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Plaisir au black

De
169 pages
Ma Doudou a disparu… Clémentine débarque chez Jacques, son ami flic, un beau matin de novembre. Doudou, c’est Lucie Lebois sa femme de ménage, qui travaille au noir. Récemment débarquée d’Afrique, elle est en situation irrégulière. Elle pourrait être clouée au lit… Mais non, Doudou n'est jamais malade. Et si elle était victime d’un crime crapuleux orchestré par un malfrat du milieu clandestin ? L’enquête mène Jacques dans une bien sombre histoire qui met en lumière la dangereuse vie souterraine des sans-papiers. Un polar rythmé et prenant au décor bien planté.
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Annie Colpin
Plaisir au black





POLAR











Le Manuscrit
www.manuscrit.com












© Éditions Le Manuscrit, 2005
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-6069-X
ISBN : 2-7481-6068-1





Du même auteur,



Mehdi et les autres chez Publibook, suivi de
La République nous appelle ! (auto édition)

A bout de Souffle chez manuscrit.com

Nom d’un chien ! chez






ANNIE COLPIN

1

— Ma Doudou a disparu…
Cela aurait pu être le soir d’une belle journée
d’été, lorsque les étoiles vont faire leur nid dans un ciel
tout de douceur. Ce n’était pas le cas ! C’était le matin
d’une journée de novembre glaciale avec un ciel plombé
dont on ne savait pas trop ce qu’il allait en sortir.
Clémentine, égale à elle-même, été comme hiver, était
entrée dans mon bureau sans prévenir pour venir
polluer ma journée.
En face de moi, Gérard, mon 4 C (collègue,
coéquipier, complice et copain) n’avait pas vu venir
l’obstacle. Il s’était levé, trop tard, Clémentine était
installée en face de moi. Alors en dépit de tout, dans un
geste d’excuse d’avoir raté son but et l’air de n’avoir pas
envie de partager mes emmerdes, il s’était dirigé vers la
machine à café du couloir sans avoir oublié de fermer
bien hermétiquement la porte.
C’était gagné, Clémentine était pour moi tout
seul !
— Alors ? fis-je d’un air résigné.
— C’est Doudou !
Devant mon peu de participation, elle se crut
obligée de s’expliquer.
— Tu te rappelles pas de Doudou ?
Non je ne me souvenais pas de Doudou ! Un
instant, durant un quart de seconde, mais pas plus, je
me demandais si j’avais encore le droit de ne pas me
souvenir de Doudou. Avec Clémentine, il était
important de se poser les bonnes questions au bon
moment parce que, sans faire gaffe, votre subconscient
vous embarquait dans la barque de la culpabilisation et
9 PLAISIR AU BLACK
après pour en sortir… Clémentine était une bonne
copine. Oui ! On peut dire les choses comme cela. Sauf,
qu’elle s’était fait décerner en naissant la palme de la
casse-pieds. L’emmerdeuse née pour faire simple.
Le destin m’avait doté de Clémentine lors d’une
précédente enquête. Le même scénario, la même entrée
de jeu. Elle avait foutu le bordel dans ma vie
professionnelle durant plus d’un mois. J’avais même
espéré qu’elle bouscule ma vie personnelle un peu plus
longuement. Au final, c’était Léon, mon collègue
normand qui avait gagné. Moi j’avais hérité que des
désavantages et chez Clémentine c’était peu dire.
— Alors ? répétai-je avec l’air résigné que je
pensais avoir acquis pour une bonne partie de la
journée.
A tout hasard, je jetais un coup d’œil vers la
cafetière, elle était en fin de parcours. J’en aurais bien
offert une tasse à Clémentine. J’hésitais, c’était rallonger les
délais. Au point où j’en étais, matinée foutue de chez
foutu, je me levai, lui servis une tasse que je lui tendis. Elle
prit le café en même temps que la parole.
— Voilà, je te la fais courte !
Le tort principal de Clémentine, c’est qu’elle
employait des mots dont elle ne soupçonnait même pas la
signification. Le mot « court » n’aurait jamais dû faire
partie de son vocabulaire. Clémentine c’était la volubile,
l’enquiquineuse du détail, la chieuse de la phrase confuse.
Elle ignorait les virgules, les points. En d’autres temps,
j’aurais accepté la compétition verbale avec elle.
Aujourd’hui j’étais pressé et surtout je savais qu’il n’y avait
plus rien à gagner puisque c’était Léon qui avait remporté
le premier prix. Comme les lots de consolation ce n’était
pas mon truc, je m’énervais un peu.
10 ANNIE COLPIN

