Opération Synapsen R4

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Deux enquêteurs dont un profiler pour deux assassins. Une véritable traque haletante est lancée contre ces deux monstres, qui commettent des actes innommables. Ils obéissent à une doctrine qui constitue l'intrigue. Pour découvrir leurs mobiles, le lecteur est transporté à travers plusieurs pays, jamais sans hasard. La chute révèle un scénario terrifiant de l'espèce humaine, une fin époustouflante et très inattendue. Elle alerte la mémoire que l'impensable est encore toujours possible. L'auteur est passé maître dans l'art d'écrire des énigmes à rebondissements. Vous pensez avoir deviné et chaque séquence remet en doute vos certitudes. C'est le piment de ce roman, du lourd mais du bon polar.
Publié le : jeudi 13 août 2015
Lecture(s) : 4
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342040883
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342040883
Nombre de pages : 178
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Du même auteur



Extrêmement adroite,
Bookelis sous le pseudonyme de John Mellen
Le Sentier du juste,
7 écrit éditions Paris
Le Roi est vaincu,
Édilivre Philippe Fuzellier










OPÉRATION SYNAPSEN R4


















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Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2015


À mes proches,


Si vous croyez savoir, vous ne savez pas.
Lao-Tseu


1.



La maudite sonnette du réveil retentit. Celle du genre
détestable, quand on est encore dans les profondeurs du
sommeil, ou dans un rêve dont la sortie brutale a de quoi
vous faire lever du pied gauche. Qui n’a pas connu ces
moments délicieux, qui vous permettent de replonger dans
l’univers du rêve et de s’y blottir pour ne plus en sortir ?
Michel enroulait Marie de son bras gauche, tentaculaire,
mais pas suffisamment doux pour l’attendrir et lui
permettre un réveil câlin, zen, cool.

— Marie, c’est l’heure de lever ton pied, de le poser
délicatement sur le sol, de te retourner pour entrer en
lévitation.
— Laisse-moi encore cinq minutes, le temps que tu
nous prépares un bon café, que tu beurres mes tartines,
grillées bien sûr, avec ton talent habituel. Alors, et
seulement à cet instant, je serai motivée pour passer de
l’horizontale à la verticale.
— Ça ressemble à un ultimatum ce réveil ou je n’y
connais rien ?
— Reçois le plutôt comme une invitation à partager nos
palais gourmands du petit matin, si tu vois ce que je veux
dire.
9 OPÉRATION SYNAPSEN R4
— Allez ne traînons pas Marie, notre train est à neuf
heures trente-deux, et comme nous sommes dans une
région desservie par les corbeaux, il n’en existe qu’un le
matin, avec deux minutes d’arrêt à la gare. Tu ne te
souviens pas que l’on a choisi de vivre dans un coin paumé,
une sorte de « trou du cul du monde ».

Le jeune couple avait pris rendez-vous à treize heures
quarante-cinq à la clinique psychiatrique du Pinay, près de
Limoges, et désirait rendre visite à Stéphane et à Laurent,
deux amis schizophrènes. Ils avaient été placés d’office par
l’administration, selon l’expression consacrée. La raison
invoquée résidait dans leurs comportements complètement
asociaux. Ils étaient loin de rassurer la société dite normale
et ils étaient mineurs.

Michel et Marie connaissaient cette clinique de
réputation, le style « boîte à fric », ou plutôt caisse enregistreuse.
Pas une maison de soins avec réellement des thérapies
appropriées. Ils n’avaient eu guère le choix, c’était ou cette
clinique privée avec une approche médicamenteuse, ou le
centre hospitalier psychiatrique. Sachant que l’hôpital ne
connaissait que les méthodes assez similaires aux anciens
asiles avec camisole de force. Et puis on n’aime pas trop
en société, voir des malades mentaux en liberté. Surtout
quand il s’agit de maladie dite irréversible. Ils parlaient
dans leurs cas de risques de réactions imprévisibles.
Ils franchissaient le seuil d’un superbe portail métallique
avec vue sur un parc très arboré, loin de la ville et de ses
nuisances. Ils semblaient rassurés, par la beauté du décor
tant extérieur qu’intérieur, qui laissait à penser à la
pre10 OPÉRATION SYNAPSEN R4
mière impression, que leurs amis étaient entre bonnes
mains. Ce genre de clinique privée soignait le décor
apparent, de nature à mettre en confiance les familles qui
venaient placer leurs proches.
Ils avaient été pris en charge par une hôtesse à l’accueil,
et attendaient depuis près d’une heure dans la salle
d’attente. L’atmosphère n’était pas sereine au regard du
temps d’attente anormal. Ils allaient en savoir plus,
puisqu’un homme, tenue élégante, s’approcha de la salle
d’attente et les invita à les suivre.

— J’ai tenu à vous recevoir personnellement en tant que
directeur de cette clinique, car nous avons rencontré
quelques difficultés avec vos deux protégés. Voilà un mois,
quelqu’un s’est présenté comme étant de la famille de nos
deux pensionnaires. Nous n’avons pas bien sûr procédé à
des contrôles d’identité, ce n’est pas le genre de la maison.
Le fait est, qu’au bout d’une heure d’entretien, ce visiteur
est reparti discrètement en compagnie de nos deux
patients, que nous n’avons jamais revus depuis. Quand le
personnel s’est aperçu dans la même journée de leurs
disparitions, j’ai immédiatement prévenu le commissariat de
Limoges. Je n’ai reçu depuis aucune nouvelle de cette
disparition. Je pense que vous en saurez plus probablement
du côté de la police qui a dû ouvrir, je l’imagine, une
enquête.
— C’est ce que nous allons entreprendre bien entendu,
car cette disparition est pour le moins inquiétante.
Permettez-nous de vous faire remarquer qu’il est tout de même
surprenant qu’on puisse entrer et sortir de votre clinique
11 OPÉRATION SYNAPSEN R4
comme dans un moulin. Excusez du peu, c’est le bordel,
chez vous, et je pèse mes mots.

