore à la B.R.B. (brigade répressive du banditisme). Toute son équipe d’alors avait vécu de nombreuses nuits blanches et des planques engourdies dans des voitures gelées par le froid mordant de l’hiver. Carregas, à l’esprit vif et fin lui donnant du fil à retordre, semblait toujours avoir une ou deux longueurs d’avance sur lui et jouait sur plusieurs planques, trompant ainsi son service. Que de fêtes et repas d’anniversaires loupés rien que pour avoir la possibilité de le cueillir en flag. L’enquête avait pourtant été minutieuse mais, à chaque fois après ses forfaits, l’oiseau s’envolait ou plutôt se volatilisait jusqu’au prochain méfait. Son dernier casse en date avait très mal tourné, pourchassé par son ami Jeff en course folle dans Paris. Il se souvint de son exaltation d’alors. Au moment de le rattraper, Carregas avait fait un tête-à-queue où ils s’étaient retrouvés quelques courtes secondes face à face mais, malheureusement, Carregas avait tiré par deux fois sur Jeff. L’instant ultrarapide n’avait pas pu permettre à Feretti, arrivé juste derrière lui, d’ajuster son tir, et ses balles s’étaient perdues dans la carrosserie de sa voiture qui repartait pour disparaître dans l’aube grise d’un matin d’automne. Feretti enrageait, car son ami était parti trop vite et sans l’attendre pour cette course qui lui fut fatale. Il eut donc juste le temps de recueillir le dernier soupir de Jeff, stoppé dans cette course folle.

Depuis 2010 plus rien, silence complet… il était vraiment parti pour de bon, mais où ? À l’étranger sans doute et sûrement en Amérique latine, – cette fuite soudaine avait laissé un goût amer à Feretti, dans une vengeance inassouvie, une histoire non terminée, un sentiment d’injustice et une colère enfouie au plus profond de lui, colère enfin réveillée ce matin de mai par la nouvelle de l’arrivée de Carregas.

Il ne l’avait pas perdu totalement de vue car ses renseignements l’avaient logé dans la région de Caracas dans un milieu de narcotrafiquants. Dans l’espoir tenace de le coincer un jour, il avait demandé sa mutation aux stups, alors aujourd’hui, c’était le grand jour.

Feretti détestait tous les faux-semblants fournis par ces démons avides d’argent et de pouvoir comme Luis. Même s’il n’avait pas commencé par la case de la came, il s’était fait bien entortiller et mettre en place par l’équipe de son père près de Caracas, après sa fuite de Paris trois ans plus tôt, pour veiller à l’acheminement de la cocaïne de A à Z : trois ans pour installer confortablement et sûrement les acheminements sur l’Europe.

Il regarda le ciel pommelé de nuages blancs où le soleil semblait jouer à cache-cache, signe d’une formidable partie entre lui et l’assassin de son ami. Cette fois-ci, il ne le raterait pas. Carregas est de retour à Paris, ses renseignements sont en béton, la traque peut commencer. Lui qui guettait depuis trois ans que ce nom revienne dans les arrivées sur le territoire français et ce nom, tant attendu mais en même temps haï, venait de tomber au fichier. Ce qu’il éprouvait en cet instant ? Un sentiment jubilatoire intense combiné à une tristesse infinie, liée au souvenir de la perte de son ami Jeff. Il ressemblait à un chasseur qui flaire son gibier et qui échafaude froidement un plan pour le capturer.

– Ah, oui ! La traque pouvait commencer. Le commandant Feretti était prêt, même s’il fallait remonter l’enquête jusqu’à Caracas, dernier lieu connu de cette fripouille très propre en apparence mais tellement abjecte et rusée, revenant de ce Venezuela encore plus corrompu et plus riche qu’avant sa fuite… Trois ans déjà ! Mais le temps n’avait rien effacé de sa rancune.

Il ouvrit le petit placard faisant office de bar derrière lui et s’offrit un whisky douze ans d’âge, que lui avait offert Jeff à son anniversaire avant cette maudite poursuite.

