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Parenthèse créole

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Ile de la Réunion. Suite à son divorce, Emma, jolie enseignante quadragénaire vient ici se ressourcer avec son amie Léa, pendant les fêtes de fin d’année. Elle fait la rencontre de Martin, un voisin taciturne et énigmatique.
Ce dernier est sur l’île pour rechercher son frère Thomas, disparu mystérieusement quelques jours plus tôt.
De quiproquos en rebondissements, Emma et Martin s’apprivoisent, se confrontent à leurs limites au milieu des paysages somptueux de l’île Bourbon.
Parviendront-ils à retrouver Thomas ? Emma retrouvera-t-elle un sens à sa vie ?
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Clotilde ALBERT BERGE

Parenthèse créole

 


 

© Clotilde ALBERT BERGE, 2017

ISBN numérique : 979-10-262-1061-0

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Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

Je sors du néant avec un affreux mal au crâne.

Dans l'obscurité relative d'une pièce inconnue.

Envie terrible de vomir au bord des lèvres.

Des odeurs de poissons, d'essence s'entremêlent à la saleté ambiante.

Où suis-je ? Pourquoi ?

J'ai de vagues réminiscences de ma randonnée, et puis... le black-out.

La Réunion, Maëva, les Cases Soleil, Samuel et le club de plongée...

Tout se mélange !

Puanteur de fientes de poules...

Le sol est humide et granuleux. Dur.

Des liens serrés m'entaillent douloureusement les poignets, les chevilles.

L'odeur de l'éther suinte à travers le tissu enfoncé dans ma bouche...

Au milieu du caquètement des volailles,

je perçois une voix étouffée, peut-être deux...

Je souffre, la peur jusqu'au plus profond du cœur...

Putain, mais qu'est-ce qu'il m'arrive !

 

Emma
Vendredi soir

 

Gris plomb, le ciel lourd annonce la venue proche de la neige. De faibles rayons de soleil se déposent discrètement par endroit, exaltant de fantastiques paysages, tandis qu'un vent d'hiver glacé secoue les branches nues des platanes de la cour de récréation.

Le dernier jour avant les vacances de Noël touche à sa fin à l'école Claude Nougaro.

 

Dans ma classe de maternelle, mes petits élèves emballent leur création de Noël dans un délicat papier de fleuriste parsemé d'étoiles. Lors de ces moments de bricolage, chacun papote avec candeur et bonne humeur, et fait parfois, des confidences plutôt cocasses...

 

Cet après-midi, Manon me raconte en catimini : « Eh maîcresse, tu sais, à la maison, maman a déjà fait le tapin ! »

Très surprise, je m'étonne alors « Euh, quoi, le tapin ? Et elle l'a fait quand ?

— Elle est allée au parc, et après elle a fait le tapin ! »

Eh oui, Manon a des soucis de prononciation, et en disant tapin, elle voulait dire sapin !!!

Une hilarité incontrôlable s'empare de moi, et Véro, mon Atsem, s'esclaffe à son tour...

Pépites de bonheur ! Et j'en ai grand besoin !

 

Interminable, cette journée de classe... mais, ça y est : la cloche a sonné !

Les petits partent, le sourire aux lèvres, en lançant des « Au-revoir, maîcresse Emma ! », « Joyeux Noël ! »...

Enfin, un délicieux silence s'installe pour deux semaines dans mon école du Sud-Ouest de la France.

Je suis heureuse, exténuée... mais heureuse.

 

Ce début d'année scolaire a été éprouvant à bien des égards, car l'été dernier, j'ai pris la lourde décision de quitter Victor !

Mari volage, mais apprécié de tous, manipulateur à ses heures... Difficile de faire comprendre aux autres ses multiples facettes... Mais, après ma décision entérinée, les difficultés se sont succédées.

 

Tensions douloureuses avec mes deux enfants.

Avec Marie, d'abord, mon adorable fille de dix-huit ans. Jolie brunette, vive et enjouée. Pour sa première année d'études supérieures, elle s'est envolée du foyer familial pour la faculté de médecine de Limoges, avec pour objectif final de participer à des missions humanitaires en tant que soignante. Cet éloignement, bien que dans l’ordre des choses, me bouffe…

 

Marie est restée totalement hermétique à mes arguments de séparation. Elle a toujours admiré son père... avec raison. Elle éprouve encore beaucoup de peine et de rancœur. Ce qui est normal à son âge.

