Psycho

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Thomas profite d’une faute d’inattention de la part du surveillant principal d’un centre psychiatrique pour prendre la fuite. Il s’apercevra très vite que la liberté a un coût. Poursuivi par l’inspecteur qui quatre ans plus tôt l’a arrêté pour meurtre, le cauchemar du jeune homme ne fait que commencer. L’intervention du médecin Clément Rousseau, psychiatre réputé, permettra-t-elle au fugitif de retrouver une stabilité ? Entre présent et passé, nous suivons pas à pas le parcours d’un homme à la recherche de sa véritable identité et d’un amour perdu.


Un thriller passionnant qui entraine le lecteur dans un labyrinthe infernal.


Publié le : lundi 10 novembre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782332754486
Nombre de pages : 374
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-75446-2

 

© Edilivre, 2014

Psycho

 

La trentaine élégante et parfumée, l’homme chargé d’un sac de voyage quitta les ruelles agitées et envahies par les touristes venus du monde entier visiter le grand monument pour prendre la direction de l’abbaye.

Il se présenta devant une immense porte d’entrée. Les murs de l’imposante bâtisse d’une hauteur immensurable paraissaient vouloir rejoindre le ciel.

Il sonna et attendit qu’on lui ouvre.

Par une petite trappe, un visage apparut. Il se présenta.

– Ah, c’est vous, je vous attendais. Entrez donc fit un homme revêtu d’une soutane blanche.

A l’intérieur, le silence du grand cloître imposait sa loi.

L’homme se fit guider en empruntant un escalier en colimaçon pour arriver deux étages plus haut. Sa démarche n’était pas sans rappeler que le temps avait pris le dessus sur son corps légèrement voûté.

Là, un long couloir desservait de chaque côté des chambres. On aurait pu croire un instant se retrouver dans un de ces vieux hôtels usé par les ans.

Devant l’une d’elles les deux hommes s’arrêtèrent.

– C’est ici fit l’homme à la soutane en ouvrant la porte en bois.

Les murs, habillés de lattes en bois, rendaient l’endroit assez chaleureux. Le plafond était recouvert d’une grande fresque religieuse. Le parquet brillant s’étendait sur toute la superficie du sol. Sur la droite, une alcôve abritait un lit une place éclairé par une fenêtre chargée de vitraux. Un placard de style ancien restait l’unique coin rangement. Juste à coté, un miroir encadré d’une bordure dorée était accroché au-dessus d’un petit lavabo aux marbrures vieillies par les années.

La pièce principale, beaucoup plus lumineuse, avait l’avantage d’être occupée par une grande table entourée de quatre chaises et d’un unique fauteuil faisant face à une grande baie vitrée. Une grande bibliothèque chargée de livres anciens se tenait dans un coin. Juste à coté, un petit piano droit sur lequel reposait un cadre photo. L’image, légèrement effacée par le temps, laissait apparaître deux visages.

Le religieux ouvrit la fenêtre et invita son visiteur a profiter de la vue imprenable sur la mer.

En contre bas, on pouvait observer le cloître et un jardin aux allures architecturales.

Tristan fit un sourire avant de remercier son guide de l’avoir accompagné ici.

– Voulez-vous être seul un instant pour vous recueillir ?

– Et l’urne, où est-elle ? Demanda l’homme.

– J’ai pris l’initiative de la placer dans la chapelle. A tout moment je pourrai vous y conduire. Si vous avez besoin de moi, appuyez ici fit l’homme en désignant une sonnette accrochée sur le mur.

– Je vous remercie pour votre amabilité répondit le visiteur.

Il resta alors seul dans la pièce, posa son sac et prit place sur le fauteuil. Même assis il pouvait admirer l’immense bleu de la mer qui semblait être à portée de main.

Il parcourut du regard les alentours de la pièce. Malgré son ancienneté, celle-ci dégageait une odeur agréable et parfumée.

