Respire

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C'est sans hésitation qu'Apolline accepte de se rendre à Berlin pour y réaliser un documentaire sur un groupe de pop rock allemand. Face au leader du groupe, si troublant et séduisant, la photojournaliste a bien du mal à cacher son attirance pour lui.

Mais d'étranges meurtres vont venir assombrir le début de leur idylle. Sans le savoir, la jeune femme va s'embarquer dans une galère dont les mots-clefs seront angoisse, suspense, hémoglobine et amour.


Publié le : vendredi 1 avril 2016
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EAN13 : 9782334105620
Nombre de pages : 182
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-10560-6

 

© Edilivre, 2016

Dédicace

 

 

À mon père,

1
Apolline

Paris, huit heures-trente, ce matin, cette grande ville à la richesse architecturale exceptionnelle s’éveilla en fanfare depuis plusieurs heures, par le vacarme incessant des klaxons et le rythme ininterrompus des voitures, transportant à leur bord leur propriétaire, sur leur lieu de travail.

Quand à elle, Apolline fut réveillée par la sonnerie de son téléphone portable. Tout doucement, elle ouvrit les paupières, les referma, les ouvrit de nouveau puis fixa ses yeux au-dessus d’elle, jusqu’à ce quelle puisse distinguer dans la pénombre, le plafond de sa chambre. Elle s’étira de tout son long pour détendre ses membres endoloris et se retourna sur le côté en prenant appui sur le coude, cherchant à tâtons, l’interrupteur de sa lampe de chevet. S’asseyant au bord de son lit, elle se regarda dans le miroir de sa coiffeuse, qui se trouvait en face d’elle et un léger sourire se dessina au coin de ses lèvres pulpeuses. Ses cheveux hirsutes de couleur châtain, retombèrent en cascade sur son visage, révélant ainsi une nuit tourmentée. Elle se passa rapidement les mains dans sa crinière pour y remettre un peu d’ordre.

Debout, elle se dirigea d’un pas nonchalant vers la fenêtre et l’ouvrit après avoir tiré les doubles-rideaux épais, afin d’accrocher les volets en bois. La lumière de l’extérieur inonda la pièce de reflet lumineux et éblouissant. La journée s’annonçait ensoleillée ce qui enthousiasma la jeune femme.

En traversant la chambre, son portable se mit à vibrer sur la table de nuit. Elle se précipita pour le prendre en main et décrocha.

– Allô !

– Apolline, c’est moi, Marco. Dis-moi, pourrais-tu me rejoindre au bureau ce matin ?

– Ce matin ! Mais, tu as oublié que je suis en vacances. Et pour quelle raison, veux-tu me voir ?

– Je sais. Si je me suis permis de t’appeler, c’est que ma proposition va te plaire, mais si tu veux en savoir davantage, il te faudra venir jusqu’à moi.

– Je n’aime pas les devinettes, Marco, mais tu as vraiment de la chance car aujourd’hui, je me suis levée de bonne humeur (rires). Et à quelle heure, faut-il que je sois au bureau ?

– Disons vers dix heures et demie. Avec hésitation, elle lui répondit :

– bon, ok ! Ça peut le faire. Allez ! Je prends ma douche et je file vite fait.

– À tout à l’heure, Apolline.

– À tout à l’heure, Marco.

La jeune femme se dirigea dans la salle de bain, se déshabilla en hâte et prit une douche bien chaude puis tout en se savonnant énergiquement, elle se mit à penser.

*
*       *

Marco était éditeur et le boss d’Apolline. Dès le début de leur rencontre, une complicité s’était très vite nouée entre eux et cela depuis cinq années déjà. La jeune femme fut engagée comme photojournaliste pour réaliser des reportages et documentaires sur des célébrités. Elle savait qu’elle avait vraiment de la chance car son métier lui permettait de voyager à travers le monde et d’approcher, côtoyer des acteurs, des chanteurs, des sportifs… Et dernièrement, pendant deux mois, elle était restée auprès d’une actrice très en vogue, durant les derniers tournages de la série télévisée où elle incarnait une détective privée.

*
*       *

Apolline attrapa son peignoir pendu à la patère et l’enfila. Elle se sécha les cheveux au séchoir, tête en bas, pour obtenir du volume. En se redressant, elle remit sa coiffure en place, se maquilla avec soin, ce qui d’ailleurs rehaussait la couleur de ses yeux verts et sortit de la salle d’eau, pour s’habiller.

