Rancune suivie de Les beignets de miss Jewell et Celui qui ne boit pas

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Les petits polars : une collection de nouvelles policières pleines de suspense et d'humour noir, à télécharger où et quand vous le souhaitez.
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3 nouvelles policières :



Rancune

Il y a des tributs où les membres sont fiers, où rien n'est oublié.



Les beignets de miss Jewell

Qu'est ce qui pourrait entamer la gentillesse de cet agent de police ? Rien. Rien ?...



Celui qui ne boit pas

Que cache cet homme qui boit en soirée ?





Publié le : jeudi 11 octobre 2012
Lecture(s) : 24
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823803969
Nombre de pages : 17
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couverture
Sophie Loubière

Rancune
 suivie de
 Les beignets de miss Jewell
 et
 Celui qui ne boit pas

12-21

Rancune

Nous sommes de la tribu des Hamadryas. Les plus fiers représentants de notre peuple se trouvent sur le littoral de la mer Rouge. Ma compagne et moi, nous sommes nés dans une région montagneuse, au sud-ouest de l’Arabie saoudite, au bord de la route reliant La Mecque à Taëf.

 

Je suis arrivé au camp le premier, épuisé, affamé. Lorsqu’ils ont ouvert notre fourgon, deux de mes frères sont tombés sur le sol, morts. Ma future épouse est venue par le deuxième convoi, quelques semaines plus tard.

 

Au début, nous restions dissimulés dans le feuillage des arbres. Nous étions trop effrayés par le bruit des moteurs et les cris des enfants installés à l’arrière des véhicules dont le poussiéreux défilé ne cessait qu’à la nuit tombante. Et puis, progressivement, nous sommes descendus des branches, voir de plus près les hommes qui nous visitent, protégés par des carrosseries brûlantes comme le feu du ciel. La plupart du temps, les vitres restent closes. Ces hommes ont peur que nous ayons une attitude hostile à leur égard, et les plus agressifs d’entre nous – comme les plus âgés – sont tués.

 

Comme toutes les femelles de la tribu, ma compagne marche doucement jusqu’à la barrière, grimpe dessus, s’assied, coudes contre genoux, et elle attend, la main tendue. Un homme ne tarde jamais à baisser la vitre de la portière et à glisser quelques cacahuètes dans sa paume. Nous raffolons de ces friandises en dépit de leur caractère indigeste. Parfois, les plus téméraires des hommes passent un bras à travers la portière pour tenter de nous caresser. Ma femme rentre alors la tête dans ses épaules, ou bien elle donne un petit coup de patte docile. Elle déteste que les hommes la touchent. Tous, nous avons cela en horreur. Ils sentent mauvais.

 

Notre premier enfant est né. C’est un fils. Depuis quelques semaines, nous essayons de lui raconter comment est notre pays d’origine, la couleur pourpre que prend le ciel au crépuscule, à quoi ressemblent les arbres sur lesquels nous avons grandi, mais notre langage est pauvre et nos ongles ont beau gratter la terre, nous n’y trouvons pas les petites baies sauvages dont nous étions friands à son âge.

 

Beaucoup de mes frères sont malades. Ils mangent trop de cette nourriture qui remplit nos mangeoires, ternit la fourrure et occasionne des démangeaisons de la peau. Nous apprenons à notre fils à ne jamais se précipiter sur son repas et à ne pas mordre les feuilles de certaines plantes toxiques – elles sont si nombreuses autour du camp…

 

Notre fils a bien grandi. Aujourd’hui, il accompagne sa mère jusqu’à la barrière, curieux de voir de plus près les hommes. Je suis assis dans les hautes herbes, à une courte distance, afin de pouvoir les surveiller. D’abord, mon fils a regardé comment s’y prend sa maman pour recevoir une cacahuète. Ensuite, il a répété son geste et, au comble de l’émerveillement, il a, lui aussi, reçu sa friandise de la main d’un petit homme. Maladroit, mon fils a glissé la cacahuète dans sa bouche sans en croquer l’enveloppe.

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