Posée sur le rebord de la bibliothèque il remarqua alors une grande enveloppe couleur marron qui portait son prénom.

Sa curiosité le fit se lever pour aller la saisir. Il l’ouvrit pour en découvrir le contenu.

Un ouvrage relié de façon artisanal ne portait que le titre « Psycho ». Aucun nom d’auteur n’y était écris, mais il avait déjà sa petite idée. Il retourna s’asseoir sur le fauteuil.

Il ouvrit la première page et telle une dédicace, les quelques lignes écrites d’une main tremblante lui confirmaient ses pensées.

Pour toi Tristan,

Il m’a fallu du temps pour que je comprenne les mystères de la vie.

On m’a si longtemps caché certaines vérités sur mon passé que je devais aujourd’hui te donner la vraie raison de ce que j’ai à te dire.

Me pardonneras tu sans doute de ne pas t’en avoir parlé avant ?

J’ai préféré t’écrire mon histoire pour qu’un jour tu puisses te souvenir.

Tristan soupesa l’ouvrage, se cala confortablement dans le fauteuil, fit choix de la bonne orientation de la lumière et commença alors la lecture

1

Assis au sol et recroquevillé dans le coin d’une pièce limitée en volume, l’homme regardait depuis un bon quart d’heure l’araignée qui grimpait à son rythme le long du mur défraîchi cherchant une éventuelle sortie.

Dans un pyjama couleur bleu pastel, les mains jointes, l’homme priait.

Depuis son enfance, Thomas avait horreur des araignées. Marqué pour avoir été un jour victime d’une farce de mauvais goût il en gardait un souvenir amer.

Tout doucement le petit prédateur s’avançait vers l’unique point d’aération de la pièce composé d’une simple grille en aluminium. Thomas, immobile, restait replié sur lui même, jetant un rapide coup d’œil de temps à autre pour tenter de se rassurer qu’elle était enfin sortie. La bête avança de quelques centimètres puis changea brusquement de direction.

Dans son esprit il voyait l’animal prendre des proportions démesurées. De longues pattes velues entourées d’un corps colossal avant de finir par une tête aux dents de castor. Les yeux de la bête semblaient surveiller sa proie. Prête pour une attaque imminente.

– Dégage de là sale bête !!! cria Thomas en ramenant ses genoux plus près de sa poitrine.

Comme si elle avait entendu la voix de l’homme, l’araignée marqua un nouvel arrêt.

Thomas cherchait une issue possible pour vaincre ses angoisses. Il cria de nouveau en agitant son bras pour la faire fuir.

Au même instant, un bruit de verrou détourna son attention. Il regarda vers la porte capitonnée. Un homme en blouse blanche apparut, un plateau repas à la main.

Il fut surpris de voir Thomas blotti sur lui même contre le mur.

– Bonjour Thomas, tu as eu peur ? C’est moi Alfred. Tu ne me reconnais pas ?

Pour unique réponse l’homme désigna de son index l’araignée qui était maintenant proche de la grille. Le regard effrayé, sa mâchoire se décrispa légèrement et péniblement il balbutia quelques mots incompréhensibles.

– C’est d’elle que tu as peur ? demanda l’homme en désignant l’animal. Attends tu vas voir. Ne bouge pas, je vais la faire partir.

– Non recule, elle va t’attaquer, !!! cria Thomas.

Le surveillant lui lança un sourire avant de poser le plateau sur l’unique table de la pièce pour se diriger vers la grille.

Il prit alors l’oreiller que lui tendait Thomas et monta sur l’unique chaise de la pièce pour chasser l’intrus. D’un geste habile il dirigea l’araignée qui s’échappa vers le conduit d’aération.

Malheureusement, trop préoccupé a faire sortir l’animal, il avait oublié de fermer la porte de la minuscule pièce.

Quand il se retourna vers Thomas pour lui dire que tout danger était écarté, ce dernier avait disparu.

