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Salutem

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Le germe de la réponse se niche toujours au cœur de la question.
Quel est donc cet ouvrage anonyme, bien réel et tant controversé ? Que peuvent bien contenir ses pages enluminées qui défraient la chronique depuis le 15ème siècle ? En toute bonne foi, nul ne le sait ! Hormis l’encre et la salive qu’il fait couler, ce manuscrit écrit sur parchemin demeure une énigme, un mystère !
Pour dissiper les brumes ? Un seul recours !
Un jeune Curé atypique, expert en extrême-onction, véritable virtuose des derniers Sacrements, grand mécène pourvoyeur en âmes fraîches, docteur ès sciences en châtaignes variées et fin connaisseur en requiem pour les gisants, œuvrant sous l’égide d’un Pape peu orthodoxe et d’un Cardinal encore plus étrange. D’aucuns diraient… Pas très catholique…
Un faible lumignon fiché dans sa main d’ancien mercenaire ayant reçu l’illumination, le Prêtre se lance sur les traces d’une organisation séculaire dont les membres se sont juré la perte du genre Humain. Le chef, le gourou de cette cohorte de démons n’est autre que le fils d’un célèbre alchimiste dont le nom à lui seul évoque encore le soufre et l’alambic. Au fil de son enquête mouvementée, le Père Jonas Gabriel pourra compter sur l’aide indéfectible de Sœur Angélina ; religieuse au passé tumultueux nantie d’une rare beauté, ainsi que sur deux agents du Mossad venus leur prêter main forte pour démêler l’écheveau.
A croire qu’il existe des domaines, des circonstances, où l’ignorant est plus sage que l’érudit…
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Vincent ROBERT

Salutem

 


 

© Vincent ROBERT, 2017

ISBN numérique : 979-10-262-1096-2

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Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

 

Couverture : Éric Beheydt

Notes de l’Auteur

 

Les protagonistes de ce roman n’existent que dans mon imagination. De fait, ils sont bien de chair et de sang au tréfonds de mon esprit. Vous ferez leur connaissance dans quelques minutes… Ne soyez pas trop surpris par le langage fleuri que certains emploient au détour de scènes hautes en couleurs. C’est souvent pour la bonne cause. Ils leur arrivent, à eux aussi, de ressentir de la colère, parfois de l’exaspération. Un peu comme nous, en somme…

Les lieux, quant à eux… Eh bien, je n’y ai jamais posé les pieds pour la plupart. C’est uniquement par l’esprit et l’écran interposé que je vous décris les décors de cette aventure. J’espère sincèrement que vous les trouverez réalistes ; j’ai fait de mon mieux, ne lésinant pas sur les heures passées dévolues à la documentation.

Si le lecteur venait à redire… qu’il aille voir sur place ! Il pourrait être surpris : les choses changent tellement vite de nos jours !

Bref, vous l’aurez compris, je vous livre du cousu main !

Selon la formule consacrée : Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Comme dirait ce bon vieux Ponce Pilate, père fondateur de l’Industrie du savon, et qui avait le sens inné de la répartie ; je m’en lave les mains. Et puis, une fiction reste une fiction.

Non, mais…

Maintenant, installez-vous confortablement, et faîtes en sorte, de grâce, que l’on vous foute la paix !

Bonne lecture.

Vincent ROBERT

Une nuée de pigeons contourna la Basilique pour fondre en piqué sur la place Saint Pierre.

 

La foule trépignait d’impatience dans l’attente qu’apparaisse enfin l’homme en blanc, son cœur battait à l’unisson des ovations, suivant le rythme crescendo d’une ferveur en délire.

Le balcon encadré d’oriflammes aux couleurs du Saint Siège restait désespérément vide.

 

Les entités individuelles s’étaient dissoutes dans un magma pulsatif autonome, proche de la rupture, de l’infarctus massif !

Un miroitement dû à un soleil farceur simula l’ouverture de la porte fenêtre en jouant de ses rayons sur les verres biseautés. Une immense clameur s’éleva.

Fausse alerte !

Sauf pour les volatiles dont les entrailles se nouèrent sous le coup de l’émotion.

Ils remontèrent en chandelle.