Devant le dressing, elle se demanda ce qu’elle porterait aujourd’hui : pantalon ou jupe. Finalement, elle choisit un jean avec un tee-shirt blanc, incrusté de paillettes dont l’inscription était : je suis cool.

Elle se vêtit et ensuite, elle mit rapidement de l’ordre dans sa chambre, malgré le temps qui pressait (eh, oui ! Quand on vit seul, on a certaines manies. Tout devait être impeccable), elle descendit au rez-de-chaussée pour prendre tout de même un petit déjeuner, avant de partir.

Elle appuya sur le bouton de sa cafetière expresso, grilla les tartines de pain, les beurra et les nappa d’une bonne confiture de mûres. Elle engloutit le tout et après s’être brossé les dents, elle récupéra son sac qui se trouvait dans le salon, enfila sa veste, ses baskets de ville, prit ses clefs et ni une ni deux, se retrouva devant sa porte d’entrée et ferma à doubles tours. Elle regarda sa montre : neuf heures quarante cinq. Ce qui lui laissait largement le temps de se rendre chez Marco.

Apolline trouva, sans difficulté, une place pour garer sa voiture, dans une rue adjacente, à l’endroit même où se tient le siège de la maison d’édition de son patron. Elle mit un ticket horodateur sur son tableau de bord et traversa le passage piéton, puis arriva face à l’immeuble. Devant une porte cochère en bois massif, elle appuya sur la sonnette qui se trouvait sur sa droite. Une voix se fit entendre dans l’interphone :

oui ?

– Bonjour ma grande, c’est moi Apolline.

– Ah ! Vas-y, je t’ouvre ma belle.

Apolline franchit la porte et marcha jusqu’au fond du couloir, puis tourna sur sa droite pour rejoindre l’accueil.

– Bonjour Jessica, comment vas-tu ? Questionna-t-elle.

L’hôtesse d’accueil, proche de la cinquantaine, lui répondit :

– très bien. Mais je te croyais en vacances pour une quinzaine de jours. Ne me dit pas que tu t’ennuies déjà de nous ? Dit-elle en plaisantant.

– Marco m’a téléphoné pour que je vienne. Il paraît qu’il a quelque chose d’intéressant pour moi. Sûrement un reportage ou autre de dernière minute.

– Ah ! Oui, en effet ! Il m’en a vaguement parlé tout à l’heure.

– Bon, j’y vais.

– Par contre, Marco vient de descendre dans le parc pour faire prendre l’air à Totsy.

– Ils sont vraiment inséparables, ces deux-la. Ria-t-elle.

Celle-ci se tourna sur ses talons et retrouva l’éditeur dans le jardin, en y accédant par les grandes portes-fenêtres. Elle commença à descendre le grand escalier de pierre et l’aperçut, les mains dans les poches. Il la vit, lui fit signe et la rejoignit en contournant les petits jardins à la française. Son chien, un jeune labrador, le suivait en sautant devant lui, en poussant de petits aboiements, en espérant que son maître jouerait ave lui.

En arrivant à sa hauteur, Apolline s’avança vers son patron et lui tendit la joue pour lui dire bonjour.

– Me voilà ! Alors ?

En attendant les explications, elle s’accroupit pour caresser le chien.

– Tu te doutes bien que je t’ai fait venir, pour un nouveau documentaire, mais comme je te l’ai dit au téléphone, ça va te faire plaisir.

Impatiente, elle lui dit :

– je t’écoute…

– Eh, bien, hier soir, j’ai eu un coup de fil d’Allemagne. J’ai eu en ligne le manageur d’un certain groupe de rock, et si ma mémoire ne me fait pas défaut, je crois qu’il n’y a pas si longtemps de ça, tu m’avais parlé d’eux. Tu vois de qui je veux parler ?

Apolline se releva tout excitée.

– Non ! Tu veux parler du groupe Existentiel ? Oh, c’est pas vrai !

– Eh si ! Il voudrait que l’on réalise un livre documentaire, illustré de photos, d’interviews, et qui sera en vente avec le DVD live de leur prochaine tournée en France.

Toute émoustillée, comme une adolescente de seize ans, elle n’en crut pas ses oreilles. Fan de leur musique depuis le début de leur création, elle avait vieilli et évolué au même rythme qu’eux, bien que ces dernières années, elle ne se concentrât plus autant sur leurs faits et gestes.

Marco la fit redescendre sur terre.

