RADIOVORAX

De
Publié par

1944. Dans Paris occupé, les Allemands sont sur le point de faire une dangereuse découverte scientifique. L'intervention de la Résistance y met fin. 2012. Le vol dans un laboratoire d'une découverte encore secrète. L'inspecteur Nobel enquête, aidé par une jeune chercheuse du laboratoire qui ne manque ni de charme ni d'intuition. Qui veut s'emparer de la découverte? Quel lien avec la découverte allemande de 1944? Dans ce roman policier historique, se rencontrent une solide intrigue scientifique, une véritable enquête policière, des rebondissements multiples, et des sentiments. L'auteur, professeur d'université, mèle habilement l'Histoire et la science dans une course-poursuite haletante où déduction et humour trouvent leur place.
Publié le : vendredi 4 janvier 2008
Lecture(s) : 183
EAN13 : 9782304011685
Nombre de pages : 163
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

2 Titre
Radiovorax

3Titre
André Marchand
Radiovorax
Bactéries en résistance
Polar
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01168-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304011685 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01169-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304011692 (livre numérique)

6 8
1944
9
MARS
Jean Chardonnay prit le journal en sortant du
métro « Pasteur » et jeta aux titres un coup
d’oeil distrait. Pour une fois la propagande al-
lemande ne monopolisait pas les en-têtes. Ce
matin, 17 Mars 1944, « Aujourd’hui » ne parlait
que de l’affaire Petiot : il y consacrait toute sa
première page, sur les deux que comptait le
quotidien en ces périodes de restrictions.
Etrange, remarqua le Docteur pour lui-même,
que l’activité d’un petit criminel, opérant en
marge du grand exterminateur nazi, puisse ainsi
fasciner depuis quatre jours les thuriféraires de
l’occupant…
Guidé par son subconscient vers l’Institut
Pasteur et son laboratoire, il traversa le boule-
vard et s’engagea sans y penser dans la rue du
Docteur Roux. Il remarqua pourtant au bord du
trottoir une voiture des quatre saisons où l’on
vendait des harengs frais. Paris semblait regor-
ger de harengs depuis une dizaine de jours.
Curieux : comment ces poissons parvenaient-ils
régulièrement jusqu’à la capitale quand les
11 Radiovorax
transports étaient devenus tellement chaoti-
ques ? Qu’importe. Il n’allait pas faire le difficile
devant des protéines sans tickets et sa femme
serait ravie. Il se mit à la queue, relativement
courte d’ailleurs. Ce fut même avec amusement
qu’il songea qu’on était un vendredi. La Provi-
dence Divine veillait-elle à ce point sur les
siens ?
Son premier soin en arrivant au labo fut de
placer ses poissons au réfrigérateur : Pasteur
avait la chance de partager les privilèges des
hôpitaux et de conserver en permanence son
alimentation électrique alors que le courant était
depuis une semaine coupé chaque jour de neuf
à onze heures et de deux à cinq dans le reste de
la ville.
Il fit ensuite, comme chaque matin, le tour
des trois salles où opérait son équipe. Rien à si-
gnaler : c’était la routine habituelle. Son labo de
microbiologie travaillait pour l’essentiel au pro-
fit de « clients », hôpitaux ou praticiens,
n’appartenant pas à l’Institut. Il allait donc pou-
voir consacrer quelques heures à la recherche,
et se dirigea vers le minuscule bureau attribué à
Francis Lefort, le jeune normalien dont il diri-
geait la thèse, un grand garçon blond très ex-
pansif et généralement d’humeur joyeuse.
Mais Lefort l’accueillit avec un sourire un
peu gêné :
12 Mars
– Je viens de recevoir un coup de téléphone
pour vous, Monsieur. Un professeur allemand.
Le ton employé ne laissait aucun doute sur
les sentiments de Francis envers les professeurs
allemands. Il se rassura peut-être en observant
la surprise évidente de son patron :
– Un allemand ? Tiens ! Qui ça peut-il être ?
– Il m’a dit son nom, comme si vous deviez
le connaître. Le Herr Professor Doktor Klaus
Weinberg articula l’homme avec autant de soin
que d’emphase.
– Klaus Weinberg ? Celui de Hanovre ?
Lefort haussa les épaules :
– Il n’a pas précisé. Mais il m’a dit qu’il était
à Paris et désirait vous rendre visite. Il a laissé
un numéro de téléphone.
Chardonnay jeta un coup d’œil au papier que