Alfred songea sur le moment que le patient s’était retiré vers les toilettes. Il se dirigea vers un petit recoin ou un simple WC faisait face à un minuscule lavabo. Au dessus, un restant de miroir accroché par un simple fil reflétait son image. Il comprit au même instant qu’il était bien seul dans la cellule.

– Le saligaud… il s’est barré !!! jura le jeune surveillant en se précipitant vers la porte, renversant au passage le plateau repas qui se rependit sur le carrelage dans un bruit fracassant.

Une fois dans le long couloir, il eut le réflexe de sortir un sifflet de sa poche pour le porter à sa bouche. Un son strident s’échappa de l’instrument pour résonner fortement dans l’immense corridor. On entendait des cris effrayants hurlés par les patients qui occupaient les autres chambres d’isolement. Ajoutés à cette cacophonie générale des coups de poings faisaient vibrer les portes. Perdant son sang froid, Alfred se mit à crier lui aussi, espérant se faire entendre.

– Silence !!!

Au contraire, le son augmenta d’un cran, provoquant des échos sur toute la longueur du couloir. Il se précipita alors vers le petit bureau de contrôle. D’un geste affolé il s’empara du téléphone. A l’autre bout du fil, Firmin, le second surveillant, comprenait à moitié les mots s’échappant de façon désordonnée de la bouche de Alfred.

– Mais tu es débile ou quoi ? Je te dis que Thomas s’est échappé de sa chambre. Alors tu donnes le signal au gardien pour fermer toutes les issues. Et arrête de poser tes questions à la con. Allez ouste grouille toi le train. Je te rejoins en bas dans une minute.

En ce samedi matin, l’établissement comptait un minimum de personnel et fonctionnait au ralenti. Seul un gardien assurait le contrôle de la porte principale pour les éventuelles visites. Ensuite, tout le restant du personnel était en week-end. Une permanence était quand même assurée en cas de gros problème et le médecin chef pouvait être facilement joignable sur son portable. Zoé, une jeune infirmière avait en charge la distribution des médicaments pour les patients.

D’une architecture ancienne le bâtiment devait prochainement subir des travaux de rénovation et surtout de remise aux normes de sécurité et de surveillance. Pas même une camera assurait un simple contrôle dans les couloirs. De ce fait, n’importe quel patient pouvait échapper à la vigilance des surveillants. Seuls Alfred et Firmin assuraient la sécurité pour une vingtaine de patients présents ce jour là dans la vieille bâtisse.

Thomas, caché dans une alcôve du couloir, attendait.

Attendait le moment propice pour filer vers l’unique porte du couloir. La crainte de la trouver fermée n’effleura pas son esprit. Il avait confiance en lui. Il choisirait le bon moment pour s’élancer vers elle et l’ouvrir. Pour l’instant, il repensait à sa fugue. Dans un éclair de lucidité contrôlée, il avait jugé le moment de profiter de l’opportunité, mais surtout de la crédulité d’Alfred pour bondir vers la porte entre-ouverte. Il repensa un instant à la tête de ce dernier découvrant la pièce vide. Un sourire malicieux illumina son visage.

Tout autour de lui les cris s’amplifièrent l’obligeant à se boucher les oreilles. Insupportables, les sons s’incrustaient en lui sans la volonté d’y en sortir. Il n’en pouvait plus. Un regard a droite lui indiquait que le champ était maintenant libre pour aller vers le fond du couloir. Il s’avança avec prudence, un claquement de porte le fit reculer.

Alfred sortait de son bureau pour se diriger dans sa direction. Thomas plaqua tout son corps contre la paroi et retint sa respiration. Le mur était froid contre sa joue, il frissonnait mais des gouttes de sueurs perlaient sur son visage.

A quelques mètres de là, le surveillant filait d’un pas décidé vers la grille menant a l’extérieur.

Le claquement de la masse d’acier fit réouvrir les yeux de Thomas. Nouveau regard. La voie était de nouveau libre.

