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Regis

De
"Régis aime la littérature et l'automne, les décibels et l'errance. Il n'a pas choisi le mal qui le ronge. Vivant la plupart du temps en lui-même, il perçoit une réalité déformée et angoissante, où tout fait sens. Dans sa psychose, il s'accroche à de fragiles repères : des personnages sans nom, des impressions sans fondement, des chansons sans espoir... Pourtant, peu de temps avant les attentats du 13 novembre 2015, le retour d'un mystérieux persécuteur va faire vaciller son équilibre précaire... Jusqu'au point de non-retour." James Osmont, auteur et photographe né à Brest, est aussi soignant en psychiatrie depuis dix ans. Dans ce premier roman sombre et nerveux, entre drame et thriller psychologique, il invite le lecteur à une immersion au plus près d'âmes tourmentées, dangereuses, mais aussi profondément humaines.
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James Osmont Regis
© James Osmont, 2018
ISBN numérique : 979-10-262-0455-8
Courriel : contact@librinova.com Internet :www.librinova.com
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Du même auteur :
Sandrine (2016)
Dolores (2017)
Le roman que vous tenez entre vos mains, peut se lire, s'expérimenter, se ressentir avec sa bande-son, disponible sur Youtube (chaîne « James Osmont »). Plus qu'un « fond sonore », c'est une résonance émotionnelle, interactive, pres que un personnage à part entière, que je vous propose de découvrir. Rien d'obligatoire, mais sachez qu'il vous faudra, au fil des pages, appréhender cette omniprésence de la musique. Ce bruit qui fait parfois vibrer les âmes...
James OSMONT
Dans le ressac impétueux d'un attribut Qu'on nomme encore  folie » ; Aux nombreux  Regis » Que notre société, toute entière, N'a su maintenir à flot...
I Vendredi 13 novembre 2015.
Le vent s'était tu en cours d'après-midi.
Après le tumulte, ce jour sans clarté mourait de n'avoir jamais débuté. Des heures fantômes de la mi-novembre, dont la grisaille échev elée avait délavé les âmes et détrempé les terres... Pourtant Regis adorait l'automne.
C'était un enfant de l'automne.
Il avait quitté l'isolement hier, et « fêtait » auj ourd'hui son trente-deuxième anniversaire. Un bien grand mot… Pour la première f ois depuis presque deux semaines, il était autorisé à sortir dans le parc. Déambulant dans le service discrètement, il vivait encore la plupart du temps à l'intérieur de lui-même, s'ouvrant difficilement aux stimuli et aux interactions. Il r edevenait petit à petit un patient lambda. Un être humain. Pas juste un symptôme. Il se conten ait, se trouvait à nouveau rassemblé. Remonté des limbes de son psychisme... j usqu'à la prochaine crise. Et le prochain enfermement dans la«chambre noire ».
Regis ne se souvenait pas bien de l'agression.
Bravant les éléments, il profitait donc de quelques minutes à l’extérieur. Il avait passé sur son pyjama finement rayé une parka issue d'un surplus militaire. Le vêtement trompait l’œil de ses tâches olivâtres, et les à-pl ats bruns viraient du châtain au kaki en un parfait rendu « camouflage ». Le jeune homme s'é tait aussi emmitouflé dans de vieux pulls, des écharpes râpées, et avait vissé un bonnet fétiche sur son crâne précocement chauve. Sacrée dégaine… Sandrine, l'infirmière, l'accompagnait. Elle le connaissait bien, et savait que ce moment a u-dehors valait plus d'un comprimé anxiolytique. Ancré dans la terre, à respi rer le réel, il s'assourdissait de silence, attentif aux moindres témoignages de vie d ans cette campagne alentour qui s'éteignait doucement en glissant vers décembre. La tempête était passée. La terre avait retenu son souffle quelques heures. L'humus d e l'hiver approchant exhalait maintenant avec force… Après une dernière inspirati on, à pleins poumons, il se retourna :
— « Dévoré »… Il est si amoché qu'ça ? questionna le malade. — Le docteur D'Arc a voulu que tu prennes conscienc e de ton acte. Il a un peu… « forcé l'trait »disons, risqua Sandrine. Malgré lui, Regis sentit pointer de la déception.
— Merci d’avoir appuyé la levée d'isolement, en tou t cas… — Bah ! Ce sera mon cadeau d'anniversaire, sourit l a soignante avant de s'en vouloir pour la familiarité qu'elle venait de laiss er transparaître... Elle commença lentement à rebrousser chemin.
Le temps imparti était écoulé, ils le savaient tous les deux… Sans plus un mot, ils se dirigèrent vers le pavillon de l'Unité 5. Sur le chemin, Regis observait en contrebas le bâtiment couvert de mousses. Dans ce trou de verdur e, nichée dans son cloaque, la bestiole de béton le jaugeait. Les vitres embuées d e la façade étaient pareilles aux yeux d'un étrange batracien. Membranes nictitantes, on aurait pu les croire aveugles. Mais ce voile-là, cette cataracte, s'effaçait d'un revers de main. Le repaire ovoïde, à la gueule perpétuellement verrouillée, allait encore l e gober jusqu'à demain.
La prochaine promenade… si tout allait bien.
