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Proserpine et la Providence

De
147 pages
Proserpine, reine des enfers, adorée et crainte, comme la vérité. Et la Providence, ce qu’il advient ou ce qui provient, ce que Dieu décide. Lecteur, lis donc ce roman comme il se doit, avec crainte et adoration, car la Vérité est plus inaccessible que le plus haut sommet. Elle revêt bien des apparences, et en empruntant le chemin qui y mène, tu trouveras des embûches, des obstacles, des énigmes qu’il te faudra résoudre, et des faux semblants pareils à des mirages qu’il te faudra démasquer.
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CHAPITRE 1 Il est des hasards fortuits, des rencontres improbables dont on aimerait qu’ils n’eussent jamais existé. Qui, comme moi, aura éprouvé dans sa chair, cela, ne pourra que croire ou à la destinée, ou à la fatalité, car aussi bien l’une serait l’itinéraire, l’autre en serait le terminal ! Voilà à peu près l’état de mes pensées, ou du moins devrais-je dire l’état où mes pensées m’avaient amenées, à l’instant même où, un vent glacial m’obligea à relever le col de mon manteau, et à quitter le no man’s land de mes rêveries. L’endroit où je me trouvais, était lugubre, puisqu’il s’agissait d’un cimetière, au demeurant fort bien entretenu, puisqu’on ne pouvait relever aucune mauvaise herbe, tout était d’une impeccable rigueur ; des allées de gravier blanc se répandaient avec une obsédante et parfaite harmonie ; aucune concession ne semblait dater (bien que ce ne fût pas le cas) de plus de quelques décennies, tant l’entretien des tombes était soigneux. Chaque monument était toujours propre, tantôt décoré, ou fleuri de manière dispendieuse, tantôt avec sobriété, mais toujours avec goût. A l’entrée du cimetière, je m’étais arrêté devant une plaque de marbre veineux, rivé au mur attenant à la garderie, et où l’on pouvait lire : «LA MORT EST UNE DES CONSTANTES DE L’UNIVERS, ENCORE UN INSTANT, ET TU AURAS TOUT OUBLIE, ENCORE UN INSTANT , ET TOUS T’AURONT OUBLIE. » Ceci m’avait plongé dans une profonde stupeur, mais sans savoir si, c’était une stupeur vaporeuse, ou celle de l’effroi ! Mais, à l’instant ce qui me préoccupait, et ce sur quoi se portait mon intérêt c’était la tombe de l’Abbé Jean
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Pinard, qui était, elle, d’une grande simplicité pour ne pas dire austérité, entendu que cette double qualité saillait parfaitement au personnage public, et corrélait certainement son peu de famille restante. Je pensais alors que mon travail de recherche n’en serait que plus facile et, qu’à l’évidence cette piste était la plus fiable. Je pris donc soin de noter in extenso, (c’est à dire le peu de chose) ce qu’il y avait d’inscrit sur la stèle dans un carnet souple qui ne quittait jamais la poche de mon manteau, et que je considérais aussi bien comme un outil de travail, que comme une amulette : «ABBE JEAN PINARD 1916-1994 PAROISSE DE RETHEL REQUIESCAT IN PACE ». Le vent hivernal redoublait de fureur, et on entendait ses cris dans les bras de peupliers lointains, et on sentait sur ses lèvres et ses joues, la morsure glaciale. Je décidai de prendre la route pour Rethel.. La voiture toussota un peu. Le ciel, d’un bleu acier uniforme menaçait. Je laissais derrière moi la tombe de l’Abbé Pinard, et le petit cimetière carolomacérien. Les quelques dizaines de kilomètres qui me séparaient de Rethel, décrivaient un paysage changeant. Du massif forestier ardennais, on progressait vers le dénuement le plus total jusqu’à de mornes plaines crayeuses, qui préfiguraient la Marne. La lumière était désormais, à l’instar du décorum, d’un blafard cadavérique. Et tout au fond d’une cuvette, ceinte de champs labourés avec géométrie, cette ville perdue. Je n’eus aucune peine à trouver la maison paroissiale, tant la bourgade, elle-même était pauvre d’attraits ! Une longue rue droite traversait la cité, pour aller on ne sait où ; un moignon de rue piétonne, avec ses quelques commerces, partait sur la gauche ; et fait surprenant, sur une petite place plantée de marronniers, à