Comme par magie, les cris avaient cessé. Seuls quelques sons isolés parvenaient aux oreilles de Thomas. Puis le silence fut total. Il profita de l’instant pour se diriger vers l’unique issue. Par chance, Alfred n’avait pas fermé la porte à clé. Avec précaution Thomas posa la main sur la poignée pour la faire tourner. Un léger grincement lui fit pincer les lèvres avant de l’ouvrir entièrement. Il s’éclipsa alors en refermant délicatement la porte.

– Alors, tu ne l’as pas vu passer ? demanda Alfred à Firmin son collègue de travail.

– Non, pourtant j’ai bien écouté ce que tu m’as dit au téléphone. J’ai surveillé toutes les issues.

– Ce n’est pas possible. Il est peut être fou mais pas à ce point là quand même. Et par l’escalier de secours, tu as regardé ?

– Non, je t’attendais.

– Allons y. Je suis sûr qu’il est passé par ce côté là. Sans doute voulait-il prendre un peu l’air dans la cour.

Les deux hommes s’engagèrent vers la droite pour rejoindre l’escalier qui menait directement à l’extérieur du bâtiment. Une fois dehors, une cour fermée les accueillit. Un grand jardin qui servait aussi de lieu de promenade pour les patients était clôturé d’immenses palissades en bois. Dans un coin, assis sur un banc un vieil homme faisait un monologue à un groupe de pigeons venu lui tenir gentiment compagnie. Non loin de là, une femme, les cheveux chargés de bigoudis s’admirait dans un miroir en répétant des paroles insensées. Contre un arbre à l’abri des regards, un jeune homme simulait une masturbation en agitant sa main à la hauteur de la braguette de son pyjama rayé. Il arrêta son geste quand il vit les deux surveillants surgir brusquement par la porte métallique. D’autres patients s’occupaient à leurs distractions favorites. Autour d’une table en bois, ils jouaient aux cartes. Dans un cri de colère, l’un d’entre eux, un jeune garçon coiffé d’un chapeau de paille, se leva brusquement et envoya son jeu vers le visage d’un homme qu’il accusa de tricherie. Les autres, riaient à gorge déployée, se moquant du jeune homme qui manqua de bousculer au passage l’un des deux surveillants.

– Tu ne peux pas faire attention ? protesta Firmin.

– Désolé m’sieur, répondit l’autre avant de courir à grandes enjambées vers la porte qu’il claqua fermement pour s’engouffrer dans le bâtiment.

Suivi d’Alfred le surveillant jeta un regard vers les autres joueurs de carte avant de continuer a scruter derrière les quelques arbustes pour tenter d’apercevoir le fugitif. En vain, toujours pas de Thomas.

Les deux hommes rentrèrent à nouveau dans le bâtiment pour continuer leurs recherches.

Près de l’arbre, le jeune homme repris son geste machinal tout en regardant la femme au bigoudis. Elle lui fit une grimace en tirant la langue suivi d’un geste obscène de la main.

A l’intérieur du bâtiment Thomas avançait avec prudence en longeant le second couloir. Il prit la direction de l’infirmerie. Pour y avoir séjourné quelques semaines il savait que c’était de là sa seule chance de fuir l’établissement. Quelques minutes plus tard, il se retrouva au rez de chaussée. Il croisa un patient qui l’interpella un instant.

– Alors Spider man on se promène ?

– Pauvre con, dégage de là avant que je casse ta gueule de rat.

Thomas n’aimait pas ce genre de remarque en rapport avec sa phobie. Les internés du centre savaient qu’il avait une peur bleue des araignées et ne se gênaient pas de le lui faire remarquer et surtout de se moquer de lui. C’était suffisant pour alerter tous les sens intérieurs de Thomas. Il coupa court à la conversation avant de se diriger vers l’infirmerie. Juste à côté de la salle, il y avait une petite pièce ou étaient stockés les médicaments de l’établissement. Dans le fond de cet entrepôt s’offrait une voie vers la liberté, une fenêtre.