Michel et Marie furent raccompagnés par un membre
du personnel jusqu’à la grille d’entrée. Et s’adressant à
l’infirmière :
— Il est vraisemblable que nos deux amis ne sont pas
sortis de votre clinique dans d’aussi bonnes conditions que
les nôtres, et que des fautes graves ont été commises.
12


2.



Le SRPJ de Limoges était sur les dents dans cette affaire
depuis un mois. Les deux patients avaient été inscrits dans
le fichier des disparus, qui dispose d’une diffusion sur tout
le territoire national. Nathalie Soulat, capitaine au SRPJ,
avait pris la tête de cette enquête. Une fille bien sur toutes
les coutures, comme on a coutume de dire, un mètre
soixante-dix, aisance sportive, avec une tête bien faite et
bien posée sur ses épaules. Un joli brin de femme qui
attirait le regard des hommes, parce qu’elle dégageait un
charme certain, en raison de son physique mais aussi de
son caractère courtois et sympathique. Elle avait des états
de services à faire rougir les mecs du commissariat.
D’allure toujours souriante, elle connaissait bien son métier
et elle laissait derrière elle dix ans d’expérience. Autoritaire
certainement, mais aussi une personnalité qui devait cacher
une féminité évidente, qu’on avait cependant du mal à
cerner car elle était fille-mère, d’une jeune petite frimousse de
six ans prénommée Coline. Elle était appréciée de ses
collègues, toujours disponible et versée dans l’empathie, et
disposant d’une certaine écoute. Solidaire dans les coups
durs et les périodes de surcharge de travail, ses qualités
étaient appréciées dans cette grande maison qui collectait
au quotidien toutes les misères sociales et les plaintes des
habitants de cette ville.
13 OPÉRATION SYNAPSEN R4
Autant dire qu’elle ne parlait jamais de sa vie privée. Ses
conversations restaient toujours dans le domaine
professionnel, sans négliger ni apprécier pour autant ses
interlocuteurs, qui savaient être avec elle spirituels. Comme
elle était dotée d’un joli minois, elle en jouait,
essentiellement en étant dans la séduction pour obtenir ce qu’elle
voulait, pas par caprice mais par devoir. C’est avec elle que
Michel et Marie avaient rendez-vous. Le couple était à tout
le moins inquiet de cette disparition et espérait de cet
entretien des nouvelles rassurantes.

— J’ai entamé mon enquête en procédant à l’audition
du personnel de la clinique. J’ai pu y apprendre que vos
deux amis avaient reçu une visite soi-disant familiale. Le
registre d’entrée n’en a pas fait mention et j’ai des
soupçons sur le nombre de visiteurs. Ils devaient certainement
être deux, deux hommes, d’après les vagues souvenirs
d’une auxiliaire de soins, stagiaire. Il n’est pas du tout établi
qu’il s’agirait de membres de la famille. En tout cas, les
règles de sécurité n’ont absolument pas été respectées,
puisque les visiteurs auraient dû être accueillis par du
personnel qualifié, et raccompagnés par celui-ci, et le registre
des entrées-sorties complétées. Autant vous dire qu’aucun
portrait-robot n’est réalisable et que les visiteurs ne sont
pas identifiables. Je suis un peu navrée de vous livrer des
informations auxquelles j’ai conscience qu’elles ne sont pas
satisfaisantes et encore moins de nature à apaiser vos
inquiétudes légitimes.
— Pour notre part capitaine, nous ne leur connaissions
pas de relations familiales stables et ils avaient été
abandonnés depuis de nombreuses années.
14 OPÉRATION SYNAPSEN R4
— D’après le psychiatre de la clinique, vos deux amis
présentaient une schizophrénie, de type hallucinatoire
chronique. Ils avaient chacun à leur disposition par jour un
traitement de neuroleptiques à prendre régulièrement et je
crains qu’ils soient partis les poches vides. Il ne les
considérait pas comme dangereux pour autrui mais plutôt pour
eux-mêmes, surtout sans surveillance. Je vais poursuivre
mes recherches, mais je vous avoue que je dispose de très
peu d’indices à ce jour pour avancer dans mon enquête. Je
n’écarte pas de me faire assister un jour ou l’autre par un
expert comportemental. Dans les bons films policiers ou
les séries, on les appelle familièrement les profilers.