À 18h30, ce serait l'heure du dîner. Puis viendrait le traitement du soir, et la tisane à la mi-temps du match de football France-Allemagne . La vie était prévisible et donc sécurisante à l'hôpital psychiatrique. Le bunker in stitutionnel aussi était faillible. Son hermétisme était censé calfeutrer, obturer les brèc hes mentales et les défauts de contenance. Mais parfois, la réalité du Monde les r attrapait. Même eux... La folie excluait, la psychiatrie sclérosait, désincarnait p arfois. Pourtant, lorsque le cœur de l'Humanité s'emballait ou quand, saisi d'effroi, il manquait un de ses battements ; l'onde de choc se propageait partout. Même ici. Et ce soir du 13 novembre 2015…
…cela allait être le cas.
II Samedi 14 novembre 2015 – 0h16.
Pour sortir de la sidération collective.
Bien plus tard, quelqu'un avait coupé la télévision de la salle commune. Un patient avait mis un terme à la litanie macabre et complais ante des chaînes d'information en continu. Dans un éclair de lucidité, il avait fait cesser la torture mentale qu'ils venaient tous de s'imposer pendant la soirée. Il était plus de minuit. Regis se couchait angoissé. «Des dizaines de morts… Chhht… Un acte arbitraire… C hhht… Des innocents pris pour cibles… Chhht… Des ennemis de l'intérieur … Chhht… Au nom de Dieu… 1 Chhht… » Les mots, les clichés, les sentences envahissaient déjà son esprit. Tel le ruisseau qui ondoie, paisible à la fin de l'été, puis qui en fle aux jours déclinants, rampe insidieusement hors de son lit, et inonde finalemen t les terres, les pâtures, les futaies, après des mois de répit… Le cycle immuable des sais ons était bien plus imprévisible dans le cerveau de Regis. En lui, la crue ne fertil isait pas, elle ravinait, elle décapait, laissant derrière elle ses limons stériles. Bien qu 'il ait toujours été« observant », c'est-à-dire coopérant et régulier dans la prise de ses t raitements, Regis entretenait un rapport plein d'ambivalence avec ce qui lui tenait lieu de foyer, de grotte, de terrier : l'hôpital.
Ça n'était pas une prison. Non... Il avait d'ailleu rs suivi de très loin la judiciarisation de son cas, jugé trop instable pour se rendre à l'a udience au tribunal. Il ne se considérait pas vraiment comme un patient médico-lé gal. Pas un asile non plus, au sens protecteur du terme. Lorsque l'on trouve refug e, on ne rêve pas perpétuellement d'en sortir. Et on y reste surtout de son plein gré … L'hôpital : un centre de rétention, alors ? Oui, en quelque sorte, parqué ici, loin des villes, entre les doigts crochus des branchages, la chevelure capricieuse des épaisses r amées. Empêché dans sa quête d'un avenir meilleur, Regis semblait attendre un la isser-passer : une migration immobile. Il enviait parfois ces réfugiés du Moyen- Orient qu'il suivait avec un intérêt 2 viscéral dans des reportages télévisés . Eux s'expatriaient par familles, par villages entiers, par milliers, où que ce soit. Quitte à mou rir par poignées, à s'entasser par grappes, à payer ce prix pour que d'autres surviven t : un sacrifice nécessaire, une amputation volontaire dans l'intérêt d'un organisme global. Pas de simples individus : un peuple, une diaspora fondamentalement humaine, e t qui touchait profondément Regis… « C'est un terrible bilan… Chhht… Encore provisoire ... Chhht… On retrouve notre envoyé spécial sur place… Chhht… Mes chers compatri otes… Chhht… C'est une horreur… Chhht… »
Oppression. Le grésillement de l'écran persistait dans son crân e. Le présentateur, en gourou hypnotique, poursuivait ses psalmodies…« Des voix ? »Non. Mais elles reviendraient. Et « ça » recommencerait s'il n'y prenait garde :« Ces voix de malheur ! »
Contrôle. Le besoin de décharger, d'exploser s'imposerait à n ouveau.« Bon sang, quelle pénitence ! » Ces musiques, ces chansons, ces paroles : elles le lui disaient. Il s'en était cru libéré pourtant ; elles ne le hantaient p lus quand il était là-bas. Dans la chambre… Perpétuité. Regis devait admettre sa faute, accepter l'incurabl e, atteindre le bout de l'impasse. Existence bouffonne, menace risible, réaction coupa ble ; il était passé à l'acte lui aussi. Sa peine s'exécuterait quoiqu'il en coûte. Grandios e ou pitoyable, avec les honneurs ou les huées en fond sonore. Et ces mélodies entêtante s qui le tortureraient à jamais : « Pardonnez-moi, mon Père. Car j'ai péché. Sans réponse, abandonné. 3 Sans réponse, abandonné. » Il étouffa un hurlement. Puis deux. Et plusieurs au tres encore dans son oreiller indéchirable. Il crispa sa cage thoracique, banda s es muscles, cambrant son corps comme un damné, verrouillant ses mâchoires jusqu'à ce que la douleur physique conjure la crise. Il repensa à la chambre de survei llance : surtout ne pas être entendu. Ne pas y retourner. Après quelques minutes, malgré les crampes, il se sentit un peu moins mal. L'oreiller en avait vu d'autres. Maudit confident de ses nuits fiévreuses. Il avait appris à gérer tant bien que mal certaines mo ntées d'angoisse, à faire fuir pour un moment les obsessions qui s'imposaient parfois, qui l’engloutissaient, et l’enivraient jusqu'à l'extrême limite. Trempé de sueur, il eut s oudain très froid sous sa couverture couleur rouille élimée jusqu'à la corde. Chauffage en panne.
— Putain d'hosto ! souffla-t-il, épuisé.
Putain de vendredi 13…