Peinture au pistolet à Céret

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Décidément, on ne s’ennuie pas au Musée d’Art Moderne de Céret : durant une exposition estivale d’un peintre reconnu, deux tableaux s’évanouissent sans laisser de traces et, alors que des œuvres d’art de la région font l’objet d’un pillage en règle, quelques meurtres viennent ajouter à la confusion.


Le nouveau conservateur du musée, qui pensait avoir trouvé là un poste alliant culture et hédonisme, doit déchanter en regardant défiler dans son établissement les gendarmes, les enquêteurs de l’Office central de protection des biens culturels (OCBC), et jusqu’à la brigade des stups ! Et il comprend vite que s’il veut retrouver la sérénité et protéger ses précieuses peintures, il va devoir se mêler activement de l’enquête…

Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9782361330149
Nombre de pages : 321
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Le conservateur regardait le mur vide d’un air consterné : l’exposition Bioulès était défigurée. Le tableau faisait partie d’une série de trois, tous réalisés en 1980, Ils étaient étroitement complémentaires, se répondaient, avaient une cohérence. – Pourquoi avoir volé ce tableau en particulier ? interrogea l’adjudant. – Aucune idée, il avait le choix et celui-ci n’était pas le plus commode à emporter. Il mesure environ deux mètres cinquante par quatre. Je me vois mal courir dans la rue avec ça au bout des doigts ou le charger tranquil-lement dans une voiture pendant que la sirène hurle et que n’importe qui peut me voir. Ça ne tient pas debout. – Il avait peut-être des complices, risqua un des gen-darmes. – Possible mais dans une ville comme Céret, même en pleine nuit, ils n’ont pas dû passer inaperçus, rétorqua l’adjudant. Bien, personne ne touche à rien, les col-lègues de la « scientifique » devraient arriver dans la matinée. Paul, tu resteras ici et tu surveilles que tout reste intact.
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– Je suppose que le musée ne pourra pas ouvrir au public aujourd’hui ? réfléchit tout haut Pierre. Le ges-tionnaire reprenait le dessus et s’inquiétait des recettes perdues. – Non, aujourd’hui nous avons besoin d’avoir le ter-rain libre pour tout passer au peigne fin Il faut bien que l’on comprenne ce qui s’est passé ; il doit bien y avoir quelque part des empreintes, des traces ou même un indice d’effraction qui nous aurait échappé. – OK, de toute façon je n’aurai pas le cœur à voir défiler des visiteurs devant ce mur vide. – Bien, je vous propose de venir à la gendarmerie signer votre déposition, disons en fin d’après-midi. Nous allons procéder à une enquête de voisinage serrée, et nous ferons le point ce soir ensemble. Pierre acquiesça avec un soupir, en pensant à tout ce qu’il avait à présent à faire, et ce ne serait pas une par-tie de plaisir. La nuit commençait à pâlir, il monta dans son bureau et sans attendre une heure plus décente, décrocha son téléphone. Il n’eut pas le temps de com-poser le numéro que quelqu’un frappait à sa porte, qui s’ouvrit avant même qu’il ait eu le temps de répondre. Roger Deu entra, pâle et défait, et s’affala dans un fau-teuil. – Je ne comprends pas ce qui s’est passé, laissa-t-il tomber, les yeux dans le vague, comme s’il se parlait à lui-même, c’est incompréhensible, lorsque l’alarme s’est déclenchée, je n’ai pas perdu de temps, je suis allé voir aussitôt, croyez-moi, je n’ai pas perdu de temps, cela ne m’a pas pris plus de trente secondes, et pourtant le tableau n’était plus là ! – Je vous crois Roger, calmez-vous. Vous n’avez vu personne, rien entendu ? – Rien vu non, et pour ce qui est d’entendre avec la sirène qui hurlait…Et puis j’ai eu peur, monsieur le
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Conservateur, peur de me faire agresser par les voleurs, ils ne pouvaient être bien loin. – Les voleurs ? Vous pensez qu’ils pouvaient être plusieurs ? – C’est un grand tableau, une personne seule, com-ment aurait-elle fait pour le sortir du musée sans laisser de trace ? – Là, c’est le gros problème, non seulement, il faut retrouver le Bioulès mais encore il faut comprendre comment ils s’y sont pris. Sinon, on va se faire tirer toutes les œuvres de la maison! Et je suis payé pour les garder pas pour les perdre, ajouta Pierre qui sentait mon-ter en lui une sourde angoisse. Le gardien le regardait sans bouger, fixement, ouvrit la bouche, la referma, la rouvrit. Aucun son n’en sortit, il secoua la tête en soupirant. – Oui, Roger, vous vouliez dire ? – Rien, monsieur le Conservateur, rien, répondit-il en détournant le regard, le visage