Une fenêtre démunie de barreaux s’ouvrait vers une échelle métallique dépliante qui servait d’issue de secours en cas d’incendie et donnait directement sur la rue.

Thomas jugeait absurde de ne pas avoir pensé a sécurisé l’endroit. Comme quoi, même des hommes aux capacités intellectuelles supérieures à la sienne pouvaient commettre des erreurs inadmissibles. Tant mieux pour lui.

Tirant profit de l’absence de Zoé qui avait certainement du aller voir un des patients follement amoureux d’elle il s’enferma sans crainte dans la pièce. Il ouvrit entièrement la fenêtre. L’air frais de l’extérieur raviva son visage.

Dans un angle de la pièce, une armoire vitrée au bois dépoli et fissuré faisait office de pharmacie. Le meuble dépourvu de serrure n’échappa pas à l’attention de Thomas qui n’hésita pas un instant à se servir.

Au passage, il attrapa deux boites de calmants qui lui seraient certainement utiles en cas de crise.

Des crises, il en avait souvent. Surtout à la vue d’araignées. Il enjamba l’encadrement avant de se retrouver sur la minuscule passerelle. Arrivé en bas, il ria aux éclats. Il était enfin libre. Un dernier regard vers la fenêtre pour s’assurer que personne ne le suivait avant de s’engager dans la petite ruelle qui menait vers le monde libre.

Les deux surveillants poursuivaient sans relâche leurs recherches dans les couloirs. Zoé apparut alors sortant d’une cellule en réajustant son chignon. Elle fixa, presque gênée, les deux hommes.

– Zoé demanda alors Alfred, tu n’as pas croisé Thomas ?

– Non répondit l’infirmière, vous avez entendu tout ce brouhaha tout à l’heure ?

– On sait, Thomas s’est enfui.

– Pas possible !!! s’exclama Zoé en portant la main a sa bouche.

– Et bien oui la preuve, depuis dix minutes on le recherche rajouta Firmin.

– Vous avez été voir du coté de l’infirmerie ? demanda-t-elle.

– Non pourquoi ?

– Bande d’idiots, il y a la réserve juste à côté dont la fenêtre mène vers l’extérieur. Allons y commanda-t-elle.

Le trio s’engagea alors en courant vers l’infirmerie. Arrivés sur place, Zoé ouvrit la porte de la réserve. Un courant d’air lui fit comprendre que Thomas avait certainement pris la fuite par ce coté. Elle alla voir sur l’extérieur par la fenêtre laissée ouverte.

– J’avais raison affirma-t-elle en désignant du regard la petite ruelle. Il est passé par là.

– Qu’est ce que l’on fait maintenant ? Demanda Alfred.

– Il faut appeler le commissariat précisa Zoé. Ce n’est plus de notre ressort maintenant. Et moi, je vais prévenir le patron ajouta-t-elle avant de repartir vers son bureau.

A l’extérieur, Thomas évitait de croiser les regards qui se portaient sur lui. Dans son pyjama rayé, il ne pouvait pas passer inaperçu. Si certains passants le regardaient avec étonnement, d’autres jouaient l’indifférence. Thomas lui jouissait de ce moment de liberté. Au milieu d’un grand parc il se mit a courir. Comme du temps de son enfance, il profitait de ces espaces vert riant en regardant les gens qui passaient a ses cotés. Certains s’éloignaient de lui en tournant leur index sur la tempe. Une jeune femme attrapa la main de sa progéniture en s’éloignant pour la préserver de la vue de cet homme démunis de tous ses sens.

Thomas ne prêtait aucune attention à ces moqueries et riait plus fort encore.

Il était libre. Enfin libre de ses mouvements et d’aller où bon lui semblait.

Combien de temps allait durer ce moment ? Il ne voulait pas le savoir. Il préférait vivre le moment présent. L’avenir l’importait peu. D’ailleurs, l’avenir, il n’en avait plus.