 

Avec son frère Paul, l'aîné, les désaccords ont été moins explosifs, mais tout aussi éprouvants. Paul vit plus près de moi, il est étudiant en architecture à Toulouse, et a de nombreux projets pharaoniques, tel Jean Nouvel, son idole dans le domaine…

 

La maison résonne, l’absence de mes gosses m’offre désormais un univers dépouillé…

 

Bref, aucun des deux ne voulait entendre que ce divorce était inéluctable, et depuis longtemps prévisible... J'avais le cœur en morceaux, enfermée volontaire depuis si longtemps dans une routine pesante... Besoin de goûter à la vie, encore et encore !

Besoin de me retrouver, savoir qui je suis, où je vais. Et surtout, ne plus entendre de mensonges...

 

Les réflexions journalières des enfants pleuvaient :

« Ok, papa t'a trompée avec sa collègue, mais ce n'est pas la fin du monde ! » ou bien « ça ne veut rien dire ! », « c'est ouf de vous séparer à votre âge ! » ou encore « Papa t'aime. Qu'est-ce qu'il va devenir sans toi ? »...

Charmants les gosses ! Victor est plein de ressources, je ne m'inquiète guère pour lui... Et puis, il n'avait qu'à réfléchir, avant d'avoir des relations avec d'autres, dont la dernière en date n'est autre que cette gourde de Nadège. Trêve d'hypocrisie !

Ma décision était sans appel.

 

J’ai commencé par faire un tri… Un tri sélectif, un tri libératoire. Tout ce qui avait une lueur d’importance dans mes souvenirs… et puis, le reste…Ce que l’on garde, pour plus tard, pour les petits-enfants éventuels… Ce que l’on pense important, mais qui finalement, sera bien plus utile pour des personnes dans le besoin !

J’ai apporté énormément de meubles et autres à la communauté Emmaüs près de chez moi.

 

Alors, ce fut un marathon épuisant pour dénicher un logement juste avant la rentrée de septembre.

Après beaucoup de recherches laborieuses sous la canicule écrasante du mois d'août, j'ai fini par dégoter un minuscule appartement rustique, agréable, avec du parquet et des poutres apparentes. Il se situe dans un quartier d'anciens logements de vieilles briques rouges, non loin de mon école. Avec ses deux chambrettes, je pourrais recevoir Marie et Paul, s'ils le veulent...

Tout s'est alors précipité. Un emménagement fin août, et puis, le soir après la classe, j'ai couru les magasins de déco... Et les week-ends, brocante et vide-greniers.

Une priorité en tête : me construire un nid douillet rien qu'à moi !

 

Au final, mon nouvel univers respire la nature... J'ai laissé la part belle aux matières brutes et naturelles pour les meubles. Les tissus se déclinent dans les tons ficelle et vert anis : inspiration végétale ! Une bonne partie de mon budget a été engloutie dans l'achat de plantes vertes, grimpantes, géantes, piquantes, odorantes... avant, je n'osais pas le faire : Victor détestait ça !

Dès le pas de la porte, mon antre s'ouvre sur un invraisemblable imbroglio chlorophylle ! Les murs de la cuisine ouverte réchauffent l'ensemble par des touches de couleurs gaies. Un bar en briques rouges délimite l'espace salon, rafraîchi dans des coloris ocres et acidulés.

Et de joyeuses guirlandes lumineuses éclairent l'ambiance chaleureusement, avec une note tamisée.

 

Cet intérieur « zen » m'apaise. Occupée par tous ces travaux de peinture et autre, mon esprit s'est peu à peu libéré des pensées négatives qui m'assiégeaient. Impression de nouvelle vie...

 

L'automne est passé ainsi, entre les pluies froides et les feuilles mortes cramoisies. Entre les coups de cafard noir et les bouffées d'optimisme bleutées. Entre les discussions plus ou moins houleuses avec les enfants et les rendez-vous pénibles avec Victor et les avocats pour le divorce. Entre les sorties « arrosées » avec Léa, ma meilleure amie, pour me remonter le moral, et ma classe bien sûr, avec beaucoup d'élèves en difficultés, surtout de comportement...

 

Certains soirs, je dilue mon mal-être à la salle de sport, en suivant notamment des cours de cycling : pédaler comme une dingue pour oublier, pour asphyxier mes trouilles sous les pédales...