Nanties d’un système digestif sommaire se résumant à un simple tuyau, les bestioles lâchèrent une salve de fientes sur une plèbe déconfite, exaspérée par tant d’insolence. 

 

Electrocardiogramme plat !

 

A bien y réfléchir, ce furent les pigeons Urbi et Torbi qui larguèrent leur bombe en premier.

 

Malgré la chaleur écrasante, le Père Jonas Gabriel se sentait parfaitement à l’aise dans son costume taillé sur mesure. En tant que prêtre, il avait prononcé ses vœux, certes, mais n’avait pas pour autant renoncé à tout. Il s’habillait chez les tailleurs renommés de Milan, déjeunait dans de bons restaurants et fréquentait par nécessité, dans le cadre de ses missions, le cercle opaque et raffiné de la Haute Société. Il parvenait sans peine à concilier sa conscience avec son sacerdoce… Après tout, il n’était pas vraiment un Vicaire du Christ comme les autres ; les pouvoirs qui lui avaient été conférés lui permettaient de bénéficier d’un régime spécial assaisonné d’indulgences très particulières… De là, à parler de passe-droits, il n’y avait qu’un pas qu’il se refusait de franchir.

Cependant, il n’en éprouvait aucune fierté ; seulement une esquisse de… détachement, de désinvolture.

Seul son col romain trahissait son appartenance au clergé. A bonne distance, il suivait d’une démarche féline une femme qui le précédait d’une trentaine de pas.

 

Il calquait son allure sur le ressac de la marée humaine qui l’entourait, comme les flots impriment le mouvement à un bouchon de liège.

 

S’efforçant de ne penser à rien, il ne quittait pas des yeux la silhouette verte perchée sur de hauts talons; sa démarche évoquait la danse d’une anguille. Une cascade de cheveux blonds ondulait en mèches éparses sur la cambrure de ses reins. Elle serrait avidement un sac rouge sous son bras.

Jonas nota mentalement la manière dont cette femme tenait son bagage pour en conclure qu’il faudrait impérativement en dresser l’inventaire. Ne la voyant que de dos, il ne put s’empêcher d’imaginer son visage.

 

La blonde passa derrière les colonnes dessinées par Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin, hautes de vingt mètres, et se dirigea vers la Basilique.

Insensible à l’impression d’écrasement que procuraient l’architecture, les yeux du prêtre s’étaient mués en réticule de visée, tels les systèmes d’acquisition de cible équipant les dernières générations d’avion de chasse. Elle était verrouillée !

 

Au niveau du portique de sécurité, il se rapprocha de sa proie pour se tenir juste derrière elle ; il prit dans la poche interne de sa veste, un plan et un stylo.

Instinctivement, elle se retourna ; inquiète. Il ne releva pas la tête, absorbé par l’étude de son plan. Rassurée, elle se détourna pour tendre son sac au vigile ; l’objet fut avalé par une machine à rayons x, tandis qu’elle franchissait le seuil du détecteur de métaux.

Rien d’anormal n’ayant été détecté, le cerbère rendit le sac avec un sourire enjôleur. Jouant de son charme, elle le lui rendit.

Ne possédant aucun bagage, le passage de Jonas ne fut qu’une formalité. Il constata, non sans un certain cynisme, qu’il fut exempt de la gratification d’un sourire.

Il porta la main à son cou ; le jeune homme remarqua alors la nature du visiteur en bredouillant un « Padre » tout en baissant les yeux, s’attendant peut-être à recevoir une bénédiction. Qui sait ?

 

Le Curé lui lâcha un sourire narquois rehaussé d’un clin d’œil ; il franchit les lourdes portes de bronze.

 

La surface de la Basilique était véritablement gigantesque ! Le plus grand édifice Catholique du monde : deux virgule trois hectares au sol ! Un véritable joyau d’architecture forçant l’admiration et l’humilité.

Rien n’avait changé ; les mêmes concrétions de touristes, des écouteurs sur les oreilles, semblaient perdus, contemplatifs, tandis que d’autres, épars, écoutaient d’une oreille distraite des guides blasés, débitant leur speech d’une voix monocorde. Les pâtres agitaient des fanions multicolores dans le vain espoir de rassembler le troupeau.

