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Le jour de ses 20 ans, David Kincheur croise le chemin de Thomas Anderson... Hasard ? Destinée ?
Argent, pouvoir, drogue, prostitution : ces concepts sont abstraits pour la plupart des gens, mais David va embrasser la réalité et ce qu'elle a de plus sordide. Basculer dans l'illégalité lui apportera un quotidien hors norme mais la médaille a toujours un revers, et les blessures du passé, à peine cicatrisées, s'ouvriront à nouveau. Poursuivi par des tueurs à gages, il devra se battre pour sa vie, faire la lumière sur son passé et se venger des responsables de la disparition de sa petite sœur Kattie, survenue quelques années plus tôt.


Publié le : vendredi 25 juillet 2014
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EAN13 : 9782332779397
Nombre de pages : 276
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-77937-3

 

© Edilivre, 2014

1

Je venais de sortir de boîte de nuit, le Kharma, et le mien était plutôt bon jusqu’à présent.

C’était une petite boite parisienne du septième arrondissement.

Cinq salles à thèmes musicaux différents, dix bars, deux par salle pour éviter d’avoir à traverser la piste avec son verre au risque de faire chier tout le monde en le renversant par terre, ce qui était plutôt bien pensé, pour une surface totale de huit-milles-deux-cents mètres carré.

Paris, ce lieu touristique très prisé des romantiques, qui de jour, est la ville des amoureux qui a inspiré de nombreux artistes, à la nuit tombée devient celle de la luxure et de la dépravation servant de décor à des scènes qui feraient rougir les acteurs des soirées libertines et des orgies les plus folles des siècles précédents.

À mon bras une jolie blonde mesurant approximativement un mètre soixante-quinze, qui devait avoir environ dix-neuf ou vingt ans, peut-être un peu moins peut-être un peu plus qu’importe, en tout cas elle était beaucoup plus vieille que la gamine de quatorze ans maquillée comme une voiture volée qui m’avait mis la main au cul deux heures auparavant.

Les jeunes de nos jours…

Avant c’était leur scooter qui était débridé, maintenant c’est leur sexualité. En tout cas celle que je ramenais chez moi avait largement dépassé la majorité sexuelle. Bien entendu je ne lui avais pas demandé de me sortir sa pièce d’identité de toute façon j’en avais pas besoin je ne fais jamais d’erreur, à quelques mois près, quand il s’agit de deviner l’âge des gens. Et puis je ne pense pas me tromper en affirmant que lorsque l’on a une touche avec une jolie fille, la première question qu’on lui pose est : « Êtes-vous majeure mademoiselle ? »

Elle avait les cheveux longs, ils lui arrivaient en dessous des épaules, de jolis yeux noisette, un petit nez pointu souligné par une bouche légèrement pulpeuse. Elle était mince avec des mensurations très correctes, le tout dans un chemisier blanc transparent laissant apparaître nettement un soutien-gorge noir en dentelle. Pour le bas c’était mini-jupe très courte collant noir et chaussures à talons, Dolce & Gabbana, sûrement une contrefaçon mais de très bonne qualité car cela ne se voyait en aucune façon. Une jeune fille belle et provocante loin d’être sage mais pas non plus le genre grosse salope allumeuse.

Vanina, jolie prénom, j’avais supposé intérieurement que ses parents, ou au moins l’un des deux, étaient fan de ce chanteur français des années 80 qui faisait fureur à son époque, Dave. Mais peut-être aimaient-ils juste cette chanson ou peut-être qu’il n’en était rien. L’une de ses aïeules s’appelait peut-être ainsi. En tout cas ce prénom n’était pas très courant et il sortait bien de quelque part.

Elle était parfaite et elle était avec moi, j’étais plutôt bien foutu et je savais y faire avec la gente féminine alors j’en profitais.

En même temps c’était mon anniversaire et pour ce fait, je venais de me taper une bouteille de Jack Daniel’s offerte par la maison, ainsi que quelques verres avec un parfait inconnu qui m’avait invité à sa table et m’avait confié sa carte professionnelle, Monsieur Anderson, ce qui m’avait empli d’une confiance en moi à toute épreuve.