Il se servit un verre et trinqua à la photo de son ami posée sur son bureau en lui promettant sa capture. Il avala l’alcool couleur havane d’un trait et ouvrit le dossier « Carregas » en choisissant ses quatre meilleurs mulets :

– Jo, pour ses enquêtes minutieuses de fin limier.

– Francky, pour sa patience et son endurance.

Et bien sûr ses deux hommes de confiance :

– Charly et Gilou, tous deux dynamiques et bien taillés pour les traques de ce genre, sportifs, excellents au tir et concernés par ce dossier.

Le casting était décidé et il les appela tous les quatre, car une information venait de tomber :

Un maillon faible dans l’organisation de Luis Carregas venait de céder. Quelqu’un, invisible pour l’instant, lui en voulait ou désirait le rappeler à l’ordre, en enlevant sa petite amie, Déborah Armonini. Celle-ci venait d’être kidnappée sur une plage corse, non loin d’une somptueuse villa que Carregas lui avait offerte. L’enlèvement avait été rapide et discret, sans doute pour faire sortir l’ours de sa tanière. Comment Carregas était-il arrivé à Paris ? Cela n’était pas important pour l’instant, François Feretti préférait mettre ses anciens contacts sur écoute et attendre de voir ce qu’il mijotait car il n’était pas venu en France en villégiature mais sûrement pour accomplir les livraisons de came de son père. Cet homme, si papillon d’ordinaire autour des femmes, devait cette fois-ci être amoureux pour revenir en France. Il avait rencontré Déborah deux ans auparavant au Venezuela, lorsqu’elle était en vacances, et ses sources l’avaient localisé, vivant à Puerto la Cruz.

Primo : faire parler ses indics et être à l’affût de ses rencontres ou conversations téléphoniques. Tout savoir sur ses transactions, où et quand ?

Feretti était plongé dans ses réflexions quand Charly et Gilou frappèrent à sa porte.

Ils avaient la tête des jours de tension, les mâchoires serrées et le regard dur des veilles de bataille. Ils discutèrent tous les trois pendant une heure pour faire le tour de tout ce qui devait se mettre en place et préparer les écoutes et la traque.

Charly répondait à toutes les questions, comme s’il avait préparé cette entrevue depuis longtemps, et Gilou avait son œil noir et profond du regard sicilien de son père. Gilou ressemblait aux personnages de série policière, taille mannequin, fraîchement bronzé aux UV, les mâchoires saillantes, le nez aquilin et une longue et mince silhouette musclée en salle, entraîné aux arts martiaux et au tir chaque semaine, tout le contraire de Charly, plus calme et artistique que son coéquipier, aimant la méditation, les longues marches, les travaux manuels, la décoration, malgré sa récente distinction de meilleur tireur sur la place de Paris.

Feretti était bien entouré et ils formaient à eux quatre une équipe soudée, de force et de bonne complicité car, même en dehors du bureau, ils passaient de nombreux week-ends ensemble ou en sortie le samedi soir avec leurs épouses respectives qui s’étaient liées naturellement, comme on dit par la force des choses : des choses évidentes, comme l’amitié entretenue au fil des jours et des enquêtes, des sandwichs bières et des longues journées d’investigation, une amitié profonde de ces quatre personnages si différents mais tolérants.

De la police, ils en avaient la vocation. Ce n’étaient point ces jeunes recrues égarées, en recherche d’emploi coûte que coûte, qui étaient devenues flics comme ils auraient pu devenir VRP de commerce ou livreur de fleurs. Ils avaient tous les quatre la fibre de la quête, de la soif du dénouement et de la justice, de la vérité. Leurs talents d’écoute, d’observation et de finesse les différenciaient de la plupart de leurs collègues. C’était ainsi.

