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Retour à Watersbridge

De
398 pages

Hiver 1897. Une sage-femme regagne sa ferme dans le nord de l'État de New York, chargée de cadeaux pour les siens. L'y attendent les corps ensanglantés de son mari et de ses enfants gisant dans la neige. Seul Caleb, 12 ans, a échappé au massacre : il a tout vu de la grange où il s'était réfugié parmi les animaux. Mère et fils abandonnent ce qu'il reste de leur foyer pour s'engager au cœur d'une contrée hostile et glacée à la poursuite des trois tueurs aux foulards rouges. Au fil de la traque, traversée d'épisodes d'une violence sèche et brutale contrastant avec la luminosité et le silence des étendues poudreuses, on comprendra que leur soif de vengeance repose sur une imposture...


Le mensonge, le poids du péché et la nature des liens du sang sont les catalyseurs troublants de cette équipée sauvage doublée d'un roman d'apprentissage.



" Un premier roman exceptionnel, par une nouvelle voix éclatante de la fiction américaine." Ron Rash



James Scott, 36 ans, diplômé de Middlebury College, a publié des nouvelles dans American Short Fiction et One Story. Nominé pour le Pushcart Prize, il collabore au magazine de musique Under the Radar et vit à Boston, où il enseigne au prestigieux centre littéraire de GrubStreet.



Traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Maillet


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C O L L E C T I O N D I R I G É E P A R M A R I E  C A R O L I N E A U B E R T
Titre original :The Kept Éditeur original : HarperCollins © James Scott, 2014 ISBN9788202364731original :
ISBN: 9782021106183
© Éditions du Seuil, février 2015, pour la traduction française
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 3352 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
www.seuil.com
À Taylor
Livre I
1
Une pécheresse, voilà ce qu'elle était. Cette pensée planait comme une ombre sur Elspeth Howell quand elle se lavait la figure, surprenait son reflet dans une vitre ou descendait d'un train après plusieurs mois passés loin de son foyer. Chaque fois qu'elle apercevait une église, que son mari citait la Bible ou qu'ellemême portait les doigts à la croix toute simple autour de son cou tandis qu'elle rassemblait ses bagages, elle sentait peser ses offenses au creux de sa poitrine, aussi dures et lourdes que la pierre. La multitude de ses péchéscolère, convoitise, volcréait une tension intolérable en elle, que seul le mouvementou, du moins, une occupation pour ses mains diaboliques et pour son esprit soumis à la tentationpouvait soulager. Aussi, ce jourlà, forçaitelle ses jambes à avancer dans la neige accumulée en congères qui lui arrivaient à la taille. Alors qu'elle progressait ainsi, le ciel se fondit peu à peu en une grisaille indistincte, et les nuages gonflés à craquer se libérèrent de leur fardeau. Quand elle écarta légèrement l'écharpe qui lui protégeait le visage, l'air froid s'immisça dans ses poumons. Dès qu'une goutte de sueur glissait de sous l'un de ses gants ou le long d'une mèche de cheveux, elle se transformait en cristal de glace scintillant dans la lumino sité déclinante. Elspeth gardait dans sa poche une liste sur laquelle figu raient le nom de ses enfants ainsi que leur âgedéjà rayé à deux ou trois reprises au fil des ans, afin de n'en oublier
1 1
aucun lorsqu'elle leur achetait des cadeaux. Cette foisci, elle avait choisi un couteau écailleur pour Amos, quatorze ans, un appeau à oies pour Caleb, douze ans, un couteau de chasse pour Jesse, dix ans, un mètre de popeline pour Mary, quinze ans, du ruban violet pour Emma, six ans, et un petit flacon de parfum à partager entre les deux filles. Tout au fond de son sac se trouvaient aussi des berlingots à la fraise, des boules de gomme et du chewinggum, bien à l'abri dans leur emballage. Elle rapportait également à son mari deux boîtes de munitions et de nouveaux ciseaux pour la tonte des moutons. Au total, tous ces articles ne lui avaient coûté qu'une infime partie des gages qu'elle avait touchés en offi ciant quatre mois comme sagefemme. Le reste était logé au bout de ses bottes. Dans la vallée qui se déployait derrière elle, ses traces avaient déjà disparu. Quand elle était descendue du train à Deerstand, en milieu de matinée, seuls quelques flocons vol tigeaient paresseusement dans l'air, mais, plus elle se rappro chait de son foyer, plus la neige tombait dru et plus la couche au sol s'épaississait. À croire que Dieu était aussi déterminé que les Howell à tenir les étrangers à distance« Nous sommes nousmêmes une Arche, attendant que les flots s'élèvent », se plaisait à dire son mari Jora. Elle avait l'impres sion d'entendre sa voix apaisante pardelà les soupirs du vent et le chuchotement des flocons. Il lui manquait tellementElle avait hâte de sentir de nouveau sa chevelure soyeuse lui caresser la joue la nuit, d'entendre le bruit léger de ses pas quand il partait le matin traire les vaches, et de humer son odeur, mélange de feuilles, de fumée et de grand air. Elle avait d'abord envisagé de rentrer en octobre. Le bébé était né avant les premières chutes de neige, et elle était allée le voir tous les jours pour s'assurer qu'il allait bien et jouer avec chacun de ses petits doigts aux ongles nacrés. L'enfant avait grandi tandis qu'octobre cédait la place à novembre, puis que le calendrier flirtait avec décembre. Dans cette ville comme dans toutes les autres, il y avait toujours du travail
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