Même si ce sentiment de supériorité ne durait seulement que le temps que mon corps assimile ce breuvage c’était amplement suffisant pour profiter de la soirée.

De toute façon ce n’était pas la seule chose que j’avais bue. Juste avant de rentrer en boîte, c’était bière et vodka à l’herbe de bison édition limitée, vous savez avec le beau manteau de fourrure.

C’était plutôt cool comme endroit, la règle de la maison était « distingué mais pas trop », « viens pas en costard mais pas non plus en survête », en général il n’y avait pas de problèmes, les gens boivent s’amusent draguent baisent un peu dans les chiottes de temps en temps, en réalité assez souvent c’est pour ça qu’il y avait toujours la queue, soit pour ça soit pour un mec ou une nana qui supporte mal le verre de trop mais en général ces gens là sortent de la boîte avant de renvoyer tout ce qu’ils viennent d’enquiller comme verres, quelques fois il y a un type dans le lot qui a l’alcool mauvais et qui commence à semer les graines de la discorde dans l’esprit des gens environnants mais les vigiles étaient assez efficaces et le problème était réglé en moins de deux.

En plus ce soir-là, Moussa, Hamidou et Cyril étaient présents. Trois mecs super baraqués, un mètre quatre-vingt-quinze quatre-vingt-dix kilos de muscles et qui savaient se battre en plus. Quant au quatrième, je ne savais pas qui c’était, un petit nouveau sans doute.

Oui je connaissais la plupart des videurs qui bossaient ici, ça aide parfois, et il faut dire que j’étais plutôt bon client.

En tout cas avec ces gars-là dans les parages tout devait bien se dérouler.

Il n’y avait pas à redire c’était un lieu de perdition assez chouette.

Une demi-heure plus tôt, j’étais au milieu de la piste avec mes potes et d’autre gens que je ne connaissais pas et parmi eux cette fille et un quart d’heure après j’étais dans dans les toilettes pour femmes dans cette fille.

Après ça on avait décidé de rentrer pour remettre ça et après avoir été saluer mes amis et elle les siens nous nous étions dirigés vers les vestiaires pour récupérer nos vestes puis nous étions sortis en saluant les videurs.

Après quelques pas pour m’aérer un peu j’aperçus une silhouette qui poussait des gémissements, de petites plaintes presque inaudibles, dans un premier temps je pensai que ce gars avait trop abusé de la boisson mais je préférai m’assurer qu’il allait bien, ou à défaut, pas trop mal.

Cette ombre qui allait bientôt rejoindre son royaume était un individu de sexe masculin et ce fut en avançant encore, en m’approchant bien plus près, que je pus constater que cet homme d’une cinquantaine d’années était celui qui, escorté par deux jolies jeunes femmes, bien plus jeunes que lui, m’avait souhaité un joyeux et jouissif anniversaire et m’avait invité à sa table deux heures auparavant, Monsieur Anderson.

Il était très élégant, même carrément classe, les cheveux gris argenté, visage très peu ridé, trop peu pour être naturel il avait dû recourir au bottox à plusieurs reprises. Il devait peser quatre-vingt kilos pour un mètre quatre-vingt, bien que gisant recroquevillé sur le sol il paraisse plus petit. C’était le genre de type qui fait attention à son image, pas non plus un métro sexuel, juste un type normal qui était bien dans son corps, bien dans sa tête et qui voulait plaire à toutes les femmes. Son corps était plutôt musclé, résultat obtenu avec plus qu’une petite séance de développer-coucher tout les dimanches avant d’aller à la messe même si je pense que le genre de bonnes sœurs qu’il devait avoir dans ses relations étaient plutôt tarifées à l’heure et travaillaient sans doute pour lui.

Une fois à ses côtés, je vis un autre homme, bien plus jeune, environ vingt-cinq ans, dont je n’avais pas remarqué la présence car sa position était dissimulée par le seule arbre présent sur un kilomètre à la ronde, qui, comme par hasard, était à cet endroit précis masquant le méfait qui était en train de se dérouler en toute impunité.