Le capitaine Soulat leur avait caché un certain désespoir,
elle ressentait pour la première fois une lassitude depuis un
mois d’enquête, un certain sentiment de piétiner
lamentablement, sans grains à moudre, sans rien à se mettre sous
la dent. Aucun témoignage, aucune empreinte digitale ou
autre, aucune possibilité de portrait-robot pour lancer un
avis de recherche.
Et cette question qui la taraudait en permanence :
pourquoi deux hommes, étrangers à la famille, étaient-ils venus
enlever deux malades mentaux, ne possédant aucune
richesse particulière ? S’agissait-il de criminels, de désaxés
sexuels venus pour pouvoir jouer avec eux à des jeux
pervers ? Quel intérêt pouvait-on avoir à séquestrer des
schizophrènes, qui de toute évidence allaient leur poser
plus de problèmes que de solutions ?
On ne l’avait pas encore interrogé mais il était
nécessaire de consulter le FNAEG, le fonds national automatisé
des empreintes génétiques, en choisissant, à partir de
rele15 OPÉRATION SYNAPSEN R4
vés d’empreintes génétiques le type d’observation que la
police scientifique appelle le trace-trace. Une proposition
de rapprochement entre deux scènes d’infraction
différentes peut donner des indications utiles aux enquêteurs
dans le cas d’affaires non résolues en suggérant qu’une
même personne, non encore identifiée, puisse être
impliquée. Les résultats en l’occurrence furent négatifs et dans
les fichiers on n’avait pas pu identifier un cas d’enlèvement
de malades mentaux ou qui auraient été tués par des
criminels ou abusés sexuellement. En matière criminelle, les
pistes n’étaient pas aussi multiples : ni l’argent, ni le sexe,
ni le crime crapuleux n’étaient le mobile de cet enlèvement.
Les victimes n’avaient pas de passé judiciaire justifiant une
vengeance particulière et ne possédaient aucun bien
susceptible d’attraire des délinquants. L’absence de liens
familiaux éliminait tout désir de passions ou de
ressentiments.
Le capitaine Soulat avait beau retourner dans sa tête
tous les scénarios possibles, elle en était arrivée à la
conclusion qu’aucun mobile intelligible ne pouvait justifier
l’enlèvement de ces deux malheureux. C’est à ce stade de
réflexion que l’idée lui était venue de faire appel à un
expert comportemental, pour l’aider dans ses recherches
infructueuses. C’était la mission d’un profiler.

Il descendit de la marche du train une valise à la main, le
journal L’Équipe dans l’autre main. Il se dirigeait droit
devant lui d’un pas assuré, une démarche quasi-militaire. Sa
stature était imposante, sa tenue vestimentaire un peu
moins. L’habillement ne devait pas être sa tasse de thé. Et
malgré tout il avait de l’allure ce type, un quelque chose qui
16 OPÉRATION SYNAPSEN R4
dégageait du charme, une assurance de soi qui inspirait une
forme de protection des autres. Cette prestance ne laissait
pas indifférente celle qui était venue le chercher et qui avait
fait appel à ses services. Pour la première fois de sa
carrière, elle allait cohabiter avec un profiler. Elle avait une idée
du rôle de ce métier mais à travers des films américains, ce
qui n’était sûrement pas l’image fidèle de la réalité. Le
capitaine Soulat était venu l’accueillir sur le quai de la gare pour
lui souhaiter la bienvenue.

Elle lui tendit la main et rencontra une main de fer, une
poignée qui lui rappelait celle de son père, calleuse comme
celle d’un bûcheron, qui venait d’achever une coupe de
bois.

— Je m’appelle Nathalie Soulat, je suis capitaine au
SRPJ de Limoges et je dirige l’enquête sur la disparition de
deux malades mentaux. C’est moi qui ai exprimé le désir
d’avoir recours à votre aide.
— Je vous appellerai donc Nathalie si vous le
permettez. Appelez-moi commissaire ou plus simplement, patron,
comme bon vous semblera. Mon nom est Éric Dampierre,
j’ai cinquante-cinq ans, divorcé et père de deux enfants, qui
volent désormais de leurs propres ailes.
— Si vous avez envie commissaire, pour vous remettre
de votre voyage, je vous invite à prendre un bon café sur
cette terrasse ombragée.
— J’ai pris connaissance Nathalie avec attention de
toute votre documentation et je vous épargnerai donc tout
un exposé ennuyeux. Ma hiérarchie a accepté que je vous
vienne en aide car cette affaire, très étrange au premier
17 OPÉRATION SYNAPSEN R4
coup d’œil, et en toute sincérité unique en son genre, m’a
laissé une première impression quelque peu inquiétante. Je
soupçonne fortement qu’elle nous réserve d’autres
épisodes ultérieurs, une longue enquête en perspective avec
une issue totalement incertaine. Nous avons déjà entrepris
des recherches historiques, et elle est unique dans les
annales de la police judiciaire. Il va nous falloir démonter les
pièces d’une horlogerie complexe, et on peut s’attendre
tout le long de cette enquête à des découvertes
inhabituelles. Je vous avoue en toute transparence n’avoir jamais
eu à traiter ce genre d’énigme, mais il faut un début à tout,
n’est-ce pas ? J’ai bien des premières intuitions sur la
personnalité exceptionnelle des auteurs, mais elles
demanderont à être vérifiées. En tout cas, nous ne serons
pas trop de deux pour mener nos recherches parallèles et
pour de temps en temps les confronter. Cette affaire a l’air
de se présenter comme une pelote de laine qu’on tire sans
vraiment savoir où est le bout.
— Vous pouvez compter commissaire, en tout cas, sur
tout mon dévouement et ma détermination.
— J’ai vu dans votre dossier vos états de service. Je
compte sur vous pour que vous confirmiez les résultats de
mon attente. Sachez vous mettre à la disposition de mes
exigences, si vous voulez qu’on forme un bon binôme. J’ai
dit exigence, pas des caprices.

