Pathos Bar

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Il faut dire que Sylvain Endauban le patron du PATHOS BAR a une façon bien à lui de se mettre dans des situations pour le moins insolites. Lui, mais aussi certains de ses amis... et amies. Quant à Juliane, toute rêveuse qu'elle est, elle saura utiliser les uns et les autres à sa manière, usant de méthodes pour le moins pragmatiques afin de parvenir à ses fins.
Publié le : lundi 11 avril 2016
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EAN13 : 9791026204954
Nombre de pages : non-communiqué
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Jacques Vigneau

Pathos Bar

 


 

© Jacques Vigneau, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0495-4

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Le clac du loquet de la porte du petit studio situé sous les combles d'un immeuble récemment rénové qu’elle partage avec Colleen une jeune anglaise au pair depuis le début de l'année scolaire, se répercute un instant du haut en bas de la cage d’escalier. Réverbération prégnante qui vient supplanter en diagonale, un instant, les premiers vagissements de l'activité commerçante qui montent de la rue en ce matin de juin.

Juliane vérifie qu'elle possède bien tous les objets nécessaires à l'accomplissement de sa journée d’étudiante. Les traits de son visage maintenant appliqués, l’œil critique elle s'examine, le buste droit, la tête penchée, se remémorant mentalement les faits et gestes accomplis durant le laps de temps précédant sa sortie. Cette inspection achevée, commence pour la jeune fille un jeu récurent ayant pour finalité de dépenser le trop plein d’énergie de ses bientôt dix-huit ans, qui consiste à détourner chaque moment de la journée pour le transformer en une farandole de joyeuses péripéties, dans lesquelles elle se métamorphose ̶ en imagination bien entendu ̶ et vit ses fantasmes, parée des qualités d’une héroïne de BD. Quelque chose entre la Jeannette pointu de Marc Wastelain et l’Ornella Grazzi de Desberg et Reculé.

Juliane jette un regard machinal au velux qui éclaire le palier, et enregistre en arrière-plan un temps gris, pour ce matin en tout cas, puis entreprend de descendre les marches en maintenant sa robe aux couleurs printanières relevée sur ses jambes, pouces et index formant pinces. Charmant tableau, évoquant par la grâce la silhouette d'une danseuse du Crazy Horse, et dont le vieux célibataire ‒ à l'attitude concupiscente et aux propos égrillards ‒ du palier en dessous aurait pu être le témoin, s’il n’avait lui-même finit d’emprunter ce même escalier la semaine précédente sur une civière, pour un séjour qu’il est sans doute le seul de l’immeuble à espérer court à l’hôpital St Louis. Mais seule l’araignée occupée à refaire pour la énième fois sa toile que les courants d’air ̶ épisodiquement secondés par le plumeau ravageur de madame Roger la dame de l'entretien, lorsque ses ''rhumatis'' ne la chicanent pas ̶ lui détricotent régulièrement, assiste indifférente au délicieux et rafraîchissant spectacle.

« Comme elle se la joue, mais alors grave ! » dirait Maxime, son ami. Mais attention, juste petit, petit ami, parce que à son âge on se doit vis-à-vis des copines d’en avoir un. Mais pas de chaîne bien sûr que non ! D'abord tous les deux se connaissent depuis la sixième...et alors oui bon ils s'embrassent ‒ parfois il essaie de glisser la langue mais c'est à chaque fois son initiative, Juliane quant à elle ne l'encourage pas ‒ et se tiennent par la main évidemment. Bien sûr il a les caresses des garçons parfois comme ça, les seins notamment...en fait, comme ils sont la plupart du temps ensemble, sans être toutefois toujours ''collés'', elle ne pense pas à lui si souvent que ça. C'est sans doute un signe non ? Parce qu'à contrario sa copine Morgane elle, prononce celui de son copain du moment à chaque phrase ou presque, « d’abord Audric dit que...moi je ne mettrais jamais ça, ça ne plairait pas à Audric etc.… », comme une incantation à on ne sait quelle déesse protectrice. Comme s’il lui fallait absolument sa présence à ses côtés, comme si elle allait être totalement paumée sans lui, dévastée ! Tout juste si elle ne va pas à l'église faire brûler un cierge chaque matin, façon de conjurer...quel maléfice au fait ? celui de ne pouvoir supporter un instant d'être seule, de ne pouvoir concevoir l'existence sans un Audric scotché à ses baskets ? Surtout que hein ! elle tombe raide dingue plusieurs fois par année scolaire déjà alors...C'est curieux comme elle se complaît à répéter cette expression, « raide dingue ! » ce qui permet à Laura ‒ dernière du ''triumvirat d'intellos'' qu'elles ont constitué dès leur premier jour de troisième ‒ de lui lancer de ces coups d'épingles dont elle a le secret : « et pourtant t'es brune de chez brune, plume de corbeau ! mais alors en même temps tu nous sors de ces expressions qui seraient en super situation dans des histoires de blondes ». De plus elle trouve que ça fait vieux, ça oui sûrement, « très sixties et compagnie »