– Allez ! On va dans mon bureau pour discuter de tout cela et voir la marche à suivre.

Dans le bureau, pendant que l’éditeur passait des coups de fil, à droite et à gauche, Apolline feuilletait les différents fax, que son patron avait reçus le matin même. Elle lut quelques renseignements concernant le groupe, ainsi qu’une liste comportant différents noms et numéros à contacter, etc… Marco reposa le combiné et s’adressa à Apolline :

– tu parles couramment l’Allemand, n’est-ce-pas ?

– Oui ça va, sinon j’utiliserai l’anglais.

Se dirigeant vers le fond de la pièce, il se servit un café et lui en proposa un. Elle acquiesça d’un signe de tête et survola de nouveau la pile de feuilles posées sur ses genoux.

– Comme d’habitude ? Noir, le café ?

– Oui.

Après un temps d’arrêt, elle lui demanda :

– je suis attendu pour quand ?

– En fait, dès que tu pourras.

Marco lui tendit le café et reprit la conversation.

– Quand penses-tu être disponible ?

Apolline réfléchit. Il lui faudrait deux jours tout au plus pour s’organiser.

– Disons, jeudi. Cela leur conviendraient-ils ?

– Je pense que oui, je vais les informer tout de suite.

Il composa un numéro de téléphone et attendit qu’on lui réponde au bout du fil. Pendant ce temps, Apolline se leva et parcourut la pièce de long en large puis s’arrêta devant la fenêtre. Dehors, la circulation devenait de plus en plus dense. Les rayons du soleil se réfléchissaient sur les carreaux des voitures qui se trouvaient en contrebas de l’immeuble. Une sensation de chaleur, se diffusa au travers de la vitre, d’où elle se tenait et les yeux fermés, apprécia ce moment. Marco sortit la jeune femme de sa torpeur en s’adressant à elle :

– bon, on compte sur toi pour jeudi. Je m’occupe de la réservation pour l’avion et l’hôtel, ensuite je te tiens au courant. Voici les coordonnées de la personne qui te prendra en charge à ton arrivée, elle seconde le manager et elle s’occupera de tout. Au moindre problème, tu feras appel à elle.

Apolline regarda le nom de la personne, inscrite sur le papier : Madame Loriant. Cela lui rappela quelque chose mais elle n’arriva pas à s’en souvenir. Sur ce, elle commença à rassembler ses affaires et après avoir fait le point avec son patron, lui dit au revoir et sortit du bureau.

Apolline, chez elle, commença tout de suite, par vérifier et répertorier le matériel, dont elle aurait besoin pendant le reportage. Après s’être assuré que rien ne lui manquait, elle prépara ses valises. Elle regarda sa montre : déjà treize heures ! S’installant dans le salon, elle se restaura vite fait, en mangeant un sandwich. Assise à califourchon, sur la méridienne, elle consulta les exemplaires des fax, que lui avait donnés Marco. Elle se connecta sur l’ordinateur et répertoria le planning, prévu pendant tout le temps qu’elle passerait en Allemagne et elle inscrivit toutes les adresses et les numéros importants.

En parcourant certaines informations au sujet du groupe, elle pianota sur le clavier de l’ordinateur pour s’informer sur la personne qui la prendrait en charge à son arrivée. Elle tomba sur toute une page entière concernant Virginia Loriant. Sur une photo, elle l’aperçut en compagnie du leader du groupe qui la tenait par la taille. Ce fut ainsi qu’Apolline se remémora tout : le couple s’était séparé, il y a de ça un an mais la jeune femme gardait de bonnes relations avec le chanteur, à tel point, que lors des interviews, les journalistes décrivaient leur nouvelle relation en ces thermes : le couple ne s’est jamais aussi bien entendu, que depuis qu’ils sont séparés. Un lien d’amitié les unit autant qu’un frère et une sœur.

Apolline, désormais, se souvenait très bien de la séparation tumultueuse qui fit la une des journaux People. Finissant de lire, tout ce dont elle devait se rappeler, elle rangea le tout dans un grand sac serviette, puis se détendit un peu en rêvassant à sa rencontre avec son idole.

2
Le monstre

Une jeune femme, aux cheveux roux flamboyant, longeait une ruelle humide et sombre, qu’elle empruntait régulièrement pour se rendre à l’arrière du restaurant où elle travaillait en tant que serveuse. Elle ne s’imaginait pas que tapi dans l’ombre, un homme machiavélique l’attendait sans faire de bruit.