Le ton et la forme qu’il avait employé ne laissaient guère
de place à un quelconque conflit de personnes.
Manifestement, ce commissaire expérimenté entendait bien fixer
les règles du jeu et faire savoir qu’il était le patron de cette
enquête. Nathalie Soulat ressentait quant à elle une certaine
18 OPÉRATION SYNAPSEN R4
attitude de façade sur le plan professionnel. C’était clair il
voulait être le chef, qui devait cacher cependant un homme
avec des valeurs, qu’elle désirait découvrir au fur et à
mesure du temps.
Elle connaissait également ses états de service,
inspecteur, commissaire, commissaire divisionnaire, et expert
comportemental. Sa réputation dans le monde de la police
judiciaire était impressionnante, et elle avait tout à gagner
de partager avec lui une séquence d’expérience, qui ne se
renouvellerait sans doute pas dans sa carrière. Profil bas
avec un profiler en quelque sorte, c’était sa carte à jouer.

— Il manque une vérification à votre dossier Nathalie,
vous n’avez pas diffusé à toutes les polices de France et de
Navarre, la photographie de nos deux disparus. Nous
savons vous et moi que cinq pour cent de ces diffusions
portent leurs fruits, c’est peu, mais quand on pas d’indices
il ne faut rien négliger.
— C’est vrai commissaire la routine et les effets
décevants de cette vérification m’ont fait oublier de la mettre
en œuvre ; ce sera corrigé aujourd’hui même. Vous serez
tenu informé du moindre frétillement de poisson. Il me
reste à vous accompagner à votre hôtel, qui est situé en
plein centre de Limoges. Si vous aimez la bière, je vous
suggère de vous détendre au café qui jouxte votre hôtel, les
bières y sont excellentes et le patron du café saura vous
conseiller sur sa carte des choix qui est très éclectique.
— Merci du conseil Nathalie mais je suis plutôt dans
l’addiction des bains bien chauds, et ensuite d’une partie
d’échecs sur ma tablette numérique. J’adore battre
l’ordinateur. Je vous donne rendez-vous au commissariat
19 OPÉRATION SYNAPSEN R4
demain matin à neuf heures. J’ai besoin d’établir un bilan
avec vous et d’échafauder des pistes de réflexions.

Un vieux commissariat que celui de Limoges, aux
couloirs sombres, avec ses bureaux qui sentaient le tabac froid
et des restes de bière. À l’évidence, les budgets promis
n’avaient pas été alloués. Beaucoup travaillaient avec des
lumières indirectes, car les plafonniers étaient blafards,
comme ceux qu’on trouve sur les quais de gare.
Le mobilier métallique, tant pour les bureaux que pour
les armoires, ressemblaient à ceux qu’on trouve dans
toutes les administrations démunies de moyens. Les agents
étaient toujours dotés de ces vieux téléphones en plastique
gris, avec leur sonnette très stridente. Non ce n’était pas un
scénario des enquêtes du commissaire Maigret qu’on y
tournait, mais bien la dure réalité de ces commissariats
désaffectés, par faute de moyens financiers. Ce n’était pas
non plus le mythique trente-six Quai des Orfèvres, mais un
commissariat avec le commissaire Dampierre, détaché par
sa hiérarchie pour coacher le capitaine Soulat, qui semblait
un peu désemparé pour ne pas dire dépassé.
Il circulait beaucoup de monde dans ces lieux peu
attractifs, des délinquants menottés qui allaient subir des
interrogatoires, des policiers qui passaient de bureau en
bureau en claquant les portes, et des téléphones qui
n’arrêtaient pas de sonner.
— Trouvez-nous Nathalie un bureau plus tranquille
pour pouvoir converser avec un peu plus de sérénité.
— La diffusion des photographies de nos deux protégés
n’a rien donné à ce jour. À croire qu’ils n’avaient pas de
parents, ni d’amis.
20 OPÉRATION SYNAPSEN R4
— Il faudrait auditionner Michel et Marie qui peuvent
nous en dire plus sur les habitudes de ces malheureux.

Nos deux protagonistes étaient soudainement
interrompus par un policier en uniforme qui frappait à la porte.
Il était venu leur apporter une information de première
main.

— Excusez le dérangement capitaine, mais nos hommes
viennent de constater à dix kilomètres à la sortie sud de
Limoges, dans une carrière, la présence de deux cadavres
dans un amas de gravats. Ils étaient en patrouille normale
et en surveillance du coin, la routine quoi !
— Prévenez le proc ou son substitut, nous nous
rendons immédiatement sur place et vous nous accompagnez
pour nous préciser les lieux.

Nos deux enquêteurs prirent la première voiture de
service disponible qui leur tombait sous la main. Les
limitations de vitesse allaient être dépassées, gyrophare à
l’appui. Vingt minutes après, ils arrivèrent sur les lieux où
se trouvait déjà un autre véhicule de police. Le site était à la
fois désertique et un peu oppressant. On entendait
simplement la ronde des corbeaux, qui croassaient à n’en plus
finir. Juste à côté une pelleteuse à l’arrêt, et son conducteur
qui était interrogé. L’endroit était caché derrière un
immense amas de terre, couleur ocre. Il constituait une
séparation importante sur sa longueur entre le site et la
route. Au final, de passage sur la route, on ne pouvait
deviner ce qui pouvait se passer derrière cette ligne
séparative.
21 OPÉRATION SYNAPSEN R4
Les enquêteurs furent conduits à proximité d’un
ensemble de matériaux de couleur blanche, qui aurait pu
ressembler à un sarcophage, bien caché parmi d’autres
amas de terre.
Le commissaire Dampierre se pencha pour ramasser un
morceau de cette matière.

