Rites de mort

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Une jeune fille des quartiers périphériques de Barcelone a été violée et marquée au bras d'un étrange sceau évoquant une fleur. La première enquête de l'improbable tandem Petra Delicado et de l'inspecteur adjoint Garzon, où s'affirme déjà la finesse d'observation et le sens de l'humour d'Alicia Giménez Bartlett.
Publié le : mercredi 22 janvier 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782743626952
Nombre de pages : 416
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L’inspectrice Petra Delicado se voit conIer la tâche peu valorisante d’enquêter sur le meurtre d’un inconnu roué de coups dans une ruelle sordide de Barcelone. Personne ne semblait connaître la victime, personne n’est venu iden-tiIer son corps. L’unique témoin du drame est son chien, un témoin muet que Petra va s’efforcer de faire «parler». Avec obstination, elle poursuit une enquête dont tout le monde semble se désintéresser. Elle croisera, outre de nombreux chiens et éleveurs de chiens, des femmes qui ne laisseront pas insensible son adjoint Garzon. Dans cette deuxième aventure du tandem barcelonais, Ali-cia Gimenez Bartlett explore la réalité sociale, mais aussi les relations amoureuses, sur un mode ironique et désen-chanté.
Alicia Gimenez Bartlett est née le 10 juin 1951 à Almansa, Albacete. Elle est docteur en littérature de l’université de Barcelone et l’auteur des précédentes aventures dePetra Delicado. Cette série lui a valu le prix Raymond Chandler. Elle est l’un des auteurs policiers espagnols les plus lus dans le monde.
Rites de mort
Du même auteur chez le même éditeur
Le Jour des chiens Les Messagers de la nuit Meurtres sur papier Des serpents au paradis Un bateau plein de riz Un vide à la place du cur Le Silence des cloîtres
Alicia GiménezBartlett
Rites de mort
Traduit de l’espagnol par Marianne Millon
Collection dirigée par François Guérif
Rivages/noir
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www.payotrivages.fr
Titre original :Ritos de Muerte
© 1996, Alicia GiménezBartlett © 2000, Éditions Payot & Rivages pour la traduction française 106, boulevard SaintGermain  75006 Paris  ISBN : 978-2-743-62773-7
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Quelque temps après mon second divorce, je me mis en tête de chercher une petite maison avec un jardin en ville. J’y parvins, non sans mal. Je voulus voir dans ce choix autre chose qu’un caprice. Trop d’années passées dans des appartements équipés de meubles fonctionnels et d’un grand congélateur. J’avais la possibilité de vivre seule dans un coin tranquille, ce qui devait être considéré comme une nouvelle occasion de changer. La maison se trouvait à Poblenou, un quartier pas très éloigné du centre. Tout autour, d’autres maisons aussi anciennes et décrépites que celle que j’avais achetée, flanquées d’une série d’entrepôts industriels, d’entreprises de transports et de hangars d’autobus. Un paysage assez morne, malgré les tentatives de rénovation du quartier. Mais, le dimanche, les portails des entre prises se refermaient, les camions disparaissaient, et on y respirait une tranquillité inhabituelle. Je suppose que la philosophie sousjacente à ma décision consistait à tenter de mieux m’organiser, à avoir des plantes dans le jardin qui donnait sur l’arrière et à manger chaud de temps en temps, bien que des pulsions plus profondes aient motivé cette
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décision. Posséder une maison à étage, c’était comme de lancer une corde sur une bitte d’amar rage, descendre à quai, m’enraciner. Prémice qui conditionnait tout le reste, comme le fait d’être blond, laid ou né au Japon. Pour tout projet d’une certaine envergure, il suffit de concevoir auparavant un décor ; le reste consiste habituellement en une série ininterrompue de conséquences qui mènent à une fin heureuse. Les maçons passèrent six mois à refaire l’inté rieur, et, quand ils eurent fini, mes maigres écono mies furent englouties par des choses apparemment aussi absurdes que