Voilà, déjà plusieurs jours qu’il surveillait comme un prédateur, les faits et gestes de sa future proie, attendant le moment inopiné pour mettre en œuvre le déchainement de ses pulsions meurtrières. Ce jour là, sa respiration se fit de plus en plus rapide à l’approche des pas de Veronica.

Dès qu’elle arriva à sa hauteur, il se jeta sur elle, telle une bête en furie et la plaqua au sol, la menaçant à l’aide d’un couteau. Tétanisée par la surprise de l’attaque si rapide, elle n’eut pas la force de crier.

– Si tu prononces un seul mot, je te bute salope. Vociféra-t-il. Tu as compris ?

Au bord de l’asphyxie causée par le poids de son agresseur sur elle, la jeune femme arrêta de se débattre pour reprendre son souffle et estima dans l’urgence qu’il était plus prudent de ne pas bouger.

Horrifiée, elle tremblait de tous ses membres et urina sur elle, tellement la peur la prenait aux tripes. Croyant sa dernière heure venue de dire adieu à ce monde. L’homme sanguinaire la bâillonna et lui lia ses bras à l’arrière du dos puis l’empoigna pour la relever et l’emporta en direction d’une camionnette qui se trouvait à deux mètre de là.

La victime regarda autour d’elle dans l’espoir que quelqu’un, assistant à la scène, lui vienne en aide. Malheureusement les choses se passèrent si rapidement qu’elle se retrouva déjà dans le véhicule, gesticulant dans tout les sens comme un vermisseau, pensant rendre la tâche plus difficile à ce monstre mais celui-ci ferma les portes à l’arrière sans qu’elle puisse réussir à s’évader. Le kidnappeur démarra et l’emmena vers une destination inconnue.

À ce moment-là, Veronica se demanda de quelle façon, elle pourrait s’échapper et tendit l’oreille. Elle perçut la musique de la radio que le monstre augmenta volontairement pour atténuer les plaintes de la prisonnière. La jeune femme en profita pour taper avec des pieds sur la tôle de la fourgonnette à l’endroit de la porte arrière espérant ainsi l’ouvrir mais rien n’y fit. Elle essaya de se libérer de ses liens et n’y parvint pas non plus puis ses forces l’abandonnèrent. Des larmes chaudes lui coulèrent le long des joues et elle hoqueta sans pouvoir s’arrêter, apeurée rien qu’à l’idée que cet homme puisse lui faire du mal.

Le véhicule s’engagea sur un chemin sinueux et au bout d’un certain temps, qui parut une éternité pour la serveuse, le fourgon s’immobilisa et les portes s’ouvrirent. Elle fut éblouie par une lampe torche et le monstre la tira par les pieds puis la fit glisser jusqu’au bord du véhicule et d’un coup, celle-ci se retrouva sur le sol boueux. Elle fut dans l’incapacité de se faire une description de l’homme au visage masqué qui se tenait debout devant elle, à part les yeux de couleur foncée qui étaient injectés de sang. Il la retourna brusquement sur le dos avec son pied et la souleva de terre afin de l’emmener vers une cabane en bois en très mauvais état, qui se trouvait au beau milieu d’une forêt sombre et lugubre.

Il poussa violemment Veronica à l’intérieur, ce qui ne manqua pas de la faire trébucher. En se cognant sur le plancher, la jeune femme s’ouvrit l’arcade sourcilière et elle sentit le sang visqueux couler le long de sa paupière. L’homme se moquant d’elle, gratta une allumette et alluma une bougie posée sur une table, donnant à la pièce une lumière blafarde. Le monstre retira son masque et vint s’agenouiller près d’elle, lui prit le visage entre ses mains et passa sa langue sur la plaie de la jeune femme. Écœurée par le comportement de ce fou, elle ne put s’empêcher de penser aux supplices qu’il pourrait lui infliger : allait-il la violer ou la découper en petits morceaux ? Des hauts le cœur la submergèrent rien qu’à l’idée d’imaginer les différentes parties de son corps éparpillées çà et là.

Le tueur diabolique se dirigea près de l’évier puis aiguisa plusieurs lames de couteau avec dextérité et prit un malin plaisir à ricaner tout en s’adonnant à son rituel.

Veronica recula tant bien que mal, comme une larve vers un coin de la pièce puis resta prostrée et tremblante en souhaitant que tout ceci ne fût qu’un cauchemar, pensant se réveiller d’un moment à l’autre.