Chapitre III
Amer réveil…

Il fait noir et l’on ne distingue rien. Déborah a beau ouvrir les yeux, elle ne voit vraiment rien, a un goût amer en bouche et sent sa tête très lourde. Ses gestes sont lents, comme anesthésiés, et elle se sent vraiment barbouillée.

Peu à peu, elle arrive à distinguer une lueur signalant une ouverture comme une fenêtre, juste devant elle. C’est le premier message conscient qu’elle perçoit, avant d’être emportée par une spirale d’images relatant… son enlèvement. Puis elle se souvient de deux visages à la peau brunie, aux lunettes de soleil leur mangeant la moitié du visage, marqué par un sourire cruel aux dents vraiment blanches, – de parfaits inconnus. Son intelligence semble rabougrie, à l’état embryonnaire, comme repliée sur elle car ne trouvant aucune explication tangible. Pourquoi l’enlever ? Elle n’a rien à envier, sa famille est propre et n’a rien à voir avec un milieu quel qu’il soit. Tout à coup, une pensée éclair du visage de son petit ami Luis la traverse et son intuition la guide sur ses souvenirs avec lui, en séquences finissant par révéler une évidence : Luis est un trafiquant et ce mot résonne de plus en plus fort. Elle a mal, vraiment très mal, comme transpercée par une épée lui vrillant la chair, réveillant une plaie sourde comme un flash douloureux, l’électrisant totalement. Elle se met à sangloter, si seule et si loin de tout, de son monde à elle, de sa famille et de ses amis.

Dans cette noirceur, le visage de son amie Daphné apparaît, comme une parcelle solide, dans le marécage où elle semble avoir immergé. Daphné lui avait été présentée à Paris par son ami Charly, et une amitié claire et sincère était née car elle avait trouvé en elle une écoute fidèle et chaleureuse. Pourquoi les avait-elle appelés juste avant son enlèvement ? Peut-être une intuition ? Car Daphné lui avait appris à écouter sa voix intuitive.

Maintenant, dans ce noir total, elle se souvient avoir demandé à Charly de se renseigner sur Luis et avait même invité Daphné à venir passer quelques jours avec elle. D’ailleurs, elle devait aller la chercher à l’aéroport le lendemain. Mais quel jour étions-nous ? Franchement, elle n’en avait aucune idée, car elle ne savait pas combien de temps elle avait dormi et n’arrivait pas à voir quoi que se soit derrière cette fenêtre condamnée. Elle ressentait une panique certaine et en même temps un espoir que ses amis la chercheraient. Déborah reprenait peu à peu sa lucidité et se concentrait pour écouter les moindres bruits de son lieu de détention, mais un grand silence enveloppait tout. Elle essaya alors de faire taire sa peur en préférant se rappeler son amie Daphné, animatrice de radio à Paris, avec qui elle avait travaillé avant de partir en vacances au Venezuela où elle avait rencontré Luis. Plus le temps passait et plus elle se persuadait que Daphné allait tout mettre en œuvre pour la retrouver. Sa respiration devint plus calme et elle se mit en quête de ce qu’elle portait sur elle, car elle avait été enlevée en maillot de bain sur la plage des guêpes, tout au bout de sa baie préférée, en Corse. Et dire qu’elle était rentrée chez elle pour retrouver la paix !

Elle palpa tout son corps et découvrit qu’elle portait un pantalon et un pull fin, ainsi qu’une paire de baskets. Elle ne trouva rien dans les poches du pantalon et ne reconnut pas ses vêtements personnels. Elle avait toujours son bracelet et sa montre au poignet, ainsi que sa bague de turquoise. Elle appuya sur la fonction lumineuse de la montre et vit qu’il était 11 h 30, mais du matin ou du soir ? Par contre, la date était celle du lendemain de son enlèvement, donc Daphné était bien arrivée en Corse et avait dû l’appeler en ne la voyant pas à l’aéroport. Toutes ses pensées s’accéléraient furieusement et son cœur s’emballait. À tâtons, elle inspecta à l’aveugle chaque centimètre de sa geôle sans trouver quelque indice – juste un lit et un dessus-de-lit assez doux au toucher, un oreiller, une table et une chaise à côté du lit, apparemment rien d’autre. Déborah colla son oreille à la porte, sans entendre un seul bruit, avant de s’étendre pour se calmer et réfléchir à son triste sort.