Comme si cet arbre devait être là pour ce moment précis, pour permettre un acte des plus lâches, s’attaquer à un homme à terre, sans défense et en train d’agoniser pour couronner le tout et cela afin de lui subtiliser son portefeuille.

D’entrée, cet individu nous somma de dégager de là car ce n’étaient pas nos affaires et s’avança vers moi. Lorsqu’il vit que je ne bougeais pas. Il se rapprocha de moi à vive allure et me bouscula fortement.

– Hé connard t’as un problème ? Je t’ai dit de te casser de là à toi et ta pute t’es sourd ?

Il était tellement près que je pouvais sentir son eau de toilette, la marque au crocodile comme pas mal de racailles qui veulent se la jouer beau gosse alors qu’ils passent leur temps en survêtement.

– Absolument pas ! lui dis-je en soutenant son regard et en reculant un pied pour me mettre en début de garde et me préparer à agir comme il le faudrait.

– Alors tu veux crever bâtard ? C’est ça ?

– Moi non mais toi il semblerait vu que tu m’as manqué de respect !

– Encul…

Il commença une insulte tout en reculant son bras pour me frapper mais je ne lui laissai pas le temps de terminer ni ce qu’il allait dire ni son action. Je lui décochai un direct du droit dans la gorge pour lui écraser la trachée mais pas trop fort non plus pour ne pas le tuer car c’est un coup mortel. Il tomba à genoux pendant trois secondes et ne pouvant plus respirer il allait tomber à terre, mais trouvant sa chute trop longue je lui vins en aide en lui assénant un coup de pied retourner en pleine tête et il tomba sur le sol inanimé. En temps normal je me serais contenté du coup de poing mais cette ordure avait bien mérité une leçon.

Une fois la correction de cet enfoiré terminée, je rejoignis Vanina qui était restée au chevet de l’homme qui était allongé sur le sol, et en avait profité pour appeler les secours.

Étrangement, il ne se tenait pas le ventre et n’avait pas non plus les doigts dans la bouche pour se faire vomir comme le font certaines personnes trop imbibées, et croyez-moi, pour l’avoir expérimenté je peux garantir que cela fonctionne, non là il avait une main posée sur l’un de ses genoux et l’autre au niveau du cœur.

Il voulait dire quelque chose, ses lèvres bougeaient mais les sons avaient du mal à sortir.

Je me rapprochai doucement au-dessus de sa tête et au moment où j’arrivai à sa portée, il me saisit par le col et me prononça quelque chose de presque inaudible à l’oreille avant de s’effondrer sur le sol.

« 69 boulevard des Belges » et « lapin », pour une confession au seuil de la mort c’était plutôt étrange.

Je m’attendais plus à un « dites à ma femme que je l’aime » ou « dites à mes enfants que je les aime » ou à la limite « dites à mon bichon maltais que je l’aime », j’aurais compris mais là cela ressemblait plus à une adresse ou à un titre de porno dont le pseudo de la star du film serait Lapin…

2

Cinq, quatre, trois, deux, un « Hells bells… »

Ça c’est de la sonnerie pour un réveil.

Comme toujours j’ai fait surface avant qu’il ne me ferre de mon océan intérieur à grands à-coups de canne mélodieuse.

Les nuits se suivaient et se ressemblaient à part pour la sonnerie, le matin venu, qui servait plus à m’indiquer l’heure qu’à me réveiller. Je la change régulièrement pour ne pas me lasser et lorsque l’on aime la musique c’est quand même plus agréable d’être tiré du sommeil avec une bonne chanson qu’un bip bip de merde qui se répète a l’infini si vous ne le coupez pas. Certaines personnes aiment se réveiller avec la radio mais ce n’est pas mon cas.

Et puis de toute façon si c’est pour écouter des blagues de merde, qui n’ont de blague que le nom, balançées en vrac par des gros cons qui se disent humoristes alors qu’ils ne font que raconter le journal télévisé en prenant un ton de beauf quand le leur ne l’est pas déjà, ou écouter des infos dont tout le monde se fout royalement, des histoires sans intérêt qui servent juste à garder la populace en laisse pour qu’ils ne prennent pas conscience de ce qui les entourent vraiment et ne se posent pas de questions utiles, qui pourraient améliorer le quotidien de chacun et faire avancer la race humaine.

