Pardon aux oiseaux (Le)

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Le Pardon aux oiseaux. La Tristesse du roi finie, j'ai eu le sentiment d'avoir bouclé la boucle de trois romans et un récit. Ni le bonheur ni la tristesse ne risquaient de disparaître du paysage. Mais une sorte d'impératif s'imposait : partir à l'aventure.Je me suis retrouvé à l'autre bout du monde. Aux antipodes qui font qu'on se demande toujours un peu comment les hommes s'y prennent pour ne pas tomber tête en avant dans le ciel. Avec des personnages, deux frères qui partent à la recherche du troisième (allez savoir pourquoi) et croisent du beau linge comme des forbans et chevauchent à mi-chemin des puissances du Bien et du Mal. Avec des lieux où on peut vivre et mourir, Vallouise Woolloomooloo, des mines d'or et des récifs de perles et les terres rouges du grand vide intérieur où les aborigènes vivent dans «le temps du rêve».B. C.
Publié le : dimanche 25 août 2013
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EAN13 : 9782021067002
Nombre de pages : 240
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LE PARDON AUX OISEAUX
BERNARD CHAMBAZ
LE PARDON AUX OISEAUX
roman
ÉDITIONS DU SEUIL e 27, rue Jacob, Paris VI
ISBN: 978-2-02-106701-9
© Éditions du Seuil, septembre 1998
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pour Anne et pour Marc Deydier
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Alors le père s’est essuyé le front avec la manche de sa chemise et a dit Maintenant il s’agit de penser à votre frère. Sur le moment, personne ne répondit. Même si chacun prêta attention à la phrase, au dernier mot surtout, qu’on n’avait pas entendu depuis un bon bout de temps et qui surprit tout le monde. Le père n’ajouta rien, la tête encombrée d’images et d’un pro-verbe en patois qu’il préférait garder pour lui. Pas besoin d’en dire davantage, pas besoin non plus de laisser les mots gagner en vous du terrain. Il y avait assez à faire avec ce terrain-là, ombrageux, pentu, trois arpents ingrats et rapiécés qu’on n’allait pas abandon-ner pour autant. Il prit la gourde attachée à sa cein-ture, une coloquinte remplie de vin teinté. Le visage renversé vers le ciel, il en but une gorgée puis tendit la gourde au Boiteux. Il s’essuya de nouveau le front et, sans un regard pour quiconque, reprit sa faux à deux mains. Mathieu but à son tour, puis Maxime. Plutôt que rendre la gourde au père, il la reposa au pied des ramasses. Ils échangèrent deux phrases, à qui descen-9
L E PA R D O N AU X O IS E AU X drait les ramasses et qui remonterait au-dessus de la barre rocheuse et qu’à la vitesse où ça allait on en aurait bientôt fini. Mathieu attrapa une hotte, l’attacha sur son dos et escalada la partie la plus escarpée du versant. Il se demandait ce qui avait bien pu traverser l’esprit de son père, quelle mouche l’avait piqué. Avec la chaleur lourde de cinq heures l’après-midi et l’orage jamais très loin, on n’était pas à l’abri d’un coup de bâton. Surtout le père, qui ne s’était pas entièrement remis de l’accident de la mère, brûlée par la foudre l’autre été, sur une pièce de foin voisine, morte, après deux nuits, sans avoir repris connaissance. Sauf, on n’avait jamais su exactement, un mot qu’elle aurait prononcé, «là-bas», pas beaucoup plus qu’un souffle selon un cousin qui était près du lit à cet instant. Le père n’en avait pas dit davantage. Chacun en avait été réduit à imaginer ce qu’elle avait vu, ou cru voir, c’est pareil, avant de sombrer définitivement, la foudre peut-être, le neuvième ciel, les lointains en tout cas. Bien qu’il n’en laissât rien paraître, le père en avait conservé son lot de ténèbres. Maxime empila les trousses. Il se moqua du Boi-teux, pas méchant mais vachard. Il le provoqua sur les filles et une vieille histoire de mariage dans une vallée reculée. L’autre rumina, faucha de plus belle, resta silencieux. Maxime retourna côté mélèzes, un replat à l’aplomb d’un chaos rocheux mais pas facile à cause des pierres. Il râla contre cette satanée caillasse qui dévalait jusque-là depuis la préhistoire et pas plus tard que ce printemps avec la fonte des neiges. Au point qu’il lui avait fallu une journée entière pour nettoyer. 10
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