Depuis le jour où sa vie avait basculé brusquement dans la folie.

A nouveau il se mit à courir dans le grand parc en gesticulant de délire et en sautant de joie.

Un coup de sifflet assourdissant retentit dans ses oreilles. Instantanément il s’arrêta. Déjà à l’entrée du parc, deux hommes en uniforme accouraient vers lui.

Un regard à gauche et à droite pour chercher une issue possible. Certainement prévenus par des passants les deux vigiles n’étaient plus qu’à une dizaine de mètres de lui. On l’attraperait et dans moins d’une heure, il retournerait dans sa cellule.

L’institut, il ne voulait pas y revenir. Retrouver l’odeur de la mort qui hantait les murs. L’endroit idéal pour devenir plus fou encore. Se retrouver une nouvelle fois envahi par ses cauchemars. Non, il fallait absolument fuir.

Fuir oui mais pour aller où ? Les deux hommes étaient déjà presque arrivés à sa hauteur.

Au même instant, juste devant lui, une jeune femme qui aurait mieux fait de choisir un autre chemin se présenta comme l’ultime chance de s’en sortir. Thomas, prit de panique, devait tenter l’impossible pour échapper aux hommes de loi.

Il se jeta sur la femme avant de lui saisir le bras pour le serrer fortement en faisant une clé. Elle émit un cri de douleur. En sueur, Thomas ne faisait qu’aggraver son cas. Il s’en moquait. C’était le prix a payer pour tenter de retrouver un semblant de liberté.

– N’approchez pas où je lui casse le bras !! hurla-t-il.

La jeune victime resta sans voix et semblait terrifiée par les propos de son agresseur. L’un des deux hommes fut tenté de la soustraire au danger mais la violence de la situation le fit renoncer.

– Reculez je vous dis ou sinon je l’étrangle !!! ajouta Thomas en regardant quelques passants s’affairer maintenant pour suivre d’un œil la scène qui se déroulait en direct devant eux.

Peu à peu, le piège semblait se refermer autour de lui. Toujours en tenant son otage, il recula vers un grillage situé juste derrière eux.

Au moment où un des deux hommes s’apprêtait à sortir sa matraque, Thomas, tel un félin sauta avec détermination par-dessus la clôture métallique avant de se retrouver dans la rue. Encore sous le choc, la jeune femme se retrouva au sol.

Thomas eut juste le temps de se relever avant de courir le long d’un mur. Pieds nus, ses orteils commençaient à lui faire ressentir les premières douleurs.

Sur l’asphalte, légèrement humide, à plusieurs reprises il manqua de glisser.

Quelques mètres plus loin, il se retourna. Par chance, les vigiles ne possédaient pas l’agilité du fuyard pour franchir le grillage. Il devait pourtant renforcer sa vigilance. Les deux hommes allaient sûrement continuer leur poursuite en empruntant un autre chemin.

Il s’arrêta quelques instants pour reprendre son souffle. Il constata alors que son pied droit saignait. Certainement que dans sa fuite il s’était accroché en enjambant le grillage. L’esprit en alerte, il ne cessait de surveiller la rue. Il s’essuya le front avec le revers de la manche de son pyjama. Il réalisa au même moment qu’il se sentait stupide dans cette tenue. Idéal pour se faire encore plus remarquer. Surtout qu’il était gravé au dos le nom de l’institut.

Il fallait absolument qu’il trouve de quoi se changer et se chausser aussi par la même occasion.

Tout doucement il s’avança en longeant un immeuble. Avec un peu de chance, il pourrait demander de l’aide à un des habitants. Il atteignit sans difficulté la porte de l’entrée restée légèrement entrouverte lorsqu’il aperçut au loin les deux hommes en uniforme. Il eut juste le temps de se glisser à l’intérieur du grand hall d’entrée.

La froideur du marbre l’accueillit et il se précipita vers l’ascenseur. Par chance la cabine était a son niveau. Il ouvrit la porte et sans perdre de temps pénétra a l’intérieur.

