Patria o muerte

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Paris, octobre 1969. Un étudiant, qui n'étudie plus guère, Frédéric, rencontre Marina, une jeune Cubaine. La séduisant par accident, il se trouve emporté dans une passion où dépendance rime avec destruction. Autour de cette exilée volontaire gravitent des hommes, latino-américains surtout, qui ont choisi l'action violente... C'est pour l'un d'eux, Karayan, que Marina quitte son compagnon. Français et fils de résistants juifs, le rival de Frédéric s'est un moment égaré dans une guérilla castriste hors d'époque avant de basculer dans la délinquance. Jugé pour d'atroces meurtres, il bouleverse l'opinion publique par une rhétorique qui joue avec talent sur la culpabilité enfouie de la collaboration avec l'occupant... Dans ce roman polyphonique, où les voix cathartiques de l'histoire personnelle s'entrelacent avec celles de l'époque, Dominique Perrut dévoile les inédites coulisses latino-américaines d'une affaire qui ressuscite l'inquiétant fantôme de Pierre Goldman. Recoupant confidences amoureuses et analyse judiciaire, son enquête bouscule la loi du silence qui pèse encore sur ce personnage mythique des années soixante-dix...
Publié le : jeudi 24 juin 2010
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EAN13 : 9782207101506
Nombre de pages : 562
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Patria o muerte
DU MÊME AUTEUR
romans Chronique pour un procès, Éditions La Bartavelle, 1996 L’Anathème, Éditions La Bartavelle, 1999
essais Les Banques dans l’économie, Syros, 1987 L’Europe monétaire et financière, Nathan, 1994 Le Système monétaire et financier français, Seuil, 1999
Dominique Perrut
Patria o muerte roman
© Éditions Denoël, 2010
P R E M I È R E P A R T I E
M A R I N A M O R E N A
Carnets de Frédéric, 1976
1
La nuit dernière, j’ai rêvé de toi. Ça devient rare. Enfuies, maintenant, enfouies, les images du songe. Elles se fondent, c’est un brouillard, c’est épais, ça m’oppresse. Un vieux moulin en ruine, où notre troupe errante s’est installée pour le bivouac. On prépare quelque nourriture. Toi, Marina, tu es là, vautrée sans forces sur une couche de fortune. Fiévreuse et somnolente. Mourante peut-être. Tu attends que finisse ce mauvais rêve, trop long, trop pénible. Dans la pièce circu-laire, parmi les gravats et la paille, tu gis, sur un vague matelas, tu geins, abrutie par le Gardénal, par l’Imménoctal. Dans un délire sans mémoire, tu descends dans le silence verdâtre des fonds marins, tout au long d’une interminable falaise calcaire. Tes joues boursouflées implorent le long sommeil. Il tarde à venir. C’est un ennuyeux malaise. Pour l’instant, tu ne souffres plus vraiment. Agacée plutôt par ce trop vieux tourment. Une gêne incessante, ainsi que le vrombissement aigu des moustiques, ou la lourde chaleur du tropique. Le mois d’août à Cuba. Tu me racontais. Toute la nuit on cherche un souffle d’air. Mais pas même sur le carrelage allongé nu on ne peut trouver la fraîcheur. Y a-t-il un torrent
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Patria o muerte
pour la soif ? Ni la pluie d’équinoxe, ni les avenues glacées qui te brouillaient le teint, ni les solides demeures bourgeoises où tu vivotais, employée au pair, cours à l’Alliance française, ni les chansons d’Aragon que nous écoutions à Ménilmon-tant, ni même l’enfant que tu as eu plus tard, non, rien n’a calmé cette tenace démangeaison de l’âme. Dans ce moulin, tu cherches le sommeil, et je m’allonge près de toi, discrètement. Mais, jauni, ton visage est plissé dans un rictus de dégoût. Recroquevillée comme un gros fœtus, tu veux, déjà raide, nécrosée peut-être, retourner à la terre. Envolées depuis longtemps, les colères soudaines. Tu vas mourir, tu n’as pas peur. Plus de force pour une de tes crises de nerfs. Tu ne reverras plus ton île chérie, les palmiers. Tu ne me reverras plus. Que pouvais-tu, avec ce jeu obscur, avec le pauvre jeu que tu as tiré ? Qui pourrait dire, tout compte fait, qu’il s’en serait mieux sorti ? Cet automne-là nous devions aller vivre à Cuba. Et en revenant du cinéma, un soir, pour rejoindre un de ces miteux hôtels, où nous vivions alors, autour de la Nation, parfois jetés par le gérant qui veillait à ce qu’on ne s’installe pas, on parlait de notre vie dans ton pays. — Tu verras, Frédéric, me disais-tu en roulant trop lesr, un jour, là-bas, on sera heureux. Les gens riront de ton accent. On t’appellerael-francés-que-lo-sabe-todo, le Français-qui-sait-tout. Renversant la tête en arrière, tu laissais alors éclater un de tes rires interminables et, au travers des larmes, tes yeux noirs me fixaient tendrement. — Et puis, ils te regarderont danser et ils diront de toi que tu es unpatón. Lepatón, c’est celui qui ne sait pas danser. Mais tu sais, il y a aussi des Cubains qui sontpatones. On devait partir à la fin de l’année soixante-douze. Ne pre-nant qu’un sandwich à midi, j’avais économisé une petite
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