— Bon écoute, tu la racontes ton histoire parce
que tu vois, là je suis au boulot et je n’ai pas que toi à
écouter.
— Qu’est-ce qui se passe ? Houlala ! Tu es de
mauvais poil ?
En voyant mon œil noir, elle se recentra sur le
motif de sa visite.
— Doudou, c’est la dame qui fait mon ménage,
mon repassage, mon…
— OK, j’ai compris… abrège !
— Oh ! là, là… Bon ! Eh bien Doudou n’est pas
venue depuis trois jours !
— …
— J’ai fait court. Tu n’es pas content ?
C’est le moment que choisit Gérard pour
réapparaître dans le bureau. Il me fit signe que deux
cafés lui suffisaient et que le patron rôdait dans le
couloir. D’où son repli vers le bureau.
Clémentine sentit que mon mutisme était
anormal, alors elle se crut obligée d’en rajouter.
— C’est vrai, quoi Doudou, elle ne rate jamais
un jour. Le lundi elle est chez madame Bergnouf au
premier, le mardi chez madame Prigent au second, le
mercredi chez moi et aujourd’hui elle devrait être chez
madame Mirond au quatrième, mais elle ne s’est pas
encore présentée. Depuis lundi…
Comme je n’avais pas encore émis un son et
qu’elle sentait que le résultat allait être terrible, elle se
mit à pleurer. Chez Clémentine les pleurs faisaient partie
de la « botte secrète ». Dès qu’elle sentait la situation lui
échapper, elle tirait la chasse d’eau et les larmes
s’écoulaient. Et moi, gros couillon, je fondais comme du
chocolat au soleil.
11 PLAISIR AU BLACK
— Enfin, vous ne lui avez pas téléphoné ? Elle est
peut-être malade, empêchée…
En face de moi, Clémentine secouait la tête.
— Tu penses bien que dès lundi madame Bergnouf
est venue me voir. On a téléphoné, laissé des messages, rien.
On a recommencé tous les jours avec les autres voisines. Je
te répète qu’elle a disparu !
J’imaginais bien la scène. Le foutoir à tous les étages.
Clémentine elle savait bien faire.
J’essayai de proposer calmement mon point de vue.
Mais je savais d’avance ce que je risquais de déclencher. Peut-
être avec un peu de douceur, cela passerait-il. Enfin j’avais
quand même peu de marge.
— Clémentine. On ne dérange pas la PJ parce que sa
femme de ménage n’est pas venue depuis trois jours. Elle va
revenir. Je suis sûr qu’elle… est malade. Tiens, en ce
moment il y a plein de grippe !
— Ce n’est pas possible, s’obstinait Clémentine.
— Pourquoi ?
— Elle n’est jamais malade ! lâcha-t-elle brutalement.
Et puis comme si elle ne supportait plus mon
attitude peu empressée, elle laissa éclater sa colère.
— Je savais bien qu’avec toi, c’était inutile d’insister.
A part, les meurtres, les braquages, les serial killers, rien ne
t’intéresse. Avec toi, il ne faut pas être petites gens pour
disparaître. Ah ! si j’étais venue t’annoncer que… que le
patron de la Banque de France avait été enlevé, tu aurais
réagi autrement. Mais une pauvre femme, africaine, sans
papiers, personne n’en a rien à foutre !
Voilà ce que je redoutais depuis tout à l’heure !
Clémentine ameutait à gorge déployée tout le commissariat.
Je n’avais pas besoin d’ouvrir la porte, je savais d’avance qu’il
y avait attroupement dans le couloir.
12 ANNIE COLPIN

