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Papa Sartre

De
264 pages

Bagdad, tournant du millénaire. Un écrivain besogneux est chargé par deux individus assez louches d'écrire la biographie d'un certain Abdel-Rahman Shawkat. La tâche s'annonce d'autant plus ardue que ce dernier, porte-parole autoproclamé de l'existentialisme sartrien dans l'Irak des années 1960, n'a laissé aucun écrit, préférant exercer dans les cafés et les cabarets. À mesure que le biographe progresse dans son enquête et retrace le parcours tortueux de cet épigone irakien de Sartre, nombre de questions se font jour quant aux motivations profondes de ses commanditaires et aux circonstances de la mort du pseudo-philosophe.


Ali Bader dresse un tableau truculent de la société bagdadienne entre les années 1950-1960 et la fin du siècle, une fresque dans laquelle se croisent aristocrates, marginaux, marchands, danseuses de cabaret, militants trotskistes, travailleurs journaliers, ministres et intellectuels de troisième zone... Papa Sartre est à la fois une biographie fictive délirante, un roman d'enquête aux accents postmodernes et une satire des milieux intellectuels irakiens et arabes. Un récit énergique, à la fois drôle et déroutant, qui met les pieds dans le plat en abordant les délicates questions de l'identité, du savoir et du pouvoir.



Traduit de l'arabe (irak) par May A. Mahmoud



Ali Bader est né à Bagdad et vit aujourd'hui à Bruxelles. Grand chroniqueur de la petite histoire irakienne, il a publié onze romans depuis le début des années 2000, parvenant à s'imposer comme l'une des voix les plus originales de sa génération. Papa Sartre, qui a été couronné par plusieurs prix littéraires dans le monde arabe, est la première de ses œuvres à être traduite en français.


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PAPA SARTRE
ALI BADER
PAPA SARTRE r o m a n
TRADUIT DE L’ARABE (IRAK) PAR MAY A. MAHMOUD
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
Titre original :Papa Sartre Éditeur original : Riad elRayyes Books, Beyrouth, 2001. © original : Ali Bader pour l’arabe /American University in Cairo Press pour les autres langues isbnoriginal : 9953 21 029 2
isbn9782021158793
© Février 2014, Éditions du Seuil, pour la traduction française.
Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisationcollective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédéque ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue unecontrefaçon sanctionnée par les articles L. 3352 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
www.seuil.com
Enquête de terrain
Ce diable de Hanna Youssef, sinistre énergumène aux allures de fossoyeur, et son amie, une dévergondée qu’il affublait du nom saugrenu, aux accents bibliques, de « Nounou Bahar », surent habilement me convaincre… J’acceptai d’écrire la biographie d’un philosophe irakien qui habita le quartier de Sadriya, à Bagdad, dans les années 1960. Ces deux imposteurs éhontés ne manquaient ni de goût pour la philosophie, ni de fougue et d’enthousiasme, ni de génie. Néanmoins, quelque chose leur faisait cruellement défaut : l’honnêteté. J’irais même jusqu’à dire que leur vie se fondait sur une absolue turpitude. J’avais fait leur connaissance l’hiver précédent, avant d’aller les voir chez eux, vers le cimetière de l’église Oum alMa‘ouna et le parc Sa‘doun, dans le petit logement qu’ils louaient à un marchand irakien à moitié fou, assez querelleur et tota lement cynique. Je découvris par la suite que ce dernier, qui avait pour nom Sadeq Zadeh, finançait l’enquête sur la vie du philosophe. Le couple me fut présenté par un vieil ami du Centre des manuscrits de Bagdad et, d’emblée, la voix rocailleuse de Hanna, son parler rude, son visage d’outretombe me firent
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PA PAS A R T R E
forte impression. C’était une belle journée ensoleillée, mais refroidie par les premiers souffles de l’hiver. Hanna, avec son air hautement inspiré, la main posée sur l’épaule de son amie qui ne cessait de mâchonner son chewinggum, me lança cette invitation : « Ma maison se trouve dans le parc Sa‘doun, près de l’épi cerie de l’Assyrien. Venez me voir dimanche matin, je vous attendrai. » Le jour dit, je contournai le bâtiment de la Poste et pénétrai dans le quartier chrétien, situé en bordure du parc Sa‘doun. De grands arbres s’alignaient devant les maisons basses.De la chaussée remontait l’odeur de l’asphalte trempé par la pluie. L’épicerie se trouvait là, au bout de la rue. Il s’agissait en fait d’une petite échoppe avec une devanture à carreaux blancs et deux portes de bois revêtues chacune d’un grand panneau central en cuivre qui reflétait sourdement la lumière. Des plateaux, également en cuivre, et des corbeilles de fruits bien lavés étaient disposés sur un étal en marbre ; derrière la vitrine, rangées avec soin, des bouteilles d’arak local, de whisky et de bon vin. Accroché au mur audessus du comptoir, le portrait d’un homme en costume, bardé de décorations. « Où se trouve la maison du père Hanna Youssef ? demandaije. – Le père Hanna Youssef ?!! Qui vous a dit que c’était un curé ? » L’Assyrien éclata de rire. Sa moustache blanche qui res semblait à une moustache de lait, ses yeux bleus enfoncés dans leurs orbites et son visage anguleux accentuaient son petit air moqueur. Comme il ne répondait pas à ma question, son épouse, assise à ses côtés, pointa son index fluet en direction d’un panneau vert sur la place et me renseigna : « Là, tout
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