Plus personne ne se moquera de toi

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Une romancière méconnue découvre une application extraordinaire de son nouvel iPhone, qui la projette quarante ans plus tard. Elle retrouve régulièrement un jeune admirateur, « l’ange de l’avenir », qui lui montre le destin incroyable de son œuvre. Cette vision bouleverse sa vie artistique et sentimentale. « Ô lecteur, je sais que tu ne me croiras pas, mais ce nom et ce prénom que je vis en lettres d’or sur ma tombe, c’étaient les miens ! Paniquée, je tournai le dos, refusant de lire la date fatidique de ma mort »
Publié le : vendredi 8 avril 2016
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EAN13 : 9791026204855
Nombre de pages : non-communiqué
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Catherine Choupin Plus personne ne se moquera de toi
© Catherine Choupin, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0485-5
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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«Tel a été miraculeux au monde, auquel sa femme et son valet n'ont rien vu seulement de remarquable. Peu d'hommes ont été admirés par leurs domestiques».
Montaigne,Essais, 1588, Livre III, Chapitre 2 : Du repentir
«L’admiration qu’il excitera importera peu à son corps mangé par les vers».
Marcel Proust,La Prisonnière,1923 (posthume)
«On l’enterra, mais toute la nuit funèbre, aux vitrines éclairées, ses livres, disposés trois par trois, veillaient comme des anges aux ailes éployées et semblaient, pour celui qui n’était plus, le symbole de sa résurrection».
Marcel Proust,La Prisonnière, 1923 (posthume). La mort de Bergotte.
Je dédie ce livre à tous ceux qui m’ont encouragée et qui ont cru en moi.
Aux autres, je pardonne, ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient !
Première partie : Pauvre Vinteuil !
Chapitre 1 Un téléphone en avance sur son temps
Longtemps, je me suis contentée d’un « vieux » téléphone portable. Il ne m’offrait même pas internet. Mes enfants, qui possédaient le dernier joujou à la mode, se moquaient gentiment de moi. A la manière du « comment peut-on être Persan ? » de Montesquieu, ils s’exclamaient : « Comment peux-tu conserver cette antiquité ? », et nous riions ensemble. Je résistais, fière d’être la seule à n’avoir pas encore sombré dans la dépendance du « smartphone ». J’étais la dernière représentante d’un état ancien de l’humanité, et j’aimais me distinguer, de quelque manière que ce fût.
Un beau jour, mon vieux Nokia rendit l’âme : «Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?». Pour me consoler de cette perte d’un compagnon qui m’avait été cher, je fis une folie. Je passai d’un extrême à l’autre et décidai de me procurer le tout dernier modèle. Je demandai à mon aîné de s’en occuper. Il m’acheta un iPhone 6sPlus, un téléphone « intelligent et intuitif », selon ses termes. Cette alliance des deux facultés que Bergson avait renvoyées dos à dos me surprit et ne laissa pas de me séduire. «Tu verras, me dit mon fils, il va changer ta vie et pour le coup, plus personne ne se moquera de toi : il est vraiment en avance sur son temps».
Mon aîné se l’était procuré aux Etats-Unis et me le rapporta en France. Il avait toujours des combinaisons secrètes pour trouver ce qu’il cherchait, au plus bas prix qui fût, dans n’importe quelle partie du monde. Il m’en expliqua les rudiments, m’affirma que je découvrirais d’autres fonctions intéressantes au fil de mes manipulations, et repartit à Londres, après avoir jeté un regard d’envie sur ce magnifique outil.
Mon fils avait raison : mon nouveau téléphone était vraiment en avance sur son temps et il allait me changer la vie. J’eus l’occasion de percevoir progressivement toute la portée et toute la signification de sa prédiction.
Chapitre2 Le courage de l’écrivain
Pour comprendre la révolution que cet objet introduisit chez moi, le lecteur doit prendre connaissance de ma vie antérieure, je veux dire de ma vie avant le téléphone magique, pas d’une autre existence à la mode platonicienne ou bouddhiste. Je vais tâcher de faire court, je ne veux surtout pas décrire la pension Vauquer ni courir le risque de lasser.
Je m’appelle Mauve : c’est un prénom poétique, qui surprend et qui permet d’engager la conversation. Mes parents avaient appelé leurs deux premières filles Blanche et Rose. Pour leur troisième, ils continuèrent sur leur lancée colorée. Ils hésitèrent entre Violette, Garance et Mauve. J’aime mon prénom, il est l’alliance du bleu du ciel et du rouge de la passion, auquel se serait réduit le seul Garance, aux connotations un peu trop belliqueuses. Je respire en lui «l’odeur d’invisibles et persistants lilas», je le charge de la fougue italienne d’un Fabrice Del Dongo. Il contient la magie évocatoire des glycines de mon enfance au Maroc et se mêle au parfum exquis des citronniers.
Ma grande sensibilité et mon goût du silence et de l’étude me conduisirent à des études littéraires. Mon métier de professeur me procura de grandes joies à défaut de la prospérité matérielle ; ma vie sentimentale me procura quelques vives désillusions : elle me réservait mon pain blanc pour la fin.
Vers la cinquantaine, je me mis à écrire des romans. En réalité, j’en avais toujours écrit, mais dans le cas présent, je visai un lecteur, voire plusieurs, on pouvait rêver. J’eus la chance d’être publiée par d’anciennes élèves enthousiastes, qui avaient créé une plateforme d’aide à l’autoédition numérique. Après tout, j’avais un précédent célèbre en la personne de mon dieu littéraire, Marcel Proust, qui après avoir essuyé un triple refus chez Fasquelle, Gallimard et Ollendorf, publiaDu côté de chez Swann à compte d’auteur chez Grasset, qui du coup s’engraissa notablement.
L’édition numérique n’avait pas encore le vent en poupe en France, mais il suffisait de regarder ce qui se passait aux Etats-Unis pour comprendre que l’avenir de la lecture passait en partie par elle. Je publiai ainsi neuf romans d’amour, donnant libre cours à mon imagination fertile. Mes ventes étaient tout à fait honorables et me permettaient, sinon de vivre, du moins de rentrer dans mes frais et de passer des plats cuisinés LIDL à ceux de Fleury-Michon : je tente de renouveler l’expression rebattue « mettre du beurre dans les épinards » et de trouver par la même occasion un mécène éventuel dont l’enseigne florale s’accorderait bien avec mon prénom, fût-ce une entreprise agro-alimentaire !
J’aimais l’idée qu’une Mauve publiât des « bluettes » qui sont de « petits ouvrages légers et spirituels, sans prétention mais finement écrits ». D’ailleurs si je n’avais eu peur de défavoriser un de mes fils en lui donnant un prénom bizarre, je l’aurais volontiers appelé Bleuet, bien que l’étymologie ne fût pas la même que bluette. Je pris comme nom de plume mon seul prénom. C’était facile à retenir.
Lors de la parution de mon premier livre, j’entendis plusieurs fois prononcer le mot de « courage ». Ce terme me surprit car je n’avais aucune conscience d’avoir été courageuse. Les
gens se trompaient : ils croyaient que j’avais de l’audace de dévoiler ma vie, ou ce qu’ils croyaient être ma vie, aux yeux de tous. Ils ne me jugeaient donc pas comme une romancière. Or il n’y avait aucun engagement de quelque nature que ce fût dans mon roman, seulement ce que je jugeais être une belle histoire.
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