 

Des cohortes de bonnes sœurs, reconnaissables à leur tenue, et malheureusement aussi, à leurs chaussures démodées ou à leurs sandales, déambulaient, un sourire extatique sur le visage. A la vue du prêtre, leurs visages s’illuminaient davantage en oscillant de la tête en signe de joie et de dévotes salutations. Il rendait ces sourires, tout en ne quittant pas des yeux sa cible.

 

Jonas tourna le capuchon de son stylo de 180° pour le connecter à son mobile grâce à un système Bluetooth spécialement dédié. Dès cet instant, l’écran de son téléphone se mua en lunette de tir.

 

La blonde âgée d’une trentaine d’années avait un visage d’un ovale parfait, la carnation ivoirine de sa peau contrastait singulièrement avec le bleu profond de ses yeux et celui de sa bouche carmine.

Figée, elle cherchait visiblement quelqu’un. Son attitude dénotait de l’inquiétude, de l’angoisse ; le bourdonnement de l’essaim de touristes semblait accentuer son malaise. Un jeune garçon qui n’avait cure de la visite la heurta violement ; elle le repoussa sans ménagement avec un regard presque haineux. Le mouflet lui tira la langue et fila sans demander son reste ; elle le suivit des yeux en haussant les épaules.

Elle reprit sa progression quelques instants avant s’immobiliser. Pétrifiée.

Toujours sur ses talons, le prêtre observa la scène.

Elle fixait un homme de dos.

 

Petit, ses bras paraissaient démesurément longs pour sa taille, ses jambes fluettes d’échassier supportaient un torse de barrique. Son crâne dégarni était entouré d’une couronne de cheveux hirsutes, évoquant ainsi, un oursin glabre ceinturé de quelques épines.

 

Le personnage détonnait dans ce décors ; un peu comme la pièce d’un puzzle qui ne se serait pas incrustée parfaitement à sa place dans l’ensemble du tableau.

 

Focalisé sur sa cible, il ne voyait plus que la nuque de la jeune femme sur son écran ; elle se dirigeait d’un pas décidé vers le type au physique ingrat.

 

Maintenant.

 

Il appuya sur une zone de l’image et ressentit simultanément un léger tressautement dans la main.

Le stylo venait d’expulser à très haute vélocité, un dard synthétique soluble enduit d’un neurotoxique non létal.

 

La jeune femme poussa un râle en portant la main à sa tête. Elle se retourna pour croiser le regard de cet homme étrange qui la fixait dans les yeux, un sourire énigmatique sur le visage.

Sa gorge voulu crier quelque chose… Probablement son désespoir…

Les yeux écarquillés, seul un borborygme franchit le seuil de ses lèvres. Métamorphosée en derviche tourneur, elle s’écroula sur les dalles de marbre glacées.

 

Il se précipita vers le corps inanimé alors que la châtaigne de mer faisait de même. Profitant de l’occasion, il grava dans sa mémoire les traits singuliers du visage. Front bas, sourcil broussailleux, yeux marrons en boutons de manchette profondément enclavés dans leurs orbites, menton fuyant, la soixantaine bien tassée. Il transpirait de ce portrait, coté verso, une vive intelligence malveillante.

Se sentant ainsi passé au scanner, le hérisson marin ressentit une menace. Il serra les poings en tournant les talons ; engloutit aussitôt par la foule de curieux qui convergeait vers la femme étendue sur le sol.

 

— Je suis médecin, je suis médecin, j’officie au Saint Siège. Place, faites place pour l’amour de Dieu. Laissez-moi l’examiner.

 

Il fallait faire vite.

Sachant qu’il faut toujours rendre actifs les curieux, il promulgua des ordres, se conférant ainsi l’autorité.

Avisant une femme bedonnante, il ordonna :

 

— Vous, madame, allez prévenir les agents de sécurité, vite !

 

Se sentant investie d’une mission impérieuse, elle agrippa son mari maigrichon en bombant le torse, le menton en éperon de navire.

 

— Oui, oui… Tout de suite.

 

— Bien.

 

— Vous messieurs, veillez à faire un cercle de sécurité autour de cette malheureuse.

 

Comme des enfants s’apprêtant à faire la ronde, ils s’exécutèrent en se donnant la main.