Non ce serait trop beau.

Les humains régressent et ça ne va pas en s’améliorant.

Je le reconnais, j’ai du mal avec les gens, en même temps ils font tout pour être détestables au possible. Pourquoi je devrais aimer des gens stupides qui ne voient pas plus loin que leur petite vie de merde métro, boulot, dodo comme on dit, et surtout chacun pour sa gueule.

Je suis d’accord, il y a tout de même, en ce monde, des gens qui se soucient des autres, qui veulent aider leur prochain, mais ces gens m’énervent aussi parce que leurs actions ne servent pas à grand chose ; ils pensent être à part des autres alors qu’ils font partie intégrante du système, ils ne se rendent pas compte de ce système, cette matrice qui nous tient tous et dont il faut nous affranchir pour que nos actions servent a quelque chose.

J’espérais ne pas terminer comme tous ces moutons adeptes du quotidien sans surprises et qui, quand elle vient, accepte leur fin sans pouvoir dire « J’ai vécu ».

Parfois je me dis que je fantasme un peu trop, que je me fais trop de films, ou de séries, parce que les histoires que j’imagine pourraient facilement remplir 22 épisodes de 40 minutes de la saison d’une série. Le problème c’est que je ne pourrai jamais rien changer si je ne devenais pas quelqu’un d’important et pour ça, puisque je ne suis pas né dans une famille blindée de thunes j’étais obligé de passer par la case étude.

– David, debout il est l’heure, tu vas être en retard si tu ne te lèves pas tout de suite.

– Je suis réveillé c’est bon merci pas la peine de gueuler je me lève.

Ha oui au fait moi c’est David Kincheur j’avais 19, ans enfin encore seulement pour quelques heures parce qu’à minuit je prenais 20 ans.

L’année suivante je devais commencer des études de psychologie à la fac du coin, pas que ce soit la meilleure fac du pays, loin de là, mais c’était pratique parce qu’elle n’était pas très loin et je n’avais pas envie d’être totalement dépaysé. Et ce qui était génial c’est que j’aurais mon propre appartement sur Rouen, ce qui n’est pas trop tôt parce qu’honnêtement je n’en pouvais plus de vivre ici avec ma mère qui était sans arrêt sur mon dos parce que je vivais seul avec elle depuis l’âge de 14 ans.

Après la disparition de Kattie ma petite sœur âgée de 8 ans, il n’avait pas fallu longtemps à mon père pour devenir alcoolique et se foutre en l’air un soir où il avait un peu trop noyé son chagrin dans le whisky, nous laissant seuls ma mère et moi.

Dans l’ensemble on s’en sortait bien, elle avait décroché un petit job de caissière à mi-temps et faisait également des réunions pour une grande marque d’ustensiles de cuisine en plastique plus quelques heures de serveuse dans un petit bar-restaurant.

Quant à moi je vendais des trucs sur internet, un peu d’import export, jeux vidéos, DVD’S, matériel de sport, et des vêtements de marque ainsi que diverses petites choses et je proposais également des services d’aide à la personne et cela m’avais permis d’économiser pas mal d’argent. Suffisamment pour me laisser le temps de m’installer confortablement et de commencer mes études avant d’avoir besoin de bosser à nouveau. Mais bon, la vente étant devenu un hobby, je pensais continuer dès que la connexion internet de mon appartement aurait été installée. Nous étions en juin, la fin du mois, j’emménageais le premier septembre, sachant que la ligne de la future ex-locataire avait été résiliée et que la demande à mon nom avait été faite, et vu qu’en général ces enfoirés de fournisseurs d’accès sont pas pressé, j’allais pouvoir retourner sur la toile bien après Halloween, peut-être même pour Noël. En attendant, si j’avais besoin je pourrais toujours squatter un cybercafé ou une bibliothèque, ou, avec un peu de chance, j’allais capter la wi-fi de mes futurs voisins et espérais que ceux-ci ne soit pas trop cons.

