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Pupazzo

De
195 pages
Val d'Oise, de nos jours. François Salignac, beau gosse cousu d'or, joue au détective pour occuper ses monotones journées. Mais sa vie bascule le jour où il accepte d'enquêter sur un meurtre. Plus habitué à courir après les filles qu'après les assassins, davantage porté sur la culture physique que sur la réflexion intellectuelle, obsédé par son corps et celui de ses congénères féminines, handicapé par son amateurisme et son esprit étriqué, Salignac va vite perdre le contrôle de la situation et subir les évènements. Son enquête va lui ouvrir les yeux sur la face sombre de tout être humain et va lui permettre de découvrir des choses sur lui-même et sur sa famille qu'il aurait préféré ignorer à tout jamais...
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2 Titre

Pupazzo

3Titre
Philippe Berthon
Pupazzo

Polar
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00538-7 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304005387 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00539-4 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304005394 (livre numérique)

6 8
CHAPITRE 1
Une tâche rouge. Une grosse tâche rouge qui
s’étale sur la moquette bleue azur jusqu’alors
immaculée de la chambre à coucher de Georges
Trinca . Cette tâche rouge mouvante et avide,
aux contours instables et rebelles, qui imprègne
profondément la belle moquette bleue azur et
qui lèche discrètement les pieds d’un lit Futon en
hévéa imperméabilisé, est l’ultime vestige de la
vie de ce sacré Georges, dont le cœur ne pourra
être légué à la science vu qu’il a été perforé de
plusieurs coups de couteau.
Georges Trinca était ce qu’on appelle un
homme d’affaires ; personne – mis à part ses
proches les plus intimes – ne savait précisément
ce qu’il faisait professionnellement parlant, mais
nul n’ignorait qu’il était blindé de pognon. Cer-
tains prétendaient qu’il travaillait à la Bourse,
d’autres supposaient qu’il trempait dans la ma-
fia… Bref, il était loin de toucher des mégots, et
il ne se gênait pas pour le montrer aux yeux de
tous : le paraître était pour lui une philosophie
de vie. C’était du moins la sienne : chemises La-
9 Pupazzo
coste, montre Kenzo, chaussures Giorgio Armani,
lunettes de soleil Ray Ban… Ce petit con
d’arriviste ne reculait devant aucun cliché pour
afficher sa condition de riche parvenu. Et inu-
tile de le préciser, il avait une voiture de sport
italienne, pratiquait le golf, sniffait de la coke
avec des putes de luxe et votait à droite.
En fait, peu de personnes vont pleurer sur la
mort tragique de Georges Trinca lorsqu’ils défi-
leront docilement derrière son cercueil en pin
massif lors de son enterrement première classe.
Pas même sa femme. Certes, c’est Virginie
Trinca qui a découvert le cadavre ; selon
l’expert psychiatre qui l’a examinée par la suite,
elle a subi un véritable choc émotionnel, mais
c’est davantage la mort de sa moquette bleu
azur virant au rouge que la mort de son mari
bronzé virant au violet qui serait à l’origine de
son traumatisme. Heureusement pour elle, les
frais de nettoyage seront largement couverts par
l’assurance-vie de son défunt mari. Elle devrait
vite s’en remettre.

