Orgueil et désir

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Un jeune chroniqueur télé, qui porte avec arrogance un regard ironique sur la vie parisienne, a un coup de foudre pour une femme croisée dans la rue. Il la suit jusqu’à ce qu’elle le remarque. Après quoi, il la fuit. Attirée à son tour par lui, c’est elle qui décide de le suivre. La rencontre se concrétise alors mais aucun ne fait un pas décisif vers l’autre, car chacun préfère rester sur son quant-à-soi.
Avec une acuité particulière, Myriam Thibault décrit l’incapacité, si commune aujourd’hui, à exprimer ses sentiments, l’orgueil étant plus fort que le désir.
Myriam Thibault a 17 ans. Elle est l’auteur d’un recueil de nouvelles, Paris je t’aime (Éditions Léo Scheer, 2010). Orgueil et Désir est son premier roman.
Publié le : mercredi 6 mai 2015
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EAN13 : 9782756108087
Nombre de pages : 111
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couverture

Myriam Thibault

Orgueil et Désir

 

roman

 

Un jeune chroniqueur télé, qui porte avec arrogance un regard ironique sur la vie parisienne, a un coup de foudre pour une femme croisée dans la rue. Il la suit jusqu’à ce qu’elle le remarque. Après quoi, il la fuit. Attirée à son tour par lui, c’est elle qui décide de le suivre. La rencontre se concrétise alors mais aucun ne fait un pas décisif vers l’autre, car chacun préfère rester sur son quant-à-soi.

 

Avec une acuité particulière, Myriam Thibault décrit l’incapacité, si commune aujourd’hui, à exprimer ses sentiments, l’orgueil étant plus fort que le désir.

 

Myriam Thibault a 17 ans. Elle est l’auteur d’un recueil de nouvelles, Paris je t’aime (Éditions Léo Scheer, 2010). Orgueil et Désir est son premier roman.

 

Photos : Myriam Thibault par Thierry Rateau (DR).

 

EAN numérique : 978-2-7561-0808-7

 

EAN livre papier : 9782756103310

 

www.leoscheer.com

 
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DU MÊME AUTEUR

Paris, je t’aime, Éditions Léo Scheer, 2010

 

© Éditions Léo Scheer, 2011

www.leoscheer.com

 

MYRIAM THIBAULT

 

 

ORGUEIL ET DÉSIR

 

 

roman

 

 

Éditions Léo Scheer

 

Air vif

 

J’ai regardé devant moi

Dans la foule je t’ai vue

Parmi les blés je t’ai vue

Sous un arbre je t’ai vue

 

Au bout de tous mes voyages

Au fond de tous mes tourments

Au tournant de tous les rires

Sortant de l’eau et du feu

 

L’été d’hiver je t’ai vue

Dans ma maison je t’ai vue

Entre mes bras je t’ai vue

Dans mes rêves je t’ai vue

 

Je ne te quitterai plus.

 

Paul Éluard

 

Je ne veux pas qu’on m’aime mais je veux quand même.

 

Serge Gainsbourg

 

Clarté

I

Assis à la terrasse d’un café, je suis un homme quelconque. Ou pour le moins, j’ai l’air d’un homme quelconque. Habillé d’un costume noir qui m’a coûté plus de mille cinq cents balles, d’une chemise créée par un célèbre couturier britannique, et marchant dans des derbys marron assorties à ma chemise, je ne suis pas un homme si quelconque que ça finalement. Dans une campagne profonde de la Corrèze ou du Cantal, on pourrait me prendre pour un acteur. Or je ne suis qu’un petit chroniqueur télé, et à mes heures perdues un petit chroniqueur de presse qui, soyons honnêtes, est bien payé pour déblatérer trois ou quatre blagues qui ne font rire que mes amis snobs sur la TNT, à une heure du matin, en plein milieu de la semaine, ou pour écrire une vingtaine de lignes sur le lieu ou la musique branché du moment. Ceci dit, tant mieux pour moi. Les autres, ceux qui m’insultent et me traitent de bon à rien – à l’évidence tous des jaloux – n’avaient qu’à devenir snobs eux aussi. Pour en revenir à la campagne, j’y aurais l’air vraiment ridicule. Alors qu’ici, rue de Rivoli, mon allure passe inaperçue. Et on ne me connaît pas encore vraiment, donc je passe d’autant plus inaperçu. Cependant, je suis conscient de mon magnétisme sur la gente féminine. Je sais que je plais, j’en profite, et la vie est belle.

