Peur sur la loge

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Le détective Dan Velasquez, ancien des services secrets français, est plongé bien malgré lui dans la tourmente politico-médiatique perpignanaise. En effet, Pierre Delage, le maire destitué de Perpignan depuis l'affaire de "la fraude à la chaussette", lui demande d'enquêter sur un mystérieux groupe terroriste décidé à venger "l'honneur perdu de Perpignan" à sa façon...


L'enquête devra être menée tambour battant, avant les élections anticipées ordonnées par le Conseil d'Etat.

Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9782361330156
Nombre de pages : 106
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Dan Velasquez avait à peine eu le temps de retirer son manteau que déjà retentissait la sonnerie de l’inter-phone. Quelques secondes plus tard, il entendit des pas pressés dans l’escalier. Il ouvrit aussitôt la porte de manière à découvrir le plus tôt possible l’identité de ce mystérieux client. Lorsque celui-ci apparut, le visage du détective se figea. A peine l’autre avait-il pris le temps de lui serrer la main qu’il avait déjà pris place dans un des deux fauteuils club qui se trouvaient au beau milieu de la pièce. – Je n’ai pas une minute à perdre, monsieur Velas-quez. Surtout pas aujourd’hui, vous le comprenez faci-lement, bien sûr. Velasquez s’était attendu à tout sauf à voir débar-quer le maire de la ville. Ce même Pierre Delage qu’il avait rencontré dans le bureau de Boyer quelques heures après la découverte des corps criblés de balles des trois employés municipaux de l’affaire Potakov. Décidément, Perpignan n’était pas le lieu idéal pour un ex-flic qui voulait pouvoir enf in prendre du bon
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temps. Velasquez s’efforça tout de même de reprendre ses esprits au plus vite. D’autant plus qu’il se doutait déjà de la raison de la venue de Delage. Le détective n’eut pas d’autre choix que de clarifier immédiatement la situation : – Monsieur le maire, avec tout le respect que je vous dois, je suis dans l’obligation de vous dire que si vous cherchez à obtenir mes services pour une contre-enquête dans l’affaire des chaussettes… D’un bond, l’autre se leva furieusement et f ixa Velasquez d’un regard assassin : – Vous êtes tous les mêmes, hein ! Flics ou journa-listes, tous de la même race ! Voir un type comme moi crever sous vos yeux, c’est votre plus grand plaisir, hein… A peine reprit-il son souffle en dénouant nerveuse-ment sa cravate : – Vous, je croyais que ce n’était pas le cas. En haut lieu, on m’avait dit que… Velasquez était resté confortablement calé dans son club. De sa poche, il tira un paquet de cigarettes : – Que quoi ? Que je vous aiderais ? Sûrement pas. Le visage de Delage devint livide. Le détective tira une première bouffée de cigarette et défia le regard du maire. – Votre histoire de chaussettes, elle pue beaucoup trop pour que je commence à y fourrer mon nez. Voyez-vous, si j’ai quitté la grande maison pour venir m’ins-taller ici, c’est d’abord pour respirer l’air pur. Et non plus celui nauséabond des bas-fonds du pouvoir… Il se leva aussitôt et commença à raccompagner Delage vers la sortie. D’un geste de la main, le maire le pria de s’arrêter. Il lui tendit le dossier qu’il avait apporté avec lui. Un réflexe professionnel poussa le détective à se saisir du document. Au bout de quelques secondes, Velasquez était à nouveau assis dans son
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fauteuil. Dès la lecture des premières feuilles, un silence de mort s’installa dans la pièce. – Depuis quand vous recevez toutes ces saloperies ? – Cela a commencé dès le lendemain de l’invalida-tion par le tribunal administratif de Montpellier. Depuis, j’en reçois une par jour. Le texte, dactylographié, ne dépassait jamais trois lignes. – Où est-ce qu’elles vous arrivent ? Le visage du maire était crispé. – Toujours à mon domicile. – Vous auriez dû amener les enveloppes. – J’ai préféré les déchirer. Velasquez ne put retenir un long soupir. Les poli-tiques seraient décidément toujours