 

— Parfait

 

Bien qu’inanimée, la jeune femme n’en était pas moins consciente. Ses yeux grands ouverts exprimaient autant d’incrédulité que de haine farouche.

Jonas singea un simulacre d’examen. Il lui prit le pouls, souleva ses paupières inférieures, claqua des doigts autour de ses oreilles et rendit son diagnostic.

 

— Rien de bien méchant ! Un malaise vagal sans doute, conjugué à une crise de tétanie d’une grande intensité. Cela ne ressemble pas à une attaque cérébrale.

 

Ces paroles furent prononcées d’un ton qui ne pouvait souffrir la réplique. La science avait parlé !

Ne demandant l’avis de personne, il s’empara du sac à main.

 

— Je vais la faire transférer immédiatement au centre de secours où elle sera prise en charge pour de plus amples examens. Vous, monsieur, faites-lui de l’air, de l’air frais, en agitant sur son visage votre brochure, par exemple.

 

— Tout de suite docteur, Heu… mon Père.

 

Inspiré, le bon samaritain s’exécuta en agitant son guide touristique sous le nez de la victime toujours consciente, comme un campeur tentant de ranimer les braises d’un barbecue récalcitrant.

 

— Parfait ! Je reviens tout de suite. Si elle reprend ses esprits pendant mon absence, il se peut qu’elle tienne des propos incohérents ; n’y prêtez pas attention, c’est normal compte tenu du choc qu’elle vient de subir. Retenez-la par tous les moyens et attendez les secours. C’est compris ? En attendant, nous allons vérifier son identité et tenter de prévenir des proches.

 

Il vit les têtes osciller dans le brouhaha ambiant.

 

— Merci.

 

Il se releva pour se confondre dans la foule, se dirigeant d’un pas rapide vers les portes imposantes de la Basilique.

Avisant sur le transept de gauche un confessionnal vacant, il s’engouffra dans la pénombre exigüe.

La porte sculptée se referma en grinçant derrière lui ; il s’installa sur le banc inconfortable et commença son inventaire. Une odeur de vieille cire et de moisi imprégnait les lieux. Une pâle clarté filtrait par un minuscule puits de jour creusé dans le plafond, révélant une poussière séculaire en suspension. Il songea aux milliers de pêcheurs agenouillés de l’autre côté du vantail, venus en ce lieu depuis des siècles, en quête de la miséricorde de Dieu.

Il examina attentivement la sacoche. Vraisemblablement de la maroquinerie de luxe.

A l’intérieur, comme dans beaucoup de sacs féminins, un pêle-mêle de tickets de caisse, de cosmétiques, de rouges à lèvres, un chéquier et un portefeuille, ainsi qu’un passeport.

Ce dernier révélait l’identité de sa victime. Alexandra Nebroskaya, trente-deux ans, Ukrainienne.

Le portefeuille, quant à lui, contenait une carte bancaire master card… quelques coupures pour un montant de 750 euros, ainsi que 500 dollars us.

Sa fouille achevée, il constata avec dépit l’absence de CD ou de clé USB.

Incrédule, il se convainc qu’il y avait sûrement autre chose. Son instinct lui dictait de persévérer dans ses investigations.

Il vida entièrement le contenu du sac sur le banc usé. Le bagage entre ses mains, ses doigts coururent sur le cuir, palpèrent les coutures, les agrafes… Rien. Il recommença, encore et encore. Jusqu’à ce que…

Là, au fond, un infime renflement. Le cuir d’autruche, en raison de ses aspérités ne facilitait pas la palpation. Et pourtant…

En regardant de plus près, au bord de la couture, un petit bourrelet ; il maintint une traction du bout de son ongle … le cuir se souleva en s’évasant, révélant une petite cavité.

Un minuscule boitier en plastique reposait au fond. Il contenait une micro Memory card, semblable à celles qui équipent la plupart des téléphones portables. En dépit de sa taille minuscule, ce genre de support pouvait contenir une quantité phénoménale d’informations.

Jusqu’à présent, les renseignements fournis en amont étaient fiables.

 

La jeune femme, maintenant inerte, était bien un courrier, un messager qui transmettait des informations à un contact dont il avait pu dresser le portrait. Le débriefing risquait d’être long.