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côté de l’église, un petit hôpital de proximité avec sa maternité. Et, bien sûr, non loin de là, l’endroit que je cherchais. Par chance, ou par hasard , le Père Verstraeten était là. C’était un homme, d’une cinquantaine d’années, robuste, avec des mains larges et puissantes . Ses cheveux poivre et sel, étaient drus et placés sur la gauche, par un peignage exigeant. Sa voix était un peu nasillarde, et son ton monocorde allait à merveille à sa fonction, il me parla sans détour. «J’ai bien connu le Père Pinard .» me dit-il, «C’est moi qui ai repris sa paroisse ; j’ai à ma charge cinq communes, dans lesquelles j’officie à tour de rôle.» Sur quoi il me fit le détail, de son exercice, « ses joies et ses peines », pour en venir à l’Abbé Pinard, et ce qui selon lui, avait constitué l’origine de sa vocation. Il m’apprit, que le père dudit curé était mort dans les tranchées du côtés de Verdun, pendant la Grande Guerre, qu’ensuite Pinard avait été marié, mais que sa femme était morte des souffrances de ses premières couches. « C’est peu après qu’il a prononcé ses vœux. » Or le Père Pinard, toujours selon l’Abbé Verstraeten, ne s’était jamais vraiment remis du décès prématuré de son épouse, et il me confia que « la dive bouteille était devenue sa maigre consolation. » et d’ajouter « qu’il aurait mieux fait de se tourner vers Dieu, car dans chaque épreuve le Tout-Puissant est là ! » Aussi palpitante que fût la biographie du défunt curé, ce qui m’amenait, c’était le dossier Lydie Bertin. « J’en ai entendu parler. » me dit l’Abbé, dont le visage s’était fermé, et la voix assourdie. « C’était en automne 1993, un an avant la mort de Jean. Il vint me voir à mon ancienne adresse, et l’homme qui passa ma porte, était méconnaissable, son visage d’ordinaire confiant, semblait en proie à mille tourments, le regard hagard, cherchait, partout dans la pénombre de cette soirée
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automnale, quelques formes ou personnages, son souffle, même était rapide et syncopé. C’est alors que j’eus à entendre la plus terrible des confessions ! Je retins son nom, Bertin, et son prénom ; pour le reste …». Le récit me glaça, non par son contenu, mais par sa forme ! C’était un imbroglio de citations de la Bible, d’expériences vécues, dont j’avais du mal à appréhender la teneur, et d’une langue inconnue qui sortait de son gosier, en spasmes et éructations. Sa voix s’infléchissait au gré du récit, parfois sourde et caverneuse au point qu’on devait tendre une oreille attentive, parfois hurlante, ou gutturale … Le pauvre homme semblait comme possédé, et la terreur l’envahissait ; et moi l’angoisse me paralysait ! », le Père Verstraeten fit une pause, « Mais toujours revenait dans sa bouche, comme une scansion ; ce nom et ce prénom ! » En sortant de la maison paroissiale, et livré à cette ville fantomatique, je sentais, moi aussi, les marques de cette aventure où sourdait une angoisse irrationnelle. Pour la demi-heure de route qu’il me restait, j’appréciai le confort de ma berline, et de m’allumer une cigarette. Reims était toute proche ; j’avais faim et sommeil. Je décidais d’y chercher gîte et couvert. C’est tout près de la belle cathédrale gothique, rue Libergié, que je trouvais mon bonheur, au bord du parvis un petit hôtel-restaurant, me séduisit. Et c’est devant une bavette à l’échalote frites, et la grande porte, et son Ange au sourire, que je m’abandonnais aux délices du farniente. La chambre était coquette et confortable, j’eus un peu de mal à m’endormir, mais ma nuit fût de qualité . Le lendemain, je devais voir un psychanalyste, nommé Desmons. Le cabinet de ce dernier se trouvait en plein centre-ville, entre un magasin de chaussures de modes, et un marchand d’articles et linge de maison. Sur le mur, à côté
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