Elle scruta autour d’elle, la cabane en rondins qui comportait peu de meubles : uniquement une table en bois avec deux chaises, un évier et sur la gauche, un vieux meuble bas en formica.

L’homme interrompit son cérémonial, s’approcha d’elle, l’obligea à s’assoir sur l’une des chaises puis l’accrocha au dossier et ficela ses pieds, empêchant ainsi tout mouvement. Le cœur de la jeune femme ne fit qu’un bon quand elle vit son agresseur chercher l’un des couteaux affutés pour ensuite s’installer face à elle.

Avec la lame tranchante, il fit sauter un à un les boutons de son chemisier ainsi que le soutien-gorge, dévoilant la poitrine généreuse de la serveuse. Saisi par ses pulsions sataniques, il commença à lacérer le buste de Veronica. La pauvre victime écarquilla les yeux d’effroi et suffoqua, pouvant à peine respirer à cause du bâillon resté sur sa bouche. Elle gémissait de douleurs et à chaque fois que l’assassin la tailladait, elle ressentait des sensations lancinantes et aigües qui lui devenaient de plus en plus insupportables. Des gouttes de sueur perlaient sur son front et elle sentit le sang glisser le long de son corps.

Sa vue se troublait, elle se sentit défaillir peu à peu. Le monstre passa de nouveau sa langue sur le liquide rouge et savoura tout en la regardant en coin, jouissant de cette situation. Au bord de l’évanouissement, elle essaya d’ouvrir les paupières et n’aperçut que quelques brèves images : le regard pervers et maléfique du tueur, les lèvres et les dents maculées de sang, puis sentant la fin venir, elle se sentit emportée vers les ténèbres.

Ce fût à ce moment-là, qu’il finit sa besogne : il se plaça derrière sa victime, lui souleva la tête en arrière par la chevelure et d’un geste net et précis, trancha la gorge de Veronica. Comme une fontaine, le sang jaillit du cou de la pauvre fille et le monstre aux yeux exorbités, se mit à rire à gorge déployée, brisant le silence de la nuit.

À l’écart du chalet en bois, dans une vieille dépendance prête à s’écrouler au moindre coup de vent, une petite lueur dansait au travers des lames de bois, de la façade et devant un plan de travail, le diable assis, confectionnait un patchwork mais ce n’était pas de carrés de tissus que le plaid était composé, mais de différents scalps de femme qu’il assemblait à l’aide d’une aiguille pour cuir. La vision d’horreur dépassait l’entendement : minutieux et appliqué dans ses gestes, il prenait plaisir à coudre ses trophées et après avoir fini, satisfait de lui, il admira son chef-d’œuvre quelques instants et plongea ses mains dans la masse de cheveux roux et blond, ce qui lui provoqua de délicieux frissons de plaisir.

Il s’occupa ensuite de charger dans la camionnette, le corps mutilé de Veronica Merry, enveloppé dans un grand sac plastique, qu’il conduisit et abandonna dans son lieu de prédilection.

3
Berlin

– Mesdames et Messieurs, nous approchons de l’aéroport de Berlin-Schönefeld. Pour votre sécurité, veuillez accrocher votre ceinture. Merci.

Apolline accrocha la sienne et regarda par le hublot : plus on approchait de la terre ferme, plus les nuages se dissipaient pour laisser entrevoir les grandes étendues de conifères, denses et verdoyantes. Vu du ciel, elle trouva le paysage magnifique. Peu à peu, les forêts se raréfièrent pour laisser place à la ville de Berlin.

L’avion amorça sa descente et atterrit en douceur. Après l’arrêt total de l’appareil, l’hôtesse de l’air remercia les passagers d’avoir choisi leur compagnie et leur souhaita un agréable séjour.

Les voyageurs ainsi qu’Apolline rassemblèrent leurs effets personnels et quittèrent l’avion pour emprunter le tunnel du terminal.

À l’intérieur de l’espace de l’aérogare, en effervescence, la jeune photojournaliste récupéra ses bagages de soute et passa les différents services de douane et quand tout fut réglé, elle emprunta la sortie.

Observant les personnes autour d’elle, elle aperçut une jeune femme rousse, très élégante, au teint de porcelaine, qui tenait dans la main une pancarte avec comme inscription : Madame Marly. Les journalistes ne se trompaient pas en décrivant que Virginia Loriant était très belle. Apolline le constata par elle-même et elle l’envia un peu. Pour le coup, elle se sentit moins féminine, comparée à elle.