Qu’avait fait Luis pour provoquer son enlèvement ? Elle sentait au fond d’elle-même que ses kidnappeurs avaient trouvé son maillon faible, mais l’aimait-il assez pour venir la délivrer ou payer sans doute une lourde rançon ? Et qui étaient ces hommes ? La laisseraient-ils en vie ? La peur s’installait en elle comme un immense cri dans cette nuit qu’elle pressentait tombée sur sa vie. Elle souffrait d’un tourment tenace qu’elle désira évacuer par les larmes…

Puis, un bruit, un bruit sec et brut, suivi de pas, la firent se recroqueviller sur elle-même en haut du lit jusqu’à ce qu’elle entende le cliquetis des clés dans la serrure pour, finalement, voir s’ouvrir la porte sur un homme de grande corpulence, masqué, bien campé devant elle, l’aveuglant d’une puissante lampe torche, occultant sa silhouette. Ses yeux habitués au noir furent aveuglés par cette soudaine lumière outrageante dans son nouveau monde de noirceur. Puis tout alla très vite, car l’homme lui brancha une lampe qu’il posa sur la table et la prit par le bras pour l’asseoir rudement sur la chaise. Il se recula pour poser sa lampe torche et la photographia plusieurs fois avant de repartir sans avoir dit un seul mot.

Il revint deux minutes plus tard avec un plateau-repas qu’il déposa sur la table avant de repartir comme la fois précédente, sans bruit et sans aucune parole. La surprise et la terreur de Déborah furent telles qu’elle ne put ouvrir la bouche, comme engourdie. D’ailleurs, elle mit encore du temps avant de remuer et de regarder le plateau-repas. Même si sa fierté et sa colère lui intimaient l’ordre de ne pas toucher à son repas de prisonnière, elle sentit la présence de la faim, d’autant plus qu’elle découvrit des pâtes et une escalope milanaise qu’elle ne tarda pas à dévorer. Puis elle trouva un pot qu’elle crut d’abord être un yaourt mais qui était en fait un tiramisu. À mesure qu’elle mangeait ce dessert incongru dans ce décor insolite et lugubre, son esprit travaillait bien malgré elle et le mot italien s’imposa comme une évidence, d’une part pour la cuisson al dente des pâtes et, d’autre part, pour la préparation de cette escalope milanaise et du tiramisu. En plus, c’était très bon, ce qui prouvait bien que l’on voulait qu’elle vive le mieux possible sa captivité. Son geôlier devait être en train d’envoyer les photos prises auparavant à Luis pour preuve du kidnapping. Qu’allait-elle devenir ?

Dire que son père l’avait prévenue, c’était un doux euphémisme, et elle entend encore la voix de sa mère lui répéter : « Ma fille, c’est trop facile, il est carrément trop ! » C’était son expression car, pour elle, quand on est carrément trop, c’est que cela cache des choses pas nettes du tout.

Eh bien là, elle avait carrément raison, car la situation n’était vraiment pas nette, elle était glauque ou plutôt très claire maintenant, car il est évident que Luis n’est pas du tout un homme pour elle. Avec cette révélation, elle ne voudrait pas devenir une de ces femmes de grands bandits, toujours soucieuse de perdre son mari dans une sanglante fusillade ou une arrestation qui l’empêcherait de le voir. Mais pourquoi s’était-elle fait prendre aussi bêtement dans ce panneau grotesque ? L’aimait-elle vraiment assez fort pour sacrifier sa vie ? Elle se rapetissa en haut du lit et se mit à pleurer à chaudes larmes, des larmes amères de déception, de souffrance et de culpabilité aussi, comme si elle s’était rendue responsable de cet enlèvement.