La police ouvrit une enquête et la confia à
l’inspecteur Tesseron, qui privilégia rapidement
la piste d’un règlement de comptes ou d’une
commande. Trinca avait été tué « proprement »,
rien ne manquait dans son appartement, aucun
indice sérieux n’avait été relevé : un vrai travail
de pro. Une liste d’une quinzaine de suspects
10 Pupazzo
potentiels fut établie, liste composée entre au-
tres de ses contacts professionnels, de sa
femme, de ses maîtresses ainsi que de leurs ma-
ris. Chacun d’entre eux avait des raisons d’avoir
une dent contre Trinca ; le tout était de trouver
celui qui avait planté mortellement ses crocs.
Virginie Trinca, dont la personnalité et le com-
portement intriguaient, devint pour la police le
suspect numéro un. Afin de prouver son inno-
cence et toucher l’alléchante assurance-vie, elle
finit par avouer qu’au moment où son mari se
vidait de son sang, elle s’initiait aux joies de
« l’étreinte du panda » avec un certain Daniel
Constant. Ce dernier, un crétin de première
classe franchissant allègrement les limites de la
débilité mentale, confirma tout sourire l’alibi de
Madame aux inspecteurs venus le questionner.
Il trouvait manifestement la situation cocasse :
le temps d’une éjaculation, sa partenaire d’un
jour était passée d’épouse infidèle à veuve qui
s’ignore. Un voisin certifia avoir croisé Virginie
Trinca quelques minutes après le décès de son
mari dans le hall de l’immeuble où réside Daniel
Constant. Elle se crut sauvée avec son alibi,
mais celui-ci ne la disculpait pas pour autant et
ne constituait en rien une preuve irréfutable de
son innocence. Il en était de même pour les au-
tres suspects : ils avaient tous un mobile plus ou
moins évident et un alibi plus ou moins solide.
Mais sans indices et sans pistes sérieuses, les
11 Pupazzo
suspects restaient suspects : tels des funambules
amateurs, ils marchaient à l’aveuglette sur le fil
de la justice, chancelaient au gré des événe-
ments et des interrogatoires et prenaient pro-
gressivement conscience du gouffre qu’ils sur-
plombaient chétivement, ne sachant si le cours
chaotique de l’enquête les ferait basculer dans le
camp des accusés ou celui des innocents.
L’enquête patinait, tournait en rond et n’en fi-
nissait pas d’alimenter la presse régionale
friande de faits divers combinant meurtre, sexe
et argent.
12
CHAPITRE 2
Au bout de trois sonneries, Salignac émergea
lentement de son sommeil. Il détestait être ré-
veillé, particulièrement par le téléphone. Il jeta
un coup d’œil hagard à son radioréveil, dont
l’écran LCD rétro éclairé affichait insolemment
neuf heures et cinquante-sept minutes. Il mau-
gréa et attendit trois sonneries supplémentaires
avant de décrocher son Siemens Gigaset S150
Duo, le temps pour lui d’énumérer dans son es-
prit embrumé sa liste d’insultes préférées – di-
gne d’un film de Tarantino ou Scorsese - adres-
sées à son imminent et inopportun interlocu-
teur.
– François Salignac ?

Rectification faite, c’était une interlocutrice.
La pauvre ignorait qu’elle venait de se voir at-
tribuer le titre peu glorieux de « femme sodomi-
sée dont la mère exerce le plus vieux métier du
monde ».
– Ouais ? répondit-il, d’une voix bourrue et
enrouée de sommeil.
13 Pupazzo
– Détective Salignac ?

Il se redressa aussitôt dans son lit. Cela faisait
des mois qu’on ne l’avait pas appelé ainsi. Petit
effet, grande conséquence : il recouvrit pleine-
ment ses esprits, retrouva sa voix virile et sen-
suelle et remarqua non sans satisfaction que son
érection matinale s’était affermie.
– Qui le demande ?
– Deborah Fontaine. J’aurais besoin de vos
services.
– A quel sujet ?
– Vous êtes libre pour le déjeuner ? Nous
pourrons en discuter tranquillement. Je vous
invite.
– Ca me va.
– Bien. Retrouvez-moi à 12 h 30 Chez André,
le restaurant de fruits de mer. Je compte sur
vous.
– Pas de problème.

Il raccrocha, passa une main dans ses che-
veux ébouriffés puis tripota machinalement son
boxer noir Calvin Klein. Son érection était tou-
jours aussi vigoureuse. Cela faisait maintenant
près de quatre ans que Salignac était officielle-
ment détective. Enfin, officiellement, façon de
parler : légalement il n’était rien du tout. Il était
en fait détective au black et dégotait quelques
affaires grâce au bouche à oreille. Après avoir
14 Pupazzo
obtenu une licence de droit sans trop forcer –
histoire de faire plaisir à papa maman – il avait
opté pour cette voie professionnelle. Une lubie
qui l’arrangeait. Il vivait grâce à la fortune de ses
parents et se donnait bonne conscience avec ce
boulot qui l’occupait de temps à autre et qui
l’amusait beaucoup. Depuis sa plus tendre en-
fance, il a toujours été fan de séries policières.
Sa dernière enquête remontait à six mois : une
amie d’une amie d’une amie l’avait contacté
pour filer son mari qu’elle soupçonnait d’avoir
une maîtresse. Finalement, il s’est avéré que le
mari était amoureux transi de sa femme, qu’il ne
la trompait pas, et Salignac avait couché avec sa
cliente. La perspective d’une nouvelle enquête
le rendait gai comme un pinson. Il se leva, lança
le dernier cd de Philippe Katerine sur sa mini-
chaîne Panasonic, poussa le son et se dirigea vers
la salle de bains tout en hurlant « 100 % VIP ».
La journée commençait bien.