Elle se faufila entre les touristes, s’approcha de cette femme et se présenta dans la langue Allemande :

– bonjour, Apolline Marly. Elle lui tendit la main.

– Bonjour. Enchantée, Virginia Loriant.

Toutes les deux se dévisagèrent pendant quelques secondes et Virginia en souriant, lui proposa de la suivre. S’adressant à Apolline, tout en avançant jusqu’à la voiture, elle lui demanda si le voyage s’était bien déroulé. L’interlocutrice lui répondit que oui et profita de ce que la discussion était bien entamée pour lui demander si des changements étaient intervenus dans le planning des jours à venir. Virginia lui confirma qu’effectivement les séances photos, prévues en début de la semaine prochaine en extérieur, seraient inversées avec celles en studio à cause de la météo.

Les deux femmes arrivèrent devant un 4x4, posèrent les valises dans le coffre de la voiture et s’installèrent dans le véhicule. Virginia se tourna vers Apolline et lui proposa de la tutoyer, étant donné qu’elles passeraient à l’avenir, beaucoup de temps ensemble et cela permettrait de sympathiser plus vite. Apolline approuva et pendant que sa conductrice démarrait la voiture, elle pensa que toutes les deux s’entendraient surement très bien.

En prenant l’autoroute, elles arrivèrent à l’hôtel Adlon au bout de vingt-cinq minutes de trajet. Virginia descendit de la voiture suivie de notre photojournaliste et passa la clef au voiturier, qui se chargea de garer le véhicule dans le parking. Elles s’avancèrent vers l’entrée. Un portier leur ouvrit et elles entrèrent à l’intérieur du palace. Apolline se dirigea vers l’accueil pour s’adresser au réceptionniste :

– bonjour, j’ai une réservation au nom d’Apolline Marly.

Après vérification sur le registre, l’employé lui tendit la clef et lui envoya un bagagiste qui ensuite, l’emmena dans sa chambre. Celui-ci ouvrit la porte, laissa entrer les deux femmes et déposa les valises près du lit. Apolline retira sa veste qu’elle posa sur une chaise et donna un pourboire au porteur qui quitta la pièce.

Virginia lui suggéra de déjeuner en terrasse et descendit au bar de l’hôtel, en attendant que la jeune femme finisse de s’installer.

Apolline restée seule, ouvrit activement ses bagages et rangea prestement ses vêtements dans l’armoire et la commode. Elle s’arrêta tout de même un instant et contempla la chambre : la tapisserie, les doubles rideaux et le dessus-de- lit en imprimés, déclinaient dans des tonalités de beige et rouge. Le mobilier, que ce fut de la table de chevet, au secrétaire puis la chaise, en passant par le mini bar suspendu au mur, tout était en bois de merisier. Sur sa gauche se trouvait un fauteuil avec une table basse en verre, enjolivée par une composition florale avec des gerberas rouges.

Marco ne s’était effectivement pas moqué d’elle pour la réservation de l’hôtel, sachant que l’établissement était très prisé des millionnaires. Tout ceci lui a surement couté une petite fortune pour les quelques jours qu’elle passerait ici. Il voulait sans aucun doute se faire pardonner le fait qu’il avait écourté ses vacances.

D’ailleurs, cela lui rappela qu’elle devait se concerter avec Virginia, au sujet de l’appartement meublé que son patron, avait réservé, le temps du reportage et qui devait se libérer dans les prochains jours.

Elle se dirigea ensuite vers la salle de bain pour y déposer son nécessaire de toilette puis elle en profita pour se refaire une beauté et sortit de la chambre en prenant au passage son sac ainsi que sa veste et descendit au restaurant.

L’hôtesse accompagna Apolline à la table, où l’attendait déjà Virginia, un verre à la main. Apolline s’asseya.

– Je t’ai choisi un cocktail comme moi, ça ne te dérange pas ? Demanda-t-elle.

– Non ! Un verre ne me fera pas de mal. Allez, trinquons ! Toutes les deux levèrent leur verre.

Un serveur apporta ensuite la carte des menus. Apolline l’examina et son choix s’arrêta sur une salade composée avec du magret de canard aromatisée de vinaigre balsamique.

Elle regardait autour d’elle quand ses yeux s’arrêtèrent sur la porte de Brandebourg : cette architecture, symbole de la ville, de style néoclassique avait été construite en 1788, par l’architecte Carl Gotthard...

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