A l’âge ou une grande majorité d’enfants préfère le rêve et le jeu plutôt que de s’adonner à des exercices physiques qui plus est très exigeants, Juliane exprime le désir d’apprendre la dance classique. Elle se soumet avec une persévérance touchante aux austères contraintes de cette discipline, répétant inlassablement dans sa chambre les gestes et positions appris lors du cours précédent. A quelques temps de là, ayant dans l’environnement scolaire découvert les plaisirs aquatiques, elle propose elle-même au maître-nageur de lui apprendre les nages que l’on pratique en bassin. Elle est en sixième lorsque son professeur de gymnastique, enthousiasmé par ses performances, lui parle de la natation synchronisée : « puisque tu excelles aussi dans la dance, pourquoi ne pas réunir tes deux disciplines préférées ? » Elle n’a pas encore onze ans.

Donc, Juliane danse et nage depuis l’enfance. Désormais d’un très bon niveau en natation synchronisée, elle a des rêves de spectacles, de podiums. De toute façon cela occupe pour le moment l’essentiel de sa vie, ne laissant que peu de place pour ce que ses amies et elle-même nomment, avec une fausse désinvolture d’ailleurs, ''un simple besoin d’Abc'' (pour affinités, bisous…et câlins.) Non mais, aliéner sa vie à un mec jusqu'à perdre le souvenir même de ses rêves ! Sans parler de ses aspirations profondes, de ce besoin de dépassement qui la pousse à s’entraîner alors que ses amis courent les soirées. Bien sûr elle ne manque pas d’occasion de se détendre, d'assister à un spectacle seule ou accompagnée, mais pardessus tout elle tient à son indépendance, projeter, décider elle-même d’aller et venir librement en tout lieu et pour toute chose. Être libre de ses choix cependant c’est compter sans son père et, mais dans une moindre mesure, sa mère Coralie. Pour Lambert Tarmuseau, qui régente en maître absolu sa famille comme son entreprise, la natation et la danse sont des amusements de filles, des « jeux de plage » comme il aime à dire d’un ton dédaigneux. Pas question que sa fille s’engage dans d’autres directions que celles qu’il a prévues pour elle. Il est prêt à soutenir financièrement toutes études qu'elle pourra entreprendre après le baccalauréat ‒ Juliane est en pleine révision, c'est pour très bientôt ‒ étoffant un cursus qu'il souhaite flamboyant. Toutefois ses choix devront correspondre à ce qu'il souhaite bien sûr. Diplômée d’une grande école, dans le technique, voire scientifique à la rigueur.

Coralie Tarmuseau ‒ d’après les souvenirs de Juliane évidemment subjectifs ‒ s'est trop souvent trouvée en butte aux diktats de son mari et malgré tout l'amour qu'elle porte à sa fille, son rôle de maman a été constamment mis sous le boisseau au profit de l'emprise qu'avait Lambert sur la vie des deux femmes. Soumission aveugle que Juliane a quelques difficultés à pardonner à sa génitrice.

