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Quand le diable sort de sa boîte

De
14 pages

Une vieille femme accuse Aurélie, enceinte, de porter l'antéchrist... Qu'a-t-elle fait pour mériter pareille attaque ?



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couverture
Sylvain Boïdo

Quand le Diable sort de sa boîte

image

En arrivant devant la clinique IntraTechs ce vendredi 6 juin, Aurélie constata que les manifestants bloquaient toujours l’accès à l’établissement de son père. Spécialisé en génie génétique, le professeur Bessonian proposait aux futurs parents de choisir le sexe de leurs enfants mais aussi la couleur de leurs yeux ou de leurs cheveux. Bien que légales dans l’État de Californie, ces techniques de procréation assistée soulevaient des protestations de la part de plusieurs associations. On accusait le professeur de jouer à Dieu en manipulant le vivant selon des principes eugéniques qui encourageaient la discrimination.

Aurélie trouvait ces réactions hypocrites. Qui n’avait jamais rêvé de choisir le sexe de son enfant ? Qui n’avait jamais voulu déterminer quelle part de soi-même lui transmettre ? Gérald Bessonian ne créait pas de toutes pièces des êtres sur des critères élitistes, il ne façonnait pas des surdoués, ni des gravures de mode sur mesure, il sélectionnait simplement quelques traits distinctifs au sein du patrimoine génétique disponible.

Au volant de sa voiture, Aurélie évita le groupe de manifestants, contourna l’enceinte de la clinique puis se gara près de l’accès réservé au personnel. Elle s’extirpa tant bien que mal du véhicule en soutenant son gros ventre. Presque à terme, elle se sentait lourde et empotée. Vivement que la petite Amanda se décide à sortir de son nid douillet. Aurélie était impatiente de découvrir ses adorables yeux bleus. Elle n’avait pas pu résister à la tentation de laisser son père sélectionner quelques caractéristiques mineures. Après tout, elle-même blonde aux yeux bleus, elle tenait à ce que sa fille lui ressemble… Si elle avait pu, elle aurait même demandé à son père d’effacer toute hérédité avec le géniteur de l’enfant. Franck, son ex-mari, l’avait en effet quittée un beau matin sans lui fournir d’explication.

Aurélie verrouilla la voiture puis se dirigea vers le petit portail de l’entrée de service. Une vieille femme aux cheveux blancs surgit alors en face d’elle. Aurélie sursauta et recula d’un pas devant son air menaçant. Les sourcils froncés, le regard accusateur, elle brandissait une marionnette à l’effigie du Diable.

— Vous portez la bête dans vos entrailles ! s’exclama-t-elle en agitant la marionnette.

Aurélie était accoutumée aux critiques de toutes sortes à l’encontre des activités de son père, mais jamais elle n’avait subi de véritable agression. Habituellement, les manifestants restaient cantonnés autour de l’entrée principale. Que faisait cette vieille folle ici ? Était-elle seule ?

La jeune femme n’eut pas le temps de trouver de réponse à ces questions. Elle détecta un mouvement derrière elle, ressentit une piqûre aigüe dans la nuque, puis ses jambes se dérobèrent. Avant de perdre connaissance, elle aperçut deux visages au-dessus d’elle tandis qu’on la soulevait du sol.

Après, ce fut le noir total.

 

 

Quand elle rouvrit les yeux, Aurélie était étendue sur une table gynécologique, les mollets sanglés dans les étriers et les bras prisonniers d’une camisole de force. Elle voulut hurler mais un bâillon transforma son cri en un pitoyable gémissement. Le visage d’un homme apparut dans son champ de vision. Il portait un masque et un bonnet chirurgical.

C’est pas possible… C’est un cauchemar… Faut que je me réveille…

Aurélie agita ses jambes sans parvenir à les dégager des sangles. Elle tenta de se redresser mais un lien maintenait le col de la camisole contre la table. Elle se cambra, secoua les épaules, gesticula en tous sens. Rien à faire, elle était solidement entravée.