 

Les autres soirs, je rentre chez moi sur les rotules, et sombre rapidement dans un sommeil agité, sur mon confortable canapé, enroulée dans un plaid bien chaud...

La tête vide, mais l'esprit hanté par des angoisses d'avenir...

Pas de projets, et beaucoup de craintes...

En plus, l'hiver arrivant, mon énergie se met en veille : passage en mode hibernation. Frileuse, je n'apprécie pas ces mois de frimas où il faut se calfeutrer chez soi, et se couvrir de la tête aux pieds pour mettre le nez dehors.

Mon kif suprême : marcher pieds nus dans l'herbe les soirs d'été... et boire un mojito frais en terrasse !

 

Quelques temps après mon divorce prononcé, je me servais un petit verre tranquillement quand Léa a débarqué chez moi, en soirée, toute excitée, une bouteille de rosé frais à la main !

 

Ne pouvant faire autrement que de m'effacer pour laisser passer cet ouragan dansant, je la questionne, ahurie : « Que fête-t-on ? »

Sans répondre, Léa s'incruste sans gêne dans le salon, dépose à la volée sac et manteau, attrape deux verres ballons dans mon buffet les remplissant aussitôt de ce délicieux nectar ! Elle s'affale sur le canapé après m'avoir donné mon verre, et affiche un sourire mystérieux, qui ne me dit rien qui vaille.

Légèrement inquiète, je m'assois en face d'elle, sur mon pouf en feuilles de bananier, et la presse de questions hasardeuses, plus pour l'agacer d'ailleurs.

 

« T'as rencontré quelqu'un ?

Elle me fait signe que non de la tête !

« Tu es enceinte ? Tu te maries la semaine prochaine et tu m'as choisi comme témoin ?

— Pfff...

— Tu vas m'avouer que finalement tu es lesbienne, enfin, ça m'étonnerait avec toutes les conquêtes masculines que je te connais... ?

— Non, non... rien de tout ça ! rétorque-t-elle dans un grand rire cristallin, cherche encore !

— Bon sang, tu me rends dingue avec tes devinettes : tu as décidé de ne plus être blonde ? Personnellement, j'approuve, je préfère les discussions intéressantes...

— T'es bête, allez, concentre-toi ! J'en ai assez de te voir te morfondre dans ton appart. Qu'est-ce qui te ferait plaisir ? »

 

Pas besoin de réfléchir le quart d'une seconde : « D'une pause, d'une escapade... Envie de fuir en quelque sorte !

— Bingo ! Alors, moi, Léa, ta meilleure amie, je vais effacer ta mélancolie... et plus, si affinités ! » Elle se trémousse, ravie, alors que je brûle de savoir ce qu'elle a encore inventé !

« Qu'est-ce que tu mijotes à nouveau ? J'en ai marre de tes dîners arrangés pour me trouver un mec...

— Tu donnes ta main au chameau, alors ?

— Ouiiiiii ! Je donne ma langue au chat ! »

 

D'une voix roucoulante et mielleuse, elle susurre en minaudant :

« Quinze jours de break sur l'île de la Réunion, pendant les vacances de Noël, ma cocotte, ça te dit ?...

— Arrêtes de m'énerver, je n'ai pas les moyens pour ce genre de rêve !

— Moi oui, tralalère ! Et avec qui en profiter le mieux ! Avec toi, ma chérie ! Tu verras, le soleil, la mer, les paysages, l'ambiance, les beaux cafres... ça va te faire un effet détonant ! Ça va décoiffer ces vacances, ma belle ! »

 

J'en ai le souffle coupé, et après quelques secondes de flottement, la joie explose en moi et je la serre dans mes bras : « Je n'en reviens pas, t'es vraiment une amie formidable... On va s'amuser comme des folles, vivre chaque seconde intensément, nous imprégner...

— Oui, oui, ma grande, on fera tout ce que tu voudras... mais d'abord, on trinque, et ensuite, on va manger une grande pizza chez Giovanni ! Je meurs de faim !

— Tu es toujours affamée, c'est pas possible ! Mais tu me promets qu'après, on consultera les dépliants que je vois dans ton sac, et que... »

Léa me coupe à nouveau :

« Oui, mais pas toute la nuit Emma, même si c'est samedi demain, je bosse aux urgences à partir de sept heures du mat...