— c’est de la chaux vive qui a durci. Elle a été
vraisemblablement transportée d’un autre endroit jusqu’à cette
carrière. Elle n’a pas pu matériellement être malaxée sur
place.

Le policier de service se munit d’une barre à mine,
extraite de son coffre de voiture. Avant leur arrivée, le
chauffeur de la pelleteuse avait fendu sans le vouloir, le
bloc en deux, sur toute sa longueur. Le policier écarta le
tout avec son outil.
La vision macabre de deux squelettes décharnés leur
sauta aux yeux, et qui plus est, sans tête. On se serait cru au
musée du Caire, dans ce site magique où on peut trouver
des sarcophages, avec des momies pharaoniques. Sauf que
les corps dans leur champ de vision, n’étaient en l’état
recouverts par aucune bandelette.

— Les légistes, voire les anthropologistes, vont
s’amuser sur ce monument historique, ironisa le
commissaire.
— Si vous regardez bien, il existe un détail à exploiter,
renchérit le capitaine Soulat, à savoir la différence de taille
des deux corps. Autant l’un est grand, autant l’autre est
plus petit, c’est peut-être un début de piste.
22 OPÉRATION SYNAPSEN R4
— Les squelettes ne sont pas complètement calcinés
loin de là. Ils sont plutôt brûlés par la chaux. Ce qui me
laisse à penser, rétorqua Dampierre, qu’on a voulu s’en
débarrasser. Pour qu’ils soient tout simplement
méconnaissables ou non identifiables. On a dû réaliser un
mélange, car la chaux vive à elle seule aurait été
certainement intransportable, du moins pour un seul homme.
— Je vous demande après avoir sorti les corps de leurs
moules de mesurer leurs tailles, réclama le capitaine Soulat,
s’adressant à l’équipe de recherche qui venait d’être
dépêchée.
— Vous capitaine, vous avez une idée derrière la tête.
J’attends le fruit de votre réflexion pour m’en reparler. En
tout cas, il va nous falloir attendre quelques jours pour
connaître les conclusions des légistes. Je vois d’ici leurs
tronches, étant donné le pain sur la planche qu’on leur
laisse.

Deux corps venaient d’être retrouvés un mois après la
disparition des deux patients de la clinique psychiatrique.
Ce pouvait très bien être deux personnes de sexe opposé,
ou un crime crapuleux sans rapport avec cette disparition,
voire le crime d’un membre d’une secte, des coupeurs de
têtes. Pourquoi faire disparaître par ailleurs des corps à les
rendre méconnaissables, entreprendre cette opération
complexe, de tuer, couler des corps dans un moule, selon
une technique restant à découvrir ? Et transporter cette
sorte de sarcophage, n’était-ce pas un peu risqué de se faire
prendre ?
On pouvait très bien commettre un tel crime en
effaçant tout indice sans se compliquer autant la vie. Une autre
23 OPÉRATION SYNAPSEN R4
hypothèse était envisageable, l’absence de crime mais un
besoin impératif de faire disparaître des corps morts,
naturellement ou accidentellement.

— Quelles sont vos premières réactions, à chaud,
commissaire ?
— Que de manutention, me semble-t-il, pour masquer
un double crime. Mon intuition me porte à supposer que le
poids très important de ce paquetage ne pouvait être
supporté par un seul homme et qu’il fallait être au moins deux.
— Je n’y avais pas songé patron, vous avez marqué un
point dans l’avancée de cette enquête. Le poids
effectivement doit tourner autour des deux cents kilos, voire plus.
— Je ne sais pas, mais en tout cas Nathalie, je serais
sensible à ce que vous m’appeliez patron, signe que notre
binôme avance et dans le bon sens. Et puis patron, malgré
tout c’est plus un terme de proximité. Le deuxième constat
porte sur l’aspect des corps qui sont brûlés mais
superficiellement, de quoi favoriser le diagnostic du légiste et
peut-être en cas de besoin de l’anthropologiste. Enfin, le
site du crime est une carrière, fréquemment visitée par les
camions des entreprises, ce qui signifie que le cadeau qu’on
nous a laissé, est récent. Il suffira de le vérifier auprès des
entreprises concernées. La mort ne devrait pas remonter à
très longtemps.
— À supposer qu’on ait utilisé en grande quantité des
sacs de chaux, il n’est pas impossible de ratisser dans toute
l’agglomération et les communes avoisinantes. Des achats
de telle nature et probablement par des particuliers ne sont
pas courants. Je vais mettre des gars sur la piste. Je ne
dé24 OPÉRATION SYNAPSEN R4
sespère pas de retrouver l’aiguille dans cette botte de foin.
Qu’en pensez-vous patron ?
— Je pense que nous allons mettre à profit le temps qui
va nous être imparti, en raison des travaux du légiste, des
analyses des laboratoires. Pour approfondir d’autres
investigations, qui vont fatalement nous venir en tête durant ces
prochains jours. Dès que chacun de nous deux découvre
une autre piste, il en parle à l’autre pour savoir s’il faut
mettre les bouchées doubles.
— Je vous précise patron que je me suis mise en congés
trois jours pour m’occuper de ma fille. Elle est souffrante,
rien de grave, mais elle a particulièrement besoin en ce
moment de la présence de sa mère. Et depuis six mois, je
n’ai pas relevé le pied de la pédale. Vous m’appelez sur
mon portable quand vous voulez.