J’avais poussé la couette rapidement sous un élan de motivation d’origine inconnue et m’étais assis sur mon lit. Je fouillais à tâtons le linoléum gris cassé et un peu froid du sol de ma chambre à la recherche de mes chaussons perdus et ne mis pas longtemps à les retrouver. En même temps, pour perdre des chaussons à l’effigie d’un dinosaure vert, le compagnon du plus célèbre personnage de jeu vidéo du monde, faut vraiment pas être soigneux. Ou avoir chez soi un portail qui relierais notre monde à celui des lutins, gnomes et autres farfadets voleurs d’objets ou qui tout simplement les déplacent pour s’amuser comme il le font régulièrement avec les clefs de voitures ou de maisons.

Encore un délire abracadabrantesque douteux alors que je venais de me réveiller.

– David tu vas être en retard ! s’écriait ma mère en passant à côté de ma porte, qui ne m’isolait que physiquement tant sa voix porte loin.

Peu importe la pièce dans laquelle elle se trouvait, je l’entendais toujours.

Heureusement que j’ai plusieurs paires d’écouteurs. Quelle magnifique invention.

Allez, il était temps de bouger un peu sinon j’aurais vraiment était en retard ou alors je n’aurais pas eu le temps de déjeuner. Une fois mes chaussons enfilés et mon corps debout je me mis à bailler en m’étirant. Le truc à ne pas faire dans le lit sinon je perds à coup sûr l’envie de me lever.

Tout autour de moi, les posters de groupes de rock, de manga, de séries et de films reflétaient mes goûts et mes passions, enfin une partie seulement parce que nombreuses sont celles-ci.

Et soudain il me passa par la tête que je devrais faire la décoration de mon appartement et que je pourrais y crocher ce qu’il me plairait, et pourquoi pas dessiner sur les murs.

Je sortis de ma chambre et pris la direction de la salle de bains pour aller prendre une douche qui me ferait le plus grand bien, puis retour dans la chambre pour choisir une tenue vestimentaire classe et originale. Au bout d’une longue réflexion poussée d’environ dix minutes, j’optai pour des chaussettes et un boxer Playboy, un jean Diesel gris délavé, un débardeur et une chemise blanche de la même marque et enfilai le tout sans plus tarder.

Après avoir englouti mon bol de céréales je pris la route pour aller au lycée.

3

La journée se terminait à 15H30 et s’était passée sans embûches bien que la dernière heure ait eu du mal à nous laisser partir.

La sonnerie se faisait attendre, TIC TAC TIC TAC TIC TAC…

Une heure de cours est toujours longue mais lorsque celle-ci est la dernière de l’année elle semble interminable. Une heure est une heure, qui est soixante minutes, qui est trois mille six cents secondes mais tout est relatif, le temps passe de la manière dont on le perçoit. Il peut être différent pour chaque individu et peut même différer pour une même personne selon les facteurs présents, tel que la fatigue, le stress, l’impatience ainsi que bien d’autres, mais quoi qu’il en soit, le temps passé à attendre avait été plus long que le temps restant à patienter jusqu’à cette foutue sonnerie…

« DRIIIIINNNNNG ».

Ce signal béni retentissait enfin, ce n’était pas trop tôt.

Dans sa continuité, le bruit des étudiants, qui pouvait être comparé à celui d’un troupeau de buffles en rut, prenait momentanément en otage ce couloir au long passé de pas pressés, ou pas, pour un court instant.

Il marquait à la fois une fin et un début, celle d’une année passée à étudier des choses plus ou moins intéressantes, enseignées par des professeurs pas souvent très enthousiastes à l’idée de se lever le matin pour aller faire leurs job, tout ça pour quoi ? pour qui ? pour des élèves qui n’en ont, pour la plupart, rien à foutre. Heureusement que certains ont quand même plaisir à recevoir la connaissance sinon ces pauvres élus de l’Éducation nationale n’auraient plus qu’à se tirer une balle dans la tête, déjà que dans ce lycée bon nombre d’entre eux étaient en dépression nerveuse, de tout façon c’est partout pareil, dur métier que celui d’être prof…

Et le début des vacances d’été, depuis le temps qu’on attendait ça.

