Runes

De
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Un tueur en série sévit à Dublin. Les victimes semblent être choisies au hasard mais toutes ont un point commun, elles habitent au bord de la Liffey, le fleuve qui traverse la capitale irlandaise. Simple hasard ou coïncidence ? Pas sûr d’autant que sur chaque lieu de crime, un petit galet comportant une étrange inscription est retrouvé. Deirdre McNeill, jeune ethnologue spécialiste des rites anciens et civilisations oubliées, explique aux enquêteurs qu’il s’agit d’une rune, lettre de l’alphabet qu’utilisaient les Vikings voilà plus de mille ans quand ils venaient notamment ravager et piller les côtes irlandaises. Les soupçons de la Gardà dublinoise se portent rapidement sur Erik, le collègue norvégien de Deirdre…


Ce polar nous invite aussi à découvrir le peuple et la culture viking à travers l’héritage qu’ils ont laissé en Irlande. Les hommes du Nord étaient un peuple tout en paradoxe, à la fois bâtisseurs et pilleurs, cultivés et féroces au combat.


L’auteur

Pierre-Olivier Lombarteix est né en 1974. Il est professeur d’anglais à l’université d’Orléans. Il a longtemps vécu en Irlande et y séjourne très régulièrement. Il y a effectué des recherches sur les Peuples premiers. En tant que linguiste, il est également formateur de gendarmes qui sont envoyés en mission pour l’ONU.


La collection

« Noir premiers » est une collection de polars, avec un personnage récurrent, Deirdre McNeill, une jeune ethnologue spécialiste en ethnologie et rites anciens. Chaque tome, cinq en tout, nous invite à découvrir une civilisation oubliée ou méconnue : la civilisation Viking avec Runes, la civilisation celtique avec Ogham, la civilisation Inuit avec Rouge ivoire, gauloise avec Carnyx et celle de l’île de Pâques avec Moai.
Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782363120250
Nombre de pages : 320
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Prologue
e soir et une pluie fine tombaient sur Dublin. ouLatée crépusculaire enveloppait déjà. Dehors, les lam-Dans quelques heures seulement, les ténèbres gagneraient complètement la ville qu’une brume padaires renvoyaient une lumière blafarde et électrique qui se reflétait çà et là sur les poches d’eau contre les trot-toirs et sur les grilles des caniveaux. Confortablement installé à son bureau, un homme lisait son journal. À côté de lui, une tasse emplie d’un liquide sombre dégageait un parfum très odorant. Baignant dans la lumière douce d’une liseuse de bureau, il se sentait bien. Au chaud et à l’abri. Protégé par une épaisse moquette d’un vert sombre qui assourdissait ses pas lorsqu’il se déplaçait. Pas un seul bruit ne venait troubler son indo-lence. Dans le plus grand calme, il lisait, pour la énième fois depuis le matin, un article de l’Irish Timesrelatant, sur plusieurs colonnes, la sombre affaire du tueur à 1 l’Ogham . Le journaliste présentait avec force détails les crimes abominables perpétrés par celui que toute l’Irlande avait fini par surnommerle Druide. Le premier tueur en série de l’histoire de ce pays d’ordinaire si tranquille. Sur un ton des plus élogieux, il saluait égale-ment le courage et le rôle décisif joué dans cette affaire par une jeune Dublinoise, Deirdre McNeill, universi-taire à Trinity College Dublin. Elle n’avait pas hésité à risquer sa vie pour mettre fin à ces crimes. L’homme sourit. Cette jeune téméraire connaissait son heure de
1. VoirOgham¸ Éditions du temps, 2009.
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gloire. Qu’elle en profite. Bientôt ce serait son tour à lui. Et si jamais l’envie la prenait de jouer à nouveau les héroïnes ou si elle tentait de se mettre en travers de son chemin, il n’hésiterait pas une seconde. Il la supprimerait. Sans aucun état d’âme. Rien ni personne ne pourrait l’arrêter.
D’un geste lent et méticuleux, il replia son journal avant de le poser à l’angle droit supérieur de son bureau en acajou, les feuilles bien parallèles aux deux arêtes du meuble. Il aimait l’ordre.Une place pour chaque chose, chaque chose à sa place, était un peu sa devise. Satisfait de lui, il se rencogna dans son large fauteuil en cuir et demeura pensif quelques instants. Ses doigts, parfaite-ment manucurés aux ongles courts et soignés, jouaient machinalement avec un coupe-papier d’argent, cadeau d’un être qui jadis lui avait été immensément cher. Sur le manche finement ciselé figurait un décor galant. Il amena la pointe de l’outil jusqu’à ses lèvres et, lente-ment, un sourire inquiétant vint enlaidir son visage. Tout prenait forme dans son esprit. Graduellement, les choses se mettaient en place. Exactement comme il le voulait. Tout serait parfait, exécuté avec brio. Il reposa enfin le coupe-papier en s’assurant que ce dernier soit bien parallèle à son sous-main en cuir, puis sortit de sa poche une petite clé dorée qu’il introduisit dans la serrure du tiroir de son bureau. Il tourna la clé, ouvrit le compartiment, en tira un coffret en bois de palis-sandre qu’il posa sur son sous-main. De la pointe de son index, il fit coulisser le couvercle le long de ses rails. La lumière tamisée révéla alors six petits galets lisses et plats, dont les couleurs, allant du blanc au gris,
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tranchaient violemment avec la feutrine rouge sang qui tapissait l’intérieur de la boîte. Avec précaution, l’homme se saisit de la première pierre et l’approcha de ses yeux, la forme était parfaite, sans aucun défaut, tout comme le symbole gravé à l’encre de Chine sur sa face supérieure. Il caressa le galet du pouce pendant quelques instants prenant un réel plaisir à frotter la partie sensible de son doigt à l’aspérité et aux bords de la gravure. Il aimait ce contact à la fois lisse et rugueux. Tout en contraste, tout en duplicité.Ces galets sont à mon image, pensa-t-il.Cette histoire du tueur à l’ogham est vraiment inespérée, un signe du destin, murmura-t-il pour lui-même. Il s’agissait là de l’élément essentiel qui lui avait fait si cruellement défaut jusqu’alors. Maintenant, il allait enfin pouvoir mettre son plan à exécution. Un plan diabolique fomenté depuis très longtemps et qu’il n’avait eu de cesse de peaufiner et de parfaire des années durant. Pendant toute cette période, il avait souffert en silence, attendant patiemment que sonne l’heure de la vengeance. Ces années de souffrance allaient coûter cher à ceux qui l’avaient ainsi spolié de son bonheur et de sa joie de vivre… Tout en continuant à faire rouler le petit galet entre ses doigts, il anticipait déjà chaque geste, chaque détail des meurtres à venir. Son cœur noir et dur comme une pierre tressaillait de joie.
Plus rien n’était comme avant pour lui et, dès lors, plus rien ne serait jamais pareil à Dublin. La capitale irlandaise, coupée en deux de façon si propice par le fleuve Liffey, allait maintenant connaître la peur et l’effroi mais aussi le sang et les larmes. Ainsi en avait-il décidé. Tel était le prix de son courroux. Demain, la
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ville tout entière basculerait dans un chaos identique à celui qu’elle avait connu mille ans plus tôt, au temps des invasions vikings. Les Dublinois allaient de nouveau vivre dans la crainte des sanglants et meurtriers raids des hommes du nord. Certains de ses concitoyens s’apprêtaient même, sans le savoir, à emprunter ce que les féroces guerriers scandinaves appelaient de façon si poétique et tellement imagéele chemin du serpent, c’est-à-dire, le chemin de la mort.
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