— Prenez bien soin de vous Nathalie et de Coline
pendant ce temps de répit, pour reprendre des forces.

Nathalie avait apprécié cette séquence de
rapprochement avec son patron, dans une épreuve qu’elle pressentait
difficile. Cette affaire n’était pas anodine, c’était le moins
qu’on puisse dire, et certains mystères semblaient déjà
perceptibles. Elle se sentait bien avec ce type qu’elle
connaissait depuis peu mais qui lui inspirait une certaine
protection, voire une sorte de sécurité. Il est vrai qu’il
aurait pu être son père. Elle avait d’ailleurs toujours manqué
d’un père. Il avait abandonné sa mère, elle avait six ans,
pour s’enfuir comme un voleur, et retrouver au Brésil une
jeune femme qui lui avait tourné la tête. Elle était fille-mère
et tous les pères avaient longtemps été dans son esprit des
25 OPÉRATION SYNAPSEN R4
salauds. Cette fausse idée s’était estompée avec l’âge mais
ce changement n’était pas si lointain. Elle le devait à
quelques séances avec un bon psy.

Même en congés, avant de s’endormir elle songeait à
cette enquête, revoyait ces squelettes carbonisés. Elle se
mit à penser soudain qu’ils avaient peut-être été brûlés
vivants comme des torches, comme ces bonzes. Quelle
horreur, quelle souffrance ! Il était nécessaire que dès
demain matin, elle oubliât tout cela pour se consacrer à
Coline, qu’elle avait un peu négligée ces derniers temps.
Foutu boulot qui vous prend la tête, votre vie privée, pour
être à l’écoute et au service des autres, au détriment des
siens.
Il était tôt puisqu’il faisait encore noir et Coline s’était
blottie insidieusement dans le lit de sa mère pour lui faire
un câlin avec son petit ours brun et son mouchoir, qu’elle
n’avait jamais quitté depuis sa naissance. Elle roulait son
mouchoir comme un cornet de jambon qu’elle reniflait. En
réalité selon son expression « elle niflait », son odeur
imprégnée dans son mouchoir. Quand elle était en situation
de fort besoin maternel, ou un peu fâchée, elle plaçait son
mouchoir au fond de son lit et le roulait avec son pied, et
elle inhalait ensuite l’odeur de son pied en niflant son
mouchoir.
— Tu as les mains gelées mon cœur, et ton front est
tout chaud, demain on va faire venir le médecin et maman
restera avec toi. On s’amusera à des jeux, puissance cinq, et
un Monopoly, et je te ferai des gaufres comme tu les
aimes. On sera bien tous les deux.
— Et ton boulot ?
26 OPÉRATION SYNAPSEN R4
— Je serai avec toi durant trois jours, le temps que tu
guérisses. Essaye de reposer tes petits yeux pour être en
forme demain matin.
Coline avait réussi à s’effondrer dans un nouveau
sommeil, la fièvre aidant.
Nathalie ne parvenait pas à sombrer, le genre de
situation qu’on rencontre en période de surmenage. Ou parce
que certaines autres nuits avaient été passées au
commissariat, de nature ainsi à décaler son cycle de sommeil.
Durant ses jours d’absence, qui avaient tendance à se
multiplier, Coline était confiée à une amie de pallier, qui se
trouvait être sans emploi. Une amie qui était presque une
tante pour Coline car il s’agissait d’une femme qu’elle avait
connue depuis sa naissance. Ces trois jours de repos
avaient été réparateurs pour toutes les deux. Elles n’avaient
quasiment pas quitté l’appartement et Nathalie avait pu se
rendre entièrement disponible pour Coline.

— Tu sais Coline, j’ai lavé ton mouchoir car à force de
le tripoter avec tes doigts de pied, ce n’est pas propre,
tiens, sens sa bonne odeur.
— Ah ! Il pue s’écriait Coline, comme si on avait sorti
son mouchoir d’une poubelle. Il ne sentait plus son odeur.
Le portable de Nathalie venait de sonner sur l’air des
quatre saisons de Vivaldi.
— Bonjour capitaine, j’aurais préféré vous épargner ce
coup de fil et attendre demain votre retour, mais les
informations que j’ai reçues du légiste vont certainement
vous intéresser puisque c’est vous qui aviez posé la
question. L’un des cadavres mesurait un mètre soixante-deux et
l’autre un mètre quatre-vingt-trois. Voilà, je pense que cela
27 OPÉRATION SYNAPSEN R4
doit vous parler certainement. Bonne soirée de votre
patron.

Le lendemain le capitaine Soulat avait convoqué Marie
et Michel à quatorze heures.

— Je vous remercie de vous être dérangés mais j’avais
une question toute simple à vous poser : quelle était la
taille approximative de vos deux amis qui résidaient à la
clinique psychiatrique ?

Ils confrontaient leurs avis et Michel parla au nom des
deux.