Enfin bon chaque fois c’est pareil une fois que les vacances sont là on s’ennuie rapidement on voit moins ses amis car beaucoup partent en « vacances en famille », notre vie sociale n’est plus la même, elle est en suspens jusqu’à l’année scolaire suivante.

Il est vrai que l’on fait des rencontres durant ce sursis, de nouveau amis avec lesquels le contact se perdra une fois le retour à la routine et également des amours d’été, beaux et purs car éphémères.

Les habitudes qui s’installent chez les couples de longue durée n’ont pas leur mot à dire, n’ont pas le temps d’éclore.

Il n’y a de place que pour la passion du moment, vouloir en profiter le plus possible car souvent la provenance des deux personnes est souvent éloignée de pas mal de kilomètres.

Je me souviens d’une fois, lorsque j’étais plus jeune, âgé d’une dizaine d’années j’étais en vacances en Bretagne avec mes parents et ma sœur Kattie je m’étais ouvert le pied en faisant du vélo quelques jours avant le départ et je ne devais pas me baigner à cause des fils mais je l’avais quand même fait et c’est cette année là que j’avais vaincu ma peur de l’eau, enfin pas complètement, juste ce qu’il me fallait pour nager et faut dire que jusqu’à ce moment je n’avais pas été beaucoup aidé puisque mon maître nageur était un connard sadique qui détestait les enfants et qui, lorsque l’un deux manquait de se noyer, s’en délectait au plus haut point.

Encore un qui n’avait pas dû être très heureux dans son enfance, mais bon, ce n’est tout de même pas une raison pour devenir si antipathique envers les gosses.

Mais revenons à cette fille, elle s’appelait Amandine elle était vraiment très belle et avait un an de plus que moi je crois.

Moi j’étais en caravane et elle en tente avec ses parents sur l’emplacement juste à côté du notre. On jouait aux jeux vidéo dans la petite salle d’arcade du camping et elle me battait à chaque fois. Il y avait d’autre garçons en vacances ici, des garçons de son âge même un peu plus vieux mais c’était avec moi qu’elle aimait être et puis de toute façon les filles sont toujours plus matures que les mecs mais je fais exception c’est peut-être ça qui l’attirait. On se plaisait l’un l’autre mais la timidité de l’âge a fait que l’histoire n’a pas décollé alors qu’il y avait tous les éléments pour. Si ça s’était passé quelques années plus tard cela aurait été différent bref, elle est retournée en Belgique et moi en Normandie et on ne s’est jamais revu mais je ne l’oublie pas…

Je rassemblai mes affaires et les glissai dans mon sac sans vraiment les ordonner, le plus pressant était de sortir de cette salle puis de l’établissement pour pouvoir réaliser que c’était, bel et bien, les vacances. Mes affaires dans mon sac, je le fermai en me levant. J’enfilai ma chemise par dessus mon débardeur, ainsi que mon chapeau Puma, et mes lunettes de soleil Ray Ban noires, que j’avais ajoutés à ma tenue avant de sortir. On a la classe ou on ne l’a pas. Je me frayais un chemin parmi les personnes restantes, celles qui discutaient avec les profs et qui obstruaient bien évidement le passage vers une liberté éphémère.

Il m’arrivait de temps à autre de rester un peu mais l’appel de la liberté…

Un petit signe de la main de ma part a Mademoiselle Larichet, cette petite rousse d’un mètre soixante-cinq aux cheveux longs bouclés, très mignonne avec ses petites tâches de rousseur très effacées, à peine visibles sur son visage fin, tout a fait mon genre, mais en fait mon genre est assez vague c’est juste que j’ai un faible pour les rousses et cette femme était adorable, le genre de femme que l’on a envie de serrer dans ses bras pour la protéger des dangers du monde.