lui tendait son assistant :
– C’est au quartier latin. Si c’est le Weinberg
auquel je pense, je me demande ce qu’il fait ici
et ce qu’il veut. Nous n’avons jamais travaillé
ensemble.
Apparemment rassuré par le ton de son
chef, le jeune homme se contenta de suggérer :
– Appelez-le. Vous verrez bien.
– Soyez tranquille. Je vais l’appeler.
Et Chardonnay reprit le chemin de son bu-
reau dont il ferma soigneusement la porte.
13 Radiovorax
Il l’entrouvrit un quart d’heure plus tard, l’air
vraiment soucieux, pour demander à Lefort de
le rejoindre :
– C’est bien le Klaus Weinberg de Hanovre,
annonça-t-il. Un très bon microbiologiste, qui
s’intéresse aux mutations bactériennes.
Et comme son assistant gardait un silence
expectatif :
– Il m’annonce qu’il a quitté Hanovre et qu’il
est maintenant installé à Paris, au Val-de-Grâce,
qui est, comme vous vous en doutez, occupé
par la Wehrmacht. Mais ce qui m’ennuie vrai-
ment, c’est qu’il se dit intéressé par notre travail
et veut me rendre visite ici.
– Notre recherche ? Mais comment est-il au
courant ?
– Je n’en sais rien, mais il m’a dit textuelle-
ment : je sais que vous étudiez l’inactivation de
bactéries pathogènes par les rayons X, et je
voudrais bien en parler avec vous. Il est bien
renseigné, comme vous voyez.
– De toute façon ça ne le regarde pas et nous
n’avons rien à lui dire. Vous n’allez quand
même pas recevoir ce frisé !
Le jeune thésard semblait horrifié. Son pa-
tron écarta les bras en signe d’impuissance :
– Les occupants sont les maîtres. S’il veut
venir ici nous ne pouvons pas nous y oppo-
ser…
– Mais rien ne nous oblige à lui parler !
14 Mars
Chardonnay lui mit la main sur l’épaule :
– Rien ne nous oblige en effet, rassurez-
vous. Mais nous avons nous aussi le droit d’être
curieux. Et cette visite pourrait nous permettre
d’apprendre des choses intéressantes.
Lefort ouvrit des yeux ronds :
– Vous voulez l’espionner ?
– Pas de grands mots, Francis, fit son chef
en riant. Nous ne sommes pas des agents se-
crets. Mais c’est un bon scientifique et les
échanges d’informations sont normaux entre
bons scientifiques.
L’assistant fit une grimace significative :
– Même avec des Allemands ?
– Bon, je vous accorde que c’est moins fré-
quent par les temps qui courent.
– Pas question de collaborer !
– Qui parle de collaborer ? Vous pouvez être
certain qu’il se tiendra autant sur ses gardes que
nous sur les nôtres. En fait c’est à qui sera le
plus malin…
Le jeune homme parut méditer un instant sur
cette perspective. Chardonnay le sentait alléché
par l’idée d’une joute intellectuelle avec
l’Allemand. Mais il changea soudain de sujet :
– C’est tout de même bizarre ! fit-il. Pour-
quoi a-t-il quitté son université pour venir tra-
vailler ici ? Il a tout ce qu’il lui faut là-bas…
– C’est vrai. Mais il ne manque pourtant pas
de bonnes raisons pour s’installer à Paris. Tout
15 Radiovorax
compte fait il a des chances d’y travailler plus
tranquillement. L’Allemagne est sans cesse écra-
sée sous les bombardements alliés, et Hanovre
ne doit pas faire exception, tandis qu’ici…
– Nous sommes aussi bombardés ! Rien que
ces derniers temps Billancourt, Trappes, Creil,
Villeneuve Saint Georges… Tous les jours une
nouvelle banlieue.
– Justement Lefort, toujours les banlieues et
jamais le centre de Paris. Jusqu’ici les alliés
n’ont pas osé toucher aux monuments histori-
ques. On peut espérer qu’ils continueront.
Alors le Val-de-Grâce, en plein quartier latin,
c’est plutôt tranquille par comparaison.
Chardonnay vit que son assistant semblait
accepter son argumentation.
– Alors, c’est d’accord ? On le reçoit et on
essaie de savoir ce qu’il a dans le ventre ?
Le jeune homme acquiesça :
– Bon. Recevons-le. On avisera ensuite.
Son patron prit le téléphone pour rappeler
Weinberg. Celui-ci ne s’attendait certes pas à un
refus et fixa d’autorité le rendez-vous au lundi
matin à huit heures.
– Va donc pour huit heures, fit Chardonnay
en raccrochant. Maintenant, Francis, essayons
quand même de rattraper le temps perdu.
Ils n’avaient plus la sérénité nécessaire à un
bon travail. Ils persistèrent pourtant au point de
laisser passer l’heure du déjeuner. Le hurlement
16

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.