Sang damné

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Convoquant des visions de fièvres et la mémoire collective, j’ai voulu confronter l’intime au clinique, mon histoire singulière avec l’Histoire, au travers des camps nazis, d’une radiographie des trente premières années de l’épidémie du sida, des procès du sang contaminé, de ceux que j’ai rencontrés, aimés, délaissés et qui ont péri lors de l’hécatombe, ou qui y survivent comme moi, comme nous tous.
J’ai tenté d’user de toutes les armes contre l’ennemi invisible et la bêtise, et je me suis risqué à les combattre, défendu par une langue exsangue et mise à nue. Sang Damné est devenu l’aboutissement d’un cycle infernal, sa fin.
Publié le : jeudi 3 mars 2011
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EAN13 : 9782021048964
Nombre de pages : 236
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ALEXANDRE BERGAMINI
SANG DAMNÉ
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd Romain-Rolland, Paris XIV
Extrait de la publication
isbn978-2-02-104896-4
© Éditions du Seuil, mars 2011
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www.seuil.com
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L’auteur remercie le Centre national du livre pour sa bourse attribuée dans le cadre d’une résidence vie littéraire au monastère de Saorge, la Région et la DRAC Rhône-Alpes pour sa bourse d’écriture ainsi que la Mission Stendhal de Culturesfrance qui lui ont permis le voyage en Italie.
L’auteur rappelle au moyen de notes le contexte dans lequel il a vécu et écrit. Ces notes ont été tirées de rapports, articles et documents officiels ou non, librement interprétés.
Une analyse des trois procès du sang contaminé est proposée par l’auteur sur le blog : sangdamne-alexandrebergamini. blogspot.com
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À Stanislaw Tomkiewicz
Le dragon, symbole du ciel, vient combattre le faux dragon dont le principe terrestre a usurpé la figure. Le bleu sombre est la couleur du ciel, le jaune, la couleur de la terre. Par conséquent, lorsqu’il coule un sang noir et jaune, c’est un signe que ce combat contre-nature entraîne des dommages pour les deux forces fondamentales. Je suis la salamandre, son incarnation.
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I
Tu aimeras 1968-1997
Extrait de la publication
Elle me voulait à l’intérieur, ce à quoi elle se rattachait, son enfant à elle. Ils ne se parlent plus depuis six mois. Un mur entre eux s’est élevé. Dès ma naissance, le médecin brise ma clavicule. Fracture de la porte des dieux. Je suis l’enfant d’une mère désolée, le fruit de sa fuite, de sa sauve-garde. L’enfant d’un père mutique et obsédé. Fruit de leurs névroses, comme tous les enfants. Un enfant du silence, de l’isolement. Indésirable créé par le désir. Je suis né d’une brèche entre elle et lui.
*
L’eau. L’eau attire comme un aimant. Les reflets de moi, qui ne sais pas encore que je serai « je ». Le miroitement de l’arbre, l’ombre des frères qui veillent, des nuages, de la pierre du bassin. Dieu n’existe pas, j’incarne Dieu. Les poissons rouges s’échappent, brisent les songes. À peine si j’arrive à les suivre du regard. Le reflet des branches vides.
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S A N G D A M N É
Seul au-dessus de l’eau. La source que je ne peux saisir. Les
poissons en revanche oui.
*
Durant une semaine je recrache l’eau. Diagnostic du docteur, chewing-gum et odeur de clou de girofle. Mon père m’a sauvé in extremispar un bras qui dépassait. Il découvre que je suis en vie ; j’ai trois ans. Avant je n’existais pas, j’étais la chose de ma mère. Il attendait une fille. Il le regrette. Le matin même, une photo où je hurle d’effroi entre deux grands frères hilares derrière un grillage. Je me souviens du
jappement des chiens de chasse.
Cinq mois de rougeole. Écarlates. Enfant rouge sang.Puis neuf mois de coqueluche. On ne supporte plus matoux. On ne me supporte plus. On monte en altitude, onprend l’avion, on me force à ingurgiter de la bave d’escargot. Le docteur vient chaque semaine. Un moyen d’attirerl’attention.
*
Je ronge mes ongles. Je ne me rappelle plus le jour où j’ai commencé à être rongé. Enfance baignée de nature sacrée et de craintes familiales ; je grandis au milieu des vergers, des chats blancs, protégé par un chien, un grand
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