— Oh zut ! Allez, tchin tchin ! A nos aventures réunionnaises !

— Tu entends quoi par-là ? Parce que moi, côté aventures, si tu vois ce que je veux dire, je ne compte pas m'en priver !

— Je te connais bien ma Léa, je sais que je vais me retrouver toute seule souvent la nuit... non, je te parlais d'aventures au sens découverte, renouer avec mes sens...

— Et alors, moi aussi, je fais des découvertes souvent savoureuses d'ailleurs, et mes sens sont tous dénoués ! Tu devrais t'y mettre, ça déstresse, maîtresse !

— Oh, ce n'est absolument pas ma préoccupation pour l'instant. Il faut que je digère Victor, et crois-moi, ce n'est pas un petit morceau à avaler celui-là ! Il me reste en travers de la gorge !

— Oui, c'est ça, chante ma grande... on en reparlera ! »

 

Après un bon gueuleton chez Giovanni, nous avons regardé les documents publicitaires et avons opté pour déposer nos valises à Saint-Leu, dans une propriété luxuriante, possédant plusieurs cases indépendantes dans un cadre paradisiaque avec piscine privée : le total luxe !

Ensuite, notre programme d'activités se fera au coup par coup, selon l'inspiration : la Réunion étant un condensé d'endroits magiques à découvrir entre la mer, la montagne, le volcan... Deux semaines ne suffiront sans doute pas à faire le tour de ces mille richesses !

Un peu pompette, mais trop fière d'avoir trouvé le déclencheur dont j'avais besoin, Léa est repartie chez elle de bonne heure.

 

Blottie sous ma douillette couette, ivre de rêves... le chemin pour retrouver les bras musclés de Morphée a été très long à trouver... le pauvre !!!

 

Et puis, voilà, ce soir, aussitôt l'école fermée, je me dépêche de boucler ma valise et surtout de glaner quelques heures de repos... Demain matin, décollage à cinq heures du matin de l'aéroport Toulouse Blagnac : destination l'île de la Réunion !

Et cette idée me plaît terriblement !

 

Martin
Vendredi soir

 

Ce soir, le sommeil m'échappe. Cela fait plusieurs jours maintenant. Il fait si lourd ici, mon corps n'est pas habitué. Dans le Jura, les nuits apportent toujours un brin d'air plutôt frisquet. Sur cette île, j'ai beau laisser les fenêtres et la porte grandes ouvertes, pas un souffle, aucun répit...

 

Je tourne et me retourne en tenue d'Adam sur mon matelas, rien à faire... Quelques minutes de respiration profonde, puis, je compte les moutons, les vaches... En vain. Je me lève finalement de mon lit, à bout d'astuces pour m'assoupir. Partir vadrouiller, me calmer, penser à autre chose.

 

Voilà, les pieds nus dans le sable encore tiède, je marche le long du lagon. Les embruns salés m'apaisent, le clapotis des vaguelettes régulent mon humeur. Les grains de sable fin massent mes plantes de pied, c'est doux... L'eau est claire, rafraîchissante... Je regarde l'horizon sombre, comme mon cœur...

 

Cet après-midi, ma quête m'a mené dans bien des endroits tellement adorables. Moi qui d'habitude appréhende les voyages, je dois bien avouer que là, malgré la situation oppressante, je suis ébloui. La beauté de cette île, même au milieu du tourment, me subjugue.

 

Ma moto m'a entraîné jusqu'à Saint-Joseph, vers le sud sauvage. Et puis, j'ai grimpé le long de la rivière Langevin, où les bassins se suivent pour le plus grand bonheur des marmots. Tout le long de la route, la nature est particulièrement exubérante, je n'ai jamais vu ça. Et me voilà ébahi devant une vertigineuse cascade. En continuant le long de cette route, de typiques maisons réunionnaises, des cases en tôle pour la plupart, charmantes et toutes fleuries ont coloré mes pensées. La route était raide, étroite, ne laissant que peu d'occasion de croiser d'autres véhicules... Je me suis payé quelques montées d'adrénaline, les bas-côtés étant très abrupts. Mais, le bout de cette balade périlleuse mérite le détour... car, ce chemin mène à Grand Galet, un petit village étonnant... On se croirait au bout du monde !