— L’un avait une petite taille, anormale pour un
homme et l’autre était très grand.
— Si je vous dis un mètre soixante-deux et l’autre un
mètre quatre-vingt-trois ?
— Oui c’est de ce niveau-là, une grande différence de
taille de toute façon. J’ajoute que le plus grand nous avait
montré un jour son orteil droit qui présentait une
proéminence importante.
— Merci de votre témoignage, nous serons rapidement
en mesure de vous apporter des informations précises sur
notre enquête.

Le détail sur l’orteil droit fut confirmé par le légiste.

— Je crois patron que je devrais prendre plus souvent
des congés, car ceux-ci me sont profitables. La taille des
cadavres est en tout point similaire à nos deux patients
28 OPÉRATION SYNAPSEN R4
disparus de la clinique, et le légiste m’a confirmé une
anomalie physique dans le pied droit semblable chez le cadavre
le plus grand avec le patient le plus grand. En d’autres
termes, les deux schizophrènes disparus sont ni plus ni
moins les cadavres carbonisés que nous avons retrouvés
dans cette carrière.
— Votre démonstration est sans appel, et éclaircit un
peu mieux nos lanternes. Ainsi ces deux hommes, car ils
étaient deux, sont venus chercher ces deux malades pour
les supprimer ensuite.
— Un règlement de comptes ?
— Pourquoi pas, mais pour quels motifs ?
— L’argent, de la drogue avec de l’argent non
récupéré ?
— Vous voyez ces malades dans le trafic de stups ?
— Non pas trop.
— Une dette non réglée ?
— On peut obtenir une ordonnance pour une enquête
bancaire. Il faut au moins le vérifier.
— Pour le reste de nos pérégrinations, il va falloir
attendre les résultats de l’institut médico-légal. Les corps
doivent parler sinon nous sommes dans l’impasse.

La bonne étoile n’était pas encore arrivée, vous savez ce
facteur chance que représente le hasard. Souvent en
matière de recherche policière, on se retrouve comme le
chercheur scientifique en panne, et eurêka, un phénomène
du hasard intervient et souvent à un moment où on ne s’y
attend plus. Le capitaine Soulat avait tenu à vérifier dans
les registres de la clinique la date d’entrée de nos deux
malades. Elle remontait à presque un an, c’est dire que les
29 OPÉRATION SYNAPSEN R4
pistes de règlement de comptes et de trafic de drogue
n’étaient pas le mobile de l’enlèvement et de la
carbonisation de leurs corps. Il devait exister entre les quatre
hommes un lien de nature différente, suffisamment grave
en tout cas pour attenter à leur vie dans des conditions
effroyables. Il existait par ailleurs un espace-temps
d’environ un mois entre leur disparition et leur découverte
dans une carrière. Que s’était-il passé entre eux pendant ce
mois pour justifier qu’ils soient tués. Et qu’on ait eu le
désir ensuite d’effacer par la carbonisation, des traces, et puis
quelles traces ?
Le lendemain, Nathalie s’était vue confirmer, qu’aucun
mouvement bancaire suspect n’avait été relevé sur les
comptes des patients décédés.
30


3.



Quinze jours s’étaient écoulés depuis la découverte
macabre dans cette carrière. Le commissaire Dampierre
commençait à se ronger les ongles en raison de cette
situation d’immobilisme qu’il vivait mal. Les évènements
n’allaient pas tarder à rebondir. Le lieutenant du
commissariat frappa à la porte du bureau dans lequel moisissait le
commissaire.
— Patron, vous allez me maudire ainsi que notre
région, et ne pas en croire vos oreilles. Figurez-vous qu’une
famille Rom installée d’une manière sédentaire, à la
périphérie de Limoges, est venue nous déclarer et nous
signaler la disparition de deux jeunes garçons mineurs
depuis quarante-huit heures.
— De qui s’agit-il ?
— Irwin et Juan.
— Une famille connue de vos services ?
— Oui, il s’agit des Bucatar. Tout le commissariat a eu
affaire à eux un jour ou l’autre. Des actes de délinquance,
mineurs, sauf deux d’entre eux qui touchaient un peu aux
stups.
— Il faut s’adapter à leurs petites habitudes, répliqua
Dampierre. Il vaut mieux aller les interroger dans leur
campement, une manière de leur montrer qu’on ne les
31 OPÉRATION SYNAPSEN R4
craint pas, et ils seront plus ouverts à la discussion. Je vous
propose sans plus tarder que nous y allions de suite.
Le campement se trouvait effectivement à une dizaine
de kilomètres du centre de Limoges, loin des lieux
d’habitation. Le véhicule de service n’avait pas franchi
l’entrée du site que toute la nuée de gosses s’écartaient et
allaient se cacher dans l’orée du bois, comme s’ils avaient
été pris la main dans le pot de confiture. Des poubelles à
l’entrée vomissaient les détritus, et quelques rats s’en
occupaient copieusement. Trois à quatre familles vivaient ici
dans des conditions d’insalubrité quelque peu indignes, dès
lors où la société leur avait permis de s’y installer d’une
manière sédentaire. Le linge pendait sur des fils de fortune.
Une famille, qui devait être probablement celle des jeunes
en fuite, nous fit signe de nous installer autour d’une table
à l’extérieur de la caravane.