 

Il empocha son butin. Les tickets, la carte bancaire, permettraient peut-être de retracer les déplacements de la jeune femme…

 

Il inspira longuement pour expirer plus longtemps encore, à plusieurs reprises, vidant ses poumons de la tension qui l’assaillait. Elle retombait, lentement, en douceur, comme une plume touchant la surface d’un étang. Il s’apprêta à quitter le confessionnal discrètement quand il entendit la porte en vis-à-vis de la sienne s’ouvrir en grinçant. Il entendit une personne s’agenouiller sur le bois rugueux et prononcer les paroles rituelles.

 

— Pardonnez-moi mon Père, parce que j’ai péché.

 

C’était un homme. La voix était claire, un peu nasillarde.

Bien qu’en mission, Jonas ne pouvait se soustraire à son sacerdoce. Il était prêtre, et se devait d’écouter et d’apaiser cette âme en peine. Il refoula les pensées qui le pressaient de fuir immédiatement.

 

— Je vous écoute mon fils. Prenez votre temps, dites-moi vos péchés.

 

Le débit de ses paroles se voulait rassurantes, il ferma les yeux et attendit.

 

— J’ai péché, beaucoup péché… Je m’accuse de tellement de maux, que je ne sais par où commencer.

 

— Allez y mon fils, ouvrez votre âme, confiez moi vos péchés. Le Seigneur est miséricordieux si le repentir est sincère. Parlez sans crainte. Il n’y a point de fautes qui ne puissent être pardonnées.

 

Tandis qu’il prononçait ces mots, il entendit une sorte de cliquetis métallique.

 

— Je m’accuse d’avoir tué, et de m’apprêter à le faire encore.

 

— Comment cela mon fils ?

 

Une odeur étrange lui chatouilla les narines, un parfum d’agrume… Un signal d’alarme s’alluma dans son esprit. Il venait d’identifier la fragrance particulière des lubrifiants que l’on emploi pour le nettoyage des armes à feu.

Il se coucha d’instinct sur le côté, tandis que quatre détonations assourdies troublaient le silence. Simultanément, Jonas porta la main à sa poche droite pour en sortir un Walter PPK en céramique prolongé d’un silencieux du même matériau. Il appuya à trois reprises sur la détente. Les balles de 9 mm hachèrent le bois de la cloison, pulvérisant le vantail. Il entendit un cri étouffé, puis un râle, suivit du tintement métallique des douilles de cuivre brulantes roulant sur le sol.

 

Le calme après la tempête.

 

L’arme tressauta une quatrième fois en guise de dernière aumône, par pure charité…

 

Un bruit de chute, d’affaissement le long de la cloison, puis le silence, sépulcral.

 

— Et ego te absolvo a peccatis tuis in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti.

 

Jonas fit un signe de croix devant lui.

 

Il sortit du confessionnal pour ouvrir la porte de l’autre côté.

L’homme dont il avait dressé le portrait précédemment sous la voute de la Basilique était avachis, recroquevillé, en boule.

Un troisième œil décorait son front. Ecarlate. Sur sa poitrine, trois orchidées continuaient d’éclore. Un fleuve de sang s’échappait de ses narines, sinuant sur son torse. Sa main droite tenait une arme encore fumante.

 

Les yeux vitreux, le mort contemplait l’éternité.

 

Jonas se pénétra une nouvelle fois de la pensée que la vie ne tenait vraiment qu’à peu de chose. Vraiment peu. Ici, dans cet espace exigu sentant le moisi ; à quelques grammes de plomb dont il avait su décliner l’offrande, et à quelques autres qu’il avait su offrir.

 

Un cadavre dans un confessionnal, au beau milieu de la Basilique Saint Pierre. Cela faisait désordre. L’Eglise n’aime pas le désordre, encore moins les scandales.

 

Il composa sur son mobile un numéro crypté. Quatre sonneries. Il raccrocha. Recomposa le numéro. Trois sonneries. Il raccrocha encore, et attendit.

 

Le téléphone vibra dans sa main. Il prit l’appel.

 

Une voix féminine, professionnelle.

 

— Dominus vobiscum.

— Et cum spiritu tuo.

— Amen.

— Et in Arcadia ego.

— Vous avez quarante-cinq secondes. Statu ?

— Nominal ! Un corps dans un confessionnal, transept gauche. Nettoyage nécessaire.