des encadrements de fenêtres et des conduites de gaz. Un salaire de policier n’a rien d’extraordinaire, de sorte que réunir à nouveau un peu d’argent relevait d’une perspective lointaine et impossible, d’une pure illusion. Cependant, je m’esti maissatisfaite, parce que le résultat d’ensemble était assez réussi. Je l’examinai la veille du déménage ment ; la maison avait un air solide et familier : des portes gaies peintes en blanc, une bonne lumière Dans la cuisine se détachaient les placards fabriqués sur mesure et un magnifique fourneau ancien, pré servé dans la refonte générale. À côté, je fis installer des plaques en vitrocéramique, le dernier cri en matière de technologie. J’allais suivre à la lettre des recettes compliquées, préparer des plats qui auraient impatienté même les grandsmères, des potaufeu et des potages qui demandent une journée entière de cuisson. Je dirais adieu dans la mesure du pos sible à la nourriture toute prête, à Allôpizza, aux hot dogs, aux tacos mexicains et auchop sueyservi
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dans son emballage plastique individuel. Je n’irais plus dîner au restaurant à la moindre occasion. Un changement est un changement, et, contrairement à ce que l’on croit, il doit commencer par les petits détails, bouillon de culture de toute dimension exis tentielle conséquente. Pepe m’aida à déménager ; c’était inévitable, il m’aida. Je savais que je n’aurais pas dû le laisser approcher de ma nouvelle maison, mais je pensais que redouter sa présence à ce point était infantile, aussi vintil m’aider. De toute façon, nous nous étions séparés en si bons termes que ne pas accepter son offre aurait été impoli, presque vulgaire. Il arriva habillé comme d’habitude : jean râpé, pullover, avec ses lunettes qui lui glissaient sur le nez. Je sentis un pincement au cur en remarquant cette simplicité propre à son extrême jeunesse. Comment avaisje pu épouser cet homme si jeune, si frêle, presque un adolescent ? Et surtout, comment avaisje pu faire ça, s’agissant de mon second mariage, après le pre mier, troublé, difficile, qui s’acheva par un divorce sanglant et douloureux ? Les policiers du départe ment de psychologie auraient eu beaucoup à dire làdessus. Mais ils étaient trop occupés à résoudre des affaires pour se pencher sur des questions pri vées. Je n’aurais pas eu non plus l’idée d’aller les consulter. Si j’étais entrée dans la police, c’était pour lutter contre mon penchant pour la réflexion qui pre nait généralement le dessus. De l’action. Juste des pensées pratiques pendant les heures de travail ; induction, déduction, mais toujours au service de la
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matière délictueuse, finies, les méditations profondes au comptoir d’un bar. Pepe entassa les caisses de livres dans le séjour. Il s’arrêta pour regarder par la fenêtre, ravi, en sueur et couvert de poussière. Il avait probablement oublié de manger.  Tu as mangé ? demandaije. Il haussa les épaules avec mélancolie et sourit, comme si le fait de manger avait été un luxe destiné à un autre type d’êtres humains. Je réfrénai bruta lement ma première impulsion de lui préparer un sandwich. J’avais trop longtemps joué le rôle de mère, et cette époque était révolue.  Qui est resté au bar ?  Hamed, réponditil.  Ça marche toujours bien ?  Oui. Il avait gardé son air de chien perdu, mais la société des dames protectrices ne me comptait plus parmi ses membres. Je plaçai les manuels de droit et de criminologie à côté du paravent et me rendis dans la cuisine pour nous préparer à boire : bière brune pour Pepe et anisette douce pour moi. Désormais, plus de bonnes actions de ma part, plus de bénévolat ou de passion : travail, repas, veillées en musique et lecture, atten tion limitée au minimum, une vie toute simple, à son niveau le plus élémentaire. Pepe but une gorgée et se mit de la mousse sur le nez. Il fit quelques pas dans la pièce remplie de caisses en désordre, bâilla :  Il y a autre chose à porter ?
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