Elle, arborait un sourire, elle m’appréciait et c’était réciproque pas besoin d’en faire trop, de toute façon j’avais son numéro, elle me l’avait donné au cas où j’aurais des questions au sujet d’un cours mais ce n’était pas pour ça que je l’avais accepté d’ailleurs je ne suis pas sûr que se soit vraiment pour cela qu’elle me l’avait donné.

Beaucoup couraient vers la sortie, mais moi je préférais marcher ce qui me permettait d’admirer les lieux une dernière fois, enfin, je veux dire par là en tant qu’élève de l’établissement car « I’LL BE BACK », certaines de mes connaissances redoublaient leur année alors une petite visite a l’occasion…

Ça y est la grille était franchie, je marquai un temps d’arrêt. Je me tournai pour contempler ce lieu de culte à l’éducation avec lequel il y avait eu une acceptation mutuelle contrainte durant quatre ans puis direction maison.

Sur le chemin du retour c’était textos aux potes pour organiser un petit truc pour la soirée, la dernière année de lycée était terminée et je comptais bien fêter ça dignement.

En plus je fêtais également mon anniversaire, c’était donc une double fête qui se profilait à l’horizon. Çà, c’était un putain de pied !

4

Un peu avant de rentrer chez moi, à peu près aux deux tiers du chemin, sur la place de la mairie, mon attention fut captée par une espèce de caravane qui avait l’air d’avoir pas mal vécu. Elle avait dû être blanche par le passé c’est-à-dire vers la fin des Sixties.

Elle avait dû être achetée par une bande de hippies fumeurs de hashish et repeinte d’une couleur fluo de très mauvais goût avec des pâquerettes dessinées ça et là. Les hippies avaient parcouru le pays avec, puis ayant fondé une famille et acheté une maison ils la sortaient occasionnellement pour les week-ends et les grandes vacances.

Par la suite après une promotion bien méritée nos deux babas cools pouvant se permettre de louer un mobile-home pour les vacances, prirent la décision de la vendre au rabais à des bohémiens puisque la pancarte à côté de celle-ci disait : « Madame Esmhéa vous révèle ce que vous voulez ou ce que vous devez savoir ».

Cela pouvait être une bonne expérience. C’était le genre de truc que je n’avais jamais essayé. Après tout, je ne pensais pas que ça puisse faire du mal. En revanche ce qui m’emmerdait c’était que ce genre d’attraction est une putain d’escroquerie. Ces diseuses de bonne aventure soutirent de l’argent à des personnes fragiles. Bon si ces imbéciles qui gobent tout et n’importe quoi et qui sont près à débourser des mille et des cents pour une prestation plus que douteuse je dis tant pis et même bien fait s’ils se font arnaquer ils n’ont qu’à être moins cons. Mais lorsqu’il est question de personnes n’ayant pas beaucoup d’argent, des gens qui sont près à se serrer la ceinture parce qu’ils aimeraient qu’on leur apporte des réponses, des gens qui ont besoin d’espoir je trouve cela vraiment répugnant.

Mais bon je suis quelqu’un d’averti je savais dans quoi je me lançais alors je décidai d’essayer. C’était de la curiosité rien de plus et puis de toute manière si le prix était trop élevé je pouvais toujours refuser.

Arrivé à la porte de la caravane je frappai trois fois et elle s’ouvrit.

A ma grande surprise ce ne fut pas une vieille femme toute ridée qui en sortit mais une jeune femme d’une trentaine d’années à peine. Moi qui pensais qu’il fallait avoir la cinquantaine bien tassée pour vivre dans une roulotte et arnaquer les gens dans les fêtes foraines je faisais une grossière erreur ou alors elle avait un putain d’anti-rides magique made in Roumanie.

Ou alors ce n’était pas une voyante extra-lucide et le panneau n’était en réalité qu’une simple couverture pour une activité de péripatéticienne à son compte.

– Intéressé ? me demanda t-elle d’un air peu enthousiaste.

– C’est vous la voyante, lui répondis-je, vous devriez le savoir.

J’avais toujours rêvé de balancer ça à l’une de ces arnaqueuses mais je m’en excusai auprès d’elle aussitôt.

