Pain, éducation, liberté

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2014. À Athènes, la survie quotidienne est de plus en plus difficile pour les citoyens appauvris et pour les immigrés harcelés. C'est alors qu'un tueur en série jette son dévolu sur des personnalités d'envergure issues de la génération de Polytechnique qui, après s'être rebellées contre la junte militaire, ont eu une carrière fulgurante. Le criminel reprend le célèbre slogan des insurgés de l'époque pour formuler sa revendication : " Pain, éducation, liberté". Qui se cache derrière ces meurtres ? Un membre de l'extrême droite ou un ancien gauchiste mû par le désir de vengeance ? Le commissaire Charitos, privé de son salaire depuis trois mois, tente avec sa ténacité habituelle de comprendre les mobiles du coupable.


Pain, éducation, liberté est le troisième volet de la trilogie de la crise grecque, après Liquidations à la grecque (prix Le Point du Polar européen 2013) et Le Justicier d'Athènes.



Petros Markaris, né en 1937, romancier, auteur dramatique, traducteur, et scénariste de Theo Angelopoulos, est la voix de son pays. Il appartient à la famille des auteurs de romans policiers en colère comme Mankell et Montalbán. Ses enquêtes du commissaire Charitos connaissent le succès dans nombre de pays. Il vit à Athènes.



Traduit du grec par Michel Volkovitch


Publié le : mardi 25 mars 2014
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021125450
Nombre de pages : 256
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P A I N , É D U C A T I O N , L I B E R T É
d u m ê m e a u t e u r
Aux mêmes éditions
Le Che s’est suicidé 2006 et coll. « Points Policiers », n° P1599
Actionnaire principal 2009 et coll. « Points Policiers », n° P2455 sous le titre « Publicité meurtrière »
L’Empoisonneuse d’Istanbul 2010
Liquidations à la grecque 2012 Prix « Le Point » du polar européen 2013 et coll. « Points Policiers », n° P3123
Le Justicier d’Athènes 2013
aux éditions JC Lattès
Journal de la nuit 1988
Une défense béton 2001
P e t r o s M a r k a r i s
P A I N , É D U C A T I O N , L I B E R T É r o m a n
t r a d u i t d u g r e c p a r m i c h e l v o l k o v i t c h
É D I T I O N S D U S E U I L e 25, bd RomainRolland, paris XIV
C E L I V R E E S T É D I T É P A R A N N E F R E Y E R - M A U T H N E R
Titre original :Psomi, Paidia, Eleftheria © original 2012, Petros Markaris & EKΔOΣEIΣΓABPIHΛIΔHΣ Éditions Gabrièlidès, Athènes pour la langue grecque © original : 2012, Diogenes Verlag AG, Zürich sauf pour le grec
 original : 978-960-336-867-0
 978-2-02-112544-3
© Mars 2014, Éditions du Seuil, pour la traduction française.
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Ils se sont partagé mes vêtements Et ils ont tiré au sort ma tunique Jean, 19,24
À la mémoire de Theo Angelopoulos.
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Elle le tient dans sa main gauche et sa paume glisse dessus avec douceur, comme pour lisser un papier froissé. En le touchant, la main tremble. – Vous allez me croire ? murmure-t-elle. Il m’a manqué. Ce qu’elle tient, c’est un billet de mille drachmes, pareil à celui que nous connaissions jadis, avec le Discobole dessus. – Maman, dit Katérina, avec ça, demain, tu ne pourras même pas te payer un café. er Demain, ce sera le 1 janvier 2014. Nous sommes au dernier jour de 2013 et je m’apprête à découper le gâteau en compagnie de ma femme Adriani, de ma fille Katérina, de mon gendre Phanis et de ses parents, Sevasti et Prodromos. – Réfléchis, répond Adriani, c’est tellement plus grati-fiant d’avoir mille drachmes pour payer son café, au lieu de trois euros ! – Sauf que l’euro vaut cinq cents drachmes… – Ne lui casse pas le moral, souffle Phanis. – Dès demain il sera cassé. – Eh bien, attendons demain, répond sèchement Phanis. – Ma petite Katérina, intervient Sevasti, nous avons vécu tout cela nous autres, nous sommes blindés. Tu sais combien de milliers de drachmes ma mère payait le kilo de riz après la Guerre civile ? Prodromos, tu te souviens
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combien coûtait le kilo de riz avant la dévaluation de Markezinis ? – Bientôt tu vas me demander combien de canons avait le cuirasséAveroff, répond son mari. La discussion s’arrête là, car Adriani va chercher le gâteau et les fruits secs, et Katérina s’empresse d’aller l’aider, comme toujours. Quant à moi, j’hésite et laisse parler, en attendant de voir de quel côté penche la balance. Je comprends l’angoisse de Katérina devant ce passage de l’euro à la drachme. Je comprends aussi le sang-froid d’Adriani et de Sevasti. Nous avons traversé des périodes noires avec la drachme et tenu bon, disent-elles. D’accord, mais cette fois, c’est comme si l’on quittait une maison pour un petit studio. Pas facile. Adriani et Katérina reviennent, tels des serveurs de res-taurant chic, chacune portant la moitié des victuailles. Au même instant on sonne et Lambros Zissis fait son entrée. Nous avons décidé ensemble de l’inviter, pour ne pas le laisser seul un 31 décembre avec ses idées noires : demain, sa misérable retraite se sera un peu plus évaporée. Ce qui ne l’a pas empêché de nous apporter aujourd’hui une coupe à fruits en cadeau. C’est l’occasion d’échanger les nôtres. – Les derniers cadeaux achetés en euros, commente Adriani. – Raison de plus pour t’offrir quelque chose d’utile, dit Katérina à sa mère en lui tendant son paquet. Adriani en sort un gros portefeuille. – Tu auras plein de compartiments pour bien ranger tes petites drachmes chéries, dit Katérina en riant. – Nous revenons aux gros portefeuilles vides, conclut sa mère. Je prends la parole. – Zissis, tu ne dis rien ?
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