Avec un regard vers mon collègue qui me suppliait
de lâcher le kit de détresse, je refis s’asseoir Clémentine et je
lui fis face les fesses calées sur le coin de mon bureau.
— Bien, si tu m’en disais un peu plus sur ta
Doudou… On ne sait jamais, elle a peut-être été signalée
parmi les personnes disparues !
Ma technique n’était pas au point. J’aurais dû le
savoir, si elle l’avait été, ce n’est pas Léon qui aurait gagné.
Clémentine hurlait de plus en plus fort.
— Déclaré quoi ? Tu le fais exprès, Jacques. Je viens
de te dire qu’elle est sans papiers. Personne ne déclare la
disparition des sans-papiers. Je sais ! Tu penses qu’elle a fait
l’objet d’une reconduite à la frontière ? Même pas, Léon a
vérifié !
Alors là c’était la meilleure. Non seulement, elle
venait me taper un scandale, dans mon commissariat, aux
yeux et aux oreilles de tous mes collègues qui devaient se
marrer derrière la porte, mais ensuite elle m’annonçait qu’elle
avait déjà commencé son enquête avec son beau Léon. Mais
elle me prenait pour quoi Clémentine ?
Clémentine était une chieuse de première certes, mais
pas une idiote. Elle comprit vite qu’elle avait prononcé des
paroles de trop. Elle abandonna les hurlements pour revenir
à un ton plus doux.
— Ben oui, j’ai commencé par en parler à Léon. Il a
donné deux, trois coups de fil pour… la reconduite à la
frontière, et après il a dit comme toi, qu’il n’y avait plus qu’à
attendre. Qu’elle reviendrait toute seule. Qu’elle s’était trouvé
un autre boulot… Alors j’ai pensé…
Bon ça va, je n’étais pas complètement buté. Je
n’allais pas me fâcher avec mon meilleur pote pour les
dérapages verbaux de Clémentine. On était un peu
habitué tous les deux.
13 PLAISIR AU BLACK
— Tu vois, Léon, il pense comme moi ! Elle
reviendra toute seule ta Doudou. Patiente un peu. Tu
sais déjà qu’elle n’est pas sortie du territoire. C’est
important !
J’ajoutai en la reconduisant vers la porte :
— Si elle n’est pas revenue d’ici… une semaine,
je te promets que je mènerai mon enquête.
— Tu crois ? me fit-elle de sa toute petite voix.
Celle dont je me méfie particulièrement.
— Bien sûr ! Les statistiques prouvent que les
trois quarts des personnes disparues reviennent très
vite. Non, moi je pense qu’elle est au fond de son lit
avec 40° de fièvre et dans l’impossibilité de téléphoner.
Je sentais que la partie n’était pas gagnée.
Clémentine n’avait pas complètement franchi le seuil
mais elle était en bonne voie. Quand je fermais la porte
en appuyant la totalité de mon dos sur le battant, je
sentis le regard de Gérard sur moi.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
Devant mon agressivité affichée, Gérard fit la
moue. Partager l’antre d’un ours lui suffisait, il n’avait
pas envie d’avoir le son en plus. Il se fendit d’une petite
phrase qui se voulait apaisante et solidaire.
— Tu penses comme moi. Clémentine, elle
attire les tourments ?
— Elle ne les attire pas, elle va les chercher.
C’est complètement différent. Et le pire, vois-tu Gérard,
le pire c’est qu’elle ne peut pas les garder pour elle, il
faut toujours qu’elle vienne les déposer sur un
paillasson.

14