Instinctivement, il appuya sur un des boutons, celui du dernier étage.

Il se sentit à nouveau en sécurité. Du moins, c’est ce que pensait Thomas alors que la cabine gravissait les étages.

Arrivé au dernier niveau, seulement six portes se présentèrent à lui.

L’une d’elle attira son attention. Une affichette y était accrochée.

« Bienvenue chez moi » annonçait-elle.

Il ne pouvait pas trouver mieux songea Thomas. Sans hésiter, il posa la main sur la poignée.

Par chance, la porte n’était pas verrouillée…

2

Les écouteurs sur les oreilles, Adèle se sentait en parfaite harmonie avec la musique qui envoûtait tous ses sens. A moitié immergée dans la baignoire débordante de mousse parfumée à la lavande, les pieds en éventail sur le rebord en faïence, elle profitait pleinement de ce moment privilégié pour s’évader en compagnie de Lady Gaga. Les yeux fermés, elle balançait la tête de droite à gauche au rythme de Bad Romance. Quand le ton montait en crescendo, elle chantait à voix haute pour s’ajouter au chœur.

Elle ne fit pas attention que la porte de la salle de bain s’ouvrait tout doucement.

l’homme s’approcha à petit pas en direction de la jeune femme.

Adèle, toujours plongée dans son monde, faisait complètement abstraction de l’individu qui sans bruit prit soin de déplacer méticuleusement le tabouret jouxtant la baignoire et s’installa face à elle.

Il contemplait avec admiration les lèvres de la jeune femme laissant entrevoir une dentition parfaite. Il retint sa respiration et d’une main prudente repoussa un peu de mousse pour contempler sa poitrine ferme qui oscillait au rythme de la musique. Il eut envie de la caresser mais aussitôt une autre idée lui effleura l’esprit. Discrètement, il s’empara du lecteur MP3 posé sur une serviette à proximité de la tête de la jeune femme et appuya instantanément sur la touche « STOP »

Aussitôt Adèle sursauta et ouvrit les yeux pour découvrir face à elle l’homme qui, un large sourire aux lèvres, lui faisait face. Tout en enlevant les écouteurs, elle lança un cri frôlant la panique.

– Mais tu es fou chéri, tu m’as foutu une sacrée frousse !!! Il y a longtemps que tu es là ? Je pensais que tu ne serais pas ici avant midi rétorqua-t-elle en l’aspergeant d’un peu de mousse sur le visage.

– Je viens juste d’arriver répondit Clément en tendant ses lèvres vers elle pour se faire pardonner. J’avais une envie folle de te faire une surprise.

– Ne refais plus jamais ça. Tu sais très bien que les émotions ne sont pas les bienvenues en ce moment.

– Promis, je ne le ferai plus. Et maintenant, voyons voir comment va ce petit ventre ?

– Caresse le, tu verras.

Clément plongea alors sa main sous la mousse pour atteindre la petite forme arrondie. Un sourire se dessina sur son visage.

Il en profita aussi pour caresser également les seins de sa femme et l’embrassa tendrement.

– Ne vas pas si haut petit coquin. D’ailleurs je devrais te punir pour ce que tu as fait tout à l’heure dit-elle en lui enlevant la main.

– Embrasse moi plutôt et regarde ce que j’ai apporté.

Il resta un moment en admiration devant le corps harmonieux de sa femme et sortit de la poche de sa veste une petite enveloppe qu’il s’empressa de lui offrir. Avec délicatesse, elle l’ouvrit de ses mains humides.

Quand elle en découvrit le contenu, dans un élan de joie, elle lui tendit ses bras pour l’enlacer et l’embrasser.

Une simple carte confirmait la réservation pour deux nuits dans un splendide hôtel au Mont St Michel.

Depuis longtemps Adèle souhaitait redécouvrir le lieu où ils s’étaient rencontrés trois ans auparavant. Profitant de l’opportunité du long week-end du 1er Mai Clément avait voulu lui en réserver la surprise.