Son oncle Christophe, le frère de Lambert, a sans doute été toutes ces années le frère qu’elle n’a pas eu. Taquin, drôle, il a été le complice de ses joies et peines d’enfant. Puis il s’est mis à la regarder avec des yeux plus…il est vrai que jusqu’à l’âge de quatorze ans son corps longiligne était celui d’une sportive, androgyne et découplé. Même sa coupe de cheveux plutôt courte, longue mèche rebelle au front, nuque longue, oreilles découvertes, la faisait ressembler d’une façon assez amusante à son copain Maxime qu’elle connaît depuis les premières classes du secondaire. Depuis, la chrysalide est devenue papillon.

Un autre homme dans son entourage proche a su accompagner la jeune fille dans le délicat passage de l'enfance à l'adolescence, Sylvain Endauban. Coralie sa mère, Lambert son père, son oncle Christophe, Sylvain et à l’époque Sibylle sa première épouse, se connaissent depuis leur jeunesse. Ils s’étaient perdu de vue un temps puis, il y a une dizaine d’années se sont retrouvés dans la ville de leur enfance. Le socle sur lequel repose leur amitié s'est bâti autour d'aspirations communes, à partir de tant de moments forts vécus et partagées ensemble qu'il est désormais solide à l'âge de la maturité, plus fort que les chocs provoqués par les aléas de la vie, les douleurs de leurs amours contrariées.

Il arrive à Juliane de parler à cœur ouvert avec Sylvain comme elle aimerait le faire avec Lambert. Seul celui-ci la conforte dans ses ambitions. Il possède cette attention qu’elle aimerait trouver chez son père. Un soutient attentif, compréhensif et bienveillant en regard de la personne qu’elle est, une reconnaissance de ses aspirations, un encouragement devant ses efforts, plutôt que d'être le plus souvent en butte à la manipulation, au contrôle de l'autorité paternelle. Se plaignant de ce qu’elle ne pouvait pas s’exprimer, faire valoir son point de vue à son père sans encourir ses foudres et du manque de soutien de sa mère, même aujourd’hui alors qu’elle est séparée de lui, Juliane a eu cette réflexion, il y a un an environ, le jour de son dix-septième anniversaire :

— Non mais tu imagines la vie de ma mère Sylvain ! Elle ne pouvait même pas se fringuer comme elle voulait. Et tu te souviens lorsque vous discutiez comme il surveillait ses paroles, quitte à lui dire de la fermer, tu as été témoin ? C’est terrible, incroyable et triste au vingt et unième siècle ! Ça fait comme la croyance religieuse, tu vois, hein ? Il y a eu un concile deux cent ans après la mort du Christ pour décider s’il était d’essence divine. Jusqu’alors ce n’était qu’un prophète comme tant d’autres à l’époque. Et puis sa résurrection, la virginité de sa mère, les douze quidams bombardés ''grands saints'', les miracles, tout ça répétés, inculqués, menaces d’excommunications, athées poursuivis et punis de mort, ont fait que toutes ces théories fumeuses, improbables, nées dans des cerveaux d’hommes, « l’homme toujours lui hein ! Avide de puissance et de pouvoir », sont devenues des dogmes absolument incontournables et sont tenus aujourd’hui pour vrai par les croyants…

— Hé, hé, tu sais que tu n'es pas en cours et je ne suis pas ton prof de philo ! Mais à propos, où voulais-tu en venir avec cette longue digression... toute scolastique ?

— Oh, bon d'accord, j'ai compris ! Et bien que pour maman il en a été de même. Toute sa jeunesse on lui a inculqué le rôle soumis qu’une femme doit tenir dans la famille, le couple. Et tu sais comme ils sont religios les grands-parents maternels ! Ainsi mise en condition, maman a fini par trouver naturel de choisir le mec qui en bon macho répondait à ce besoin-habitude de domination. Pourquoi la plupart d'entre nous finissent par désirer ces chaînes que l’on a fabriquées pour les asservir, les priver de leur libre arbitre, encore aujourd’hui ? Et pourquoi devons-nous sans cesse nous battre pour simplement pouvoir traiter d'égal à égal avec vous ? Y a-t-il je ne sais pas moi, une raison autre que la seule physiologie pouvant expliquer cet état de fait depuis l'origine de notre espèce.