Devant moi, sur la table, mon café est déjà froid, et les quelques grains de sucre tombés à côté n’attendent qu’une chose, s’envoler. Comme nous tous, Parisiens collés au sol de la capitale. Un Montblanc est posé sur mon Zap Book bleu. Oui, j’écris une grande partie de mes chroniques avec. D’ailleurs, je suis actuellement plongé dans l’une d’elles. Mon boulot ? Être insolent et cynique. En clair, être parisien. Mais dès que je lève la tête pour m’aérer l’esprit, je rêve pendant quelques minutes, surtout si une beauté croise le chemin de mon regard. Attendez, ce que je viens d’écrire est magnifique. Je le note. Et je vais le répéter pour le plaisir. Le mien, surtout. « Une beauté croise le chemin de mon regard. » Comme maintenant. Mes yeux ne veulent plus se détacher de son corps. Elle est mince et a des courbes magnifiques. Elle a cette classe qu’ont certaines filles à Paris. Cette démarche assurée que l’on reconnaîtrait entre mille. La tête haute, une robe noire, des talons de dix centimètres, et l’indispensable, que dis-je, l’éternel sac. Je suis en extase. Elle s’est arrêtée au passage piéton. Curieusement, elle n’essaye pas de forcer le passage en s’imposant sur la route, comme tous ces Parisiens qui perdraient leur vie pour gagner quelques minutes. Je ne me lasse pas de la regarder, tout en essayant de ne rien laisser transparaître sur mon visage. Je ferme la bouche, et me force à replonger la tête dans mes feuilles. Mais un détail m’intrigue. On dirait qu’elle a mal à l’épaule à cause de son sac. Je reconnais m’être toujours posé cette question existentielle que tous les hommes normalement constitués se posent : pourquoi ont-elles toutes des sacs si grands et si lourds ? Et ensuite : qu’ont-elles à l’intérieur ? Elles ne nous autorisent pas à les approcher. Elles sont toujours là lorsque vous vous en approchez d’un peu trop près. Comme si un détecteur de présence masculine y était intégré. J’ai pourtant vu passer plus d’une femme dans mon lit, mais non, jamais je n’ai réussi à voir. Jamais je n’ai osé fouiller. Sûrement par respect pour elles. Ces pauvres femmes que, chaque fois, je jette à la porte quelques heures après. Fidèle à mon perpétuel célibat.

 

Enfin, le bonhomme rouge laisse place au bonhomme vert, mais la jeune femme, cette belle inconnue, ne traverse pas. Elle fait demi-tour et se dirige lentement vers le café où je suis. Plus elle avance, plus j’ai l’impression que le temps ralentit. Distraitement, elle s’assoit et laisse une chaise vide entre nous. Elle y pose son sac, grand ouvert, et attend patiemment qu’un serveur vienne la voir. Ou que je l’aborde. Car je commence à bien les connaître, ces créatures. Elles ne te regardent pas, mais te voient quand même, espérant secrètement que tu leur parles.

Elle sort de son sac le dernier Twilight. Non, je plaisante ! Elle sort L’Étranger d’Albert Camus. D’où je suis, je vois qu’elle l’ouvre au chapitre III. Ses yeux parcourent quelques lignes. On sent la passion que celles-ci suscitent en elle. Elle fait totalement abstraction de ce qui l’entoure pendant qu’elle lit. Elle n’est plus sur cette terrasse avec nous, les adeptes du café du matin. Elle est en Algérie avec Meursault, qui découvre pourquoi son patron est mécontent ; avec Marie et le cinéma. Meursault et son insensibilité, son : « J’ai pensé que c’était toujours un dimanche de tiré, que maman était maintenant enterrée, que j’allais reprendre mon travail, et que, somme toute, il n’y avait rien de changé. » Moi, j’aimerais être Meursault lorsque ma mère mourra. D’ailleurs, j’aimerais être Meursault pour un tas de raisons. Mais je ne suis pas Meursault. Je suis moi. Et mon inconnue est en Algérie tout en étant à mes côtés, alors j’en profite. Ou plutôt mes yeux en profitent. Ils regardent à l’intérieur de son sac, ainsi qu’un peu plus bas, ses cuisses que sa robe fendue laisse entrevoir. Je ne contrôle plus mes yeux qui font des allers-retours entre les deux. J’ai l’impression que le temps est sur pause.

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