— Restez sur place et attendez.

— Délai ?

 

Il entendit un cliquetis de doigts courir sur un clavier.

 

— Estimation : quatorze minutes. Temps écoulé.

 

Elle raccrocha.

Simultanément, une sirène déchira les tympans des touristes.

Bien vu !

Une poignée de secondes plus tard, des hommes en uniforme, des vigiles, entrèrent en courant dans l’enceinte Sacrée. En binôme, ils prirent aussitôt en charge les visiteurs pour les guider au pas de course vers la sortie.

Jonas remarqua que les gardes avaient troqué leurs hallebardes pour des fusils automatiques. On ne plaisantait pas avec la sécurité, surtout en ces temps de troubles, de menaces…

Le prêtre tapis dans l’encoignure de la structure vermoulue, regardait fasciné le ballet des secouristes venant en aide à ceux qui se trouvaient mal faute d’avoir perdu leur sang-froid. Il soufflait dans la Basilique un véritable vent de panique.

Tant mieux ! Plus il y aurait de confusion, plus on l’ignorerait. En ces instants, le désordre était un allié précieux.

 

Exactement douze minutes après le déclenchement de l’alarme, il vit venir vers lui une équipe de cinq personnes. Un bon observateur aurait remarqué que le petit groupe progressait en petites foulées, alors que les secouristes se contentaient d’une démarche rapide, désordonnée. Leurs regards ne s’arrêtaient sur personne.

Le regard ! Une véritable science. Une forme de maîtrise absolue qui confinait à l’invisibilité. Faire en sorte que vos yeux n’attirent pas l’attention d’autrui. Devenir une toile cirée sur-laquelle tout glisse demandait beaucoup de travail, de pratique, et un peu de talent. Trop de stress, de tension, faisait de votre regard un véritable hameçon, un aimant qui verrouillait sur vous, ce que vous cherchiez à éviter.

Ils filaient sur leur objectif, un point c’est tout.

L’un portait sur son dos un brancard pliable, les autres de lourds sacs en tissus noirs. Deux hommes, trois femmes.

Leurs visages reflétaient la détermination, la force tranquille.

 

Jonas sortit de l’ombre.

 

— Père Jonas Gabriel. 379.

 

Une femme, la quarantaine, au regard d’acier, le fixa droit dans les yeux sans ciller. Elle retira sa main qu’elle avait conservée dans sa poche.

 

— Equipe de nettoyage. Partez !

 

Sans un mot, il tourna les talons pour se mêler au flot des touristes en exode.

 

Le brancard fut déplié tandis que le cadavre était extrait du confessionnal. Le corps allongé sur la toile synthétique, recouvert d’une couverture, un masque à oxygène sur le visage, ressemblait à un touriste en détresse respiratoire que l’on évacuait.

Le sang sur le sol fut lavé à l’aide de solvants spéciaux.

Deux techniciens, véritables artistes, à l’intérieur des alcôves, remodelaient la cloison déchirée par les balles avec une résine composite de la même couleur.

Treize minutes après leur intervention, ils repartaient laissant derrière eux les lieux exempts de toute trace.

Des pros.

 

La place Saint Pierre grouillait littéralement de monde. Des ambulances, les portes grandes ouvertes chargeaient leur cargaison de rescapés. Des véhicules de police, sirènes hurlantes, garées n’importe comment, gênaient l’évacuation des secouristes. S’ensuivaient des prises à partie entre policiers et sauveteurs, entre policiers et techniciens du service de déminage. Même les pompiers, d’habitude si professionnels, rajoutaient leur contribution à la cacophonie générale, à ce chaos.

Dans le ciel, à basse altitude, un ballet d’hélicoptères opérait une étrange chorégraphie. Certains appareils faisaient de grands cercles autour de la place, tandis que d’autres, demeuraient en vol stationnaire. Les drapeaux et fanions aux couleurs du Saint Siège se déchiraient sous l’effet d’un vent furieux généré par les pales.

Plus personne n’avait le regard fixé sur le balcon. Le Saint Père n’apparaîtrait pas aujourd’hui ; une certitude.

 

En jouant des coudes et de «scusa, per favore » Jonas se fraya un chemin dans la fourmilière, ne quittant pas des yeux le point de sortie qu’il avait choisi.