— En tout cas si tu es un jour en capacité de répondre à ces questions, tu seras devenue bien plus sage que nous tous…

Sylvain, ce drôle de type un peu secret, qui a quitté brusquement un bon job dans les travaux publics pour mettre toutes ses économies dans un bar. Il est vrai que Sibylle, sa femme à l'époque, très jolie avec ses longs cheveux blonds et sa voix suave à la fois profonde et douce avec qui il semblait vivre en parfaite harmonie, un beau matin lui a annoncé qu’elle ne rentrerait pas le soir, pas plus que les autres soirs, qu’elle emportait avec elle leurs deux enfants et point. Il n’en a pas fait une crise, en apparence en tout cas, contrairement à son père. Il a admis en adulte qu’il ne lui donnait pas tout ce dont elle avait besoin, enfin et surtout que ses rêves n’étaient plus les siens. Il l’a regardée partir, avec de la tristesse mais sans rancœur. A juste quitté un job trop prenant qui le tenait éloigné des siens parfois plusieurs jours. Trop tard bien sûr mais…D’ailleurs lorsqu’ils se revoient c’est doux, sans ambiguïté. Ils semblent avoir des choses à se dire. Pas comme Lambert et Coralie. Eux ce serait plutôt la guerre de tranchée, chacun s’observant de part et d’autre de la table comme les poilus de la grande guerre les rares fois qu'ils se rencontrent. Aucun d’eux ne reconnaît de circonstances atténuantes ni ne recule sur les reproches qu’il fait à l’autre, accepte ce qui s’est passé. S’il lui arrivait un jour de rencontrer l’homme de sa vie, Juliane souhaiterait probablement qu’il ressemble au meilleur ami de son père.

Deux niveaux plus bas d’un immeuble en comportant trois, de style fin dix-neuvième cossu, la lourde porte d’entrée en chêne d’époque, équipée d’un mécanisme de fermeture lui tout récent, la jette dans l’animation naissante de la rue de l’écouvillon. Tout en évitant gracieusement les crottes de chiens qui ''jeu de marelle'' le trottoir, écouteurs vissés aux oreilles, elle envoie un message à Laura et Morgane, leur rappelant qu’elles doivent se retrouver dans moins d’une heure chez Fabien pour les ''révises du bac''. Point culminant de cette année, et surtout riche d'espoir... Alors qu’elle se passe en boucle la musique de la chorégraphie qu’elle prépare pour le championnat de France FINA-FFN catégorie élite juniors, elle pense soudain qu’elle doit appeler Lambert pour lui demander un complément d’argent de poche, et ce pour la deuxième fois du mois. Ça, c’est un vilain petit nuage qui se profile à l’horizon et entreprend de teinter de gris un ciel que la jeune fille, dès ses premiers dessins en maternelle a résolument colorié en bleu. Être contrainte de quémander de quoi vivre à quelqu’un, son père qui plus est, à l’encontre de qui elle ressent une sourde rancœur depuis qu’il a traité de façon si odieuse sa maman Coralie, du jour au lendemain considérée comme une étrangère, pire encore avec un mépris, une cruauté stupéfiante, il y aura bientôt trois ans, lui endolorit l’orgueil. Il lui faut trouver un angle d’attaque de façon à le déstabiliser, l’amollir quelque peu. Mais oui bien sûr ! Elle sait où le retrouver ce vendredi soir et se sera peut-être plus facile de vive voix, pour obtenir ce dont elle a un besoin urgent bien entendu. ̶ Sa copine Morgane lui a trouvé une adorable veste dans une petite boutique près du square Foch « Ouuuh, elle est, je ne te dis que ça : méga-super ! Ton style vraiment, elle est pour toi quoi ! » ̶ le connaissant bien, ce soir au ''PATHOS BAR'', au milieu de ses copains, il aura du mal à lui refuser de l’argent. Il vaut toujours mieux avoir l’avantage du terrain et de toute façon, de ce coté-là elle sait s’y prendre.

