Pur

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Grand Prix de littérature policière 2014
"Cet endroit donne tout son sens à notre combat, Patrick. Les gens de l’extérieur pensent que nous nous barricadons par peur d'autrui, par étroitesse d’esprit. Mais nous ne sommes pas hermétiques, bien au contraire. Et ceux qui nous taxent de racisme ont tort aussi. Personne n’est plus ouvert sur le monde que nous. Qui voyez-vous ici? Des Suisses, des Norvégiens, des Suédois, des Américains, des Anglais… Des banquiers internationaux, des gestionnaires de capital multinational, des artistes qui voyagent partout sur le globe, des ingénieurs membres d’équipes polyglottes. Expliquez-moi qui d’autre pourrait être mieux au fait de l’état de notre époque? Dites-moi de quelle expérience peuvent se prévaloir ceux de dehors? Quel sort funeste les attend dans ce chaos égalitaire, ce monstrueux fourre-tout qu’ils ont eux-mêmes engendré? Ce domaine que vous voyez est peut-être un des derniers où les valeurs, les règlements ont force de loi. Ce ne sont pas les races ni les religions qui nous préoccupent, mais la misère. Voilà ce que nous voudrions éradiquer. On pourrait considérer qu’en un sens, nous sommes les ultimes philanthropes."
Publié le : jeudi 19 mai 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072652110
Nombre de pages : 347
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ANTOINE CHAINAS Pur
F O L I O
P O L I C I E R
Antoine Chainas
Pur
Gallimard
© Éditions Gallimard, 2013. Couverture : Daprès photo © Plainpicture / the Glint.
Né en 1971, Antoine Chainas a longtemps fréquenté les pla teaux de cinéma, les stations de radio, les salles de rédaction, les morgues, les scènes de concert, les commissariats de quartier, les maisons de repos et les centres dessais militaires. Il est lauteur très remarqué de plusieurs romans parus à la Série Noire, dont Anaisthêsia, qui a reçu le prix Quais du Polar 2010, etPur, récompensé par le Grand Prix de littérature policière en 2014.
Son visage était dune surprenante beauté. La régu larité exemplaire de ses traitsmâchoire solide, front légèrement bombé, cou très droitlaissait sup poser le caractère volontaire dune ancienne sportive. On pouvait deviner que des efforts physiques régu liers et ciblés avaient modelé dune manière subtile la structure musculosquelettique du corps, puis, par ricochet, de la face sans quelle leur cède une once de féminité. Sa bouche à peine ourlée au niveau de la lèvre supérieure, la finesse de son nez, ses petites oreilles, et ses yeux clos en une symétrie parfaite, parachevaient ce visage qui nen était pas un, mais ressemblait plutôt à un paysage. Sous sa peau dia phane serpentait un entrelacs de minuscules veines. Il aurait suffi dune palpitation à peine perceptible, dun frémissement, pour quil prenne lapparence dun ruissellement sur une roche calcaire. Sa chevelure, aussi blonde que ses sourcils, ondoyait doucement. On aurait pu la croire portée par le courant invisible dune rivière calme, pourtant il ny avait pas deau où elle se trouvait.
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Un pli apparut au milieu de son front. Elle parais sait incommodée. Brusquement, ses yeux souvrirent, ses pupilles se rétractèrent sous leffet de la photoréac tivité élémentaire. Les iris étaient dun bleu limpide. La faible source de lumière qui les éclairait par en dessous leur donnait la brillance céleste dune lampe à argon. Elle battit des paupières. Ses yeux tournaient, se posaient à droite, à gauche, perdus, hésitants. Elle eut un bref hautlecœun élan du corps aussitôtur ; réfréné. Une goutte de sang apparut à la commissure des lèvres et remonta, esquissant un sillon carmin, pour venir se fixer à proximité de la poche lacrymale de lœil gauche. Une larme de sang à lenvers. Son regard continuait à parcourir lespace environnant, à la recherche dinformations, de repères. Audessus du tableau de bord, le GPS encore branché diffusait une lumière perse. Elle tenta de bouger, en vain. Un obs tacle entravait ses mouvements. Elle passa la main le long de la poitrine et ses doigts aux ongles impec cables frôlèrent les plis rugueux dune lanière plate. La ceinture de sécurité. Oui, elle était dans une voi ture. Pourquoi narrivaitelle pas àUne pression martelait ses tempes, enserrait son crâne comme dans un étau. Un bourdon grave, profond, pulsait au niveau des oreilles internes. Ce murmure monocorde était, à vrai dire, le seul bruit quelle entendait hormis ceux de sa respiration et de son propre cœur. Le moteur du véhicule tournait toujours. Devant elle, pardelà le parebrise feuilleté, les phares xénon néclairaient rien, leur lueur était immédiatement dévorée par une nuit insondable. Elle baissa les yeux pour trouver un moyen de se dégager, car, malgré ses efforts, la cein
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