Azimut : la piazza Pio XII.

Agglutiné dans la masse humaine, il sentit des doigts investigateurs courir le long de sa poche.

 

Le cobra est réputé pour ses attaques foudroyantes ; c’est à la même vitesse qu’il empoigna la main curieuse en exécutant un mouvement de torsion vers le centre de l’avant-bras. Il ressenti nettement le craquement des os et des cartilages. Un cri de douleur. Il accentua la pression sur le membre brisé. Un autre cri, affreux, suivi cette fois d’une longue plainte.

Un jeune homme, entre vingt-cinq et trente ans, les yeux embués de larmes se mordait les lèvres.

 

— Non iniziare, capisci ?

— Si, si… Per favore.

— Hai capito, sei sicuro ?

— Si, si, lasciar andare la mia mano, per l’amor di Dio.

 

Il lâcha la main en chiffon.

 

Rome pullulait de pickpockets.

Un fléau.

Les touristes représentaient une vraie manne pour ces voleurs sans envergure. Toutes les occasions étaient bonnes. Que ce soit dans la rue, dans les transports en commun ou dans les musées, le danger de se faire délester était omniprésent. Le butin était aussi divers que varié ; portefeuilles, appareils photo, bagages, bijoux… Tout ce qui pouvait être recélé facilement contre du cash.

Les postes de police transformés en tour de Babel, regorgeaient de jour comme de nuit, de victimes dépouillées. S’en suivaient pour les malheureux, de longues heures d’attente pour que l’on prenne leur déposition. La communication entre les forces de l’ordre et les plaignants n’était pas toujours aisée. Bien que polyglottes, les agents d’accueil n’avaient que quelques connaissances linguistiques sommaires. L’anglais restait le seul viatique efficace pour être compris. Un Chinois ou un Japonais ne parlant pas l’Italien ou la langue de Shakespeare, risquait de trouver le temps long, très long. En fait, le seul langage susceptible de vous sortir de l’ornière restait sans conteste, le langage des signes !

Rentrés chez eux, les touristes conservaient en mémoire, le souvenir d’une galère et de vacances gâchées.

Dommage.

 

Ici, les voleurs avaient sauté sur l’occasion. Trop belle !

La foule compacte, le bruit, la confusion, le désordre offraient des perspectives uniques. Il n’y avait qu’à se servir. Choisir sa proie, c’est tout.

 

Jonas sourit malgré lui.

 

Mauvaise pioche pour l’estropié.

 

La place Pie XII symbolisait en ce lieu, la frontière entre le Vatican et Rome. Des fiacres, en rang d’oignon, attendaient des touristes qui ne viendraient pas. Les chevaux rendus nerveux par le bourdonnement des hélicoptères, piaffaient de nervosité. Des gerbes d’étincelles jaillissaient de leurs sabots, tandis que les cochers tentaient désespérément de calmer les pauvres bêtes qui se cabraient en hennissant. D’ici, on entendait distinctement l’écho du tumulte se réverbérer sous les arcades de la place Saint Pierre.

Un peu en retrait, à gauche des calèches, des camions équipés de paraboles retransmettaient les images aux chaînes de télévisions. Des journalistes, le micro sous le nez, faisaient leurs commentaires devant une forêt de caméras.

En ce moment même, la planète suivait en direct les évènements. C’était le buzz, de la vraie télé réalité. Il était facile d’imaginer la une des journaux, demain matin.

 

Prenant garde à ne pas passer dans le champ des caméras, Jonas contourna la place par la droite pour s’enfoncer dans un dédale de ruelles.

Tout en marchant d’un pas rapide, il mémorisait le visage des personnes qu’il croisait, ne prêtant aucune attention au décor pittoresque qui l’environnait. Pourtant, ces rues ressemblaient, à s’y méprendre, aux lieux de tournage de films qui avaient fait la gloire du cinéma Italien. Tout y était, les façades lézardées, les pas de portes usés par des générations de semelles creusant la pierre, les ponts suspendus de fils à linge, prêts à rompre sous le poids d’un patchwork multicolore. Les rues de la vieille Rome étaient fidèles à ce que l’écran avait gravé dans les mémoires.

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