soudain très rouge. Je vais renter chez moi et tenter de dormir. Je suis convo-qué à la gendarmerie cette après-midi, marmonna-t-il en se dirigeant rapidement vers la porte du bureau, à plus tard, Monsieur. Il sortit si vite que Pierre interloqué n’eut pas le temps de comprendre ce qu’il voulait dire sans y parve-nir et qui, manifestement, le perturbait autant. Le pauvre garçon a certainement été plus secoué que je ne pensais, dit-il tout haut, sans même se rendre compte qu’il parlait tout seul. Bon, ne perdons pas de temps, com-mençons la corvée, et il mit la main sur le téléphone, qu’il réussit à décrocher cette fois sans être interrompu. Vincent Bioulès devait être matinal car il décrocha à la deuxième sonnerie. – Comment, un de mesCantiques, volé ? Mais pour-quoi un de mes tableaux ?
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– Nous ne savons ni comment ni pourquoi, mais c’est peut-être le signe que votre cote est sérieusement à la hausse. Après leCride Munch, unCantiquede Bioulès, vous êtes en bonne compagnie ! – Oui mais vous, vous êtes mal, si vos tableaux s’en-volent par l’opération du Saint-Esprit, ça va vous faire de la publicité mais pas forcément de la bonne. Là, c’est bien le problème, pensa Pierre avec une gri-mace, qui s’accentua encore quand le peintre lui annonça qu’il arriverait dans la journée pour « voir ça de ses yeux ». Il avait déjà assez de choses à régler sans en plus devoir supporter l’ego mi-flatté mi-scandalisé d’un artiste. Coups de fil divers : l’autorité de tutelle, l’assurance, le ministère de la Culture. Un peu tôt encore pour trou-ver à leur bureau tous les bureaucrates qui, de près ou de loin, allaient devoir travailler sur ce vol de tableau. La pression et le stress commençaient à avoir raison de Pierre ; il se dit qu’il était temps de se réconforter, et qu’un solide petit-déjeuner s’imposait, il réfléchirait mieux le ventre plein. Le temps de boucler son bureau, dévaler l’escalier, faire un signe au gendarme en faction et il alla s’instal-ler à la terrasse duGrand Café, sur le boulevard Maréchal Joffre. Le garçon ne tarda pas à venir prendre la commande, brûlant d’envie d’interroger le conserva-teur sur les événements de la nuit, mais le visage fermé de celui-ci l’en dissuada. Pierre attaqua gaillardement les croissants, passa sans désemparer à la baguette fraîche, arrosant le tout d’un thé qui en avait plus le nom que la saveur. Trois personnes vinrent s’attabler à la table voisine, il en reconnut une, le premier adjoint au maire. La pause était terminé, il allait devoir raconter, expliquer des événe-ments auxquels, pour l’heure, il ne comprenait rien, se perdre en conjectures, l’air pénétré et responsable.
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– Ah, monsieur Pagès, vous connaissez certainement le docteur Pujol, et notre huissier, maître Choube ? Mes amis permettez-moi de vous présenter notre nouveau conservateur, le malheureux, il s’est fait barboter un de ses tableaux cette nuit ! Le médecin était un homme encore jeune, nanti d’une tête ronde déjà passablement dégarni et haute en couleur ; il était lesté d’un durillon de comptoir promet-teur. Le gaillard devait aimer la bonne cuisine et aussi les vins corsés ; en Catalogne, il était servi. L’huissier devait certainement suivre le même régime qui, agré-menté d’un dérèglement hormonal et d’une hygiène de vie bâclée, avait produit un tour de taille très respecta-ble, faisant de lui un presque obèse. Il se tenait affalé sur son siège, cuisses écartées, faute de pouvoir les rapprocher. Pierre retint un soupir d’exaspération et entama le récit que ses interlocuteurs attendaient de lui : l’élu l’écoutait l’air pénétré, supputant vraisemblablement l’impact que pouvait avoir la nouvelle sur ses électeurs. Le toubib lampait son café avec un plaisir visible. L’huissier se curait le nez avec application tout en suivant les explications, la tête à demi-inclinée. Ses petits yeux vifs et fureteurs sondaient Pierre, comme pour le jauger. – Mais alors, monsieur le Conservateur, à part le fait que votre « croûte » se soit envolée, vous ne savez rien d’autre, dit brusquement le médecin, qui n’avait perdu une miette ni du récit ni de son croissant. Et toi, Paul-Jean, tu n’as rien entendu, tu es pourtant le plus près puisque ta maison est proche du musée ? – Non. En temps ordinaire, j’ai le sommeil lourd, et hier soir, en plus, j’avais pris un somnifère, trop de tra-vail et de pression à l’étude, sans cela je n’arrive plus à trouver le sommeil. – Eh bien, dans ces conditions, dit l’adjoint au maire,
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