Ce ne fut pas le cas de sa mère qui, délaissée par un Lambert trop occupé par son entreprise ses amis et sa vie extraconjugale, trouva du réconfort dans les poèmes que lui écrivit un temps ce gentil musicien kanak, et se laissa surprendre par son mari le jour où ils allaient, selon celui-ci, échanger un premier baiser. Par la suite, ayant obtenu ‒ de façon déloyale ‒ la garde d'une l'adolescente dans le milieu de sa quatorzième année, Lambert, s'il espérait régenter sa vie et imposer ses vues sur ce qu'il prétend être l'éducation d'une jeune fille, a dû déchanter rapidement. Ainsi Juliane, passant brillamment en première deux années plus tard, a contraint son père à louer pour elle un studio, prétextant que, par égard vis-à-vis de sa mère, (et surtout, comme elle l'en a malignement menacé, s’il tenait à conserver sa fille quelques temps encore près de lui, car il est en est dingue comme tous les papas) il lui était impossible de continuer à cohabiter avec des jeunes femmes, dont certaines selon ses dires et avec la mauvaise foi de la frustration, avaient tout juste dépassé l'âge de la majorité. En tout cas, ayant été jusqu'alors contrainte de partager salle de bain, petits déjeunés et autres situations domestiques forcément gênantes dans la pourtant grande maison paternelle, elle ne pouvait tolérer davantage leurs silhouettes intempestives se succédant à un rythme soutenu, depuis le départ ou plutôt l’expulsion quasi manu militari de sa maman. En fait, sevrée de l'exclusivité qu'elle s'estime en droit d'exiger de son père, elle a pris en grippe tout ce qui pouvait l'en priver.

 

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Lambert jette un coup d’œil distrait par-delà le châssis du bureau-bungalow qu’il occupe depuis un an et demi, depuis cet incendie au soir de l’antépénultième jour avant Noël 2012, lorsque le comptable de l’époque a eu le geste malencontreux (quoique dicté par la logique élémentaire qui s’imposait devant le caractère impromptu et cependant urgent de la situation) d’éloigner la source de chaleur devenant, et pour cause, momentanément inutile, puis oublier d’éteindre le chauffage d’appoint des ''anciens'' bureaux de l’entreprise de bâtiment Tarmuseau & fils, après avoir par contre dûment allumé la jeune et pulpeuse secrétaire ̶ stagiaire à l’époque en CDI depuis, forcément ‒ un soir d’heures supplémentaires pour l’une, extraconjugales pour l’autre…

Une méchante petite bruine limite l’horizon, qui de toute façon n’a rien de folichon sur la ZAC nord. Il enregistre sans joie l’arrivée de Christophe, et se repenche sur un devis dont un architecte de ses relations lui a demandé de ''contracter certains postes'', de façon à s’aligner sur la concurrence. Dans la finance cela pourrait s’apparenter à du délit d’initié, mais bon, l’époque est difficile, quoique depuis qu’il a repris la boite paternelle toutes les fins de mois sont difficiles.

Son avance de trésorerie saisirait de pitié un curé de campagne comptant sa quête du dimanche et moins que jamais il n’a intérêt à rater le plus petit projet immobilier qui pourrait se monter dans son secteur. De toute façon, coté gestion il ne fait que suivre la voie déjà empruntée par leur père Gabriel Tarmuseau qui, de même qu’avec son imposante berline sur la route, ne dédaignait pas franchir la ligne blanche de la légalité quand, selon lui, nécessité faisait loi. Ainsi lorsqu’il avait fait passer un PL aménagé pour le transport des chevaux ̶ une de ses nombreuses passions ̶ dans le parc auto de sa société de bâtiment, petit arrangement extrait d’une liste de bidouillages comptable dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle est loin d’être exhaustive.

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