— Je suis le commissaire Dampierre et voici le
lieutenant Vandelle. Nous ne sommes pas venus vous voir pour
vous chercher des poux dans la tête, mais pour que vous
nous aidiez à retrouver Irwin et Juan. C’est tout ce que
nous cherchons. Il faut que vous sachiez qu’il s’agit de la
deuxième disparition dans la région en peu de temps et que
nous prenons très au sérieux la situation. Nous ne sommes
pas venus pour les arrêter et il est nécessaire que vous nous
donniez le maximum d’informations.
— Ce sont des jeunes, commissaire, sans travail, ils ne
sont pas méchants. Tous les jours ils vont à droite, à
gauche pour des petits boulots mais en général, ils sont
rentrés au bercail tous les soirs.
32 OPÉRATION SYNAPSEN R4
— Oui mais enfin, des petits boulots qui ne sont pas
toujours clairs, voire en marge de la loi.
— C’est terminé, ils ont payé leurs dettes et ils se
tiennent tranquilles, la prison c’est terminé.
— Non, vous ne me dites pas tout, on sait qu’ils dealent
encore, ne dites pas le contraire. Mais si je vous parle de
drogue, ce n’est pas pour les arrêter, mais parce que la
drogue est peut-être liée à leur disparition. Vous
comprenez, si vous ne m’aidez pas, je ne vais pas pouvoir
les retrouver.
— Des petits sachets de temps en temps, ce ne sont pas
des gros bonnets de la drogue, rien de bien méchant.
— Aviez-vous remarqué la présence récemment de
deux types qui tentaient de les approcher ?
— Non, jamais.
— Peut-être des gros bonnets, et est-ce que vos enfants
vous parlaient de grosses sommes d’argent qu’ils devaient
remettre, ou avaient-ils dernièrement effectué de gros
achats, de grosses dépenses ?
— Non, nous l’aurions su, vous savez dans nos familles
on se dit tout et on partage tout.
— Leur arrivait-il de quitter la région, et même plus la
France ?
— Une fois, une seule fois, ils étaient repartis pour faire
des affaires dans notre village en Roumanie, que nous
avons quitté voilà deux ans.
— Comment s’appelait ce village ?
— Arad, une ville de l’arrondissement d’Arad, où nous
avions commencé à construire une petite maison, mais les
Roumains nous ont chassés, ils ne veulent pas de Roms
Roumains. Ils disent de nous, que nous ne savons pas nous
33 OPÉRATION SYNAPSEN R4
intégrer, mais ce sont eux qui refusent de nous intégrer.
Depuis des siècles, nous sommes des martyrs et nous
sommes chassés à travers le monde.
— Étaient-ils armés pour se défendre ?
— Non, ce n’est pas dans notre culture.
— S’ils étaient partis, vous auraient-ils prévenu ?
— D’une manière volontaire, certainement, nous
n’avons rien à cacher entre nous, même s’ils n’étaient pas
des enfants de chœur.
— Avaient-ils emporté sur eux quelque chose que nous
pourrions retrouver ?
— Nous n’en savons rien, cela leur arrivait de partir à
l’aube, sans nous revoir.
— Si nous avons des nouvelles fraîches, vous serez les
premiers à en être informés, et de votre côté signalez-nous
tout élément nouveau ou que vous auriez oublié de nous
déclarer.
— Je suppose qu’ils n’avaient pas de portables ?
— Non, commissaire.

C’est ce qui s’appelle un peu revenir bredouille. Aucun
hameçon n’avait permis de sortir le poisson, l’espace d’un
instant. Le commissaire Dampierre avait hâte de revoir son
capitaine préféré.
Car cette affaire devenait complexe, sans autres indices,
et il est bien connu qu’il foisonne plus d’idées dans deux
têtes que dans une. Comme quoi, on peut être très
expérimenté et ne pas posséder la science infuse.
Les parents d’Irwin et Juan semblaient sincères dans
leurs déclarations. Ils n’avaient pas d’intérêt à masquer la
vérité pour retrouver leurs enfants. Ils étaient visiblement
34 OPÉRATION SYNAPSEN R4
inquiets. Surtout d’apprendre l’existence d’une deuxième
disparition.

— Je suppose capitaine, que vos équipes vous ont
informé du nouveau drame que je viens de découvrir à
proximité d’un campement de Roms.
— Oui patron, j’ignore si vous avez eu la même
intuition en rapprochant ces deux drames.
— Certainement le même mode opératoire, quoique
nous ignorons totalement l’identification des ravisseurs.
Mais, une disparition à nouveau de deux hommes au
même instant, je crains fort qu’il s’agisse de crimes en série.
J’ai bien pensé un moment à une filière de prostitution
homosexuelle venant des pays de l’Est, les ravisseurs étant
des proxénètes.
— Mais pourquoi se seraient-ils débarrassés aussi vite
de leur matière première, si je puis dire ?
— Sauf à imaginer que les enlèvements ont mal tourné
et qu’il leur fallait rapidement se séparer de leurs victimes
qui pouvaient révéler l’existence de ce trafic humain. C’est
un scénario possible, surtout si les victimes n’étaient ni
consentantes ni homosexuelles.
— J’ai imaginé également la filière de trafiquants de
stups, les ravisseurs étant les gros bonnets, et les victimes
des dealers qui n’auraient pas restitué l’argent collecté. Ce
n’est pas impensable pour des Roms, fichés chez nous
pour la drogue.
— Cela signifierait patron qu’ils auraient alors changé
de braquet dans les doses à faire circuler, et que nous
aurions affaire à de gros trafiquants qui ne font pas dans la
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