les mêmes. Lors-qu’un truc les dépasse, ils sont pires que des gosses. Et il y a toujours une bonne poire pour leur éviter la catas-trophe. – Elles m’auraient pourtant été d’une grande utilité. Si elles avaient été postées du même endroit, on aurait tout de suite été sûrs qu’elles soient l’œuvre d’un demeuré. – Non, elles proviennent de tous les coins de la ville. Le détective plongea alors son regard dans les yeux de Pierre Delage. Ils étaient remplis d’angoisse et il y avait de quoi. – Vous aviez déjà entendu parler d’un groupuscule qui se serait fait appeler comme ça ? Le maire se cala au fond de l’autre club et, l’espace de quelques secondes, sembla plongé dans de lointains souvenirs. – Non. J’ai eu beau moi-même me poser la question tous les jours, rien ne m’est revenu. Des lettres anonymes, j’en ai déjà reçu mais comme tous les maires, vous savez… – Chez vous ?
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La question sembla encore plus affoler Pierre Delage. – Maintenant que j’y pense, non. Toujours en mairie. C’est ma secrétaire qui me les apportait. A mon domi-cile, c’est la première fois… – Ces lettres anonymes en mairie, c’était quand ? La question replongea le maire dans de sales souve-nirs. – Quand on a décidé de construire la mosquée. Vous savez, près de l’aéroport. Mais ça a f ini par vite se calmer. Sans un mot de plus, le détective reprit sa lecture. A chacune des lettres, les menaces se faisaient plus précises. La signature, toujours la même : « O.J.B. ». – Quel genre de menaces c’était ? – Vous voulez dire… ? Velasquez ne daigna pas relever le nez des feuilles qu’il continuait à parcourir. – Je veux dire du temps de cette histoire de mosquée. Pierre Delage commença alors à raconter ces longues semaines au cours desquelles il avait reçu tout un tas de courriers insultants et ces quelques menaces de mort. Bien sûr, il avait déposé une plainte auprès de la police. Pour la forme, sans se faire aucune illusion sur la suite qui pouvait être donnée à ce genre d’inci-dent. – Je présume que, cette fois aussi, vous avez porté plainte… – Vous êtes fou ou quoi ? – C’est pourtant la démarche normale, à ce que je sache. – Si vous suivez l’actualité, vous savez très bien que je ne peux plus faire confiance à personne. En plus, si je porte plainte, c’est à coup sûr dans la presse le lende-main. Impensable de leur donner un os de plus à ronger ! Déjà qu’ils s’en donnent à cœur joie, tous ces…
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– O.K.. Mais, je vous préviens : ce sera à ma manière et vous jouez réglo de bout en bout. Par cette seule phrase, il sembla à Velasquez qu’il venait déjà de sauver la vie à Pierre Delage. Après lui avoir indiqué la marche à suivre, il le raccompagna jusqu’à la porte. Le maire s’arrêta un instant devant la bibliothèque que Velasquez avait installée là, dans l’espoir de lire à ses instants perdus. – C’est marrant, vous n’avez pas l’air de lire des policiers… – Comme si j’en avais besoin ! J’espère que vous ne lisez pas que des livres politiques. Entre eux, il y eut alors quelques secondes de complicité. Pierre Delage jeta à nouveau un œil sur la collection de bouquins. – Il ne manquerait plus qu’un imbécile fasse un polar sur l’affaire des chaussettes ! – Pas moi en tout cas. Notre enquête me suff ira largement. Par sa fenêtre, Dan Velasquez regarda Pierre Delage s’en aller vers la place de la Loge. Il se dit qu’il n’arri-verait jamais à comprendre à quoi un homme politique pouvait bien marcher. Comme il ne comprenait pas ce qui l’avait poussé à accepter d’enquêter sur cette affaire de lettres anonymes. Si ce n’est sûrement cette signa-ture qui n’annonçait rien de bon et puait l’extrémisme à plein nez : O.J.B.. Ordre et Justice contre la Banqueroute. Un grou-puscule qui promettait de mettre la ville à feu et à sang. Et de lui régler définitivement son compte.
***
A voir la taille du sac qu’Alexandra avait amené avec elle, la journaliste était bien décidée à rester au moins quelques jours à Perpignan. Il n’en fallut pas
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