Adèle était heureuse. Très heureuse aussi de porter ce premier enfant. Elle attendait ce moment depuis si longtemps. Elle se souvint le jour ou elle avait annoncé la merveilleuse nouvelle a Clément voilà trois mois maintenant. Ce fut un des plus beaux jours de sa vie.

Elle redonna la carte a Clément avant de sortir de son bain.

– Je suis vraiment contente de partir pour ces trois jours tu sais. Je me demande encore comment as tu fais pour une fois pour te libérer de ton travail chéri ?

– Je me suis arrangé avec Bernard qui va prendre la permanence durant le week-end.

– Tu veux que je te dise quelque chose ? tu es un amour. Je crois que là tu t’es bien rattrapé. Suis moi dans la chambre, tu as droit à une belle récompense.

Précédé par Adèle qui le prit par la main, Clément se laissa entraîner dans la chambre tout en se déshabillant.

Le couple prit alors possession du grand lit pour y faire l’amour avec passion sans se soucier du temps qui passait.

Clément s’attardait avec une infinie douceur sur le ventre d’Adèle et le caressait avec délicatesse.

Il fit un sourire a Adèle pour lui montrer qu’il était lui aussi heureux et la remercia d’être devenue sa femme…

Un soir de pleine lune de Printemps, le hasard avait fait rencontrer le couple près des remparts du Mont St Michel. Accoudé à la balustrade, Clément profitait de la lumière se reflétant sur l’étendue d’eau qui peu a peu encerclait le monument. Il ressentit vaguement une présence et se retourna. A quelques pas de lui, et malgré la pénombre il reconnut sans hésitation une de ses premières patientes.

– Adèle ? Demanda Clément en se rapprochant de la jeune femme.

– Je suis rassurée que vous me reconnaissiez Docteur. Répondit la jeune femme en lui tendant la main pour le saluer.

– C’est que, tu n’as pas tellement changé.

Clément se rassura en contemplant son visage qui semblait aujourd’hui exprimer le bonheur. Deux ans déjà qu’il avait soigné Adèle d’une pathologie peu commune mais pas irréversible.

Ce jour-là, Adèle, tout juste âgée de vingt-quatre ans rayonnait par sa beauté. Elle semblait heureuse de retrouver Clément en ce lieu mythique. La jeune femme n’avait pas oublié son bienfaiteur dont le charme n’avait pas échappé à sa sensibilité.

– Tu as l’air en pleine forme ? fit remarquer Clément en lui adressant un sourire.

– Ca va bien en effet.

– Et ta… Je veux dire… Cela ne t’est plus jamais arrivé ?

– Plus jamais acquiesça Adèle. Grâce à vous Clément.

– Maintenant tu sais, tu peux me tutoyer. Et que fais-tu ici sur le Mont ?

– Je suis venue en vacances.

– Seule ? Je veux dire sans un petit ami ?

– Je voulais profiter de cet endroit magique et mystérieux pour me reposer, loin de ces jeunes prétentieux qui vous font la cour a longueur d’année. La flore, la faune et les lumières sont exceptionnelles au printemps. Une amie à moi a eu la gentillesse de me laisser son appartement pour quelques jours. Et vous, je veux dire, toi, tu es venu seul ?

– Oui, pour le travail, enfin presque, un congrès sans intérêt. Je voulais peut être moi aussi profiter de cet endroit pour me ressourcer ? A savoir, faire une rencontre inattendue. J’ai bien fais non ?

– Tu es marié ?

Le Docteur, surpris par cette question assez directe, marqua quelques secondes d’hésitation avant de répondre.

– Veuf.

– Oh pardon, je ne voulais pas vos…

– Ce n’est pas grave Adèle… Et si nous profitions de cette rencontre hasardeuse pour nous installer plus confortablement à la terrasse d’un restaurant ? Proposa Clément après un court silence et pour changer de conversation.

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