Cette femme n’avait ni les traits ni l’apparence qu’ont ces femmes à l’accoutumé. Elle en avait juste les vêtements et encore c’était assez soft, bandana rouge sur ces longs cheveux de jais et ensemble en jean Levis pas vraiment l’image même du cliché.

La séance ne dura pas longtemps, peut-être 5 minutes, à peine. Les deux seules choses qui ressortirent de cette rencontre furent le fait qu’elle ne m’ait pas fait payer et que, d’après elle, cela ne servait à rien de venir la voir maintenant car elle devait guider les gens et que ma vie allait changer rapidement. Que le processus avait déjà commencé et que par conséquent pour l’instant je n’avais pas besoin d’aide.

Plutôt étrange cette femme mais bon au moins j’ai gardé mon argent.

Après l’avoir remerciée je repris le chemin pour rentrer chez moi tout en me posant des questions sur la probabilité que cette femme ait pu réellement détenir quelques pouvoirs paranormaux qui lui permettaient de voir l’avenir et cela m’occupa durant la distance qui me séparait de chez moi, enfin ça et « textoter » mes potes Alexandre, Joffrey, Florent et Florian pour leur rappeler la soirée prévue une semaine auparavant et leur dire également de se pointer vers 20H30.

Après être rentré je décidai de me reposer une heure et m’allongeai sur mon lit tout habillé, il était 17h30 et je m’occuperai de ma tenue de ce soir à mon réveil. J’aurai suffisamment de temps après puisque je n’avais que ça à faire. Ce soir je ne mangerai rien, pas faim, de toute façon je dois être monté à l’envers. Il est conseillé de manger lorsque l’on fait la fête histoire d’avoir un truc qui nous tient au corps pour supporter l’alcool mais pour moi c’est l’inverse, si j’ai quelque chose dans le ventre je gerbe et si je n’ai rien mangé je peux absorber une quantité monstrueuse d’alcool. Et sachez que ça ne marche pas que sur la tise, pour le cul aussi, en général les mecs tirent un coup et s’endorment moi si je suis fatigué, un plan cul et je suis en forme. Pour certains c’est la red bull pour moi c’est la raide boule…

Deux heures passèrent comme ça puis une forte vibration vint me sortir de mon sommeil.

Je me retournai pour me mettre sur le dos, me frottai les yeux puis sortis mon petit bijou de technologie de ma poche, bijou parce que vu le prix qu’il m’avait coûté j’aurais pu avoir une chaîne en or dans une bijouterie et de luxe qui plus est. Mais pour me consoler j’aimais penser qu’il n’était pas en plastique mais conçu dans un alliage extra-terrestre, qu’il avait résisté à une chute d’un vaisseau spatial qui était en orbite autour de la terre pour une mission d’observation et qu’il n’avait pas, grâce à sa grande résistance, brûlé en pénétrant dans l’atmosphère de la Terre et avait été s’écraser dans un champs de maïs quelque part au Kansas toujours intact après l’impact et toujours sous couverture réseau même si l’opérateur se trouvait sur la planète Nibiru.

Il affichait vendredi 24 juin 2011 19H30.

BRRRRR, légère vibration, new message, sans regarder je savais déjà que c’était le « no-life »…

Personnellement je ne suis pas un mordu d’informatique, bien sûr, comme la plupart des gens je passe du temps sur mon ordinateur pour aller sur des sites, parler sur Messenger et les réseaux sociaux, regarder des vidéos ou encore écouter de la musique mais cela n’accapare pas tout mon temps.

Pour ce qui est des jeux en ligne du genre de World of Warcraft ou encore Second Life je ne suis pas trop fan, je ne trouve pas cela mal mais j’ai un peu peur que ça me prenne de plus en plus de temps et que je ne puisse plus m’en passer contrairement à ce type qui, lui, en est arrivé au point de ne plus sortir de chez lui.

Il dit qu’il a tout ce qu’il lui faut à portée de touches…

C’est une sorte de camé… Il ne sort pas de chez lui et n’a, par conséquent pas de « vie réelle », de vie concrète. Pour se nourrir, il fait ses courses sur internet et se les fait livrer sur son palier.

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