Salignac sortit de la douche au son euphori-
sant de « Louxor j’adore ». Il venait de se faire
un remake fort agréable de la scène d’ouverture
d’American Beauty, un de ses films préférés avec
Kevin Spacey. Il s’essuya avec un drap de bain
couleur anis puis se planta devant son miroir. Il
aimait s’admirer : il banda ses muscles, bomba
le torse, sourit à son reflet… Certes, le rendez-
vous qui l’attendait était de nature profession-
15 Pupazzo
nelle et il ne connaissait de Déborah Fontaine
que sa voix, mais il se devait quand même
d’assurer un minimum et de conforter son sta-
tut de mâle tentateur. Salignac est un homme
qui prend soin de son image. Depuis son ado-
lescence sagement perturbée, il affiche un côté
bad boy cool, son côté BBC comme il dit, savant
mélange de classe, d’insolence et de décontrac-
tion - sur lequel il mise pour optimiser son capi-
tal séduction : barbe de quelques millimètres,
sourire Ultrabrite, coupe « saut du lit » fausse-
ment négligée, vêtements et accessoires de
mode furieusement tendance.

Une fois fini de se pavaner, il se brossa les
dents avec un dentifrice au parfum stimulant de
citron vert, s’étala des produits divers et variés
sur le visage – gel purifiant, gel désincrustant et
crème hydratante – puis sculpta une œuvre ca-
pillaire singulière avec son gel coiffant bio qu’il
trouve uniquement sur le net. Il ausculta sa
barbe, coupant les quelques poils rebelles indis-
ciplinés, se nettoya délicatement les oreilles avec
un spray auriculaire à base d’eau de mer,
s’aspergea de déodorant Hugo Boss, s’administra
un gel nettoyant à base d’huile de jojoba, de co-
co et de sucre puis termina par un léger gom-
mage au manganèse, riche en vitamines C, qui
élimine cellules mortes, points noirs et autres
impuretés. Il quitta la salle de bains pour la
16 Pupazzo
chambre et se dirigea vers sa penderie gigantes-
que. Il hésitait sur le look à adopter face à Dé-
borah Fontaine : sobre ? Elégant ? Classique ?
Décontracté ? Après plusieurs minutes de ré-
flexion, il opta pour un slip blanc Sweetman, des
chaussettes noir Lacoste, une chemise Armand
Thiery couleur chocolat et un jean Levi’s 504
coupe droite de couleur bleu foncé. Il alla vers
sa table de chevet pour récupérer sa montre
Davis et remarqua qu’il était presque midi. Il
était temps d’aller retrouver Miss Fontaine et –
pourquoi pas - de boire de son eau.
17
CHAPITRE 3
La pauvre femme n’en revenait pas. Elle ne
supportait pas les actes d’incivilité de la part de
ses concitoyens, si infimes soient-ils, et ne
manquait jamais à ses obligations en matière de
civisme et de savoir-vivre, principes de vie es-
sentiels qui lui sont rappelés chaque semaine
lors de la messe dominicale. Ainsi, elle ne jure
jamais, trie consciencieusement ses déchets,
cède gentiment sa place aux femmes enceintes
dans les transports en commun et met toujours
son clignotant lorsqu’elle tourne à droite ou à
gauche, même lorsqu’aucun véhicule ne la suit.
Lorsqu’elle se retrouve témoin de situations à
ses yeux répréhensibles, elle ne peut s’empêcher
de manifester son désaccord : un gentil repro-
che pour un papier jeté dans la rue, une remon-
trance sévère pour les fumeurs sans-gêne - la
nouvelle plaie de la société - qui osent intoxi-
quer de pauvres innocents au restaurant, et une
réprimande indignée pour les réfractaires des
toilettes publiques qui préfèrent se soulager la
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