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Rascasse du Pérou

De
448 pages
À l'heure où les derniers noctambules chassés par la proximité de l'aube regagnent leur domicile, Antoine Le Garrec, inspecteur-chef à la police judiciaire de Rennes, section crimes et homicides, soupira, reprit contact avec la réalité paupières closes. Une enquête de routine à propos d'un noyé échoué sur la côte entre Saint-Malo et Cancale était au menu de sa journée. Une morne succession d'heures en perspective, si l'on en croyait les prévisions météo de la veille qui annonçaient une dépression avec rafales dépassant 120 km/h. Conformément à la méthode mise au point des années auparavant pour que son corps abandonnât les tiédeurs du lit, il se tourna sur le dos, sortit les bras de sous les couvertures, enchâssa la nuque dans les mains aux doigts croisés. Un roman policier qui fleure bon l'iode saturant l'air des côtes bretonnes. L'inspecteur Le Garrec se retrouve, pour notre plus grand bonheur, aux prises avec une affaire qui semble simple, mais qui va vite s'avérer aussi complexe que sa propre personnalité. Mêlant humour fin et intelligent dans les dialogues et une prose flamboyante pour les passages descriptifs, P. Gallo livre ici une oeuvre au suspense parfaitement maîtrisé, qui retient le lecteur dans ses filets comme dans ceux d'un chalutier brestois. Une réussite.
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Rascasse du Pérou
Phil Gallo Rascasse du Pérou Une enquête de l’inspecteur-chef Antoine Le Garrec
Publibook
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Chapitre 1. Émile, il est temps d’aimer et de partir Juillet 1990 Elle parvint à la porte de son appartement, épuisée. La cage d’escalier bascula dans l’obscurité, le claquement du ressort ravivait les peurs anciennes, les gouttes d’eau arrosaient le pa-pier peint écorché, l’air chaud ruisselait sur ses joues. Elle bataillait avec le manche, une baleine ne s’intégrait plus dans l’ordonnancement précis de l’instrument, sa bouche pleurait des jurons. Phalanges mouillées, elle s’interrogea: «J’appuie sur l’interrupteur au risque de m’électrocuter ou je pose cet en-gin ? »Dans les situations nécessitant un choix, elle avait toujours hésité, y compris pour les choses simples de l’existence. Elle opta pour la seconde variante, installa l’objet de son ressentiment dans l’angle du mur, saisit un mouchoir, essuya ses mains ; apaisée, elle rétablit la lumière. Une nouvelle épreuve se présentait : abandonner l’épave grotesque comme un cormoran mazouté à l’aile cassée ou la réparer. L’indignation la submergeait sans crier gare : « Subir la charité des autres, c’est recevoir de la merde, je vire le riflard à la poubelle ! » Elle visitait la Présidente pour lui emprunter Madame Bova-ry. Séjournant chez les naturistes de la Costa Brava, pudeur mise à mal par l’effeuillage, elle avait oublié son exemplaire à l’habillage. Sur le seuil du loft cossu de sa collègue, elle s’écriait : — Seigneur, il pleut des cordes ! L’hôtesse, obligeante, proposait le parapluie noir. — Merci, je te le rendrai chez Quentin. — Garde-le, j’en ai acheté un autre moins funèbre. Randonneuse perdue dans la montagne à qui se découvre le refuge, elle pénétra dans le vestibule, accrocha l’imperméable au portemanteau, se libéra de sa tension en un soupir de plaisir.
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Son visage apparut entre les fleurs de cuivre du miroir offert par sa mère, elle se félicita d’avoir abandonné Ginette, son salon de coiffure ringard, pour celui de Bernardo dont les ciseaux et le peigne embellissaient le look le plus aride. «Je suis certaine qu’il est pédé, il nous comprend si bien, nous les femmes! » Doigts écartés, elle donna du volume aux cheveux blond cen-dré, se quitta, son reflet l’observait s’adosser contre le mur. Elle cambra son pied gauche, catapulta l’escarpin dans le placard ouvert, se concentra sur le second lancer qui échoua contre la plinthe. Invitée à l’Auberge de la Cour, elle avait dé-couvert une cuisine raffinée éloignée de ses standards. N’avait-elle pas exagéré sur les boissons? Elle chassa la morale à l’affût, se débarrassa de la veste du tailleur dans le séjour, entra dans la chambre. Mains sèches, elle pressa le bouton poussoir, marcha jusqu’à l’armoire banale à pleurer. Un autre cadeau d’un copain! La glace piquée réfléchit l’image d’une jeune femme pieds nus, jupe bordeaux, chemisier blanc, flèche du décolleté sur la naissance des seins. Le visage du clone qui lui faisait face paraissait las. « C’est l’éclairage, j’achèterai ce lus-1 tre de la CAMIF . » L’explication la rassura, son intérêt dériva vers Jean. L’installerait-il, le ferait-elle ? Elle considéra la dou-ble interrogation, séparer chaque proposition serait plus juste. Peu importe la construction de la phrase, la réponse était évi-dente :elle se coltinerait le travail, prendrait garde à couper le secteur. Jean Vigneau partageait son existence de façon intermit-tente. Qui avait refusé d’aliéner sa liberté en subissant la promiscuité d’un lieu commun de vie ? Ce n’était pas clair dans son esprit embrumé; avaient-ils estimé qu’il s’agissait d’un marché de dupes? Liberté perdue contre apparence d’honorabilité ? Ghislain s’était comporté en grand seigneur à la prise de commande : un Roederer millésimé accompagnerait la mise en bouche, un Moulis, les tournedos de filet de bœuf de Chalosse, la moue du maître d’hôtel était approbatrice. Pour-quoi ne se rappelait-elle pas le nom du Château? «C’est étrange, j’éprouve des difficultés à mémoriser, 29 ans, ce n’est pas vieux ! »
1 A l'époque, la CAMIF était encore une coopérative.
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